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à bord dix mille soldats, sous les ordres du sèrasker Moustapha- Pacha :
elle arriva devant Rhodes le jour de la Saint- Jean, et mit un mois entier à débarquer les troupes et le matériel, en attendant l'arrivée du Sultan , qui n'eut lieu que le 4 ramazan (28 juillet). Le 1er août la tranchée fut ouverte : tout ce mois se passa en travaux de mines et contre-mines, et en combats partiels, dans lesquels les chrétiens eurent souvent l'avantage. Le 24 septembre, des hérauts parcoururent le camp ottoman depuis midi jusqu'à minuit, en répétant a haute voix : « Demain , il y « aura assaut; la pierre et le territoire • sont au padichâh ; le sang et les « biens des habitants sont aux vain- «queurs. » Le lendemain, l'attaque commença au point du jour. Après une lutte terrible , dans laquelle les femmes mêmes de Rhodes déployèrent un courage inouï, les Ottomans furent repoussés avec une perte de quinze mille hommes. Plus de deux mois se passèrent en assauts meurtriers et répétés, qui , tout en préparant le triomphe des Ottomans, leur causèrent des pertes énormes, qu'ils évaluaient euxmêmes au moins à cent mille hommes, dont plus de soixante-quatre mille périrent en combattant, et le reste fut emporté par les maladies. Le 10 septembre, le Sultan offrit aux chevaliers une capitulation honorable; ils refusèrent, et les travaux du siège recommencèrent avec ardeur; enfin le 2 safer (21 décembre) le grand maître Villiers de l'Ile- Adam , réduit à la dernière extrémité, se décida à se rendre. Un traité fut conclu , par lequel le Sultan s'engageait à faire retirer son armée à un mille de Rhodes, à respecter les églises , et à fournir aux chevaliers des navires pour quitter l'île dans un délai de douze jours. L'indiscipline des janissaires empêcha Sulcïman de tenir sa parole : ils forcèrent une des portes de la ville, pillèrent plusieurs maisons et profanèrent les églises. C'est le jour de Noël qu 'eut lieu la prise de Rhodes, après un siège de cinq mois de durée, pendant lequel les chrétiens avaient tiré quatre mille
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quatre cent seize coups de canon.
Une entrevue entre fe Sultan et le grand maître donna occasion au premier de déployer les sentiments élevés qui le distinguaient. Il prodigua au vénérable Vifliers de l'Ile -Adam les consolations et les paroles affectueuses, le fit revêtir d'un kaftan d'honneur, lui promit la liberté; et lorsque, quelques jours plus tard , le grand maître , avant de quitter Rhodes, vint baiser la main du Sultan et lui offrir quatre vases d'or, Suleïman attendri dit à son favori Ibrahim : « Ce n'est pas sans en être « peiné moi-même que je force ce chré- « tien à abandonner dans sa vieillesse « sa maison et ses biens. »
Le Sultan, après avoir fait la prière publique du vendredi dans l'église de Saint- Jean, s'embarqua pour Constantinople, où il arriva un mois plus tard. Des lettres de victoire furent expédiées officiellement aux puissances chrétiennes. Venise y répondit par des protestations amicales, et le châh de Perse complimenta en même temps le Grand Seigneur de son avènement au trône et de la prise de Rhodes.
Cette importante conquête jeta un éclat extraordinaire sur la seconde campagne de Suleïman , et le plaça dès lors au rang des plus grands hommes de guerre de son époque. La résistance héroïque des chevaliers et du grand maître, dont la renommée répéta partout les brillants exploits, ne servit qu'à rehausser encore le triomphe du vainqueur. Toutes les petites îles voisines de Rhodes, telles que Leros, Kos, Symia , etc. , entraînées par sa chute , se soumirent au joug ottoman.
A cette époque, le grand vézir Pi ri- Pacha fut déposé : Ahmed-Pacha, qui aspirait à le remplacer, et dont les calomnies avaient provoqué la disgrâce de son rival, ne jouit pas du fruit de son intrigue. Le Sultan nomma à la
Première dignité de l'empire son favori brahim , l'un des principaux officiers de son palais, qui fut promu en même temps au grade de beïler-beï de Roumilie. Jamais ministre ne jouit auprès d'un monarque ottoman de la faveur inouïe que le nouveau vézir conserva
L'UNIVERS
sans nuages pendant treize années. Ibrahim, fils d'un matelot de Parga, avait été enlevé, fort jeune encore, par des corsaires ottomans , qui le vendirent à une veuve des environs de Magnésie.
Violon habile, d'un extérieur charmant, d'un esprit vif et gai, Ibrahim relevait ces dons naturels par une grande recherche dans ses vêtements et une éducation soignée. Suleïman, avant de succéder à Sultan-Sèlim , avait rencontré le jeune esclave; séduit par ses talents et ses grâces, il l'admit dans son intimité, et ne put, dès cet instant, se passer de son favori. En montant sur le trône, il le nomma chef des pages et des fauconniers, lui donna plus tard la princesse sa sœur en mariage, le créa sèrasker de ses armées , partagea avec lui la toute-puissance, et le traita comme un frère, jusqu'au moment où l'esclave, enivré de sa haute fortune, oublia les bienfaits de son maître et le força à le sacrifier, ainsi que nous le raconterons en détail à mesure que ces divers faits se présenteront dans notre récit.
