‹ TurquieChapitre 31 sur 78 · IC · texte numérisé non relu

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crets avaient contribué à la victoire de Sèlim.

Touman-Baï, réfugié sur la rive orientale du Nil, réunit le reste des mamlouks échappés au fer des Ottomans, à cinq ou six mille Arabes hawarès; avec cette faible armée, il résista encore quelque temps aux troupes victorieuses de Sèlim, et remporta même <m avantage assez grand pour obliger tes Ottomans à se retirer au Caire , après avoir perdu six mille hommes.

Sultan-Sèlim , lassé de la prolongation de cette lutte, offrit de nouveau la paix à Touman-Baï, sous la condition

?u'il se reconnaîtrait vassal de la orte. Moustapha-Pacha , chargé de cette négociation, fut massacré, avec sa suite, par les mamlouks; et dès lors Sèlim ne garda plus de mesure.

De terribles représailles signalèrent sa vengeance : quatre mille mamlouks et soixante beïs reçurent la mort. Touman-Baï, au lieu de se retirer dans la haute Égypte, se sauva dans le Delta. Le monarque ottoman, toujours plus fatigué de cette interminable campagne, ht faire au sultan égyptien de nouvelles propositions de paix, par V intermédiaire de l'émir Khoch-Kadem, l'un des beïs transfuges de la cour de Touman-Baï. Cet ambassadeur ayant été encore mal reçu et forcé de se retirer, Sèlim se disposa à marcher lui-même sur Djizè avec quarante mille hommes. Une querelle s'étant élevée •entre les Arabes et les mamlouks, ils »en vinrent aux mains; les premiers furent repoussés, et s'enfuirent, poursuivis par les mamlouks, vers le camp ottoman. Sultan-Sèlim dressa contre eux son artillerie, qui foudroya sans distinction vainqueurs et vaincus. Touman-Baï demanda des secours aux Arabes de la tribu Ghazalè, dont les ■chefs lui répondirent : « Dieu nous « préserve de résister plus longtemps « a un maître victorieux tel que Sul- * tan-Sèlim ! » Un nouvel engagement eut lieu entre les ma ml ou lis et les Ottomans ; tout à coup les Arabes de Ghazalè se précipitent sur les mamlouks; Djanberdi-Ghazali, déguisé en Arabe, provoque Touman-Baï en com-

bat singulier ; le prince accepte le défi , désarçonne son adversaire, et s'apprête à le percer de sa lance, lorsque Ghazali s'écrie : « Grâce, au nom du Pro- « phète, et par le mystère du cheïkh « Abou-So'oud-ul-Djahiri ! » A ces paroles ( espèce d'invocation maçonnique dont personne n'a pu encore* dévoiler le sens), Touman-Baï retire sa lance et laisse la vie au vaincu.

Dans l'impossibilité de résister aux forces des Ottomans , Touman-Baï se retira auprès de l'Arabe Haçan-Mèri , qu'il avait délivré, à son avènement au trône, de la prison ou Kansou- Ghawri l'avait jeté avec tous les siens. Obligé de se cacher dans une vaste caverne , dernier asile qu'il devait à la pitié de son hôte , l'infortuné prince mamlouk dit à ses beïs : « Nous « sommes ici plus en sûreté que dans « une forteresse, si Haçan-Mèri ne « nous trahit pas. — Que Dieu tra- « hisse le traître,» répondirent -ils.

Quelques jours après , le perfide Arabe avait violé les droits sacrés de l'hospitalité, et Touman-Baï était au pouvoir de Sèlim : « Dieu soit loué! s'écria ce « prince; maintenant l'Égypte est con- « quise. » Conduit devant le Sultan , Touman-Baï le salua avec déférence , Sèlim lui rendit son salut , et l'invita à s'asseoir : un silence de quelaues instants régna d'abord entre les deux princes. Sultan-Sèlim prit enfin la parole, et reprocha à Touman-Baï sa violation du droit des gens dans la personne des ambassadeurs ottomans, et son refus de reconnaître la suzeraineté de la Porte; le prince égyptien rejeta le premier grief sur les beïs , et se justifia du second par l'obligation sacrée de défendre les saintes villes de la Mecque et de Médine:

« Mais toi , ajouta- t-il , comment pour- « ras-tu justifier devant Dieu ton in- « juste agression ? » Sèlim fut étonné de ce langage plein de dignité; il lui exposa à son tour les raisons qui l'avaient décidé à la guerre avec l'Égypte. « Sultan de Koum , tu n'es pas cou* « pable de la chute de notre empire , « mais bien ces traîtres , » dit alors Touman-Baï, en montrant Khaïr-Baï

et Ghazali. Sèlim , admirant le beau caractère de son prisonnier, le fit traiter avec toutes sortes d'égards : bientôt le brave Chadig-Baï vint partager la captivité de son maître. Le Sultan , touché des malheurs des deux héros , et rendant justice à leur courage , avait l'intention de leur conserver la vie ; mais les traîtres Khaïr-Baï et Ghazali , outrés du mépris dont le lier prisonnier les avait accablés, éveillèrent les soupçons de Sèlim , en apostant sur son passage un homme qui cria : « Que Dieu donne la victoire au « Sultan Touman-Baï. » Ces paroles irritèrent à tel point l'esprit ombrageux du monarque ottoman , qu'il ordonna le supplice de l'illustre prisonnier. Ce brave et malheureux prince fut pendu le 21 rebiul-ewwel 923 (13 avril 1517 Sèlim lui fit rendre les derniers honneurs; il assista aux prières des funérailles, fit inhumer son corps dans le mausolée bâti par Kansou-Ghawri , et distribua pendant trois jours des bourses d'or aux pauvres. Il récompensa ensuite la trahison des beïs et aes chefs arabes qui lui avaient livré l'Égypte et leur souverain ; les uns furent investis de sandjaks , les autres reçurent de l'or et des vêtements d'honneur.

Après la pacification de l'Égypte, Sultan-Sèlim demeura un mois entier au Caire, et visita tous les monuments de cette ville célèbre, entre autres sa

fil u s ancienne mosquée , construite en 'an 263 de l'hégire (876) , et celle qui est appelée Ezheriïè ( la florissante) , fameuse par ses quatre universités des quatre sectes orthodoxes de l'islamisme , et par sa bibliothèque , précieux reste de la civilisation orientale , consente depujs le dixième siècle jusqu'à nos jours. Dansla mosquée de Muhamined-ud-Dahèri , Sultan-Sel i m donna un exemple d'humilité unique dans l'histoire des monarques ottomans : il fit enlever le tapis qui couvrait le pavé du temple, frappa les dalles de son front et les mouilla de ses larmes. Le pieux Sultan voulut voir ensuite une mosquée située sur les bords du Nil, dans laquelle on montre , sur des ta-

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blettes de bois et de fer, les traces des pieds du Prophète, empreintes précieuses aux yeux des musulmans, et que le fondateur de ce temple avait achetées aux Arabes soixante mille drachmes d'argent.

Le Caire possédait aussi des académies dignes d'attention : la première , fondée par Sîlahuddin le Grand (le grand Saladin), est célèbre par ses professeurs et ses élèves ; elle est placée dans un faubourg appelé Karaffa.

La seconde académie fut établie par le neveu de Sîlahuddin , Kamil , de qui elle retint le nom de Kamiliïè. Les mamlouks du Nil ou Baharites , successeurs des Eïoubites, élevèrent les*, académies de Dahriïè , de Bibarsiïè , de Mansouriïè et de Nassiriïè. Les mamlouks tcherkess, qui remplacé* rent les Baharites, pendant les cent trente années que dura leur domination , ne bâtirent que deux académies , Dahèrtiè, en 788 (1386), et MoueiièdXièy en 819 (1416).

Sultan-Sèlim se rendit ensuite dans l'île de Raoudha (île des jardins), où se trouve le Mykias ou Kilomètre. Il y fit construire une maison de plaisance voûtée, où il établit sa cour. Pendant que le Sultan était dans cette résidence, sa vie fut menacée par un beï mamlouk nommé Kansou-Adili. A la faveur de la nuit, ce dernier s'étant approché du Mykias, monta sur le toit de la maison, et chercha à pénétrer dans, les appartements de Sèlim ; il ne put y parvenir, et, se voyant découvert, il se jeta dans le Nil et se sauva à la nage . plusieurs centaines de nageurs envoyés a sa poursuite ne purent l'atteindre.

Un second événement, d'une autre nature , vint encore mettre les jours de Sèlim en danger : voulant s'élancer de sa barque sur la rive, il tomba dans le Nil, doù il fut retiré avec peine par le patron Abdul-Kadir. Le Sultan promit à son sauveur de lui accorder la grâce qu'il demanderait : le pécheur se contenta de l'exemption de tout droit de péage dans les ports du Nil et de la mer. Sèlim lui en fit expédier sur-le-champ la lettre de franchise signée de sa main.

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Le Kilomètre , qui date de la moitié du neuvième siècle , et la voûte élevée par Sultan-Sèlim, subsistent encore aujourd'hui.

