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torches. Les quatre jours suivants se passèrent de chaque côté en manœuvres stratégiques; le cinquième jour les Ottomans , cernés par les Persans , se firent passage au milieu d'eux et les mirent en déroute. Trois mille prisonniers et une pyramide de têtes furent les trophées de la victoire des Osmanlis. Après cette glorieuse campagne, Osman-Pacha fit reconstruire le château de la ville de Chamakhy, nomma Dja'fer-Pacha kaïm-mèkam (sous-gouvcrneur) du Daghistan, et songea à opérer sa retraite : inquiété dans sa marche par les Russes , il parvint entin à gagner Kaffa à travers les steppes du Kouban, non sans avoir eu à souffrir de la disette, du froid et des attaques de l'ennemi.

Pendant cette expédition en Perse , Osman-Pacha s'était plaint plusieurs fois du khan de Crimée, Munammed- Gheraï, surnommé sèmiz (le gras), qui, malgré ses protestations d'attachement et de fidélité envers les Ottomans, ne leur avait pas envoyé le moindre secours. Le Sultan, irrité de ce manque de foi , déposa le khan et nomma à sa place son frère Islam- Gheraï, oui jusqu'alors avait vécu à Konia, aans l'ordre des derviches mewlewis ; mais Muhammed - Gheraï n'était pas homme à se laisser déposséder sans résistance. Il se mit à la tête de quarante mille cavaliers et bloqua Osman -Pacha trop faible pour hasarder la bataille. Heureusement

Jour ce dernier, l'arrivée en Crimée u nouveau khan ayant rallié les anciens partisans de Muhammed-Gheraï, celui-ci, abandonné de tous, s'enfuit avec une escorte peu nombreuse, et fut tué par son frère Alp-Gheraï.

Osman-Pacha, délivré par cet incident du danger qui le menaçait, retourna à Constantinople, où il fit une entrée triomphale, en juillet 1584 ( rèdjeb 992). Sultan-Murad, dérogeant même à l'étiquette de la cour, le reçut en audience particulière dans le pavillon appelé Ycui-Kiochky, situé sur le Bosphore, et voulut entendre de sa propre bouche le récit de ses exploits. Sa Hautesse l'invita par trois rois à s'as-

seoir sur Vihram (tapis) dressé devant le sopha, et lui demanda la relation de ses campagnes en Perse et en Crimée. Osman obéit : il raconta d'abord les détails de sa victoire sur Éres- Khan ; Murad en fut si enthousiasmé qu'il l'interrompit en s'écriant : « Très- « bien , mon cher Osman ! on ne peut « assez applaudir à ton zèle et a ta « valeur. » A ces mots , prenant la plume de héron, garnie de brillants, qui ornait son turban, il l'attacha de sa propre main à celui du vézir. Au récit de la défaite de Hamzè-Mirza , Murad tirant de sa ceinture- sou poignard incrusté de diamants, le passa encore lui-même à celle d'Osman. La relation de sa victoire sur Imam- Kouli - Khan lui valut une seconde plume de héron, plus riche que la première; et enfin lorsque Osman eut rendu compte de ses opérations militaires en Crimée et de la mort du rebelle Muhammed -Gheraï -Khan , le Sultan, transporté de joie, leva les mains vers le ciel et donnant mille bénédictions au vainqueur : « Sois à « jamais , lui dit-il , dans la grâce d'Aï- « lah ! Qu'une gloire immortelle soit « ton partage dans ce monde et dans « l'autre ! Puisses-tu, en récompense de « tes talents , de tes services et de ton " zèle pour la religion et l'Etat, at- « teindre un jour a la félicité du fils « d'Affan, le khalife Osman dont tu « portes le nom , et jouir avec lui et « les au très disciples de notre saint pro- « phète , du même rang , des mêmes « pavillons, des mêmes lits, des mêmes « tables , et des mêmes délices dans les « plus hautes régions du paradis ! » A ces mots, sur un signe du Sultan, le kapou-agaci (chef des eunuques blancs) conduisit Osman dans un appartement du sérail, le revêtit d'un habillement; complet du Grand Seigneur, sans oublier le riche poignard et les deux aigrettes qu'il venait de recevoir de Sa Hautesse, et le ramena, sous ce brillant costume, devant le monarque qu'il remercia de tous ses bienfaits et qui lui donna sa main à baiser. Lorsque Osman se retira, le grand écuyer lui présenta un beau cheval richement enhar-.

