‹ TurquieChapitre 47 sur 78 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SULTAN-IBRAH1M-KHAN. FILS DE SULTAN- AHMED-KHAN l«r, «t FRÈRE DE SULTAN- MCRAD-KHAN IV.

Sultan-Murad n'ayant point laissé d'enfants , le trône revenait de droit à son frère Ibrahim , dernier rejeton de la famille d'Osman : les grands de l'empire s'empressèrent , dès que le Sultan eut rendu le dernier soupir, de marcher vers le kafès (*) , pour annoncer au nouveau souverain son avènement. Lorsque ce prince entendit le bruit des pas et le tumulte inaccoutumé

") Appartement des princes ottomans dans le sérail. Voyez la noie de la nage 45, règne de Sultan-Baïezid-Ildinm.

qui troublaient le silence de sa retraite , il crut qu'on lui apportait le fatal cordon , et refusa d ouvrir sa porte. On fut obligé de la briser pour arriver jusqu'à lui : mais , malgré les félicitations des hauts dignitaires de l'empire, Ibrahim craignait toujours que leur démarche ne fût une ruse de Sultan- Murad pour éprouver ses sentiments :

il repoussa longtemps le sceptre, en disant qu'il préférait sa tranquille solitude à tous les trônes de la terre , et la société des petits oiseaux qu'il élevait à celle des hommes. Ce ne fut que lorsque Keuçem -Sultane, sa mère, lui eut donné la preuve de la mort de Murad , en faisant apporter son cadavre, qu'Ibrahim reprit sa sérénité; et , changeant tout à coup de langage , s'écria que l'empire était délivré de son bourreau. Après avoir reçu les hommages des ministres, des oulémas et des agas, il reconduisit le corps de son frère jusqu'à la porte du palais , et ordonna de procéder aux funérailles. Elles eurent lieu avec la plus grande solennité : on remarquait , devant le cercueil , trois des chevaux que Sultan-Murad avait montés dans la campagne de Bagdad, et dont on avait placé les selles à rebours , comme cela se pratiquait aux obsèques des plus anciens rois de la Perse.

Sultan- Ibrahim avait un extérieur peu fait pour plaire au peuple qui venait de perdre un souverain remarquable par ses avantages physiques.

Sa taille était grêle , son visage pâle , maigre et défiguré par les ravages de la petite vérole ; aussi le grand vézir Kara-Moustapha retarda-t-il de plusieurs jours la présentation du Sultan à l'armée , afin qu'il pût apprendre au moins à monter à cheval : mais les leçons d'équitation que ce ministre donnait lui-même à son souverain ayant été infructueuses , il prit le parti de le faire conduire par eau à la mosquée d'FJoub, où le prince ceignit le cimeterre et fut salué empereur. Toutes les précautions prises pour dissimuler les désavantages physiquesdu monarque ne purent néanmoins affaiblir l'impression fâcheuse que sa vue produisit sur la multitude;

L'UNIVERS

du reste, elle eut peu d'occasions de revoir son maître , qui , abandonnant la conduite des affaires à la Sultane* Validé et au grand vézir, ne songea plus qu'à se plonger dans les plaisirs du harem.

Sultan - Ibrahim fit annoncer son avènement aux puissances de l'Europe, et renouvela les anciennes capitulations avec l'Autriche, la Pologne et Venise.

Les ambassadeurs de France et d'Angleterre reçurent l'assurance du maintien de la paix ; et les envoyés persan, russe, polonais, transylvanien et ragusais furent bien accueillis. Le premier eut la satisfaction de délivrer les Persans prisonniers qui restaient encore enfermés au château des Sept-Tours ; et, avant son départ, il vit exécuter le traître Emirgoun-Khan : ce transfuge, compagnon de débauche de Sultan- Murad , vivait retiré dans un superbe iwlais sur la rive européenne du Bosphore, où s'élève aujourd'hui un village qui conserve encore le nom de ce seigneur persan (Emirgoun-Oghlou).

En novembre 1642, un nouvel ambassadeur de Perse vint annoncer l'avènement de Châh-Abbas II, meurtrier de son père Châh-Sèfi. Les magnifiques présents que le nouveau Chah envoyait au Sultan valurent l'accueil le plus gracieux au personnage chargé de les oifrir à Sa Hautesse.

Les débauches dans lesquelles Sultan-Ibrahim s'était plongé dès le commencement de son règne altérèrent d'abord sa santé au point de faire craindre l'extinction de la race d'Osman :

mais le 30 ramazan 1051 (2 janvier 1642), la naissance d'un héritier de la couronne, Sultan-Muhammed, vint renverser les esoérances du khan des Tatares , qui se flattait d'occuper bientôt le trône ottoman. Trois mois plus tard , un nouveau fils du Sultan naquit; il fut appelé Suleïman. Ces deux princes régnèrent l'un et l'autre.

