D'après M. Thornbury
i4 LES ARTISTES CÉLÈBRES
même, à l'âge de dix-sept ans, est encore aujourd'hui dans un état de parfaite conservation.
Il y a des raisons de supposer que le jeune artiste songeait au portrait comme moyen d'existence, sinon comme profession exclusive. Au commencement de notre siècle, les paysagistes étaient souvent obligés, à l'exemple de Gainsborough,de faire des portraits pour vivre. Turner fut du moins admis dans l'atelier de Sir Joshua Reynolds, alors au déclin de la vie, et il put y copier les œuvres du maître.
Le jeune paysagiste exposa de très bonne heure, même avant de recevoir l'éducation académique, et il continua, tout en restant élève, d'exposer aux salons de l'Académie. A quinze ans, il se contenta d'envoyer un seul tableau, une Vue du palais de V archevêque de Cantorbéry ', à Lambeth. Le lecteur qui a visité Londres sait que cet édifice, qui porte le nom de « palais » parce qu'il est habité par un prélat, est en réalité un grand château féodal, dont les vieilles tours grises combinées avec les beaux arbres du parc font un contraste frappant avec les rues environnantes, et sembleraient appartenir plus naturellement aux vastes campagnes de l'Angleterre. L'année suivante, 1791, Turner envoya deux tableaux; le même nombre en 1792; mais, un peu plus tard, ses envois devinrent très nombreux, et l'Académie de cette époque nous étonne par son hospitalité. Elle accepta jusqu'à dix, onze et même douze sujets de Turner dans une même exposition. Les artistes étaient peu nombreux, il y a cent ans; avec un peu de talent et d'énergie on prenait assez facilement rang, mais l'argent était difficile à gagner, et le jeune paysagiste se vit obligé de faire ce qu'un peintre de nos jours regarderait comme de petits métiers. La photographie étant alors inconnue, les artistes trouvaient une humble occupation en dessinant les châteaux de la noblesse, travail ingrat, puisque ces châteaux étaient rarement de vrais monuments d'architecture, et aussi parce que la simple représentation d'une maison paralyse l'imagination. Je connais plusieurs habitations dans le nord de l'Angleterre que Turner a dessinées avec une fidélité toute prosaïque. On ne soupçonnait guère, en regardant ces dessins, que leur auteur était destiné à devenir poète.
A Londres, Turner et Girtin passaient souvent la soirée chez le docteur Munro, faisant de l'aquarelle et recevant 3 francs chacun, plus un souper. Il est probable que Turner n'a jamais passé de moments plus heureux que ces soirées-là. Il travaillait à côté d'un ami dont il
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savait apprécier la nature exquise et élevée, et chez un protecteur qui était la bonté même. Plus tard, la famille Munro devint propriétaire d'une riche collection de ses œuvres, qu'elle a revendues assez récemment à des prix fabuleux. C'est ainsi que l'amabilité du docteur Munro pour le jeune artiste a fini par accumuler un trésor pour ses héritiers.