Le second vézir, Ahmed -Pacha, homme violent et amhitieux, ne put supporter le triomphe d'Ibrahim, et, pour ne pas en être plus longtemps le témoin , sollicita le gouvernement d'Égypte, qui lui fut accordé.
Pendant le siège de Rhodes , le Sultan avait appris la mort de Khaïr-Baï, gouverneur de l'Égypte(le lerzilhidjè, 22 octobre), qui lui avait dévoilé dans le temps la trahison de Ghazali. Moustapha- Pacha, successeur de Khaïr- Baï, fut remplacé à son tour par Guzeldjè-Kaçim (le beau Kaçim), qui céda enfin son gouvernement à Ahmed- Pacha. Ce dernier, irrité de s'être vu enlever le grand vézirat, voulut s'en venger en usurpant la souveraineté de l'Egypte. Possesseur des immenses richesses qu'avait laissées Khaïr-Baï , il parvint a corrompre les mamlouks, mais ne put ébranler la fidélité des janissaires. Il dévoila alors ses projets , assiégea la citadelle du «Caire, y pénétra avec ses troupes par un souterrain inconnu aux assiégés , et massacra par surprise la garnison. Ahmed -Pacha,
fier de son succès, prit le titre de Sultan , et s'en arrogea les droits. Il s'empara du vaisseau qui amenait Kara- Mouça nommé pour le remplacer, et le tchaouch, porteur du ferman qui annonçait la destitution. L'un et Tautre furent mis à mort. Enfin Ahmed- Pacha , trahi par son propre vézir Muhammed - Beï , s'enfuit chez les Arabes Bèni-Bakar : livré par le cheikh Kharich, il fut décapité, et sa tête envoyée à Constantinople. Kacim-Pacha fut investi une seconde fois du gouvernement de l'Égypte, et Muhammed - Beï nommé intendant général.
C'est vers cette époque (redjeb 930, 22 mai 1524) que le Sultan accorda la main de sa sœur à Ibrahim-Pacha , et célébra le mariage de son favori avec une pompe extraordinaire. Les fêtes durèrent sept jours : le defterdar Moustapha - Tchelèoi , remplissant l'office d'echanson , offrit au Sultan du sorbet dans une coupe faite d'une seule turquoise ; des danses , des courses , des luttes, des tirs à l'arc, des réjouissances de tout genre, auxquelles assista le Sultan, témoignèrent de la haute faveur dont jouissait Ibrahim auprès de son maître. C'est au milieu des joies de ces fêtes (le 22 redjeb, 28 mai ) que naquit Sel i m , successeur de Sultan-Suleïman.
Des différends étaient survenus entre le gouverneur de l'Egypte et son intendant : Ibrahim-Pacha partit , quatre mois après son mariage, pour rétablir l'ordre dans cette province. Par une distinction dont on ne trouve pas un second exemple dans l'histoire ottomane, le Sultan accompagna son grand vézir jusqu'aux îles des Princes, et ne le quitta qu'après lui avoir fiait les adieux les plus tendres. Arrivé au Caire , Ibrahim y fit son entrée avec une magnificence digne d'un souverain.
Son cortège se composait de cinq mille mamlouks , sipahis et janissaires, vêtus avec le plus grand luxe. Ses pages portaient des bonnets et des habillements d'étoffes d'or ; les harnais valaient plus de cent cinquante mille ducats, et sortaient des écuries du Grand Seigneur. Le séjour d'Ibrahim
en Egypte y rétablit Tordre : pendant trois mois il ne s'occupa que des moyens d'améliorer l'administration du pays et de faire justice à tous. Sur une lettre du Sultan , qui ne pouvait se passer de son favori , Ibrabim quitta l'Egypte après en avoir confié l'administration à Suleïman -Pacha, beïlerbeï de Syrie. A sa rentrée à Constantinople, les vézirs et les gardes du corps vinrent au-devant de lui, et lui présentèrent , de la part du Sultan , un superbe die val arabe , dont les harnais seuls , étinceiants de pierreries , valaient deux cent mille ducats: le puissant sujet offrit en retour à son souverain un magnifique bonnet du même prix.
Pendant le séjour d'Ibrahim-Pacha en Égypte, Sultan - Suleïman donna des preuves de son inflexible justice envers les agents de son pouvoir.
Ferhad- Pacha, à (jui ses cruautés et ses exactions avaient fait retirer le uveruement de Zouîkadriïè , se livra , ns son nouveau sandjak de Semendria , à des concussions et des injustices si graves , que le Sultan le condamna à mort, sans égard à la parenté que le mariage du ministre avec la sœur même du Sultan établissait entre le monarque et son sujet. A peu près à la même époque, Khourrem-Pacha , gouverneur de Syrie , fut destitué, et remplacé par le kapoud an-pacha Suleïman. Mais après avoir pris ces mesures vigoureuses, le Sultan, que l'actif Ibrahim - Pacha ne stimulait plus , s'adonna avec passion à la chasse , et négligea les affaires de l'empire.