Cinq ans avant la mort de Sultan- Mu rad, les Cosaques s'étaient empares de la ville iï .-îzak ( Azow ). Dès la deuxième année du règne de Sultan- Ibrahim, une expédition fut dirigée contre cette place forte. Siawouch-Pa-

cha eut le commandement de la flotte»

et Huçeïn-Pacha . nommé sèrasker de l'armée de terre , devait agir de concert avec le khan Bèhadir-Gheraï. Mais la désunion se glissa bientôt entre les chefs tatares et ottomans, et l'armée assiégeante fut obligée de se retirer, après avoir perdu devant Aîow environ huit mille hommes. Pour comble de malheur, une partie de la flotte échoua à l'embouchure du Don, et tomba au pouvoir des Cosaques. Le kapoudanpacha Siawouch futdisgrâcié à la -suite ue cette malheureuse expédition : Pialè-Pacha le remplaça. Le khan tatare Bèhadir-Gheraï mourut au retour d'Azow , et eut pour successeur son frère puîné, Muhammed-Gheraï. L'année suivante ( 1052-1642 ), le Sultan envoya une nouvelle expédition contre Azow ; il donna le commandement de l'armée au pacha de Silistrie, Muhammed- Sultan -Zadè ( ainsi surnommé parce qu'il était petit-lils d'une sultane), appelé aussi Djiwan-Kapoudji-Bachi; et Pialè fut nommé kapoudan-pacha.

Muhammed-Gheraï , à fa tête de cent mille Tatares, marcha sur Azow, et fut rejoint, trois jours plus tard, par Muhammed-Pacha. Les Cosaques , effrayés de ce déploiement de forces, abandonnèrent la ville, après l'avoir détruite par l'incendie et l'inondation, Lorsque les Ottomans entrèrent dans la place , vide d'habitants et dégarnie de maisons, ils furent obligés de la reconstruire en entier. Islam-Pacha fut nommé gouverneur de la ville, avec une garnison de vingt-six mille hommes.

Cette même année, le silihdarMoustapha, ancien favori de Sultan-Mu rad, périt victime de la haine du grand vézir. Les richesses (me ce favori avait accumulées sous le règne de son protecteur vinrent grossir le trésor impérial.

Kara-Moustapha , qui avait sacrifié à sa haine le silihdar, contre la volonté de la Sultane- Validé , fut lui-même mis à mort le 1er muharrem 1053 (22 mars 1643 ). Ce ministre succomba devant la coalition de trois personnages tout-puissants à la cour de Sultan-. Ibrahim : c'étaient IIuçeïn-Djindji , précepteur du Sultan , Yoùçouf, V

et conGdent de Sa Hautesse , et Sultan-Zadè-Muhammcd-Pacha , koubbevéziri (*). Ils se prévalurent, pour perdre Kara - Moustapha - Pacha , de quelques-uns de ses actes administratifs qui avaient déplu au Sultan et à la Sultane- Valide : le grand vézir détermina lui-même sa chute, en essayant de ruiner le crédit d'Youçouf , par une intrigue qui fut dévoilée." S'étant présente au sérail , à l'issue d'un divan , sans y avoir été appelé , il eut à essuyer la colère de Sultan-Ibrahim, qui lui retira le sceau de l'empire. Kara-Moustapha-Pacha, à peine sorti du palais, s'empressa de se déguiser et de s'enfuir par le toit de son harem. Le bostandjibaehi, envoyé à sa poursuite, l'ayant découvert sous une meule de foin, le malheureux grand vézir fut étranglé.

On trouva dans son palais un trône sur lequel étaient fixés par des clous d'acier, son propre portrait et celui de quatre autres hauts dignitaires; ce que I on regarda comme une preuve des opérations magiques auxquelles la voix populaire accusait le ministre de se livrer (**). Un Maure {Maghrèbi ) qui ,

(*) Koubbè-vèziri , vézir de la coupole ou du dôme. On désignait ainsi, jusqu'au règne d'Ahmed III qui supprima cette dignité, certains personnages en faveur, qui étaient admis, avec le titre de pacha, dans le divan présidé par le grand vézir. Ce divan se tenait au sérail, dans la troisième cour, et d'ordinaire sous- les veux mêmes du Sultan, qui demeurait cache derrière une jalousie, d'où il voyait et entendait tout.

(**) Aujourd'hui encore des accusations du même genre se reproduisent contre les personnages que leurs ennemis et leur ambition précipitent dans la disgrâce. Nous en avons vu nous-méme de tristes exemples, surtout on 1819, lorsque la famille arménienne catholique des Duz-Oglilou tomba victime d'intrigues de tout genre, qui se réunirent nour accabler une maison jouissant depuis près, de deux siècles de la confiance jdes Sultans. Cet odjak , pour nous servir du mot !ocal dont nous avons donné l'explication 'page i53), offrait un phénomène unique «fans l'empire ottoman. Les Duz-Oghlou, chrétiens , et • descendants d'un prisonnier liongrois marié à une dame arménienne et

disait-on, lui avait enseigné les sciences occultes, fut condamne au bannissement. Quoique Kara -Moustapha fût entièrement illettré, les talents qu'il déploya dans sa carrière administrative , ses institutions et ses fondations utiles, lui assurent une place honorable parmi les hommes d'État de l'empire ottoman.

