SULTAN-MUR AD-KH AN III , FILS DB SULTAN- SÈLIM-KHAN II
Neuf jours après la mort de Sultan- Sèlim, le 7 ramazan 982 (21 décembre 1574), son fils aîné Murad arrivait à Constantinople. Il avait quitté Magnésie, et était venu s'embarquer à Moudania, sur la rive méridionale de la met de Marmara. La nuit même
de son entrée au sérail il fit étrangler ses cinq frères; le lendemain , il reçut les hommages de tous les officiers de sa maison; lorsque cette cérémonie fut terminée, ceux-ci, rangés silencieusement autour du sultan , attendirent avec anxiété qu'il leur adressât la parole. C'est une superstition trèsaccréditée chez les musulmans, comme autrefois chez les Grecs et les Romains , et même encore parmi les nations modernes , que les premiers mots prononcés par le nouveau monarque pronostiquent infailliblement le bonheur ou le malheur de son règne. Aussi ce fut avec la plus grande tristesse que les courtisans entendirent sortir de la bouche de Murad ces naroles de mauvais augure : « fai faim ; qu'on me « donne à manger! » — Une famine qui affligea cette même année Constantinople et diverses provinces de l'empire, vint confirmer cette opinion populaire; et les guerres et les dissensions intestines qui rendirent si désastreux le règne de Murad III , ne firent que donner plus de force aux préjugés dominants.
Après les prières des funérailles , le corps de Sèlim II fut inhumé à Sainte- Sophie, et huit jours plus tard ses cinq fils furent déposés à ses pieds.
Le Sultan, qui les avait fait périr, distribua des aumônes et lit psalmodier le Coran pour le salut de leurs âmes.
Les janissaires et les autres troupes reçurent ensuite cent dix bourses d'or.
Diverses promotions et quelques destitutions eurent lieu ; et quatre cents
(>risonniers chrétiens furent mis en iberté.
Le premier acte administratif de Sultan-Murad fut une ordonnance qui interdisait aux musulmans l'usage du vin (*) : elle fut provoquée par l?inso-
(*) Cette mesure est analogue à ce qui se passe dans d'autres États , où il est d'usage à l'avènement d'un prince, de recommander aux peuples une observation plus sévère des lois et des prescriptions religieuses; on l'a même vu récemment dans la Grande- Bretagne, lorsque la reine Victoire est montée sur le trône (1837). Les plus
lence de quelques janissaires ivres , qui apostrophèrent le Sultan un jour qu'il passait devant la taverne où ils buvaient. Habitués à la licence du règne de Sèlim D, les soldats s'irritèrent de cette prohibition , maltraitèrent le soubaclti (prévôt), et menacèrent le grand vézir et même le Sultan. Cette audace intimida Murad , qui révoqua son édit , à condition que les troupes ne troubleraient pas la tranquillité publique ; mais il punit l'aga des janissaires de l'indiscipline de ses soldats ; ce chef fut destitué et remplacé par un renégat italien, qui avait transformé son nom de Cicala en celui de Djighala.
Les relations diplomatiques avec les diverses puissances européennes continuèrent activement sous le nouveau règne : les anciennes capitulations avec Venise furent confirmées; la Pologne , sur la recommandation de Murad , choisit pour roi le voïvode de Transylvanie Bathory ; l'empereur d'Allemagne envoya le présent d'usage; et, trois mois plus tard, son ambassadeur reçut, de la part de Murad, la ratification du traité de paix (juillet 1575). Les impériaux restèrent maîtres de Kallo , et les Ottomans des quatre châteaux de Fonyod , Diveny , Kekkoe et Somosko. La France seule, gouvernée alors par Henri III, qui venait d'abandonner le trône de Pologne , ne conserva pas l'amitié de
glorieux ancêtres de Sultan -Murad III lui avaient donné un exemple imité par ses successeurs ; et la prohibition des liqueors ferment ces (muskirat), prescrite par le Coran , est jugée devoir être le premier acte du khalife, le conservateur naturel de la pureté de la foi, et le modèle des bonnes mœurs publiques, auxquelles l'usage de ces liqueurs porte de si graves atteintes. Nous ne pouvons pas nous dissimuler que chez les chrétiens, l'abus des boissons plus ou moins alcooliques, avantageux sous beaucoup de rapports à l'État et aux particuliers, est trop souvent la source de crimes , de démoralisation et de désordres affreux. Or chez les musulmans l'usage devient abus immédiat ; et ce fait peut expliquer la rigueur théorique de leur loi.
la Porte, et Tévêque d'Acqs, chargé d'affaires français, quitta Constantinople.
Cependant , malgré le traité conclu avec Maximilien, les hostilités entre l'Autriche et la Porte n'en continuaient pas moins : les beïs de Gran et de Stuhlweissenbourg menacèrent Ujvar et Palota; quelques villages furent brûlés , et les environs de Papa et' Dotis saccagés jusqu'à Kopraïnis. Les sandjak-beïs de Pakariz , d'Huina, de Poschega, de Bosna-Sèraï, et l'alaï-beï de WelTaï , réunirent deux mille hommes , battirent le brave capitaine de la Car ti i oie, Herbaert, baron a'Auersperg, qui fut pris et eut la tête tranchée; cette tête et celle d'un autre chef figurèrent dans l'entrée triomphale de Ferhad-Beï à Constantinople ; elles furent ensuite achetées au bourreau par le baron d'Ungnad , ambassadeur de l'empereur, qui les envoya dans la Carniole , où elles furent inhumées.
A ces violations du traité de paix qui signalèrent le début du règne de Murad", vinrent se joindre les violations du droit des gens. Sous prétexte d'espionnace, le drogman de Venise fut chassé du divan , et celui de France fut obligé, pour sauver sa tête , d'embrasser l'islamisme; un autre agent étranger , Dominique Mossbach , de Tubingue , conduit au divan la chaîne au cou, y reçut cinquante coups de bâton.
L'empereur Rodolphe ayant succédé, en 1576, à Maximilien, renouvela pour huit années la trêve avec la Porte ( 1er janvier 1577 ), ce qui n'empêcha pas les Ottomans de se livrer sur les frontières à de continuelles incursions que l'archiduc Charles, gouverneur de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole et du cercle de Goritz, prit le parti de repousser avec vigueur, sans égard au traité , qui n'existait plus , pour ainsi dire, que de nom. Malgré ces sanglants démêlés, la trêve ne fut
()as considérée comme rompue , et 'Autriche envoya le présent annuel d'usage, que la Porte s'obstinait à regarder comme un tribut. Par Vin*