Une émeute de janissaires vint tirer Suleïman de son apathie : les palais d'ïbrahim , du defterdar, d'Aïas-Pacha , le quartier des Juifs et la douane furent pillés par les séditieux: le Sultan retourna à Constantinople , où sa présence ne put rétablir le calme; dans sa colère , il tua de sa main trois janissaires, et fut obligé de se retirer devant l'audace de leurs compagnons , qui déjà dirigeaient leurs flèches contre lui.Une distribution de milleducatsput seule apaiser la rébellion. L'aga des janissairesMoustapha et mielques autres chefs payèrent de leur tete la révolte de
leurs subordonnés. C'est à cette époque que le Sultan , ayant rappelé d'Égypte son favori Ibrahim -Pacha, employa l'hiver en préparatifs de guerre : on ne sut d'abord contre quelle puissance ils étaient dirigés : Venise et la France étaient en paix avec la Porte. François Pr avait écrit au Sultan, en le pressant de s'emparer de la Hongrie , afin de porter de ce côté l'attention de Charles-Quint. Ce dernier pays et la Perse , tous deux voisins redoutables de la Turquie , n'avaient pas cessé d'être en hostilités avec cet empire.
Châh-Tahmasp , successeur de Châh- Ismaïl , avait dédaigné d'annoncer son avènement à Sultan-Suleïman; celui-ci , au lieu des félicitations d'usage , écrivit au monarque persan une lettre de menaces et d injures , où il lui annonçait qu'il dirigeait vers lui ses rênes victorieuses, et que, se cachât-il sous la poussière comme une fourmi , ou s'envolât-il dans les airs comme un oiseau, il le poursuivrait, l'atteindrait, et purgerait le monde de son ignominieuse présence. Après de telles menaces , confirmées encore par la mise à mort de tous les Persans retenus prisonniers à Gallipoli , la guerre avec la Perse semblait imminente; cependant ce n'est point vers cet empire que le Sultan dirigea ses forces : le 1 1 redjeb 932 (23 avril 1526), il partit de Constantinople avec une armée de plus de cent mille hommes et une formidable artillerie , que les historiens orientaux évaluent à trois cents bouches à feu.
A ce présage presque infaillible dè Victoire , l'esprit superstitieux des t)ïtomans en ajoutait un second , non moins encourageant pour eux : le 11 redjeb était un lundi , jour regardé par les musulmans comme t ri s -heureux , et surtout favorable aux voyages^Sar 1a raison que Mahomet le prophète, et d'autres personnages célebresTre 'l'islamisme , commencèrent le hindi les deux grands voyages de l'homme , la vie et la mort. En outre , le lundi répondait à la fête de Khyzr, nom turc de saint George, qui préside à la naissance de la verdure dans les champs, époque où les sultans se rendent dans
L'UNIVERS
leur résidence d'été , et où les chevaux des écuries impériales sont menés solennellement aux pâturages.
Pendant que le principal corps d'armée , sous la conduite du Sultan , se dirigeait sur Belgrade , Ibrahim-Pacha s'emparait , après un siège de quarantehuit heures seulement, de la ville de Peterwardein , et forçait la citadelle au bout de douze jours. A peu près en même temps , les beïs bosniaques soumettaient tous les châteaux forts de Syrmie. L'armée longe ensuite le Danube , assiège Illok , qui se rend le septième jour , et , continuant sa marche , passe la Drave sur un pont volant , pille et brûle Essek , et arrive enfin dans la plaine de Mohacz , près du bourg de ce nom. Là, Sultan-Suleïman arrête , de concert avec Ibrahim- Pacha , le plan de la bataille ; mais , avant de la livrer, il lève les mains au ciel , et s'écrie : « 0 Allah ! en toi sont « la force et la puissance ! en toi l'aide « et la protection ! secours le peuple « de Mahomet ! » Cette prière fait passer dans tous les rangs un religieux enthousiasme : en ce moment les Hongrois s'élancent avec furie et enfoncent la première ligne des Ottomans; mais deux corps d'ekindjis , qui avaient tourné l'ennemi , fondent sur lui en même temps, et , par cette double attaque , lui font perdre l'avantage qu'il avait remporté. Un second corps d'armée hongrois, commandé par le roi Louis en personne, dispute encore chaudement la victoire aux musulmans : trente-cinq chevaliers pénètrent .jusqu'au poste qu'occupait le Sultan , et tuçpt plusieurs de ses gardes ; Suleinjarî lui-même court le plus grand danger d'être pris ou de perdre la vie. Les flèches, les lances s'émoussent sur sa cuirasse. Dans ce péril imminent , l'artillerie , que le Sultan avait gardée pour sa dernière ressource , fut tout à coup démasquée ; une décharge presqu'à bout portant causa le plus affreux désordre parmi les chrétiens : ceux qui échappèrent aux boulets s'enfuirent dans toutes les directions. Le roi Louis se noya avec une partie des siens dans les vastes marais qui s'étendent au-
dessous du bourg de Mohacz. Cette sanglante bataille n'avait pas duré deux heures : elle décida du sort de la Hongrie. Vinet-cinq mille cadavres restèrent sur le champ de bataille , et deux mille têtes furent élevées en pyramides devant la tente impériale.