nacbé ; les étriers étaient d'or massif, et aux deux côtés de la selle on voyait un sabre et un gaddarè (cimeterre) orné de pierreries : il rentra ainsi dans son palais, escorté par un détachement de peïks et de solaks (gardes du corps), et environné de plusieurs officiers du sérail, tous à pied : honneurs inouïs et qui frappèrent d'étonnement la capitale. Dix -huit jours après cette audience remarquable, Osman -Pacha reçut le sceau de l'empire; pour plus de solennité, il lui fut remis en plein divan et en présence de tous les vézirs qui lui baisèrent la main. Arrivé ainsi au comble de la faveur , le nouveau ministre joignit à tous ses titres celui de généralissime de l'armée destinée à envahir l' Azerbaïdjan.

Avant d'entreprendre la relation de la campagne d'Osman-Pacha contre les Persans, nous allons raconter quelques événements d'une moindre importance, qui se passèrent entre la guerre de Géorgie et celle de Perse.

Depuis la mort du grand vézir Sokolli, les relations extérieures de la Porte étaient très-actives. Les Hongrois se livraient sur la frontière à de nombreuses hostilités qui furent l'objet de vigoureuses représailles de la part des Ottomans et des réclamations du Sultan auprès de l'empereur Rodolphe. L'ambassadeur Jacques de Gertniny renouvela, en 1581, les capitulations de la France avec le Grand Seigneur (*), et, par un présent de quelques milliers de ducats, empêcha la fermeture des églises chrétiennes que Sultan-Murad voulait consacrer à

(*) Ce traité accordait à nos ambassadeurs la préséance sur les autres ministres étrangers, et donnait à nos consuU dans les Échelles le même avantage sur les autres consuls européens; l'article qui stipule celte concession est conçu dans les termes suivants : « En faveur des anciennes liaisons

- d'amitié entre les monarques ottomans et « les rois de France , qui ont de lout temps

- été sincèrement attaches à la Sublime •> Porte , et sont , sous tous les rapports , -les plus illustres souverains de la rhr*- : tieoté. »

l'islamisme. L'Espagne signa un armistice d'un an , et le Portugal réclama les secours de la Porte contre Philippe II. En 1583, un envoyé d'Elisabeth, reine d'Angleterre, arriva à Constantinople , et obtint pour les néociants anglais les mêmes privilèges ont les Français avaient d'abord joui exclusivement: Venise , grâce à la protection de la Vénitienne Safiïè-Sultane, surnommée Baffa, à cause du nom de la famille Baffo, à laquelle elle appartenait, maintint ses relations amicales avec l'empereur ottoman. Étienne Bathory, qui devait le trône de Pologne à la puissante intervention du Grand Seigneur, conservait avec lui des rapports pacifiques, qui furent pourtant troublés par la protection que les Polonais accordèrent aux deux frères du khan des Tatares. Le plénipotentiaire russe Philippowsky se rendit auprès du Sultan pour s'expliquer sur les rapports du czar avec les Tatares. Kn Transylvanie, Pierre Tchertchel avait usurpé le trône sur le voïvode Michnè, grâce à l'engagement que prit l'usurpateur de payera la Porte quatre-vingt mille ducats , dont il donna le quart comptant; mais se trouvant dans l'impossibilité d'acquitter le reste de la somme, il fut obligé, au bout de deux ans, de rendre la couronne à son ancien possesseur. Enfin des envoyés tatares et géorgiens , des ambassadeurs de l'empereur de Fez et de Maroc, et du prince des Uzbeks, complétaient la série des relations diplomatiques de la Porte en Europe, en Asie et en Afrique. Sultan-Murad envoya notifier aux divers princes de ces trois parties du monde, et aux gouverneurs de son empire (*), l'époque de la circoncision

(*) La lettre circulaire que Sultan-Murad leur adressa à cette occasion est si curieuse par son style et ses métaphores singulières, que nous croyons devoir la mettre en entier sous les yeux de nos lecteurs :

(Après les titres d'usage, qui varient suivant le rang des personnages )

« Nous vous faisons savoir par ce signe .< impérial, décoré de notre ioughra (chif- ■> fre du G. §») très-noble et très-auguste,

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de son fils Muhamnied , eu les invitant à se rendre aux fêtes mémorables par