Avant sa mort, ce ministre était venu à bout de réduire un rebelle redoutable, Naçouh-Pacha-Zadè-Huceïn, qui, fier de sa naissance, avait parlé avec mépris du grand vézir, Albanais obsur, et avait refusé d'obéir à ses ordres. Poussé, par son orgueil indomptable, à une révolte ouverte, Naçoun-Pacha-Zadè s'était avancé jusqu'au mont Botdghourhu (*), après

que son habileté daus l'art de manier les métaux précieux avait fait nommer joaillier de Sa Hautesse , avaient eu l'adresse et le bonheur de se maintenir dans cette position difficile, sous les règnes de douze Sultans. Le chef actuel de cette respectable famille , M. le chevalier Jacques Duz , a repris, depuis quelques années, la position de ses aïeux ; et Sultan*Mahmoud,aujourd'hui régnant, ne cesse de donner de nouveaux témoignages de sa confiance à un homme qui la mérite à tous égards : ainsi , un Arménien catholique, qui a hérité du titre de beï, accordé en 1 8 1 8 à ses deux frères aînés, se trouve en i838 directeur des monnaies impériales à Constant in ople , joaillier et bijoutier de la cour, trésorier particulier de S. H. , et membre de commissions où sa rare probité , ses connaissances variées, et surtout celle de la langue française lui procurent une grande influence.

{*) Montagne qui domine Scutari et le Bosphore , et d'où l'on jouit d'une vue admirable : le sommet est comme le centre d'un panorama magnifique; on a devant soi le vaste triangle qu'occupe la Rome de Constantin, la Corne d'Or, les villes d'Eïoup, au fond du port , de Galala , de Scutari , avec leurs longs faubourgs , Top-Khanè , Dolma- Baghtchè , Bèchik-Tach, et les rives enchantées du Bosphore ; à gauche, la mer de Marmara , et le groupe qu'on appelle les îles des Princes; et à l'horizon, les terres qui séparent le golfe de Nicomédie de celui de Moudania , et que domine l'Olympe de Bithynie. La droite du spectateur est occupée par

L'UNIVERS

avoir battu les troupes qu'on lui opposait. S'il eût profité de la terreur inspirée par sa marche, il aurait pu s'emparer de Scutari; mais il se laissa tromper par de faux avis, qui lui assuraient qu'il allait obtenir le sceau de l'empire. Il poussa même l'aveuglement jusqu'à se rendre de l'autre côté du Bosphore pour recevoir le diplôme de gouverneur de Roumilié. S'étant aperçu trop tard du piège où l'avait entraîné sa crédulité, il voulut s'enfuir auprès du khan des Ta tares ; mais, arrêté au moment d'atteindre la ville de Roustchouk , il fut chargé de chaînes et conduit à Constantinople, où il périt dans les tortures.

Le trône de Crimée était occupé par Muhammed-Glieraï, au détriment de son frère aîné Islam-Gheraï. Ce dernier, qui avait trouvé dans le grand vézir Kara-Moustapha un obstacle invincible à son avènement, fut, après la mort du ministre, investi par Sultan-Ibrahim de la dignité de khan. Islam-Gheraï, dans l'entrevue qu'il eut avec Sa Hautesse, lui promit de ne jamais abandonner sa cause, et reçut un kaftan d'honneur et un cimeterre orné de pierreries. Muhammed-Gheraï fut exilé à Rhodes.

Les rapports diplomatiques avec la Pologne,Ia Russie et l'Autriche, étaient, depuis le commencement du règne de Sultan-Ibrahim, de nature à faire craindre la rupture de la paix. Le roi Vladislas' s'était plaint à Sa Hautesse des prétentions injurieuses du khan des Tatares. qui exigeait de lui le présent stipulé sous Sigismond III. Ibrahim , en lui répondant qu'il avait défendu au khan de pareilles exigences, demanda passage a travers le territoire polonais pour une armée ottomane destinée contre la Russie; mais

une suite de colliues boisées , riches de verdure , et qui s étendent jusqu'à la mer Noire. En se retournant, on jette les yeux sur cette terre d'Asie, théâtre où l'Orient et l'Occident se sont souvent donné rendez-vous , et qui sera encore témoin d'événements plus ou moins rapprochés, destinés peut-être à changer de nouveau la face du monde.

il ne put l'obtenir. Trois ans plus tard, de nouvelles plaintes sur les courses des Tatares et des menaces de re-

Ërésailles furent adressées à Sultanbrahim.