Après avoir brûlé le bourg de Mohacz et massacré tous les prisonniers, à l'exception des femmes , l'armée partit pour Bude , où elle arriva le 3 zilhidjè 933 (10 septembre 1526). Une députation des habitants était venue jusqu'à Fôldwar offrir au Sultan les clefs de la ville; Suleïman, satisfait de leur soumission , donna Tordre de respecter leur vie et leurs biens; il passa deux jours à visiter la capitale de la Hongrie , lit jeter un pont sur le Danube , et partit pour Pesth , où il reçut les hommages des nobles hongrois , a qui il promit pour roi un de leurs compatriotes, Jean Zapolya. Cent mille esclaves, le trésor royal et la belle bibliothèque de Mathias Corvin , tels furent les fruits de cette expédition , outre le butin immense que lirent les vainqueurs en parcourant ce malheureux pays, que le pillage et les exactions changèrent en désert. Exaltés par le désespoir, les vaincus défendirent avec la plus -grande énergie leur sol et leurs foyers. L'heiduque Michel Nagy sauva la forteresse de Gran. Au château de Moroth un combat opiniâtre eut lieu; les Hongrois, malgré leur héroïque résistance, y furent taillés en pièces , mais non sans avoir fait payer cher aux Ottomans leur victoire. A Bacz , le siège d'une église les arrêta un jour tout entier; et enfin , entre ce dernier bourg et Peterwardein, la prise d'un camp fortifié, où s'étaient retirés plusieurs milliers de chrétiens , coûta plus aux musulmans que la conquête de tous les forts de la Hongrie. Mais si les vainqueurs éprouvèrent des pertes énormes, celles des vaincus furent plus grandes encore : on évalue à deux cent mille environ le nombre de Hongrois qui périrent dans cette campagne.
Le 17 safer933 (23 novembre I52C),
Sultan-Suleiman rentra à Constantitiople, d'où il était parti depuis sept mois. La place de 1 Hippodrome fut ornée , au grand scandale des bons malioméians, de trois belles statues, enlevées nar Ibrahim-Pacha du château de Bude. Cette violation de la loi du Prophète , qui interdit formellement la représentation de toute figure humaine, souleva contre le vézir le fanatisme religieux. Il courut à cette occasion un distique de Fighani, dans lequel il disai.t que le premier Ibrahim (Abraham) avait détruit les idoles et que le second les rétablissait. Le poète paya de sa tête cette mordante épigramme, si bien faite pour irriter les opinions religieuses des musulmans.
Tandis que Sultan-Suleïman triomphait en Europe, une révolte éclatait dans l'Asie Mineure. Quarante-deux jours après la bataille de Mohacz, le Sultan, en repassant le Danube, avait appris l'insurrection des Turcomans de la Cilicie (Itch-Yil). Les vexations exercées par le juge Musiyh-uddin et le greffier Muhammed dans l'opération du cadastre avaient exaspéré les habitants. Dans ces circonstances, un vieux Turcoman s'étant plaint de la surtaxe de son champ, fut condamné à avoir la barbe coupée : cet affront le plus grave que l'on puisse infliger a un homme libre, détermina l'explosion de la haine qui fermentait sourdement dans les cœurs. Moustapha, sandiakbeï d'Itch-¥il, le juge et le grenier, furent les prenrères victimes de la vengeance populaire. Les rebelles remportèrent deux avantages successifs, d'abord contre le beîler-beï de Karamanie et le fils d'Iskender-Beï, qui perdirent la vie avec la bataille; ensuite sur Huçeïn-Paolia , beïler-beïde Roum , qui eut le même sort que les deux premiers. Enfin Khosrew-Pacha , gouverneur du Diarbèkir, parvint à étouffer l'insurrection; mais à peine était-elle apaisée sur un point qu'elle renaissait dans Tarsous et Adana. Piri-Béi, gouverneur de cette dernière ville, rétablit Vordre par des mesures sages et vigoureuses.
L'année suivante, une nouvelle m- 9* livraison. (Turquie.)
