‹ TurquieChapitre 50 sur 78 · SULTAN SU LE! MAN-KHAN II, FILS DE S13LTANMBRAH1MKHAN · texte numérisé non relu

SULTAN SU LE! MAN-KHAN II, FILS DE S13LTANMBRAH1MKHAN

Lorsque Sultan - Suleïman , après avoir passé environ quarante-six ans dans la retraite la plus absolue , vit le kaïm-mèkam Kupruli-Moustapha-Pacha se prosterner a ses pieds , en le saluant du nom de padichâh , il éprouva un profond sentiment de crainte à l'aspect de ces grandeurs périlleuses qu'il était loin de désirer. Il essaya même de refuser le trône ; mais , pressé par les oulémas qui , disaient-ils, lui exprimaient les vœux de la nation , il se résigna à sa destinée , et se laissa couvrir, avec une soumission religieuse, des insignes du pouvoir suprême. Son premier acte d'autorité fut de confirmer dans ses fonctions le çrand vézir Siawouch-Pacha , qui , arrivé devant Constantinople après la chute de Sultau-Muhammed , s'était rendu immédiatement à Daoud-Pacha, et avait salué son nouveau maître.

le règne de Sultan-Suleïman commença au milieu de la révolte des troupes : les janissaires campèrent sur l'Et-.Meïdani , et les sipahis sur l'At- Meïdani : ces derniers massacrèrent leur chef Kutchuk-Muhammed-Aga, et obtinrent du Sultan épouvanté la tête de l'ex-kaïm mèkom Rèdjeb-Pacha. Sa

Hautesse, craignant que la révolte ne gagnât les provinces, nomma deux chefs des rebelles aux gouvernements de Roumilie et de Djedda. Il ordonna ensuite de distribuer aux troupes le présent d'avénement; et, profitant du moment de calme qui s'ensuivit, il alla ceindre le cimeterre dans la mosquée d'Eïoub. Les musulmans sont fort attentifs surtout aux premiers incidents qui signalent le début de chaque règne; ils regardèrent comme de mauvais augure la chute du turban de Sa Hautesse, et la pluie d'orage qui tomba pendant toute la cérémonie avec tant d'abondance, que le Grand Seigneur fut obligé d'échanger ses vêtements blancs contre un costume de couleur rouge , que la superstition considère comme un signe de sanglantes calamités.

Bientôt la sédition , qui n'était quesuspendue , recommence avec une nouvelle fureur : les janissaires massacrent leur nouvel aga, Ali deKharpout, qui avait osé poignarder lui - même le tchaouch Fetwadji , l'un des chefs de la révolte; ils dirigent ensuite leurs attaques contre les palais des ministres. Siawouch-Pacha , assiégé par cette milice inconstante oui l'avait élevé ellemême à la dignité de grand vézir, fut tué à la porte de son harem , qu'il défendit jusqu'à son dernier soupir : plus de trois cents assaillants périrent ou furent blessés. On vit alors un spectacle affreux , qui souleva l'indignation générale des musulmans , si jaloux de l'honneur de leurs femmes : les soldats violèrent l'asile sacré du harem , traînèrent dans la rue les victimes de leur licence, et les mutilèrent horriblement. Effrayés ensuite de leurs propres excès , ils se réunirent autour de leurs chefs , et invitèrent le mufti , le chef des émirs , les kazi-askers et le juge de Constantinople , à se rendre auprès d'eux , espérant se mettre ainsi sous la protection de ces hauts dignitaires. Mais lé peuple, irrité des horreurs commises par la soldatesque , se rallie autour d'un émir dont les janissaires pillaient la maison; la foule lo suit jusqu'au sérail , où l'on avait ar

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boré l'étendard de Mahomet ; elle massacre quelques-uns des chefs de la révolte, et se retire ensuite, d'après l'invitation des oulémas. Ismaïl-Pacha , vieillard septuagénaire, fut nommé grand vézir : le mufti , les deux kaziaskers et le juçe de Constantinople , qui avaient obéi aux injonctions des janissaires , furent destitués ; l'aga de cette milice eut la téte tranchée, et quelques mutins subalternes furent pendus : ces actes de fermeté suffirent a réprimer momentanément la révolte.