« qu'étant d'un devoir sacré et indispensable «< pour le peuple élu , pour le peuple béni, «pour le peuple mahométan, mais parti- « culièreraent pour les sultans , les monar- «ques, les souverains, comme pour les « princes du sang de leur auguste maisou , " de suivre en tout les lois et les préceptes •« de notre saint Prophète, le coryphée de « tous les patriarrhes et de tous les envoyés •« célestes , et d'observer religieusement toul « ce qui est prescrit dans notre saint livre , « où il est dit : Suis les traces a" Abraham

• ton père, de qui tu tiens le grand nom de « musulman; nous avons conséquemment «• résolu d'accomplir le précepte relatif à «• l'acte de la circoncision , dans la personne « du prince Muhammcd, notre dis bien- « aime; de ce prince qui, couvert des ailes

de la grâce céleste et de l'assistance divine, « croit en félicité et en bonne odeur dans •< les glorieuses voies du trône impérial; de » ce prince en qui tout respire la noblesse, « la grandeur et la magnificence; qui, ho- « noré du même nom que notre saint Pro- •' phète, fait l'objet de la plus juste admira-

- lion de notre haute et sublime cour; qui «< est la plus belle des fleurs du parterre de « l'équité et de la souveraine puissance ; le « rejeton le plus précieux du jardin de la « grandeur et de là majesté; la perle la plus

• line de la monarchie et de la félicité su- » préme; enfin l'astre le plus lumineux du « firmament de la sérénité , du calme et du « bonheur public.

« Quant a l'auguste personne de ce prinre,

- la jeune plante de son existence ayant « déjà eu d'heureux accroissements dans le « verger de la virilité et de la force, et le

tendre arbrisseau de son essence faisant déjà un superbe ornement dans la vigne •< des prospérités el des grandeurs, il est « nécessaire que le vigneron de la circonci- « sion porte sur cette plante nouvelle, sur

- ce rosier charmant , sa serpe tr.mchanle « et la dirige vers le bouton (ghontchè) « prêt à s'épanouir, qui est le principe des «facultés reproductives, et le germe des « fruits précieux et des rejetons fortunés « dans le grand verger du khalifat et de la « puissance suprême.

« Cette auguste cérémonie aura donc lieu

- sous les auspices de la Providence, le « printemps prochain, au retour d'uue saison « où la nature rajeunie et embellie offre

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lesquelles il voulait célébrer cet événement. Depuis une année, d'immenses préparatifs avaient lieu pour donner a cette cérémonie une durée et un éclat sans exemple dans les fastes ottomans. Nous emprunterons aux auteurs orientaux les détails les plus curieux de cet acte religieux, dans l'accomplissement duquel Sultan-Murad déploya une magnificence inouïe.

Pour veiller à l'ordonnance de ces fêtes, diverses charges avaient été conférées à plusieurs grands de l'empire :

Ibrahim-Pacha, beïler-beï de Roumilie, fut nommé didundji-bachi (grand maître des noces) ; le beïler-beï ci Anatolie, Dia'fer Aga, remplit les fonctions de cherbetdji-bachi (surintendant des sorbets) ; le kapoudan-pacha, Ouloudj- Ali , celui de mVmar-bachi (surintendant des bâtiments); l'aga des janissaires, Ferhad - Pacha , fut créé chef des gardes; K ara-Bal i-Beï, ancien grand maître de l'hôtel, eut le titre àèmin ( i o tendant), et Hamzè-Beï,ex-nichandji, celui de ?iazir (inspecteur).

La place de l'Hippodrome fut disposée pour cette grande solennité:

une cuisine de cent pas carrés y fui établie. Des kiosques et des loges couvertes étaient destinés au Sultan, à ses femmes et au prince Muhammed.