En 1615, Alexis Michaëlowicz annonça son avènement à la Porte : les ambassadeurs russes, chargés d'offrir des présents au Sultan, furent trèsbien accueillis, et rapportèrent au czar une lettre de félicitations de Sa Hau-

Un an après le renouvellement de la paix de Szoen , Rakoczy, prince de Transylvanie, avait conclu avec Torstenson, général en chef de l'armée suédoise, une alliance offensive et défensive contre l'Autriche. Ce dernier remporta de grands avantages, et s'avança jusqu'aux portes de Vienne; mais Rakoczy ayant été battu par Puschaimb, tout changea de face : le prince de Transylvanie, que, sur l'ordre d'Ibrahim , les pachas des frontières avaient abandonné, fut obligé de conclure la paix et de se contenter des sept eomitats possédés autrefois par Betlen Gabor, au lieu des quatorze qu'il demandait : des biens considérables en Hongrie lui furent en outre accordés , et son tribut envers la Porte fut réduit de cinq mille ducats. Enfin le baron de Czernin, qui, vingt-huit ans auparavant, avait porté à Constantinople le traité de la paix de Vienne, revint dans la capitale de l'empire ottoman , et obtint du Grand Seigneur l'échange des ratifications de la trêve renouvelée à Szoen et diverses conditions favorables, entre autres l'ordre à Rakoczy de rompre avec la Suède. Lorsque, au printemps de 1645, le baron de Czernin retourna à Vienne, il fut accompagné par un ambassadeur ottoman , Ibrahim-Pacha, qui apporta à l'empereur Ferdinand III l'assurance de l'amitié du Sultan.

La Porte enviait depuis longtemps aux Vénitiens l'île de Candie. Les suites d'une simple intrigue du sérail attirèrent les armes ottomanes sur cette possession de la république : le kyzlar-agaçi Sunbullu avait dans son harem une jeune et belle esclave qu'il

avait achetée enceinte, et qui accoucha d'un garçon , en même temps qu'une favorite donnait le jour au prince Muhammed. Sunbullu-Aga fit obtenir à son esclave l'emploi de nourrice du jeune prince : elle sut se concilier si bien les bonnes grâces du Sultan , que h vive affection qu'il ressentait pour elle passa jusqu'à son fils, et qu'il le préferait même au sien propre. Cette injuste prédilection, et la faveur dont jouissaient la nourrice et son protecteur le kyzlar-agaçi , excitèrent la jalousie de ta Sultané-Khassèki, mère du

i>rince Muhammed. Un jour qu'Ibraîim se promenait dans les jardins du sérail , accompagné de la nourrice du prince , et de l'enfant de cette esclave, auquel il prodiguait ses caresses, la Sultane-Khassèki , qui les observait, s'approcha du Grand Seigneur, et lui montrant le jeune Muhammed qu'elle tenait dans ses bras : « Voilà , dit-elle « avec véhémence, voilà celui qui est « votre fils et qui a droit à votre « amour! » Cette brusque apostrophe irrita tellement le Sultan, qu'il arracha Muhammed du sein de sa mère et le jeta dans une citerne, où le rejeton impérial aurait péri, si on ne lui eût porté de prompts secours. Après une semblable scène, le kyzlar-agaçi redoutant la vengeance de la Sultane- Khassèki, obtint la permission de

auitter le sérail avec l'esclave et son ls , sous prétexte de faire le pèlerinage de la Mecque. Sunbullu-Aga partit avec une petite flotte , qui fut attaquée par les chevaliers de Malte , et tomba en leur pouvoir : le kyzlar-agaçi périt en combattant. Les vainqueurs crurent s'être emparés de l'héritier présomptif du trône des Osmanlis, et le petit esclave fut traité avec les plus grands honneurs : lorsque les chevaliers apprirent leur erreur, ils le firent élever dans la religion chrétienne et le destinèrent à l'état monastique; ce personnage fut connu dans la suite sous le nom de Padre Ottomano, et passa dans toute l'Europe pour un descendant du Sultan. L'escadre maltaise, sa victoire, fut obligée de relàà Candie, où les Vénitiens l'ac-

>UIE. 547

cueillirent très-bien; et ce fut là le prétexte dont se servit Sultan-Ibrahim pour déclarer la guerre à la république.

Candie {Kirid) , si célèbre dans l'antiquité sous le nom d'Ile de Crète, offrait , par sa fertilité et l'étendue de son territoire, une proie trop riche

E[>ur ne pas tenter l'ambition de la orte. Le siège en fut donc résolu.