Le 28 mai 1517 (7 djèmaziul-oula 925 ) , Sultan-Sèlim se rendit à Alexandrie, où Pi ri- Pacha , kaïm-mèkam de Constantinople ( eaimakan , lieutenant du grand vézir ) , venait de conduire la flotte ottomane. Après l'avoir visitée en détail, il retourna à Rhaoudha , et y passa une revue générale, dans laquelle il distribua de l'argent aux troupes. ,11 retira ensuite l'administration de l'Égypte des mains du grand vézir Younis-Pacba , et la donna à Khaïr-Baï , mieux placé dans ce gouvernement à cause de ses relations avec les cheikhs arabes. A cette époque, l'historien Idris, pour qui le Sultan avait la plus grande estime, osa lui remettre une haçidè ( petit poème) composée de trois cents vers persans , dans laquelle il lui peignait les malheurs des habitants , en proie à l'avidité du defterdar d' Egypte et du kazi 'asker de Roumilie. À cet envoi était jointe une lettre dans laquelle il suppliait le Sultan de lui permettre de quitter l'Egypte, si les concussions qu'il signalait n'étaient pas réprimées. La noble et courageuse franchise de l'historien ne fut pas punie , tant Sèlim estimait les savants.Une seconde anecdote du même genre prouve que ce prince, accusé de cruauté et de despotisme , savait quelquefois entendre la vérité : Kèmal - Pacha - Zadè , kazi-asker d'Anatolte, à l'instigation des autres chefs , devait tâcher de décider le Sultan à revenir à Constantinople. Sèlim lui en offrit lui-même l'occasion , en lui demandant ce qu'on disait dans Tannée. Kèmal-Pacha répondit qu'il venait d'entendre la chanson d'un soldat qui exprimait le désir de retourner bientôt en Roumilie. Le Sultan prit favorablement cette insinuation indirecte du vœu général. Il ordonna les apprêts du départ ; et , quoiqu'il eut compris que l'histoire ae la chanson du soldat était de l'invention de Kèmal-Pacha , loin de s'en fâcher, il lui fitdon de cinqrentsducnts.

La Mecque , enchaînée au sort de l'Égypte , passa , avec cette vaste contrée, sous la domination de Sèlim. Le chèrif Mubammed - Aboul - Bèrèkiat , trente-quatrième prince de la maison des Bèni-Kitadè , lui fit présenter, par son fils Abou-Naoumi , les clefs de la Kaaba, dans un bassin d'argent. Le Sultan , devenu le protecteur et le serviteur de la Mecque et de Médine, envoya aux deux saintes cités un surrè de vingt-huit mille ducats "r c'était le double de la somme que son père Baiezid II consacrait à ce pieux usage. Il employa eu outre deux cent mille ducats , du riz et du blé , à une distribution aux chèrifs et aux cheïkhs , aux notables et aux pauvres de ces villes. Il assista ensuite à la cérémonie de l'ouverture du canal du Caire, à Tépoque de la crue du Nil ; il retourna enfin en Syrie, rapportant de cette expédition, outre mille chameaux chargés d'or et d'argent, une infinité d'objets de prix , entre autres une cornaline rouge, montée en bague, au milieu de laquelle il fit graver cette inscription : ChâhrSuUan-SèUm ; et sur les cotés cette légende : Tèwèkkul'alel- Khalyk, résignation au Créateur. Ce cachet devint dès lors le sceau que le khazinè-kihaïaçi (intendant du trésor intérieur) doit apposer sur la porte extérieure du trésor.

En sortant du désert de Katiïè , le Sultan dit à Younis-Pacha : « Voilà « donc l'Égypte derrière nous , et de- « main nous serons à Ghaza ! — Et « quel est le fruit, répliqua l'impru- * dent vézir, de tant de peines et de

« fatigues ? la moitié de l'armée a

i péri par les combats ou dans les sa- « bles , et l'Égypte est maintenant « gouvernée par des traîtres! » Sèlim punit de mort la remontrance de son ministre. Piri-Pacha , kaïm-mèkam de Constantinople, succéda à Younis dans le vézirat.

Arrivé à Damas, le Sultan s'occupa de l'administration intérieure du pays : il organisa l'impôt public en Syrie, fit dresser le cadastre de cette province importante , et paya la dette contractée au commencement de la campagne

envers les possesseurs des grands fiefs de la cavalerie. 11 s'occupa aussi des affaires extérieures , renouvela les traités avec Venise , et prolongea d'une année la trêve avec la Hongrie.

Pendant le séjour de l'année à Damas , le Sultan fit incognito le pèlerinage des saints sépulcres d'Hébron et de Jérusalem ; il revint ensuite à Constantinople , s'y reposa dix jours , et se rendit à Andrinople, où son fils Suleïman prit congé de lui et retourna dans son gouvernement de Saroukhan, avec une augmentation de cinq cent mille aspres de revenu. Pour réparer l'épuisement de ses finances , il réclama de Venise le payement de deux années de tribut que cette république devait pour la possession de l'île de Chypre.

En 1518 et 1519 (924 et 925), un novateur, appelé Djèlali, fut défait avec tous ses partisans , près de Kara- Hyssar. A peine cette révolte était-elle comprimée, qu'un bruit courut sur l'apparition d'un nouveau prétendant, lils du prince Ahmed et neveu du Sultan ; mais ce bruit , qui inquiéta un instant Sèlim , fut bientôt démenti.