surrection plus sérieuse éclata en Karamanie; Kalender-Oghlou, descendant du cheikh Hadji - Rektach , se mit à la téte d'un grand nombre de derviches, d'abdals, dekalenders, et parvint à soulever une partie du peuple. Plusieurs affaires successives eurent lieu avec des avantages alternatifs; enfin Kalender-Oghlou , avant complètement battu Behram-Pacha , beïler-beï d'Anatolie, auquel s'étaient réunis les gouverneurs delà Karamanie et d'Alep, le grand vézir résolut de mettre un terme à la rébellion. Ibrahim s'avança jusqu'à Elbistan avec trois mille janissaires et deux mille sipahis, et, après avoireu l'adressede détacher de la cause de Kalender-Oghlou les tribus Tchitcheklu,Aktchè-Roïouniu, Masdlu et Bozoklu , il attaqua les insurgés réduits à leurs seules forces, et les anéantit sans peine. La téte de Kalender-Oghlou, et celle de Wèli-Dumdar, autre chef de la révolte, furent apportées au grand vézir. Ibrahim- Pacha voulut d'abord punir le beîler-beï d'Anatolie et les beis de l'Asie Mineure , qui s'étaient laissé vaincre à Tokat par des derviches et des misérables à demi-nus; mais il se laissa fléchir par les paroles de Muhammed-Beï , gouverneur d'Itch- Yil, qui, en offrant sa téte en expiation de ces revers, les attribua à la folle présomption qui avait fait négliger, avant la bataille, d'implorer l'aide de Dieu et de consulter 1 expérience des vieillards.
A tous ces troubles politiques succéda une agitation religieuse causée par les prédications publiques d'un membre du corps des oulémas , nommé Kabiz, qui soutenait la prééminence de la loi de Jésus-Christ sur celle de Mahomet. Amené devant les kazi-askers de R ou mi lie et d'Anatolie, le novateur établit avec force son opinion par le parallèle du Coran et de l'Évangile. Ses juges, irrités de ne pouvoir réfuter ses arguments, coupèrent court à la discussion en le condamnant a moi t, et accompagnèrent ce jugement de mille injures contre l'hérésiarque. Le grand vézir, indigné de cette procédure inique, prit la pa-
iao . L'UNI
rôle, et dit d'un ton sévère aux magistrats que la violence n'était pas Tanne dont aevaient se servir des oulémas; que la doctrine et la loi devaient seules confondre le coupable, qui ne pouvait être condamné à mort qu'après avoir été juridiquement convaincu de son crime. En conséquence , Ibrahim-Pacha renvoya l'accusé de la plainte portée contre lui. Le Sultan, qui avait assisté au divan, caché derrière la jalousie mystérieuse placée au-dessus au siège du grand vezir, entra alors dans la salle , et ordonna que l'affaire fut portée devant le mufti Kèmal-Pacha-Zadè Chems-iiddin-Ahmed-Effendi, et Vistambol-KadiçvfjugedeConstantinople) Sèad-uddin*Ettendi. Ces deux savants magistrats tâchèrent vainement d'ébranler Kabiz; il fut ferme dans ses convictions, et préféra la mort au désaveu de ses principes. Un édit publié à cette occasion défendit, sous peine de la vie , de donner, même dans une simple discussion , la préférence à la doctrine de Jésus-Christ sur celle de Mahomet.
Peu de temps après la condamnation de Kabiz, la maison d'un musulman fut attaquée par des malfaiteurs qui mirent à mort tous ceux qui l'habitaient, et s'emparèrent de I argent et des effets. Des Albanais furent soupçonnés de ce meurtre; et comme les auteurs n'en étaient pas connus individuellement, le Sultan ordonna d'arrêter et d'exécuter tous ceux de cette nation qui se trouvaient à Constantinople : nuit cents de ces malheureux expièrent le crime de quelques-uns de leurs compatriotes. Pendant cette sévère exécution, le rebelle Sidi battait , près d'Azir, le sandjak-beï Ahmed, et, après avoir brûlé Aïas et ravagé le district de Ririndi, se réunissait a un autre chef de révoltés appelé Indjir, et assiégeait le fort de Sis. Piri-Beï sauva la citadelle, soumit les insurgés, fit leurs chefs prisonniers et envoya leurs têtes au Sultan. Sidi seul fut épargné, mais ce fut pour subir plus tard le trépas ignominieux réservé aux malfaiteurs : amené vivant à Constantinople3 il y fut pendu par ordre de Suleiman.
ERS
Pendant le mois de cha'ban 934 (mai 1528), le mol h et le kadi d'Alep , victimes d'une émeute populaire, furent massacrés dans la mosquée, au moment de la prière du matin. A la réception de cette nouvelle, le Sultan, révolte d'un tel sacrilège, ordonna, dans un premier mouvement, de passer tous les habitants d'Alep au fil de l'épée. Mais Ibrahim-Pacha usa de son ascendant sur son maître pour lui faire révoquer cet ordre cruel; les chefs seuls de l'émeute furent punis de mort; les autres coupables furent exilés à Rhodes. Le Sultan, dans son impartiale justice, après avoir châtié la révolte, voulut aussi frapper les grands dont la conduite odieuse soulevait les haines populaires. Convaincus de malversations , sept fonctionnaires du sandjak de Scutan , et le gouverneur Bali-Beï lui-même forent condamnés au supplice de la corde , et exécutés par deux tchaouchs envoyés de Constantinople.