Le 4 rebi'ul-ewwel 1055 (30 avril 1645). la flotte ottomane, composée de plus de quatre-cents voiles, et montée par cent mille hommes, partit de Constantinople : après une navigation périlleuse, elle arriva le 24 juin suivant dans la baie de Cogna, et le lendemain l'armée ottomane campa sur les collines en face de la Canée (A'A atUa), l'une des principales villes de l'île de Candie. Les habitants furent saisis de terreur à l'aspect du danger imprévu qui les menaçait ; car le secret avait été bien gardé sur cette expédition, et Venise douta jusqu'au dernier moment de l'intention de Sultan-Ibrahim, et mit , dans ses mesures de défense , une hésitation funeste. Les vaisseaux ottomans, qui, dans la traversée, avaient été disperses par la tempête et jetés sur les possessions de la république, y furent accueillis avec des démonstrations amicales. Le provéditeur vénitien de Cerigo (Cythére) envoya au kapoudan-pacna le présent ordinairede sucre et de café; et à Constantinople, le baîle lui-même ne se doutait encore de rien, quand on le mit au château des Sept-Tours.

Le 27 juin , toute l'artillerie et les munitions étant débarquées , la tranchée fut ouverte, et, au bout de cinquante jours, la Canée capitula. Le sèrasker Youcouf-Pacha accorda à la garnison les donneurs de la guerre.

Une semaine après l'entrée des vain-

aueurs dans la place, la cathédrale et eux autres églises furent converties en mosquées. Ce ne fut qu'un mois plus tard que les flottes vénitiennes commencèrent à paraître, mais sans pouvoir atteindre l'escadre ottomane.

Constantinople célébra la conquête de la Canée par des réjouissances pu-

L'UNIVERS

cliques ; et le Sultan envoya au silihdar un kaftan et un cimeterre d'honneur. L'influence que l'heureuse issue de l'expédition de la Cariée avait donnée à Youcouf- Pacha éveilla bientôt la jalousie àu grand vézir Sultan-Zadè- Muhammed. Des suggestions perfides ébranlèrent l'amitié du Sultan pour son favori ; mais, bientôt détrompé, le monarque fit tomber sa colère sur le premier ministre, qui fut destitué; le sceau impérial fut donné alors au defterdar Salili-Pacha. Cependant le vainqueur de la Canée, après avoir résiste aux accusations de l'envie, succomba bientôt devant un caprice de son maître.

Sultan-Ibrahim avant voulu l'envoyer avec de nouvelles" troupes au siéee de Candie pendant l'hiver, Youçouf-Pacha lui représenta que la mer n'était pas navigable, et que c'était exposer les vaisseaux à une perte inévitable.

Irrité de ce refus d'obéir, le Sultan s'emporta : Youcouf eut l'imprudence de répondre à S. H. qu'elle n'entendait Hen aux affaires de mer ; ces mots exaltèrent au plus haut degré la colère de ce monarque, non moins entêté qu'inhabile, et il ordonna la mort de son ancien favori. Youçouf qui était gendre du Sultan, lui écrivit en vain pour solliciter son pardon : Ibrahim fut inflexible, et la cruelle sentence fut exécutée. Cette injustice causa une rumeur violente parmi les troupes; mais le supplice de quelques-uns des mécontents ramena bientôt la terreur et l'obéissance.

Cependant la flotte* vénitienne , qui n'avait pu arriver assez à temps pour empêcher la prise de la Canée, se vengea en abordant à Patras {Balia-Hadra ), à Coron et à Modem, où elle fit cinq mille prisonniers. Sultan-Ibrahim, furieux de cette perte, ordonna un massacre générai des chrétiens établis dans son empire. Si cette cruelle sentence avait été exécutée, la capitale seule aurait vu tomber deux cent mille têtes de Grecs et d'Arméniens ; mais, sur les représentations du mufti Abou-Sa'id, le Sultan renonça à cette mesure sanguinaire.

A l'époque de l'arrivée à Constanti-

nople de M. de Vantelet, le bruit ayant couru qu'il apportait de fortes sommes d'argent, ses caisses furent enlevées, ainsi que dix mille écus qu'elles renfermaient; et il fallut l'intervention du grand vézir pour en obtenir la restitution.

Cependant Rakoczy continuait, malgré les ordres du Sultan, ses incursions sur le territoire autrichien. Après avoir conclu la paix avec l'empereur , le prince de Transylvanie envoya à la Porte le conseiller Etienne Szalanczi :

il portait des présents pour les vézirs et le tribut de la principauté, mais non celui de vingt mille écus , stipulé pour les sept comitats hongrois. Cet ambassadeur fut si mal reçu, qu'il fit une maladie occasionnée par l'effroi où le jeta la colère du Sultan.

Dans le mois de safer 1056 ( avril 1646), l'ex-grand vézir Sultan-Zadè- Muhammed , nommé sèrasker de l'expédition contre la Crète, partit avec le kapoudan-pacha Mouca , pour s'opposer aux progrès des Vénitiens qui ravageaient Ténédos et la plaine de Troie. Ces derniers furent en effet obligés de se rembarquer; mais la mésintelligence s'étant <nise entre Mouça- Pacha et Sultan-Zadè-Muhammed ,* il n'y eut point d'engagement sérieux entre les flottes ottomane et vénitienne. Deux mois plus tard , le sèrasker mourut de la fièvre dans l'île de Crète, où l'escadre du Sultan avait abordé le 10 rebi'ul-akhir 1056 (26 mars 1646).