Vers cette époque , la peste éclata à Andrinople. Le Sultan retourna dans sa capitale , où il s'occupa de l'accroissement de sa marine : cent cinquante navires et cent galères furent construits, tandis qu'une armée de soixante mille hommes se rassemblait. On crut alors que la flotte était destinée à l'attaque de l'île de Rhodes, et que les troupes de terre devaient servir à une expédition contre la Perse. Cependant Sultan-Sèlim dit un jour à ses vézirs:

■ Vous me poussez a la conquête de «Rhodes; mais savez -vous ce qu'il » faut pour cela, et pouvez -vous me « dire quelles sont vos provisions de « poudre? » Les vézirs ne surent que répondre ; mais le lendemain ils vinrent lui dire qu' ils avaient des munitions pour quatre mois : « Que faire «avec un pareil approvisionnement?

« s'écria Sèlim avec humeur ; je ne fe- « rai pas le voyage de Rhodes avec de «< tels préparatifs : d'ailleurs je crois

■ que je n'ai plus d'autre voyagea faire « que celui de l'autre monde. » Ce pres-

sentiment de sa fin prochaine ne fut pas trompeur; SuKan-Sèlim mourut peu de temps après , en se rendant de Constantinople à Andrinople. Ayant voulu monter à cheval, malgré les souffrances que lui occasionnait un bubon survenu à l'aine , il fut saisi de douleurs si vives entre Tchorlou et le village d'Ograch-Keuî , le même où il avait livré bataille à son père , qu'il fut forcé de s'arrêter. Il expira le 8 chewwal 926 (22 septembre 1520).

Les vézirs s'assemblèrent et résolurent de tenir secrète la mort de Sèlim jusqu'à l'arrivée du prince Suleïman , à qui l'on expédia sur-le-champ des courriers.

Sultan-Sèlim était âgé de cinquante-

Î uatre ans, et en avait régné neuf.

Tune taille élevée, il avait le buste très-long, mais les jambes courtes; sa figure était pleine et fortement colorée ; ses yeux étalent grands et étincelants , ses sourcils très - fournis ; des moustaches énormes lui donnaient un air dur et farouche; il est le seul entre tous les sultans qui ait porté la barbe rase : cette innovation , qui violait le précepte du Coran , choqua le peuple , et donna lieu à mille propos satiriaues. Le mufti le lui ayant fait entendre , en forme de plaisanterie, il répondit, sur le même ton , qu'il n'en avait agi ainsi que pour ne laisser aucune prise sur lui à ses ministres. Il était , en effet , de la plus grande sévérité avec eux. Il ordonna un jour au grand vézir d'arborer, en signe de guerre , les queues de cheval devant sa porte , et de faire dresser des tentes en un lieu convenable. Le vézir lui ayant demandé dans quel quartier Sa Hautesse voulait qu'elles fussent dressées , il le fit mettre à mort. Le successeur de ce ministre fut traité de même , pour avoir fait une semblable question. Enfin, un troisième, voulant éviter le sort de ses prédécesseurs , éleva des tentes vers les quatre points cardinaux , et prit, avec la plus grande promptitude, toutes les mesures pour une expédition militaire. Le Sultan, satisfait de ces dispositions , dit alors : « La mort de deux

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« vézirs a sauvé la vie d'un troisième , « et m'a procuré un ministre tel qu'il « me le faut. »

On cite encore de Sultan-Sèlim plusieurs réponses qui peignent la fierté de son caractère. Nous en empruntons une seule aux nombreux récits traditionnels répandus chez les Ottomans :

sous Baiezid II, quelques provinces limitrophes de la Perse payaient à cet empire un léger tribut de quelques tapis (tchoul). Lorsque Sèiim parvint au trône , les gouverneurs lui demandèrent son intention à ce sujet : «Dites « aux têtes rouges (*) ( kizilbach ) , « répondit -il, que le père des ven- « deurs de tapis ( tchvuldji - babaci ) « n'est plus , et que le père des topouz « ( masses d'arme ) est à sa place. »

D'un esprit entreprenant , d'une activité dévorante , aun naturel colère et despotique . Sultan-Sèlim , livré tout entier aux affaires de son empire, avait peu de coût pour les plaisirs du harem et de la table ; mais il aimait passionnément la guerre , la chasse et tous les exercices violents. Il dormait peu , et passait la plus grande partie des nuits à lhre ou a composer : poète distingué , il a laissé un recueil d odes persanes, turques et arabes. Prolecteur des savants et des littérateurs , il les appelait aux plus hauts emplois , lorsqu'il les croyait capables de les remplir. Le légiste Ahmed -Kèmal- Pacha-Zadé le suivit en Éçypte en qualité d'historiographe ; Idns l'historien fut chargé de l'organisation administrative du Kurdistan ; le poète Sati reçut de Sultan-Sèlim deux villages d'un revenu de onze mille cinq cents aspres. C'était payer généreusement une kaçidé, dans laquelle ce

(*) Têtes rouges est une locution méprisante dont les Ottomans se servent pour désigner les Persans , et qui tire son origine de la coiffure rouge que Haïder, père du < .hàh-Ismaîl , avait fait adopter à ses partisans, lors des troubles qui éclatèrent en Perse à la mort d'Ouzoun-Haçan , prince de la dynastie du Mouton Blanc. De nos jour* ♦•ucore, les Persans repoussent, comme une i-isulte, la dénomination de têtes rouges.

courtisan a\&it célébré l'avènement de

Sèlim.