Tandis que les troupes ottomanes , agglomérées au cœur de l'empire, y fomentaient le désordre au lieu de défendre les frontières menacées par les chrétiens . le général Caraffa s emparait successivement d'Erlau, de Lippa et de Munkacs; dans cette dernière ville, la courageuse épouse de Tekeli s'illustra par une résistance opiniâtre qui ne put néanmoins empêcher cette Héroïne de perdre la liberté. En même temps, François Morosini soumettait Thèbes en Beotie; et Cornaro, autre général vénitien , prenait Knin en DaU matie. A toutes ces conquêtes , Venise ajouta encore celles de Sign , du Nouveau et du Vieux Obrovaz , et de vingtquatre châteaux. En Bosnie, la garnison de Gradiska, saisie de terreur, abandonna la forteresse; cet exemple détermina la reddition des palanques environnantes.

Tant de revers firent craindre au grand vézir qu'on ne voulût l'en rendre responsable : pour se décharger de cette dangereuse responsabilité , il nomma sèrasker Yèghen-Osman- Pacha, de la tribu turcomane des Toridis.

Mais Yèghen-Osman s'étant mis en état de révolte ouverte , on envoya contre lui les troupes de l'Anatoliê, et l'on emprisonna ou fit périr ceux d'entre ses partisans qu'il avait nommés, de sa pleine autorité , à de hauts emplois. Le nouveau sèrasker, Haçan-Pacha , essaya vainement de faire rentrer dans le devoir le rebelle Yèghen-Osman. Les chefs des janissaires , gagnés par les intrigues de ce dernier , abandonnèrent Haçan-Paeha , qui fut forcé de se retirer ii Widdin , après avoir vu planter

à côté de ses étendards ceux de son heuheux concurrent. Le nouveau grand vézir Moustapha- Pacha de Rodosto, qui avait remplacé le vieux Ismaïl-Pacha, destitué le lerrèdieb (2 mai), eut la faiblesse deconfirmer le rebelleYèghen- Osman dans la dignité qu'il s'était arrogée lui-même. A cette première faute, Moustapha-Pacha en ajouta une autre non moins grave , en nommant les principaux Toridis à divers gouvernements. Une troisième mesure désastreuse prise, par le grand vézir fut l'émission d'une monnaie de cuivre, appelée okka, dont on se servit pour payer une partie des troupes. De nouveaux impots furent établis, et des moyens déplorables , tels que la vente de plus de trente mille emplois, subvinrent momentanément aux besoins du trésor.

Le 27 ramazan (26 juin), l'armée ottomane partit de Constantinople pour Daoud- Pacha; et, le 2 zilka'dè (l-r septembre), elle s'achemina vers Andrinople. Pendant ce temps, l'armée impériale investissait Belgrade : Yèghen- Osman , chargé de défendre ce point important, campa près de cette place forte, dans le village de Werltchar- Owaçi ; mais , dès au'il eut vu les chrétiens'traverser le fleuve au moyeu de radeaux et d'un pont volant , il profita de l'obscurité de la nuit pour gagner en secret Semendria, où il fut suivi par Tekeli. Aussitôt que les habitants de Belgrade connurent la fuite du sèrasker, ils abandonnèrent la ville , après avoir livré aux flammes le faubourg. Tandis que les Impériaux assiégeaientcetteforteresse,Yeghen-Osman mettait le feu à Semendria , qui tomba bientôt au pouvoir des chrétiens, ainsi que Columbacz et Stuhl- Weissenbourg. Après un long siège , Belgrade céda aussi aux forces de l'électeur de Bavière, le 8 septembre 1688 : parmi les mosquées de cette dernière ville qui furent converties en églises , celle qui renfermait le tombeau de Kara- Moustapha avait été cédée aux jésuites : à minuit , lorsque le silence et l'obscurité régnaient sous les voûtes du temple , un bruit sourd et inexplicable se

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fait entendre ; les religieux accourent , armés de torches : mais quelle est leur épouvante , lorsque , en approchant du sépulcre du chet ottoman , ils reconnaissent que ce bruit sort de sa tombe ! Bientôt, cependant, le mystère s'explique : sept pillards croates s'étaient glissés dans le monument , et l'avaient brisé, dans l'espoir d'y trouver des trésors. Les jésuites envoyèrent au cardinal Colloniz , archevêque de Vienne , le crâne de Kara-Moustapha et le linceul dans lequel il était enseveli : ces dépouilles funèbres existent encore de nos tours dans l'arsenal civil de la capitale de l'Autriche.