Avant cette arrivée, plusieurs avantages avaient été remportés par les troupes ottomanes qui avaient ouvert la campagne de Crète : un couvent fortifié, appelé leClottre des citernes, les villes de Risamo, de Cladisso et d'Apricorno tombèrent au pouvoir des Osman lis ; et plus tard Huçein-Pacha, nommé général en chef après la mort de Sultan-Zadè-Muhammed , et le gouverneur de la Canée , s'emparèrent de Rétimo ( en turc Resmo « autrefois Hhitymna ), l'une des principales places de l'île. Le siège dura quarante jours, et la garnison obtint la libre retraite et les honneurs de la guerre.

La cathédrale de la ville conquise fut

consacrée à l'islamisme. La conquête de Rétimo causa la plus grande joie à Constantinople , et y fut célébrée par des fêtes qui durèrent trois jours.

A Erzroum , un faux Abaza chercha à faire révolter la population : il prétendait avoir échappé au bourreau qui, sous Afurad IV, avait été chargé de le mettre à mort. Le gouverneur d'Erzroum envoya à Constantinople la tête de l'imposteur.

Une année après la conquête de Rétimo, l'armée ottomane essaya vainement de réduire la ville de Candie ( Katutta ) , capitale de l'île : mais l'honneur de la soumettre n'était pas réservé à Sultan - Ibrahim ; et ce ne fut que vingt -cinq ans plus tard, et sous le règne suivant, qu'elle céda aux efforts au célèbre Kupruli, vulgairement Cuproli, grand vézir de Muhammed IV. Quelques escarmouches sans Résultat eurent lieu ; et Mouça - Pacha ayant été bloqué dans le port d\inapoli ( Naples de Romanie ) par les Vénitiens, on le déposa, et sa place fut donnée à Fazli-Pacha , gendre du Sultan. Le nouveau kapoudan - pacha arriva en Candie le 28 cha'ban 1057 (28 septembre 1647), après un long combat avec la flotte chrétienne.

Pendant que ces événements se passaient en Crète, une armée de vingt mille hommes, sous les ordres d'Ali- Beï, gouverneur de Licca, attaquait les Vénitiens dans la Dalmatie : cette campagne en terre ferme n'eut pas un grand succès : les Ottomans perdirent les villes de Macarsca, d'Iacinizza, de Temonico, de Polissane, d'Islam, de Succovar et quelques autres encore : ils s'emparèrent en revanche deZara-Vecchia, de Vodizza, de Rasanza , de Torretta et de Novigrad ; mais cette dernière place fut bientôt reprise par les Vénitiens.

Tandis que la guerre désolait la Crète et* la Dalmatie, Sultan-Ibrahim s'abandonnait de plus en plus aux plaisirs du sérail , et se livrait à tous les caprices de son despotisme. Ayant été retardé plusieurs fois dans ses promenades par des chariots qui obstruaient la voie publique , il avait défendu au

grand vézir Salin-Pacha de les laisser entrer dans Constantinople. Un jour que le Sultan se rendait au quartier de Daoud-Pacha, il fut encore une fois arrêté par un chariot, et, dans sa colère, il condamna a mort le malheureux ministre, sans même lui laisser le temps de prononcer un mot pour sa justification.

En mars 1648, la flotte vénitienne fut anéantie à Ipsara, dans l'Archipel, par une violente tempête. Le sèrasker commença à dresser de nouvelles batteries et a ouvrir les tranchées devant Candie; mais ce fut encore inutilement, et les troupes ottomanes ne firent point de progrès dans l'île pendant toute cette année.

Oe nouvelles rébellions, occasionnées par la cruauté du Sultan , troublèrent encore l'empire : le fils de Salih-Pacha, Muhammed, gouverneur d'Erzroum , fut chargé par le nouveau grand vézir Ahmed-Pacha de réduire la garnison de Kars , qui s'était révoltée. Craignant que le premier ministre ne voulût l'envoyer à la mort,' comme il l'avait déjà fait pour les frères de Salih-Pacha, Muhammed, au lieu de se rendre à Kars, se sauva dans Ak- Sèraï , où il s'entoura des anciens serviteurs de son père et de ses oncles , et de toutes les troupes qu'il put gagner à sa cause : il se réunit à Wardar- Ali-Pacha , gouverneur de Siwas (Sebaste), qui s'était aussi attiré la haine du grand vézir pour avoir refusé d'envoyer au harem d'Ibrahim la jeune Pèri-Khanum, fille de Marouk-Khan et fiancée à Ipchir-Pacha. Mais ce dernier, loin d'être reconnaissant envers Wardar-Ali-Pacha, le fit prendre par trahison et étrangler avec ses principaux officiers. Sultan-Ibrahim ordonna , en outre, que l'épouse du rebelle serait attachée à quatre pieux et déshonorée publiquement: mais, sur les représen tations de ses ministres, il révoqua cette honteuse sentence.