Très -jaloux de maintenir l'ordre dans son empire , ce prince avait coutume de se déguiser, et de se promener ainsi au milieu du peuple, pour voir par lui-même s'il ne se passait rien de contraire aux lois. Outre cette surveillance personnelle, il avait de nombreux espions qui lui rendaient compte de tout ce qu'ils voyaient et entendaient. Il punissait les coupables avec d'autant plus de sévérité, que son naturel le poussait à la cruauté et à la tyrannie, il fit périr ses frères, ses neveux, sept vézirs, un grand nombre de hauts dignitaires ; la mort si prompte de son père Baïezid II est mise au nombre de ses crimes. Il était pourtant d'un commerce agréable pour les savants et pour tous ceux à qui il accordait son amitié. Il montra toujours la plus grande déférence pour le célèbre mufti Djèmali, surnommé Zembilli- Mufti, à cause de l'habitude qu'il avait prise de suspendre à sa fenêtre un panier {zembil) où l'on venait déposer des questions canoniques, auxquelles il répondait par la même voie. Le courage et l'humanité de Djèmali triomphèrent plusieurs fois de la sévérité de Sèlim. Il fit révoquer la sentence de mort portée contre cent cinquante employés au trésor, dont il obtint non-seulement la grâce, mais encore la réintégration. Quatre cents négociants avaient été condamnés à la peine capitale pour contravention à l'ordonnance qui interdisait le commerce des soies avec la Perse. Le mufti plaida chaudement leur cause; mais Sèlim lui répondit avec impatience :

« Ne te mêle pas des affaires du gou- « vernement ! » Djèmali , indigné , se retira sans saluer le Sultan , qui , malgré sa colère, finit par faire des réflexions sur la noble résistance du mufti, et pardonna aux coupables.

Pour témoigner son estime à Djèmali , il voulut le revêtir des deux plus hautes dignités de la magistrature, et lui écrivit qu'il le nommait iuge de Rou mi lie et d'Anatolie : Djemali refusa, avant promis à Dieu , dit-il , de ne ja-

mais accepter de fonctions politiques.

Le Sultan , appréciant les motifs de son refus, lui fit don de cinq cents ducats. Le vertueux mufti fut aussi bien le protecteur des chrétiens que des musulmans. Après le massacre de la secte des chi'is , Sèli m voulut aussi exterminer les chrétiens. Djèmali parvint à obtenir la révocation de cet ordre barbare, en engageant secrètement le patriarche de Constant i no pie à comparaître devant le Sultan, et à réclamer la promesse de Muhammedel-Fatyh , qui , lors de la prise de Constantinople , avait assuré aux chrétiens la vie et le libre exercice de leur culte. Le patriarche rappela à Sultan- Sèlim que le Coran défend les conversions par la force et prescrit la tolérance. Le Sultan se rendit à ces raisons , et se contenta de changer en mosquées les églises , et de faire bâtir d'autres temples en bois pour le culte des chrétiens.

Sultan-Sèlim aimait à se mettre avec luxe et élégance : il portait un kaftan richement brodé. Il substitua au bonnet cylindrique de ses prédécesseurs une nouvelle coiffure qui a conservé le nom de sélimi ; c'est un bonnet arrondi , entièrement caché sous le châle qui l'entoure de ses plis nombreux ; ce turban ressemble à fa couronne (tcujj) des châhs de Perse , à laquelle Sèli m le comparait.

Ce prince , non moins superstitieux qu'intrépide, dut en partie la confiance avec laquelle il tenta les entreprises les plus hasardeuses à une prédiction singulière qui, suivant quelques historiens , avait été faite à son père Baïezid II , lorsqu'il n'était encore que gouverneur d'Amassia : un derviche se présenta un jour à la porte du palais , et dit à haute voix que l'empire devait se réjouir de la naissance d'un nouveau rejeton de la race ottomane; que ce prince relèverait l'éclat et la majesté du trône ; que son nom brillerait comme le soleil sur toute la terre; que son règne serait immortalisé par sept événements remarquables , indiqués par sept taches que l'on trouve-' rait sur le corps du prince. Sélim na-

quit ce jour même ; on le visita , on vit ou Ton crut voir les sept signes annoncés par le derviche; et on expliqua dans la suite sa prédiction par les sept faits les plus importants de sa vie.