Tandis que l'électeur de Bavière soumettait Belgrade , le général Veterani réduisait Sickovar et Karansebes, en Esclavonie ; ma is Muhammed-Beï , gouverneur de Perzerin et de Doukaghin, et Siawouch-Beï de Bouzin, ayant réuni leurs forces , battirent les Impériaux près de Hyçardjik, et ravagèrent Komoran et le district voisin dePerepol. Le margrave Louis de Bade vengea cette défaite en incendiant Butica , Gradiska , Iesniwicz , et en remportant une victoire complète sur le pacha de Bosnie (septembre 1688):

un mois plus tard, le vainqueur entra dansZwornik. Pendant l'hiver de cette année, les Tatares ravagèrent la Volhynie , massacrèrent les habitants de Sandomir et du château du prince Czartorvski , ravitaillèrent Kaminiec , et s avancèrent jusqu'à Lemberg et Bar.

Dans le commencement de la campagne suivante, ils vainquirent les Polonais près du Sireth; et, plus tard , ils dévastèrent les districts de Czerkassy , de Kaniow , et tout le territoire compris entre les rivières d'Asman et de Ros ; battus ensuite par le général Gallitzin, ils mirent le feu aux immenses steppes de ces contrées , et se retirèrent à la faveur de ce vaste incendie.

Les Vénitiens, après avoir étendu 'wrs conquêtes en Dalmatie , furent moins heureux en Grèce. Morosini chercha vainement à s'emparer de Salonique, de Candie et de Négrepont Erjripos): le siège de cette dernière

ville fut bien funeste aux chrétiens :

la résistance désespérée de la garnison ottomane , et le fléau de la peste, firent

{)érir le tiers de l'armée assiégeante; e brave comte de Kônigsmark, général d'une éclatante valeur, qui avait été l'instrument de presque toutes les conquêtes des Vénitiens en Morée, succomba à la contagion. Morosini, rebuté , leva le siège , et se rendit par mer devant Napoli de Malvoisie, qu'il se mit en devoir d'attaquer.

La nouvelle de la prise de Belgrade , surnommée par les musulmans Dar-tU- Djihad ( le boulevard de la guerre sainte) , avait fait naître une consternation générale. Le Sultan, malgré son peu d'expérience de l'art militaire , voulut se mettre à la tête de l'armée, moins pour la commander que dans l'espoir de ranimer , par sa présence , le courage des soldats. L'épuisement du trésor ne permettant pas d'armer de nouvelles troupes , chaque famille de Constantinople fut obligée de payer l'équipement de deux cavaliers.

Les rebelles "Ï èghen-Osman et Kèduk- Muhammed-Pacha menaçaient de troubler encore la tranquillité de l'empire; les gouverneurs d'Asie , convoqués par un ietwa du cheïkh-ul-islam, marchèrent contre les deux chefs révoltés, les surprirent et envoyèrent leurs têtes à Constantinople.

Cependant les guerres intestines et extérieures, qui duraient depuis environ six années , avaient fait du repos une nécessité urgente pour la Porte.

Une ambassade solennelle fut députée vers l'empereur Léopold pour traiter de la paix; mais ce but était déguisé sous le prétexte de notifier à l'Autriche l'avènement de Sultan-Suleîman.