Cette même année (934-1528) fut signalée par la conquête de diverses forteresses en Esclavonie, en Bosnie et en Croatie, et par les ambassades de Jean Zapolya, et de Ferdinand, frère de Charlés-Quint, qui lui avait cédé la souveraineté de la Hongrie et de l'Autriche. Les deux prétendants au trône se rencontrèrent dans la plaine de Tokaï : Zapolya fut vaincu. Alors ce prince implora le secours de son beaupère Sigismond, roi de Pologne, et envoya, dans le même but, un ambassadeur au Sultan. Jérôme Lasczkv, palatin de Siradie, chargé de cette mission difficile, parvint, par son adresse et son activité, à conclure un traité d'alliance entre la Hongrie et la Porte. L'adroit négociateur reçut, à son audience de conçé, quatre vêtements d'honneur et dix milie aspres.
Ferdinand , ayant appris le résultat de l'ambassade de son concurrent, adressa à son tour des plénipotentiaires au Sultan; mais le Grand Seigneur, s'irritant des réclamations exagérées de Ferdinand et de l'orgueil de ses envoyés , les retint captifs pendant neuf mois. En leur rendant la liberté, il leur adressa ces paroles ironiques:
« Votre maître n'a pas eu encore avec « nous des rapports d'amitié et de « voisinage, mais il en aura bientôt.
« Dites-lui que j'irai le trouver avec « toutes mes forces , et que je lui don- « nerai moi-même ce cm'il demande.
« Qu'il se prépare donc a notre visite. »
Trois jours avant de donner aux ambassadeurs autrichiens leur audience de con.«>é, Suleïman avait nommé Ibrahim - Pacha sèrasker de toutes les armées ottomanes, et lui avait assigné trois millions d'asprcs de traitement annuel. Il lui fit présent à cette occasion de trois pelisses d'honneur et de neuf chevaux, dont un portait un arc, des (lèches, et un sabre enrichi de pierres précieuses. Le grand vézir reçut encore six queues rie cheval, deux étendards rouges, deux raves, et trois blanc, vert et jaune.
Le 10 nul l.">29, une armée de deux cent cinquante mille hommes partit de Constant inople sous les ordres du Sultan; elle amenait avec elle trois cents bouches à feu. Un camp est établi dans une vaste plaine près de Filibè (Phiîippopolis); mais les pluies ayant fait déborder la Marizza, toutes les positions des Ottomans furent inondées: un grand nombre de soldats se noyèrent, d'autres se réfugièrent sur les arbres qui s'élevaient au-dessus des eaux , et y passèrent deux jours et deux nuits. Enfin, après une marche des plus pénibles, l'armée parvint à gagner Mohacz, où Zapolya vint rendre hommage au Sultan. La réception du roi de Hongrie se fit avec la plus grande solennité: Suleïman était assis sur son trône; derrière lui étaient les janissaires; à droite, les troupes de Roumilie et les sipahis; à gauche, les silihdars et l'armée d'Anatolie; plus loin, on voyait les écuyers, les fourriers, les solaks (gardes du corps) et les agas de la cour et de l'armée: enfin la tente était gardée à l'extérieur par une haie de janissaires. Lorsque Zapolya se présenta, le Sultan se leva, fit trois pas, lui présenta la main, que le prince baisa, et le fit asseoir à la droite du trône. Zapolya , en prenant congé de Suleïman , reçut en présent
quatre riches kaftaus et trois superbes chevaux revêtus de housses d'or.
Bude était tombée de nouveau au pouvoir de Ferdinand. Le Sultan vint mettre le siège devant cette ville, qui se rendit au bout de six jours et sans attendre même l'ouverture de la brèche.
La garnison eut la permission de se retirer en toute sûreté avec armes et bagages; mais les janissaires, trompés dans l'espoir du pillage qu'ils attendaient, insultèrent les'vaincus et leur reprochèrent leur lâcheté. Un soldat allemand ne put supporter cet affront , et passa son épée au- travers du corps d'un janissaire. Furieux à cette vue, ses compagnons d'armes se jettent sur la garnison et la massacrent presque tout entière, sans égard à la capitulation ; quelques soldats seulement parvinrent à s'échapper.
Sept jours après la reddition de Bude, Zapolya tut mis en possession du trône de- Hongrie par le segbanbachi (l'un des chefs du corps des janissaires), qui, en récompense, reçut du nouveau roi deux mille ducats :
mille autres ducats furent distribués aux janissaires de l'escorte. Après cette cérémonie, le Sultan et Zapolya partirent pour Vienne. Avant de se mettre en marche, Suleïman donna audience à l'ambassadeur du prince Boghdan, qui offrait au Sultan ta suzeraineté de la haute et basse Moldavie (*). Le Grand Seigneur reçut très-gracieusement l'envoyé de Boghdan , lui accorda des conditions honorables, et signa l'acte de sa main. Le prince moldave vint alors au-devant de Suleïman, à qui il offrit quatre mille écus d'or, vingt-quatre faucons et quarante juments pleines, s'engageant, en signe de soumission féodale, à ce tribut annuel. Le Sultan flt le plus grand accueil à son nouveau vassal, lui donna un cucca (**) enrichi de pierreries , un su
(*) Cette contrée a conservé, en turc, le nom du prince qui avait reconnu le premier la suzeraineté otiornane : Boghdan- frilaïèti, la province de Boghdan.