Sultan-Ibrahim joignait à son goût pour la débauche, celui d'une prodigalité ruineuse et insensée : le grand vézir Ahmed-Pacha , dans l'espoir de devenir gendre de son souverain, avait

L'UNIVERS

répudié sa femme : celle-ci entra dans le harem de S. H. , qui donna Bibi- Sultane, sa plus jeune fille, en mariage au premier ministre. Dans les fêtes auxquelles cette double union donna lieu , ie luxe le plus inouï fut déployé : on remarquait surtout deux palmes de noce aussi hautes que des minarets, et incrustées d'or et d'argent.

Un des caprices les plus coûteux de Sultan-Ibrahim fut la manie des fourrures qui s'empara de lui. Il voulut faire garnir de pelleteries tout l'intérieur du palais d'Ibrahim - Pacha , séjour de son esclave favorite Telli ; et , pour satisfaire à cette passion extravagante, on fut obligé d'établir un nouvel impôt, qui s'appela taxe de fourrure et d'ambre, et tous les gouverneurs de l'empire furent obligés de fournir de grandes quantités de peaux.

Cédant sans doute à une fantaisie de ses femmes, un jour Sultan-Ibrahim fit tresser dans sa barbe des bagues ornées de pierres précieuses, et parut ainsi en public. Une autre fois , il envoya un cavalier qui parcourut la ville en faisant fermer toutes les boutiques, et même les portes de Constantinople; mais à peine cette mesure était-elle exécutée, que des crieurs publics les firent rouvrir, sans que l'on pût savoir le motif de ces ordres bizarres.

Épuisant le trésor de l'État en futiles dépenses, le Sultan employa une somme considérable à la construction d'un bateau (caik) enrichi de pierreries, et lit fabriquer des couronnes magnifiques pour deux de ses favorites.

Ce luxe effréné, ces caprices ruineux ou tyranniques , excitèrent un mécontentement général ; mais le Sultan ne tenait aucun compte des plaintes ni des avis : la Sultane-Yalide lui ayant fait des représentations à ce sujet , fut exilée dans le jardin d'Iskender-Tchèlèbi. Cette conduite odieuse et imprudente faisait fermenter sourdement des levains de révolte : un nouvel acte de despotisme barbare vint bientôt faire éclater l'irritation populaire longtemps contenue : le 16 redjeb 1058 ( 6 août 1648 ) , Baky-Beï , fils du grand vézir, fut fiancé avec une fille d'Ibrahim.

âgée de huit ans ; des fêtes eurent lien à cette occasion , et les principaux officiers des janissaires y furent invités par Ahmed -Pacha. Avertis à temps que cette invitation était un piège, et qu'ils devaient être assassinés pendant le festin , ils réussirent à se sauver, se réfugièrent dans la mosquée du centre {orta-djami ) , et convoquèrent leurs soldats , ainsi que les sipanis. On envoya le prédicateur de la mosquée vers le mufti , qui rassembla le corps des oulémas et se rendit avec eux auprès des révoltés. Alors la déposition d'Ahmed-Pacha fut décidée, et sa place donnée au vieux Muhammed-Pacha :

le nouveau grand vézir fut député vers le Sultan qui lui donna le sceau , et lai dit qu'il comptait sur son dévouement pour obtenir la délivrance d'Ahmed- Pacha; mais les rebelles, à qui Muhammed-Pacha rapporta les paroles du Sultan, exigèrent impérieusement que l'ex -ministre leur fût livré. Tandis que Muhammed-Pacha répétait en tremblant à Ibrahim les volontés du peuple, le Sultan, qui lui attribuait ce soulèvement , saisit le vieillard par la barbe et s'oublia jusqu'à le frapper : le vieux ministre, saisi d'effroi * renvoya le sceau de l'empire au mufti, en le priant de faire accepter sa démission; mais les agas des janissaires le rassurèrent et le reconduisirent à la mosquée. Les révoltés s'emparèrent alors des portes de la ville; ils décidèrent de mettre à mort Ahmed-Pacha, de déposer Sultan- Ibrahim , et de le remplacer par un de ses fils. Le khamèaar ( trésorier ) Moustapha, envoyé vers les rebelles pour les sommer, au nom du Sultan , de se disperser, ne put réussir, et fut chargé par eux de demander à Sa Hautesse la suppression de la vénalité des charges, f'éloignement des sultanes favorites , et la mort du grand vézir.