On lit, dans les mêmes auteurs, une autre anecdote que nous rapportons , sinon comme une vérité historique, du moins comme un exemple de l'esprit superstitieux qui , à cette époque , animait également le souverain et ses sujets : décidé à attaquer Touman-Baï, mais contrarié dans son projet par son conseil, qui ne pariait que de paix, Sultan-Sèlim alla consulter un solitaire fameux dans l'art de la divination. Cet ermite lui prédit qu'il triompherait de son adversaire, et que l'Égypte lui serait soumise. Sèli m, plein de joie, le combla de caresses et de présents ; mais avant de le quitter, poussé par une curiosité indiscrète, il voulut connaître sa destinée et la durée de sa vie. Le vieillard s'en défendit longtemps; il céda enfin aux instantes prières du Sultan, et lui annonça que son règne ne s'étendrait pas à neuf années complètes , mais qu'il serait rempli d'événements glorieux, qui lui assureraient un rang distingue dans l'histoire. A ces mots Sèlim tomba dans un morne abattement, et poussa de profonds soupirs. Il voulut pourtant connaître aussi l'horoscope du prince Suleïman, son fils : « Il régnera près d'un demi- « siècle, répondit le cheïkh, et se dis- « tinguera également par des actions « éclatantes et des vertus guerrières.

« — Ah ! reprit Sèlim , en versant des « larmes , si Allah m'eût accordé un « aussi long règne, j'aurais égalé le roi « Salomon {Suleïman). »

Malgré les reproches fondés que l'histoire fait à Selim , on ne pourrait nier sans injustice ses brillantes qualités et les grandes choses qu'il a accomplies pendant un règne de neuf années. Dans ce court espace de temps, il vainquit le châh de Perse , détruisit la dynastie des mamlouks, conquit l'Égypte, la Syrie, la Mésopotamie et l'Arménie. A ces titres il mérite l'éloge

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Sue le célèbre juge Kèmal-Pachaladè , dans une élégie sur la mort de ce monarque , a exprimé par une belle comparaison , familière aux poètes orientaux : « Il a fait en peu de temps « de grandes choses , et ses lauriers « ont couvert la terre de leur ombre. « Le soleil couchant approche de son « but , l'ombre qu'il projette est im- « mense , mais de courte durée. »

CUAP1TEE XII.

SUITAN - SULEÏMAN • KHAN I*», SURNOMME ELKANOUNI (u lioislatbu» ) , FILS DE SULTAN-SÈLIM l«.

Il existe dans l'histoire quelques époques privilégiées où la nature, ordinairement si avare de grands hommes, semble se plaire a les prodiguer. Sous ce rapport, il n'est point de période comparable au seizième siècle de notre ère, pendant lequel régnèrent en France, François Ier, le roi chevalier, le restaurateur des lettres; en Espagne, son heureux rival, Charles-Quint; en Angleterre, Henri VIII, le réformateur despote; et sur le trône pontifical, le pape Léon X, cet illustre protecteur des arts et des sciences renaissant sous sa

Çacifique influence , tandis <jue le czar assili-Iwanowitch préparait en Russie les grandeurs futures de ce vaste empire; que Sigismond Ier, dans un long règne de quarante années , consolidait la puissance de la Pologne, et qu'en Orient le fondateur de la dynastie des Sèfis , Châh-Ismaïl , et le plus illustre des Grands Moçols, Châh-Ekber, rivalisaient de gloire avec Sultan -Suleïman , que les historiens chrétiens euxmêmes ont appelé le Grand et le Magnifique. Le prince qui éleva l'empire d'Osman au plus haut degré de puissance, qui fit en personne treize campagnes, qui enleva Rhodes aux chevaliers de Jérusalem, conquit Belgrade, soumit le Chirwan, la Géorgie, jeta les fondements d'une marine imposante, et couronna tous ses brillants travaux par la promulgation d'un rode qui a si longtemps régi la na-

tion ottomane , et par la construction de monuments d'architecture justement admirés, mérite, à tous ces titres , la renommée qui s'attache à sa mémoire. Sultan-Suleîman, outre son mérite réel, attesté par les grandes choses qu'il effectua pendant un règne de quarante-huit années, avait, aux yeux des superstitieux musulmans, le triple avantage d'être né au commencement d'un siècle (900-1494), ainsi qu'Osman, le chef de sa dynastie; de porter le nom de Suleïman ou Salomon, prince-prophète pour lequel les Orientaux ont la plus grande vénération , et d'être le dixième sultan ottoman. Le nombre dix est considéré chez ces peuples comme le plus parfait; ils établissent sa supériorité sur diverses raisons aussi bizarres et puériles les unes que les autres. Aussi l'avénement de Sultan -Suleïman excitat-il le plus grand enthousiasme parmi ses sujets ; ils crurent voir en lui un favori du ciel, et le prestige qui l'environnait à leurs yeux, les prépara aux merveilles qui illustrèrent son règne, et qui lui valurent, de la part de son peuple, outre le surnom de législateur (Kanounî), celui de Dominateur de son siècle (Sahyb-Kyran).

