‹ TurquieChapitre 24 sur 78 · TUB · texte numérisé non relu

TUB

et non de toi, car tu ne vaux rien du tout. » Loin de se fâcher de cette saillie un peu vive, le monarque tatare en récompensa l'auteur.

La mort de Suleïman laissait Mouça maître absolu de la partie européenne de l'empire. Ce prince, à l'âme froide et cruelle, fait brûler dans leurs chaumières les habitants du village auquel appartenaient les meurtriers de Suleïman, en disant que des esclaves n'avaient pas le droit de donner la mort à un prince de la glorieuse race d'Osman. Il ravage ensuite les États du kral de Servie , dont il n'avait pas oublié la trahison, passe au (il de Cépée les garnisons de trois forteresses, et , sur ce monceau de cadavres, commande qu'on dresse des tables, et donne un festin à ses officiers.

De retour de cette sanglante expédition, Mouça marcha contre Sigismond , roi de Hongrie , qu'il délit dans une bataille rangée. Il s'empara de plusieurs villes sur les bords du Strymon, et envoya vers l'empereur grec, Ibrahim, lils d'Ali-Pacha, pour réclamer le tribut. L'infidèle messager engagea Emmanuel Paléologue à résister aux ordres du tyran , et se réfugia a Brousse, auprès de Muhammed. Irrité de cette trahison, Mouça entra en Thessalie, lit prisonnier le neveu de l'empereur, se dirigea sur Constantinople , et mit le siège devant cette capitale. Alors Emmanuel appela à son secours Muliammed; mais celui-ci, après avoir tenté sans succès deux sorties , retourne en Asie , où la révolte de ses lieutenants Djouneïd et Yakoub exigeait sa présence. Enfin le kral de Servie, l'empereur grec, et le prince dcZoul-Kadriïè, réunissent leurs forces à celles de Muhammed, afin de terminer d'un seul coup les longs différends des deux fils ae Baïezid (*).

(*) Les annalistes ottomans n'excusent le prince Mubamraed d'avoir introduit dans son armée des troupes étrangères , que par la nécessité urgente dans laquelle il se trouvait; car un préjugé religieux s'oppose à ce mélange de guerriers infidèles avec les enfants du nrophèle. Muhammed , pour choquer le moins possible l'opinion publique,

4* Livraison. (TURQUIE.)

IUIE. . 4«i

Mouça, abandonné successivement pai tous ses généraux, se réfugie sur une colline, avec sept mille janissaires, dernier corps qui lui restait, et dont il avait acheté la fidélité en leur distribuant de l'or en si grande quantité qu'ils le mesuraient avec leurs ketchès (bonnets). Muhammed le suit, étrange son armée en bataille. En ce moment l'aga des janissaires, Haçan, l'un des premiers qui avaient trahi Mouça , sort des rangs et engage ses anciens compagnons d'armes a passer dans l'armée de Muhammed. Mouça, furieux, s'élance sur Haçan et le blesse mortellement; comme il allait porter un second coup, l'officier qui avait accompagné l'aga , para avec son sabre et coupa la main du Sultan. A cet aspect, une terreur panique s'empara des soldats de Mouça; ils ^se débandèrent, et lui-môme,' se voy?ua|«)lpnr donné, s'enfuit, tomba dans un marais, fut fait prisonnier par un des cavaliers envoyés à sa poursuite, et conduit devant Muhammed , qui le Gt étrangler sur-le-champ. Sa fin tragique, arrivée en 816 (1413) , après un règne de trois ans et quelques mois, termina la guerre civile qui désolait l'empire ottoman, et en assura la possession à Muhammed , dont l'avènement ne date que de cette époque; mais l'agitation produite par ces troubles intérieurs ne put s'apaiser de longtemps , et des insurrections éclatèrent à diverses reprises pendant les huit années du règne du successeur de Baïezid-Ikiirim.

Malgré ces secousses, l'empire, réuni enfin sous un sceptre unique, échappa à la destruction imminente ou au démembrement dont la guerre civile le

n'accepta les soldats d'Emmanuel II que sous la condition expresse que les deux corps d'armée agiraient séparément. Ces mêmes écrivains ne manquent pas d'attribuer la défaite de Baïezid par Timour-Leng à la coopération de vingt mille Serviens que le Sultan avait reçus dans son armée. «On ne « peut voir sans un grand scandale, disent- « ils , l'union de la croix et du croissant , « et les drapeaux de Mahomet confondus « avec ceux du Christ. »

L'UNIVERS

menaçait; et la dynastie d'Osman sortit triomphante de cette sanglante épreuve et de ces longues luttes intestines.

Le règne de Mouça fut trop court pour permettre à ce prince d'en laisser des vestiges durables. Il n'eut pas le temps d'achever la superbe mosquée commencée à Andrinople par Suleïman. On cite comme son ouvrage une école établie à Gallipoli. Parmi les savants de son époque, le plus remarquable est Bedreddin, auteur de traités sur la jurisprudence et la théologie. Il avait été honoré par Mouça de la dignité de juge de l'armée ( nazia&ker). Quelques années plus tard , il fut condamné à être pendu pour avoir ourdi une conspiration de derviches contre Muhammed. Bientôt nous parlerons en détail de cette insurrection , la plus dangereuse qui ait jamais ébranlé l'empire ottoman. Dans l'histoire de l'Orient moderne, c'est la seule qui ait été conçue par des religieux , avec le but d'exploiter le fanatisme au profit d'une idée politique.

Page 1