Un édilice, dont la nase en pierre était surmontée de trois étages en bois, reçut les ambassadeurs étrangers, les agas de la cour extérieure et intérieure, les vézirs, beïs et beïier-beïs. Le ka-

« aux yeux des humains les beautés du pa « radis , et nous fait admirer les merveilles de « la toute-puissance d'Allah. C'est à l'exemple « de nos glorieux ancêtres , qui ont été cons- « tamment fidèles à l'usage de publier ces « solennités dans toute l'étendue de l'ein- » pire , d'y convier tous les grands de l'État, «< et généralement tous les officiers consti- « tués en charges et en dignités, que nous « vous expédions le présent ordre suprême « par NN , pour vous faire les mêmes 110- « lificalions, et pour vous inviter à venir <• participer à l'honneur et à la joie de cette « fôte, qui sera célébrée au milieu des plus « grandes réjouissances. Que le Très -Haut « daigne en bénir le commencement cl la «< lin î etc. »

poudan-pacha et les officiers de marine furent placés dans une longue galerie attenante à cette dernière construction; en face, se trouvaitunegrande tente destinée à la préparation des rafraîchissements. Au centre de la place s'élevaient deux mâts, l'un peint en rouge, l'autre frotté d'huile; ce dernier soutenait un grand cercle garni de plusieurs milliers de lampes, qu'on faisait descendre la nuit pour éclairer l'hippodrome. L'ordre était maintenu

Ear cinq cents hommes revêtus d'haits de cuir et portant des outres gonflées de vent; le capitaine de cette garde grotesque était monté sur un âne recouvert d'une housse en paille, et il amusait le peuple par des bouffonneries.

Le premier juin 1582 (990), le Sultan se rendit du sérail au palais d'Ibrahim- Pacha. Les tchaouchs et les mouteferrikas, revêtus d'habits de drap d'or, les agas de la cour et de l'armée , ouvraient la marche : venaient ensuite les palmes nuptiales, escortées par des janissaires (*).Le prince Muhammed les suivait : il était vétu de satin écarlate brodé d'or; sur son turban se balançaient deux plumes noires de héron ; une émeraude brillait à sa main droite ; à son oreille droite pendait un énorme rubis ; un sabre enrichi de pierres précieuses était passé à sa ceinture, et il portait une masse d'armes d'acier, dont la téte en cristal était taillée à facettes et dorée. Arrivé au palais, le prince baisa la main du Sultan, et une musique bruyante fit retentir les airs.

Trois jours après , les sultanes se rendirent à l'hippodrome : dans leur cortège, on remarquait des prisonniers hongrois et bosniaques qui donnèrent à la fou I e le spectacle de jeux sanglants, romano more, qui coûtèrent la vie à quelques-uns de ces malheureux. A

(•) L'acle solennel de la circoncision est assimilé aux noces, dulun; ce nom même s'applique à l'ensemble des fêles qui accompagnent cette cérémonie religieuse ; et , selon un antique usage de l'Orient, ne manquent |tas d'y figurer les palmes nuptiales, comme 4 i occasion du mariage d'une jeune vierge.

la suite des sultanes venaient quinze chevaux de charge , couverts de housses de damas rouge brodées d'argent , et portant les confitures et les ouvrages en sucrerie, représentantdes éléphants, des lions, des léopards, des girafes et divers autres animaux. De nouvelles palmes nuptiales, beaucoup plus grandes que celles du premier cortège, et garnies de figures d'oiseaux, de fruits, de miroirs et de toute sorte d'objets , avaient nécessité, à cause de leurs dimensions colossales, l'élargissement de certaines rues, et même la démolition de quelques maisons. Deux châteaux, élevés en facede la logedu Sultan, arborèrent, l'un l'étendard de Mahomet, et l'autre celui de la croix, pour représenter les musulmans et les chrétiens : dans un combat simulé, ces derniers, comme de raison, furent vaincus; et lorsque les murs du fort pris d'assaut s'écroulèrent, on en vit sortir quatre porcs, allusion peu flatteuse sans doute pour les puissances chrétiennes dont les ambassadeurs étaient présents.

Pendant vingt et un jours, les divers corps de métiers défilèrent devant le Sultan en lui offrant des échantillons de leur art. La corporation des cordonniers présenta un énorme soulier en maroquin brodé d'or, dans lequel était assis un enfant vétu de drap d'or. Celle des batteurs de coton apporta des figures de monstres marins et de lions , et des masses d'armes en coton. Les marchands de miroirs, couverts de fragments de glaces qui éblouissaient les spectateurs; les tapissiers, vêtus de drap d'or et assis sur des matelas et des coussins de la même étoffe; les papetiers ayant des bannières et même des habillements de papier de diverses couleurs; enfin tous les états exercés dans l'empire furent tour à tour représentés dans cette procession solennelle, et offrirent au Sultan quelques produits de leur industrie.

