‹ TurquieChapitre 39 sur 78 · GG · texte numérisé non relu

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L'UNIVERS

fluence directe de cette dernière puissance , le voïvode Etienne Bathory avait échangé son duché de Transylvanie contre le trône de Pologne ; un traité fut conclu avec le nouveau roi , le 14 décembre 1676. D'après cet acte, la Pologne devait être à l'abri des incursions des Tatares, oui n'en continuèrent pas moins à dévaster le territoire polonais. Aux plaintes des ambassadeurs de Bathorv, le Sultan répondit par des récriminations sur les ravages de quelques chefs polonais aux frontières de la Moldavie , et tout resta de part et d'autre dans le même état.

Venise et Florence renouvelèrent leurs capitulations avec la Porte. L'Espagne présenta au divan , le 7 février 1578 (un de 985 ; , un projet de trêve, qui ne put être signé qu'après cinq ans de négociations. En 1579, la reine Elisabeth d'Angleterre brigua l'amitié de Sultan-Murad , et en obtint un traité de commerce favorable à la Grande-Bretagne. L'année précédente, quelques modifications avaient été apportées aux capitulations conclues avec la France quarante-cinq ans auparavant ; enfin la Suisse chercha à établir des rapports avec l'empire ottoman , qui accueillait très-bien les propositions que lui faisaient les diverses puissances chrétiennes, d'abord en vertu du grand principe de la politique ottomane : la Sublime Porte est ouverte à tous ceux qui viennent y chercher secours, mais surtout à cause des embarras occasionnés par les préparatifs de la guerre avec la Perse.

En 1578 , le chérif de Fez , Muleï- Abdul-Mèlik , soutenu par une flotte et une armée ottomanes , remporta à Wadi-us-Seïl (Vallée du Torrent) une victoire complète sur Muhammed-Ai- Moustanser et sur les Portugais ses alliés , commandés par le roi Sébastien, qui périt dans cette journée ainsi qu'Al-Moustanser. A la réception de cette nouvelle, Muleï-Abdul-Melik étant mort de joie , suivant l'assertion d'un historien oriental , son fils Muleï- Ahmed lui succéda, et envoya à Sultan- Murad un ambassadeur chargé de ri-

ches présents. Cette même année fut signalée par plusieurs événements malheureux , attribués à l'influence d'une comète apparue en 1577 ; la peste ravagea Constantinople et l'Italie, et la mort enleva le mufti Uamid , le kapoudan-pacha Pialè, la sœur de Murad et sa tante Mir-mah- Sultane; mais le plus grand malheur pour l'État fut la fin tragique du grand vézir Muhammed Sokolli, le plus remarquable de tous les ministres ottomans , le soutien du trône sous les règnes de Suleïman et de son fils Sèhm. Lui seul, malgré le peu de faveur dont il jouit auprès de Murad , sut retarder la décadence de l'empire , qui ne laissa voir sa faiblesse que lorsque cette main puissante ne tint plus les rênes du gouvernement. Sokolli périt sous le fer d'un assassin , qui l'aborda déguisé en derviche, et le frappa au moment où il tenait le conseil du soir; le meurtrier, mis à la torture, ne fit aucun aveu , et fut écartelé. On attribua ce crime à une vengeance personnelle, pour mieux en cacher peut-être la véritable source. Muhammed-Sokolli avait été pendant quatorze ans à la tête des affaires ; les littérateurs et les savants trouvaient en lui un puissant protecteur, et lui dédièrent leurs ouvrages les plus remarquables ; il a attaché son nom à un grand nombre de fondations d'utilité publique ou de niété.

Le célèbre roi de Perse, (Jbâh- Thahmasp, avait été empoisonné en 984 (1576) : sa mort fut l'occasion de troubles intérieurs et de rivalités sanglantes. Le vieux prince avait inutilement voulu léguer sa couronne à son cinquième fils Uaïder : ce dernier ne régna que quelques heures et tomba , la nuit même de la mort de son père, sous le poignard des esclaves du prince tcherkesse Cuemkhal. Châh-Ismaïl lut succéda, et fut étranglé, après un règne tyrannique de dix-huit mois. Les vézirs Sinan-Pacha et Moustapha-Pacha décidèrent le Sultan à la guerre avec la Perse, en lui donnant l'espoir que les troubles qui agitaient ce pays lui permettraient de s'en emparer plus iacilement. Moustapha-Pacha fut nommé