Cependant ce dernier, redoutant la vengeance populaire, s'était d'abord retiré dans son harem , et ensuite, ne s'y croyant pas en sûreté, il avait gagné la demeure d'un de ses amis nomme Dèli-Burader. Mais un muhzur (huissier) ayant suivi ses pas, avertit le muhurdar (garde du sceau) et le

khaznèdar qui vinrent retrouver leur maître; Dèli-Burader nia de l'avoir reçu chez lui : Ahmed craignant d'être découvert se réfugia successivement chez deux personnes en oui il avait confiance; le second, Hadji-Behram, livra le malheureux fugitif à son rival Muhammed-Pacha. Celui-ci le reçut avec tous les dehors de l'amitié , et se leva pour l'embrasser : Ahmed-Pacha demanda la vie à Muhammed,qui tacha de le rassurer, et lui fit espérer que les troupes pourraient être apaisées avec de l'argent. Pendant ce temps , le nouveau vézir avait fait demander au mufti un fetwa qui décidât du sort du prisonnier. Ahmed, resté seul avec ses deux pages, vit bientôt paraître le kiahîa de Muhammed-Pacha , Huçein- Aga , qui lui demanda la liste de ses richesses , et reçut sept mille sequins qu'Ahmed le pria d'offrir à son maître. Apeine ce messager était-il sorti , qu'on vint chercher Ahmed-Pacha : conduit aux portes de la ville par le bourreau et son aide , l'ex-grand vézir fut étranglé, et 6on corps transporté sur l'Hippodrome (*), où bientôt les soldats vinrent aussi jeter les restes sanglants de Muslih-uddin, grand juge de Roumilie, que sa vénalité et ses débauches avaient rendu l'horreur de l'armée.

L'ancien juge de la Mecque , Bèïazi- Haçan-Efenai , fut envoyé auprès du Sultan pour l'engager à se montrer aux troupes , mais il ne put l'y décider. La Sultane - Validé , sur l'invitation des rebelles , se rendit à la mosquée , et chercha vainement à les dissuader du projet de déposer Ibrahim. Voyant

(*) Lorsqu'on enleva de l'Hippodrome le corps d' Ahmed-Pacha , un janissaire eut la singulière idée de vendre la chair de l'exgraud vézir , à raison de dix aspres le morceau. Suivant ce boucher, médecin d'une nouvelle espèce, ces lambeaux sanglants étaient un excellent remède contre les névralgies. Le peuple, instruit de la vertu cnrative que l'on attribuait au cadavre d'Ahmed-Pacha , accourut avec des couteaux, et se partagea ses restes. C'est cette circonstance bizarre qui a fait donner à Ahmed-Pacha le surnom de hezarparè (déchiré en mille morceaux.)

enfin que la resolution des troupes était inébranlable, elle alla, à leur demande, chercher son petit-fils Muhammed , âgé seulement de sept ans , oui, reçu aux acclamations générales, hit salué empereur, le 18 rèdjeb 1058 (8 août 1648).

Le silihdar, le tchokadar et le bostandji-bachi , suivis des vézirs et des oulémas, se rendirent alors auprès d'Ibrahim, et lui signifièrent sa déposition et l'élévation au trône de son fils Sultan -Muhammed. Ibrahim discuta longtemps avec eux, les accabla de reproches et de malédictions; enfin, voyant que la résistance était inutile, il se laissa conduire en prison , en s'écriant : * Ceci m'était écrit sur le «front; c'est V ordre d'Allah! »

Apeine dix jours s'étaient-ils écoulés depuis l'emprisonnement de Sultan- Ibrabim , que les sipahis murmurèrent d'être gouvernés par un enfant , et demandèrent la reinstallation de son

f)ère. Dans ces circonstances critiques , & mufti et les principaux dignitaires qui avaient renversé Ibrahim, craignant son retour au pouvoir, résolurent sa mort. Le 28 rèdjeb 1053 (18 aotU i K48\ ils se rendirent au sérail avec le bourreau Kara-Ali. Tous les serviteurs du palais s'étaient enfuis , effrayés de l;i scène sanglante qui allait s'y passer.

Le bourreau lui-même , tremblant de porter la main sur le nadichah, se jeta aux pieds du grand! vézir, et le supplia en pleurant de le mettre à mort plutôt que de l'obliger à remplir son terrible office. Mais Muhammed- Pacha lui donna un coup de bâton sur la tête, en lui disant : «Viens, maudit! » et il entra dans la prison avec le mufti, suivi de Kara-Ali et de son aide. Ibrahim, en les voyant, se leva avec effroi, et s'écria : « N'y a-t-il parmi ceux « qui ont mangé mon pain, personne « qui prenne pitié de moi et veuille me

« protéger? Ces cruels veulent me

« tuer! Grâce! grâce! Vois, Abdurra- « him! ajouta-t-il en s'adressant au « mufti ; Youçouf- Pacha m'avait court seillé de te faire mourir comme un « traître.... Je ne t'ai point tué , et tu « veux me tuer maintenant ! Lis l'Écris

Page 1