Pendant cinquante -cinq jours que durèrent ces fêtes , on servit tous les soirs au peuple une vinçtaine de bœufs rôtis tout entiers, environ mille plats de piiau et autant de pains. Des jeux de toute espèce, des comédies, des

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danses, des pantomimes, des feux d'artifice absorbaient les esprits de toutes les classes delà population. Des derviches mêlèrent à ces jeux leurs exercices accoutumés : les uns tournaient avec une incroyable rapidité; d'autres avalaient des couteaux , tenaient entre leurs dents des fers rougis au feu , sautaient au-dessus de lames de sabre plantées on terre, ou s'asseyaient sans crainte dans des tonneaux remplis de serpents. Enfin des ours, des renards, des chiens, avant des torches et des pétards attachés à la queue, furent lâchés dans la foule, dont les cris d'effroi réjouissaient les grands.

Les présents les plus riches es les plus extraordinaires furent offerts au Sultan par les envoyés des divers souverains invités aux cérémonies de la circoncision, et parles hauts fonctionnaires de l'empire ottoman. De grands festins réunirent tous les personnages les plus distingués de la magistrature, du clergé et de l'instruction publique.

Enfin, le 7 juillet, le jeune prince fut circoncis par le \èz\xdjerrah (*) Muhammed-Pacha , qui reçut, en récompense, un présent d'environ deux mille ducats. De grandes distributions d'argent furent aussi faites à cette occasion : mais des querelles qui s'élevèrent entre les janissaires et les sipahis, un incendie et la mort d'un prince nouveau-né, jetèrent un voile de deuil sur les derniers jours de ces fêtes si brillantes.

Le 23 zilhidjè 991 (28 décembre 1583), le prince Muhammed, alors âgé de seize ans , partit pour Magnésie, dont il venait d'être nommé gouverneur.

Ibrahim -Pacha, qui partageait auprès du Sultan la faveur dont jouissait Ouzdèmir-Osman, avait été promu au commandement de l'Égypte; après dixhuit mois de séjour dans cette contrée, il revint à Constantinople, où son maître le rappelait, et soumit, chemin

(*) Djcrrah signifie chirurgien; celait l'état qu'avait d'abord exercé Muhammed- Pacha , avant d'enlrcr dans la carrière des honneurs.

faisant, Ma'an - Oghlou , beï des Druses. Ibrahim rentra en triomphe dans la capitale, et apporta au Sultan des présents bien au-dessus de tous ceux qu'on lui avait déjà offerts, et entre autres objets du plus grand prix, un trône d'or tout incrusté de pierreries, sur lequel les successeurs de Murad III s'asseyent encore le jour de leur avènement. Le 9 juin 1586, Ibrahim épousa Àïchè-Sultane, fille de Sultan-Murad, et reçut en dot trois cent mille ducats.

Deux ans auparavant (992-1584), les hostilités ayant recommencé entre la Perse et l'empire ottoman, cette circonstance avait contribué au renouvellement pour huit années de la trêve avec l'Autriche; cependant elle fut violée bien avant son expiration, autant par les Ottomans que par les Impériaux.

La Pologne avait, à cette époque, de fréquentes relations avec la Porte : à la mort d'Étienne Bathory, le prince Sigismond de Suède fut élu par les magnats, sur la recommandation du Sultan.

Dans les années 1584 et 1585 (992- 993) , le czar Fœdor Ivanovitch envoya à Sultan-Murad deux ambassadeurs, qui offrirent à Sa Hautesse des fourrures de grand prix.

En Moldavie, l'expulsion d'Yankoul le Saxon laissa remonter, pour la troisième fois, au pouvoir, Pierre le Perclus. Moyennant deux cent soixante mille ducats, ce prince assura à son fils la protection du Sultan, qui fit remettre au jeune héritier de la couronne le tabl-'cdèm, ou insignes du pouvoir suprême.

L'ambassadeur français, chevalier de Germiny, avait déjà obtenu, en juillet 1581 , le troisième renouvellement des capitulations ; mais ce fut en vain qu'il chercha à faire concéder de nouveaux privilèges à sa nation. Durant les quatre années de son ambassade, il avait usé son crédit dans diverses tentatives en faveur du voïvode de Valachie, Pierre Tchertchcl, et dans d'autres intrigues de l'époque. Ce fut lui qui établit les jésuites dans l'église de Saint- Henoît de Galata (25 août 1584). Deux

années plus tard , la Société de Jésus parvint à s'introduire aussi dans les principautés transdanubiennes, à la pressante recommandation du pape Sixte V.