Dès que Suleïman eut reçu à Maguésie le message de Piri-Pacha, qui lui annonçait la mort de Sultan-Sèlim , il partit en toute hâte, et arriva le 16 chewwal 926 (30 septembre 1520) au nouveau sérail. Le lendemain eut lieu la cérémonie du baise-main , et celle de l'inhumation du corps du dernier sultan. Suleïman, vétu de noir, suivit à pied le cercueil , porté par les pachas , jusque sur la colline qui dominait le palais du patriarche grec. Une mosquée, un mèdrècè et une école, élevés par les ordres de Sultan-Suleîman , désignèrent l'emplacement où furent déposés les restes mortels de Sultan-Sèlim. Le troisième jour, les janissaires reçurent le présent d'avénement; diverses promotions eurent lieu parmi les chefs qui avaient suivi Suleïman à Magnésie, et son précepteurKaçim-Pachafut nommé vézir.

Les premiers actes de Sultan-Sulei-

mon furent des traits de clémence ou

de justice : six cents prisonniers égyptiens reçurent leur liberté; les négociants en soie dont les marchandises avaient été saisies par ordre de SèHoi , furent dédommages par une distribution d'un million d'aspres; des silihdars coupables de quelques désordres furent nus à mort, un aga fut destitué ; et le capoudan Dja'fer-Beï, renommé par sa cruauté, fut mis en accusation et condamné à être pendu. C'est ainsi que le Sultan mit en pratique ces deux versets du .Coran : Dieu commande la justice et la bienfaisance. Prononce avec justice entre deux hommes, et ne suis pas ton bon plaisir.

Quelques jours après, Sultan-Suleïman annonçait son avènement au khan de Crimée, au chéri f de la Mecque, à Khaïr-Bai, gouverneur de l'Égypte, et aux autres gouverneurs d'Europe et d'Asie. I ) janberd i-Ghazali , qui commandait en Syrie, fut le seul qui refusa de prêter hommage au nouveau suttan. L'ancien émir mamlouk, après avoir trahi l'avant-dernier monarque égyptien K an sou - G lia w ri , avait reçu de Sultan-Sèlim le gouvernement de la Syrie; la mort de ce prince lui parut une occasion favorable pour secouer le joug ottoman ; il chercha en même temps à entraîner dans sa révolte les Druzes, les Arabes et le gouverneur d'Égypte. Khaïr-Baï lui conseilla de s'emparer d'Alep et de toute la Syrie, et envoya au Sultan la lettre de Ghazali. Ce dernier s'avança avec vingttrois mille hommes, et mit le siège devant Alep. Karadja-Pacha y commandait : sa vigoureuse résistance donna le temps à Ferhad-Pacha de porter des secours à cette place, d'où Ghazali fut forcé de s'éloigner. 11 retourne à Damas, invite à un grand festin la garnison, composée de cinq mille janissaires, et, craignant d'en être trahi, la fait massacrer tout entière. Il vient ensuite au-devant des troupes ottomanes commandées par Ferhad-Pacha et Chèh-Souwar-Oghlou : le combat s'engage le 17 safer 927 (27 janvier 1521) sur la place Mastabè; le rebelle est vaincu , et paye de sa tête sa révolte.

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Après cette victoire, le Sultan nomma au gouvernement d'Alep Aïas-Pacha, beiler-beï d'AnatoHe, et envoya Ferhad-Paena aux environs de Kaïçariïè pour surveiller l'armée de Chah- Is ma i '1 , qui s'était rapprochée des frontières.

Dans la joie que lui causa la victoire de Mastabè, Sultan -Suleïman voulait envoyer la tête de Ghazali au doge de Venise; mais le baile de la république parvint à lui persuader que ce singulier gage d'amitié serait peu agréable à des chrétiens.

A cette même époque, le Sultan reçut la nouvelle que son ambassadeur Behram-Tchaouch , envoyé auprès du roi de Hongrie pour en réclamer un tribut, avait été mis à mort. Aussitôt Suleïman prend toutes les mesures nécessaires, et se dispose à tirer vengeance de cette insulte. Ahmed-Pacha se rend à Ipsala avec quinze mille Azabs ; quarante galiottes sont armées, et cent pièces de canon envoyées au camp; le Sultan s'y rendit bientôt lui-même, et ouvrit en personne sa première campagne. A peine Sultan- Suleïman s'était-il mis en route, qu'il fut rejoint par Ferhad-Pacha, qui lui amenait plusieurs milliers de chameaux chargés de munitions de guerre. Dix mille charges d'orge et de farine furent fournies par les raïas des sandjaks de Widdin , de Semendria , de Sofia et d'Aladja-Hyssar. Ahmed-Pacha, beïlerbeï de Roumilie, assiégea Sabacz , Piri- Pacha investitBelgrade , et Muhammed- Mikhal-Oghlou ravagea la Transylvanie, tandis qu'Omar-Beï-Oghlou, à la tête d'une division d'Ekindjis, marchait en éclaireur en avant de l'armée.