(**) Ornement de téte fait de plumes d'«litraehe , réservé au* princes de Molda-
L'UNIVERS
perbe cheval , et le khyt'at-fakhirè ou robe d'honneur du plus haut prix ; il le fit ensuite accompagner par quatre de ses gardes, cérémonial qui s est conservé en l'honneur des princes de Moldavie lorsqu'ils viennent à la cour des Sultans.
Vers la fin de l'année 936 (1529), les premiers corps d'ekindjis arrivèrent sous les murs de Vienne et firent quelques prisonniers. Le 23 de muharreni 937 (27 septembre), Suleïman campa dans le village de Simmering :
la tente impériale , soutenue par des colonnes à chapiteaux dorés , était tapissée intérieurement de drap d'or.
Autour veillaient douze mille janissaires : cent vingt mille hommes , quatre cents pièces d'artillerie composaient les forces de l'armée assié-
Î;eante; vingt mille chameaux portaient es bagages. Une flottille de huit cents petits navires, sous les ordres du voïvode Kaçim , stationnait sur le Danube. A cette formidable armée , les assiégés n'avaient à opposer que seize mille hommes , soixante et douze bouches à feu, des remparts sans batteries et de six pieds seulement d'épaisseur ( * ) : mais l'ardeur des soldats allemands, doublée par leur haine contre les Osmanlis, le courage et l'habileté des chefs , compensaient l'infériorité des moyens de défense. Pendant que la flotte ottomane remontait le Danube en incendiant les rives , les assiégés , dans de vigoureuses sorties, faisaient éprouvera Pennemi des pertes
vie et de Valachie : chez les Ottomans, le buluk-agaci (colonel) et le segban - bachi ( lieutenant-colonel ) avaient seuls le droit de le porter. Un plus petit cucca était la coiffure des solaks (gardes du corps).
(*) On ne peut s'empêcher de remarquer que ce nombre d'hommes et ces moyens de défense, ne soient bien faibles pour lutter contre des forces aussi considérables que celles qu'on vient d'énuraérer du côté des assiégeants ; et il est difficile de croire que dans cette circonstance, les historiens allemands n'aient point été infidèles à la stricte vérité, par amour-propre national et pour augmenter la gloire de la résistance.
de plusieurs centaines d'hommes, et contre-minaient les travaux des assiégeants sous la porte de Carinthie et le couvent de Sainte-Claire. Divers assauts sanglants eurent lieu ; plusieurs mines jouèrent et firent dénormes brèches aux remparts; mais la brave garnison de Vienne , excitée par l'exemple de ses chefs, opposa partout une résistance invincible; en vain Ibrahim- Pacha, le beîler-beï d'Anatolie, et l'aga des janissaires essayaient-ils de ranimer, à coups de sabre et de bâton . le courage chancelant de leurs troupes ; rebutés par la défense opiniâtre des assiégés, les soldats musulmans répondaient qu'ils aimaient mieux périr de la main de leurs maîtres que de celle des infidèles. Enfin le Sultan, voyant le découragement de son armée, et redoutant pour elle les pluies orageuses d'automne , se décida à lever le siège le 10 safer 935 (14 octobre 1529). Les janissaires , en se retirant, brûlèrent ou massacrèrent la plupart de leurs prisonniers, n'épargnant que ceux à la fleur de l'âge et de la beauté.
Cet échec est le premier qu'ait essuyé Sultan - Suleïman ; aussi s'efforça-t-il de le changer, aux yeux de ses soldats , en une victoire dont sa générosité ne voulait pas abuser. Dans un
§rand divan, tenu à peu de distance e Vienne , il distribua des présents aux troupes, comme si elles avaient vaincu et qu'il les récompensât de leur triomphe. Les janissaires eurent plus de deux cent quarante-six mille ducats ; le grand vézir reçut cinq bourses d'or, de cinq cents piastres l'une, quatre kaftans et un sabre étincelant âe pierreries.
Ibrahim-Pacha , n'ayant pu réduire par la force la capitale de 1 Autriche, eut recours a la trahison. Trois soldats allemands, qui avaient passé dans les rangs ottomans, se laissèrent gagner par l'or qu'il leur distribua : ils pénétrèrent dans Vienne comme des prisonniers échappés aux musulmans :
ces transfuges devaient mettre le feu à la ville , et y introduire ensuite un corps d'armée ennemi. Les dépenses extraordinaires qu'ils faisaient éveil-
lèrent les soupçons : In torture leur arracha l'aveu dé leur projet criminel.
Le grand vézir, perdant tout espoir de s'emparer de Vienne, pressa 1a marche de l'armée. Le 25 safer (29 octobre), le Sultan reçut, près de Bude , les félicitations dé Jean Zapoiya , et lui fit présent de trois chevaux avec des chaînes et des mors d'or massif , et de dix kaftans. L'empereur ottoman continua ensuite sa route , et arriva, le 10 novembre, à Belgrade.