sèrasker, et remporta, le fi djèmaziul-oukhra986 (23 juillet 1578), devant le petit château de Tchildir, une victoire éclatante sur Tokmak-Khan. A la suite de cette bataille, Moustapha- Pacha marcha sur Tiflis, capitale de la Géorgie : de là, il se rendit sur les bords de la rivière de Kanak, la traversa avec peine, et remporta, le 6 rèdjeb (8 septembre),une seconde victoire sur les Persans. Dans leur effroi , les vaincus s'étant précipités en foule sur le pont de Kanak qui s'écroula sous le poids , un grand nombre d'entre eux se noyèrent^ La ville de Chèki se rendit ensuite aux Ottomans : la Géorgie (Gurdjisian) fut conquise et partagée en quatre provinces, dont le gouvernement fut conGé à autant de beïler-beïs : Ouzdèmir-Osman-Pacha , le conquérant de l'Yémen, commanda dans le Chirvan ; Muhammed-Pacha eut Tiflis; Haïder-Pacha Soiikoum , et le fils de Lewend le Gurdjistan proprement dit ou Kakhèti. Quatre armées persanes se mirent en marche pour reprendre les pays tombés au pouvoir des Ottomans : Ouzdèmir-Osman-Pacha , après un combat de trois iours, remporta une victoire signalée sur l'ancien gouverneur de Cnamakhi , Eres-Khan, qui fut fait prisonnier : le sèrasker écrivit lui-même à Osman pour le féliciter de ce triomphe. Un nouveau succès illustra encore les armes d'Ouzdèmir- Osman, qui battit le prince persan Hamzè. Mais bientôt la rigueur de l'hiver obligea les Ottomans à quitter Chirvan et à se retirer à Derbend. Sur l'ordre de Sultan- Murad, Moustaplia- Pacha reconstruisit la forteresse de Kars, qui protégeait la frontière de la Géorgie, et prit ses quartiers d'hiver à Erzroum. L'ancien seigneur de Tiflis, Simon Louarsab, soutenu par dix mille hommes que commandait Imam-Kouli*Khân, fils de Chemkhal, profita de l'inaction du sèrasker pour attaquer cette capitale, dont la garnison, décimée par une cruelle famine, fut réduite à sept cents hommes. Haçan«Pacha , fils du grand-vézir Sokolli, parvint à ravitailler Tiflis , et la conserva ainsi aux Ottomans.

Au moment de la mort de Muhammed-Sokolli, Sinan -Pacha et Moustapha-Pacha espéraient l'un et l'autre le remplacer ; mais le Sultan avait trompé leur attente en nommant pour son premier ministre le second vézir Ahmed : au bout de six mois, ce dernier avait déjà perdu la faveur de son maître, et remettait le sceau de l'empire à Sinan. Moustapha-Pacha , désespéré de voir lui échapper une seconde fois l'objet de son ambition , s'empoisonna : suivant quelques auteurs, il mourut de maladie ( 25 djèmazi-ul-oukhra 988, 7 août 1580). Son heureux rival, Sinan, lui succéda dans le commandement de l'armée d'expédition contre la Perse; mais en 990 (1582), il fut remplacé lui-même par Siawouch - Pacha et envoyé en exil à Dèmotika. Sa chute fut la suite du reproche qu'il osa faire au Sultan de ne pas se mettre luimême à la tête des troupes , grief auquel se joignit le soupçon de s'être laissé corrompre par les* présents d'Ibrahim-Khan, ambassadeur du châh de Perse. Ferhad-Pacha fut élevé de la dignité de béïler-beï de Roumilie à celle de vézir, et eut aussi le commandement de l'armée d'invasion ; il partit pour la Perse avec des forces considérables et dix mille ouvriers, dont il se servit pour relever les fortifications à demi ruinées de la ville d'Érivan.

L'inaction complète dans laquelle il demeura pendant la campagne suivante, mécontenta les troupes et lui valut une disgrâce méritée.

A la fin d'avril 1583 (rebi'-ul-akhir 991), les Ottomans sous les ordres d'Osman-Pacha, et les Persans commandés par Ïmam-Kouli-Khan, gouverneur de Ghendjè, se livrèrent, sur les bords du Samour, un combat acharné :

après avoir lutté toute la journée sans avantage marqué de part ni d'autre, les deux armées, dans la fureur qui les animait, continuèrent le combat après le coucher du soleil, avec une telle frénésie, que pour dissiper l'obscurité de la nuit, des torches furent allumées et la mêléese prolongea jusqu'au lendemain ; cette circonstance lui lit donner le nom de bataille des

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