‹ TurquieChapitre 48 sur 78 · Î LUN · texte numérisé non relu

Î LUN

« ture sainte, le Coran, la parole de « Dieu , qui condamne les cruels et les « injustes ! » Mais toutes ses supplications furent inutiles*; et tandis qu'il exhalait son désespoir en blasphèmes et en malédictions contre le peuple ottoman, les bourreaux le saisirent et serrèrent le funeste cordon : son corps fut ensuite lavé, et enseveli dans le turbè de Sultan-Moustapha.

Sultan-Ibrahim avait régné neuf ans et neuf mois lunaires. Ce monarque, d'une nullité déplorable sous le rapport de la capacité et de l'énergie, s'abandonnant à tous les excès de la débauche, passa, pour ainsi dire, sa vie au fond du harem. Pour ranimer la vigueur épuisée de son fils, la Sultane-Validè, accompagnée des vézirs, lui amenait chaque vendredi de jeunes et belles esclaves. Sous le règne de ce Sultan, leur prix s'éleva jusqu'à deux mille piastres, somme énorme pour le temps.

L'abus immodéré de ces plaisirs , pour lesquels il paraissait peu fait, altéra sa santé , et le rendit hypocondriaque et sujet à de fréquentes attaques d'épilepsie. Pour se fortifier les nerfs , il avait pris l'habitude de boire de l'ambre dissous dans du café très-chaud , ou de le respirer en parfum ; aussi cette substance odorante se vendit à des prix exorbitants. Une nuit, Ibrahim ayant demandé de l'ambre, dont le harem se trouvait dépourvu dans ce moment , on envoya chercher à Galata un négociant anglais qui en avait un énorme morceau : réveillé brusquement au milieu de son sommeil par l'ordre de Sa Hautesse, le commerçant effraye se crut un instant la victime d'un caprice du despote, et ne se rassura qu'à la vue des treize mille piastres qui lui furent comptées pour sa précieuse marchandise.

Ce prince efféminé eut sept Sultanes- Khassèkis ou intimes , qui avaient chacune les revenus d'un sandjak , possédaient de plus des voitures et des barques enrichies de pierreries, et s'entouraient d'une cour nombreuse : outre les Sultanes Khassèkis, il y avait encore les esclaves favorites , qui disposaient à leur gré des charges de l'État et des

trésors de leur maître . Tout le temps qu'Ibrahim ne consacrait pas à ses femmes , il le passait au milieu des musiciens (zurnadar, neïzen et tabizèn) , ou des bouffons et des baladins. Dans un accès d'enthousiasme , il conféra à l'un de ces derniers le titre d'aga des janissaires , et à un artificier qui avait représenté un combat naval, la dignité de kapoudan-pacha.

Dans cette cour voluptueuse, les plaisirs et les raffinements du luxe et de la mollesse étaient regardés comme l'affaire la plus importante : le juge de Brousse, Idris - Efendi , mettait tout son zèle à approvisionner le sérail d'une grande quantité de neige pour faire des sorbets, et allait lui-même la chercher sur le mont Olympe (*).

S'y étant égaré un jour, on crut qu'il avait été enseveli sous quelque avalanche; et lorsqu'il reparut et rentra à Brousse, il trouva sa place occupée

Er un protégé de la blanchisseuse du rem.

Sous Ibrahim, l'empire ottoman, ébranlé par de fréquentes commotions intérieures, et appauvri pardesprodialités insensées , marchait avec rapiité vers sa décadence , lorsque la- mort de ce prince vint arrêter les progrès du mal. D'ailleurs l'armée obéissait encore à l'impulsion donnée par le sévère Murad IV; et les triomphes qu'elle obtint au dehors servirent de contrepoids aux troubles occasionnés par les sanglants caprices et la honteuse dissolution d'un souverain indigne d'occuper le trône des Osmanlis.

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