Pereny , gardien de la couronne royale de Hongrie, avait été fait prisonnier avant le siège de Bude; ce fut lui qui fut chargé , conjointement avec Louis Gritti et Simon Athinaï, de la remettre à Zapolya. Le Sultan annonça au doge de Venise ravénement du nouveau roi de Hongrie, et parla de la campagne de Vienne avec une grande exagération , dans l'espérance de faire croire qu'elle avait été tout à son avantage : c'était cependant devant cette capitale que les troupes jusqu'alors invincibles de Suleïman avaient éprouvé le premier échec. Elles cherchèrent à s'en venger par le pillage et les excès les plus horribles : vingt mille chrétiens périrent ou furent faits prisonniers ; mais la perte de l'armée ottomane s'éleva à quarante mille hommes. Le Sultan rentra à Constanti copie le 16 décembre.
De retour dans sa capitale, Sultan- Suleïman s'occupa de célébrer avec la plus grande pompe la cérémonie de la circoncision de ses trois fils, Moustapha , Muharamed et Sèlim. Des invitations furent envoyées aux grands et aux gouverneurs de l'empire, ainsi qu'au doge de Venise , qui , à cause de sou grand âge, se fit représenter par l'ambassadeur Mocenigo.
Le 27 juin t530, le Sultan, à cheval et entouré de sa cour, se rendit à la place de l' Hippodrome : un trône éblouissant, surmonté d'un baldaquin d'or et soutenu par des colonnes de lapis , y avait été élevé sur de riches tapis, au milieu de tentes d'une rare magnificence. Trois semaines furent consacrées aux réjouissances publiques:
les repas somptueux , des assauts si-
mulés , des passe-d'armes et des luttes exécutées par des mamlouks . des feux d'artifice , des danses , des concerts , des jeux de toute espèce signalèrent ces fêtes mémorables. Des pyramides de pièces de viande, élevées sur la place publique , furent abandonnées au peuple. Suivant un auteur musulman, on y voyait des veaux et même des boeufs entiers : « et , lorsque la popu- « lace se précipita sur ces animaux , il « sortit de leurs flancs une nuée de « corbeaux et d'oiseaux de proie , des « chiens , des chats , des lièvres , des « renards , des loups , et jusqu'à des « chacals, qui se ruèrent sur la foule, « aux grandes acclamations des spec- «» tateurs. >» Des présents d'une magnificence inouïe furent offerts au Sultan par le grand vézir et d'autres hauts personnages : on remarquait, parmi ces cadeaux , des plats de lapis , des coupes de cristal , des assiettes d'argent pleines de nièces d'or, des tasses d'or remplies de pierres précieuses, des porcelaines de Chine, de beaux chevaux turcomans , des esclaves éthiopiens , hongrois , grecs et arabes , et des fourrures de Tatarie. Un historien oriental nous a transmis le récit d'une de ces flatteries adroites au moyen desquelles Ibrahim-Pacha avait , su si bien gagner l'amitié de son maître : « Quelles ont été les plus belles fêtes « à ton avis , demanda le Sultan à son « favori ; celles de tes noces avec ma « sœur , ou celles de la circoncision de « mes fils? — Il n'y a jamais eu et il « n'y aura jamais de fêtes comme celles « de mes noces , répondit Ibrahim. — « Que veux-tu dire? répliqua Suleïman , « étonné de la liberté de ce langage. — « Ta Hautesse , reprit le fin courtisan , « n'a pas eu , comme moi , pour con- « vive le padichâh de la Mecque et de « Médine, le Salomon (Suleïman) de « notre époque. — Sois donc mille fois « loué, dit alors Suleïman charmé, tu <• m'as rappelé à moi-même. »
Trois mois après la cérémonie de la circoncision , deux envoyés de Ferdinand, le chevalier Jurischitz et le comte Lamberg de Schneeberg , arrivèrent à Constantinople. Us furent
L'UNIVERS
d'abord reçus par le grand vézir, qui leur dit que la paix était impossible tant que Ferdinand ne renoncerait pas à la couronne de Hongrie et que Charles-Quint ne quitterait point l'Allemagne pour se retirer dans la Péninsule. Les ambassadeurs cherchèrent à le gagner en lui offrant des sommes considérables : Ibrahim - Pacha fut incorruptible, mais il leur promit d'obtenir pour eux une audience du Sultan. En effet, huit jours plus tard ils furent introduits dans le sérail , et remirent leur demande , écrite en latin, au Grand Seigneur, après lui avoir adressé un discours en langue allemande, qui fut d'abord traduit en latin par l'interprète de l'ambassade , et ensuite en turc par le drogman de la cour. Le surlendemain Ibranim-Pacha les fit appeler , et leur notifia que jamais son maître ne rendrait la Hongrie, dont il n'avait fait la conquête que sur les instances du roi de France (*) , avec qui il avait fait al-
(*) Il existe deux lettres curieuses de Sultan-Suleïman à François 1er : la première est relative aux secours que ce prince, prisonnier de Charles-Quinl, demandait au Sultan ; la seconde a rapport aux intérêts des chrétiens de Jérusalem. Ces deux pièces respirent la plus noble bienveillance pour le monarque captif et pour ses sujets. Voici ces deux monuments historiques, qui existent aux Archives du royaume et à la Bibliothèque du roi à l'aris.