Malgré l'héroïque défense de la petite garnison de Sabacz, commandée par le brave Simon Logodi, cette place succomba le 2 cha'ban (8 juillet). Le Sultan, en arrivant dans la ville conquise, passa au milieu d'une haie de têtes de Hongrois qu'Ahmed -Pacha avait fait placer sur des pieux le long de la route. Suleïman demeura neuf jours dans Sabacz, pendant lesquels il fit augmenter les fortifications et construire un pont sur la Save. Dans cet intervalle, Semlin succomba sous les.

L'UNIVERS

efforts du grand vézir, et plusieurs villes se rendirent à Bali-Beï. Le Sultan marcha ensuite sur Belgrade , bloquée depuis un mois. La présence du souverain changea le blocus en siège; et enfin, après plus de vingt assauts, ce boulevard delà Hongrie, qui avait résisté à tous les efforts des sultans prédécesseurs de Suleïman, fut emporte le 25 ramazan 927 (29 août 1521). Le lendemain, ce prince se rendit à la cathédrale, et la convertit en mosquée en y faisant la prière du vendredi. Il distribua ensuite de l'argent aux troupes, régla l'administration de la ville, pourvut à sa défense en y plaçant deux cents canons ; et , après avoir annoncé officiellement cette importante conquête à tous les juges et gouverneurs de son empire, et au doge de Venise, il retourna à Constantinople, où il fut reçu en triomphe, aux acclamations de la population tout entière accourue au-devant du vainqueur.

Tandis que la fortune semblait sourire à Su Iran- Suleïman, des malheurs privés venaient empoisonner les joies du triomphe : dans l'espace de dix jours, trois de ses enfants moururent, et furent ensevelis auprès du turbè de Sultan-Sèlim Ier.

A la suite des brillants succès du Sultan, la Russie, Venise et Raguse, s'empressèrent de lui envoyer des ambassadeurs pour le féliciter. Le czar de Russie, Vassili. sentant toute l'importance d'une alliance avec la Porte, essaya de conclure un pacte offensif et défensif entre les deux empires: mais son envoyé, Jean Morosof, ne put y parvenir. Venise fut plus heureuse : un traité qui assurait la liberté du commerce et plusieurs autres avantages pour cette république fut signé le 1er muharrem 928 (1er décembre 1521).

Venise, en compensation des avantages qui résultaient pour elle de ce traite, s'engagea à payer deux tributs annuels pour la possession des îles de Zante et de Chypre. Enfin les Ragusais obtinrent l'exemption des droits de péage dans les ports et les places marchandes de l'empire, et en outre la

permission d'y acheter du blé pour leurs besoins.

Après avoir passé l'hiver à faire fortifier les frontières de la Hongrie et à se créer une marine, Sultan-Suleïman crut les circonstances propices à une entreprise qu'il méditait depuis longtemps, la conquête de Rhodes. Suleïman était flatte de l'idée de triompher là où son aïeul Mubammed-el-Fatyh avait vu pâlir son étoile de conquérant. A ce désir d'illustration se joignait la pensée toute politique de s assurer la navigation de la Méditerranée, et d'établir une communication entre l'Égypte et Constantinople; enfin ces motifs étaient renforcés par d'autres non moins puissants sur 1 esprit d'un musulman : la délivrance des sectateurs de Mahomet gémissant dans les fers des chrétiens , et la sûreté des pèlerins se rendant par mer en Syrie pour gagner ensuite la Mecque. Jamais peutêtre la situation de l'Europe n'avait offert des chances aussi favorables à l'accomplissement des projets du Sultan : deux des plus grands princes de l'Occident, François Ier et i Charles- Quint, épuisaient leurs forces dans leurs longues querelles ; le pape Léon X, ennemi naturel des mahométans, était engagé dans sa lutte avec l'hérésie, personnifiée dans le moine Luther; enfin le sceptre de la Hongrie était aux mains d'un enfant (Louis II). Le Sultan n'hésita donc plus à commencer l'exécution d'un projet qui souriait à son ambition; mais, pour se conformer aux prescriptions du Coran, il envoya au grand maître de Rhodes une sommation dans laquelle il faisait serment par Mahomet, par les cent vingtquatre mille prophètes, et par Tes quatre mashafs (livres saints) envoyés du ciel (le Pentoteuque, les Psaunies, l'Evangile et le Coran) ,de respecter la liberté et les biens des chevaliers, s'ils se rendaient volontairement. Après avoir accompli cette formalité, Sultan- Suleïman se mit en route le 21 redjeb 928 (16 juin 1522), avec une armée de cent mille hommes; et le surlendemain , une flotte de trois cents voiles appareilla de Constantinople ; elle avait

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