Jacques Savarv de Lancosme, qui succéda à M. deôerminy en 1585 , ne rétablit pas la bonne harmonie dans les relations avec la Porte ; au lieu de concilier les esprits, il sembla souvent prendre à tâche de les irriter ; et son caractère violent le poussa à commettre , dans l'église de Saint-George a Galata, un acte qui eut des suites graves : le dimanche 29 mars 1586, il enleva à main armée la place d'honneur qu'occupait l'ambassadeur impérial. Le maintien du privilège de préséance, reconnu par les capitulations comme appartenant à la France, ex-

G'ique cette action de Lancosme ; mais Porte en fut irritée : l'église fut close, et le grand vézir, qui eut à ce sujet une vive altercation avec notre ambassadeur, persista longtemps à déclarer qu'on ne la rouvrirait que quand M. de Lancosme ne serait plus fou (dituanè).

Harebone , ambassadeur de l'Angleterre, alors en guerre avec l'Espagne, demanda des secours au Sultan contre cette dernière puissance. Murad se contenta de répondre à ces ouvertures d'une manière amicale mais évasive; et lorsque Harebone fut rappelé à Londres, le Grand Seigneur lui remit des lettres de récréance, dans lesquelles il offrait à la reine Élisabeth de rendre à la liberté tous les Anglais qui tomberaient au pouvoir des Ottomans, à condition qu'elle-même délivrerait les musulmans prisonniers en Angleterre.

Plus tard , les hostilités entre l'Angleterre et l'Espagne ayant cessé, Édouard Burton , successeur de Harebone , essaya encore inutilement de décider le Sultan à envoyer une escadre pour inquiéter le commerce des Espagnols dans les Indes , et à soutenir les prétentions de Don Antonio au trône de Portugal. Au lieu d'obtempérer à ces demandes, Sultan-Murad , craignant que les flottes espagnoles qui avaient paru dans la mer Rouge ne fussent

destinées à agir hostilement dans ces parages, lit, de son côté, tout son possible pour pousser Élisabeth à déclarer la guerre à Philippe II.

Venise, malgré la protection de la Khassèki Saflïe-Sultane (la vénitienne Baffa.dont nous avons déjà parlé), fut obligée de donner à la Porte une satisfaction éclatante des cruautés et des violences commises par l'amiral de la république contre la veuve du pacha de Tripoli , qui se rendait à Constantinople avec ses trésors et quarante jeunes filles de sa suite : l'équipage vénitien avait eu la barbarie ae les jeter à la mer, après les avoir déshonorées et mutilées. Cependant, lorsque ses torts furent répares, Venise obtint de grands avantages commerciaux. A cette époque, l'Espagne, la Toscane, la Géorgie, les Uzbeks avaient aussi des reïalions amicales avec les Ottomans.

Après la mort du cheïkh Mouthahher, prince de l'Yémen et chef des Seïdiïes (* ) , son fils lui avait succédé ; mais bientôt, dégoûté du pouvoir, il l'avait cédé à son cousin Ali-Yahïa , et s'était voué à la vie contemplative. En 995 ( 1587), Sultan-Murad attira a Constanti nople le crédule cénobite, en lui témoignant le désir de le voir à la cour, où sa présence, lui disait -il, appellerait les bénédictions célestes.

En même temps, Haçan, gouverneur de l'Yémen, s emparait d^li-Yahïa, et l'envoyait, enchaîné, au château des Sept-Tours , où était déjà renfermé le fils de Mouthahher. Cet acte de perfidie ne porta pas les fruits que Sultan- Murad en espérait : les Seïdiïes, indignés contre le Grand Seigneur, se révoltèrent et parvinrent à recouvrer leur indépendance.

En Crimée régnait l'anarchie la plus complète .: les membres de la famille des Gheraï se renversaient tour à tour : enfin Sultan-Murad enjoignit à Alp- Gheraï , à qui une dernière révolution avait donné le dessus, de se rendre à Constanti nople. Ce prince se soumit avec docilité aux ordres de son suzerain, et passa le reste de ses jours à Yamboli, près d'Andrinople.

(*) Voyez ci-dessus, page 157.

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