Zulfekar-Efendi et le Grec Maurocordato, interprète de la Porte, furent accrédités par le cabinet ottoman auprès de la cour de Vienne. Ils firent leur entrée dans cette capitale le 8 février 1689, et ne purent avoir leur première audience qu'au bout de trois mois, la république de Venise et la Pologne ayant retardé l'envoi des instructions nécessaires à leurs représentants, qui (levaient traiter conjointe*

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ment avec ceux de leurs alliés. Avant l'arrivée à Vienne des envoyés ottomans, le comte Caraffa avait déjà passé quatre mois à négocier avec eux , relativement au cérémonial à observer dans leur présentation à l'empereur Léopold ; et , après ces longs débats , il avait enfin été décidé qu'ils se prosterneraient par trois fois , à l'entrée de la salle d'audience, au milieu, et ensuite au pied du trône, où ils devaient porter à leurs lèvres le manteau impérial, placer leurs lettres de créance sur une table disposée auprès du trône, et sortir de la salle sans tourner le dos a l'Empereur , et en s'inclinant encore trois fois. Dix mois se passèrent en négociations qui n'aboutirent à rien : dans une des conférences, les plénipotentiaires impériaux demandèrent I extradition de Tekeli : Zulfekar, tout en la refusant, répondit cependant qu'il ne considérait Tekeli que comme le chien du Sultan, dont la vie ou la mort importait peu à Sa Uautesse. Dans un entretien particulier, l'ambassadeur hollandais Hope ayant rappelé ces paroles à Zulfekar :

« Oui , répondit celui-ci , Tekeli est un « chien qui se couche ou se lève, qui « aboie ou se tait , d'après les ordres « du Sultan ; mais c'est le chien du « padichâh des Ottomans ; et , à son -« premier signe , il peut se métamor- « phoser en un lion terrible. »

Le Sultan, voyant que les négociations traînaient en longueur, se prépara à la guerre : il confia le commandement de l'armée du Danube à Arab - Rèdjeb - Pacha , gouverneur de Sofia : le sèrasker , après avoir rem- K>rté un léger avantage à quelques ieues de Belgrade , fut obligé de reculer devant des forces supérieures , et de se replier sur Aladja - Hvçar. En Bosnie, les Ottomans battirent un corps de Hongrois et de Heîduques , détruisirent les retranchements de Walpova et de Kargocza , saccagèrent quelques villages près de Sabacz et de Kopanik , et dispersèrent les troupes réunies' à Barenidja et à Casrebina.

Ils furent moins lieureux en Croatie, où le comte Draskowiz détruisit , près

de Castanoviza , un corps de cinquante mille musulmans. D'un autre côté, Zwornik et Feth-Islam tombèrent au pouvoir des Osmanlis; et les Impériaux , vaincus sur le Danube, levèrent le siège d'Orsova ; mais ils se vengèrent de cet échec en battant complètement Rèdjeb-Pacha à Batoudjina , où il perdit son artillerie et tous ses bagages.

Les Impériaux reprirent ensuite avec la plus grande facilité Feth-Islam, Widdin et Florentin. Un second revers éprouvé par Rèdjeb-Pacha devant Nissa, et qui détermina la chute de cette ville , décida de la perte du sèrasker qui fut décapité. Cependant l'armée impériale , après sa victoire , ayant voulu pénétrer jusqu'à Dragoman , fut battue par les pachas Orner et Kèmankech-Anmed , et forcée de rétrograder. Mais si les armes ottomanes éprouvèrent de nombreuses défaites dans leur guerre avec l'Autriche, elles obtinrent en compensation plusieurs avantages sur la Russie , la Pologne et les Vénitiens : le général Galitzin fut battu; les Polonais, à l'approche de Moustapha-Aga, gouverneur de Baba-Daghy, abandonnèrent le siège de Kaminiec; et Morosini, qui pressait Malvoisie, se borna à la mettre en état de blocus.

Dans un divan extraordinaire tenu à Andrinople , à la suite des malheurs de la dernière campagne le grand vézir Moustapha-Pacha fut destitué, et exilé à Maghalghara : il fut remplacé dans l'exercice de ses hautes fonctions par Kupruli-Zadè-Moustapha , frère du célèbre Kupruli-Ahmed-Pacha, le conquérant de Candie. Le nom de Kupruh semblait favorable aux Ottomans; et les premiers actes du nouveau ministre témoignèrent de sa sagesse:

persuadé que le salut d'un État dépend principalement de ses ressources pécuniaires, qui permettent à la fois de faire la guerre avec succès au dehors, et de réprimer, au dedans, les désordres et les révoltes, il remplit les caisses du trésor aux dépens de ceux qui , sous son prédécesseur , avaient pressuré le peuple, et trouva cependant le moven d'abolir plusieurs im«

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