‹ TurquieChapitre 51 sur 78 · SOI · texte numérisé non relu

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pots odieux : il obtint aussi de Sultan- Suleïman la suppression des présents d'étiquette si dispendieux , que oblique grand vézir était tenu de faire à Sa Hautesse le jour du Beïram , aux deux époques de l'équinoxe, à celles du solstice, et enfin, à la féte de la nativité de Mahomet (*). Divers heureux changements eurent lieu dans les premières dignités de l'empire : Miçirli- Zadè-Ibrahim-Pacha , gouverneur de îiégrepont, fut nommé kapoudanpacha,auIieudeKalaïli-Ahmed-Pncha; et Mezzo-Mor to commanda une flottille sur le Danube. Le khan de Crimée, Sèlim-Gheraï , fut chargé de réduire le rebelle Karpos , cmi s'était mis à la \ête de l'insurrection des Serviens, avait pris le titre de kral ( roi ) , et avait fortiGé Egri-Dèrè, Comanova et Katchanik.Un corps de l'armée chrétienne s'étant avancé dans les plaines de Kossovo, lorsque le khan était près de réduire Katchanik, il laissa Khalil- Pacha devant la place , marcha à la rencontre de l'ennemi , le défit , et lui enleva toute son artillerie et ses munitions. Sèlim-Gheraï , comblé d'honneurs par le grand vézir, mais profondément affligé de la mort du Noureddin Azmet-Gheraï , abdiqua la dignité de

(') Sultan-Ahmed II , successeur de SultafrSuleïman II, rétablit ces actes d'hom- "wge. Postérieurement , Mahmoud l" et Moustapha III en diminuèrent le nombre , qui resta fixé à quatre fois par an. Mais «fc coutume devenait néanmoins très-onéreuse pour le premier ministre, par i'obliga- 'ion où il était d'envoyer aussi des cadeaux à '°us les princes du sang,, à la Validè-Sul- Jane, aux kadines et aux grands dignitaires du «érail. Ces présents se composaient csfcnuellement de bijoux de tout genre, d'étof- « précieuses , d'essences de rose, d'ambre Sru.d'aloès, etc. , et quelquefois de sommes en or, renfermées dans des bourses de *J~* Outre l'accomplissement de cet usage d étiquette rigoureuse, le grand vézir devait «>«r toutes les autres occasions d'obtenir ,e« bonnes grâces de son maître en lui faiquelques offrandes de prix, telles qu'un j-oeral richement enbarnaché , une jeune et «aie esclave , une inoutre d'or garnie de diamants, etc.

khan , qu'il avait possédée deux fois , et entreprit le pèlerinage de la Mecque. Sè'adet-Gheraï , fils de Krim-Gheraï, lui succéda sur le trône de Crimée dans le mois de djemazi-ul-oukhra 1102 (mars 1G91).

Après avoir appris, par les plénipotentiaires ottomans Zulfekar et Maurocordato, les nouvelles prétentions des puissancesalliées, Kupruli désapprouva hautement les propositions désavanta-

Seuses dont son prédécesseur avait cru evoir faire l'ouverture, et se disposa avec ardeur à entrer en campagne contre les Impériaux. Mais , non content d'imposer aux ennemis par son attitude ferme et ses préparatifs hostiles , il se proposa aussi de leur enlever des partisans, en ramenant par la douceur les Grecs du Péloponèse et de l'Attique sous les lois ottomanes.

Les Maïnotes , las du joug pesant des Vénitiens , qui , par une rigidité impolitique, tourmentaient leurs nouveaux alliés et voulaient leur imposer le rite de l'Église latine, trouvèrent dans Kupruli un protecteur tolérant , et rentrèrent d'eux-mêmes sous la domination de la Porte ; leur compatriote Liberius Geratchari , tiré du bagne où il avait passé sept années , fut nomme beï du Maine. Kupruli , méprisant la routine fanatique de ses prédécesseurs, permit aux chrétiens de bâtir des églises , même dans des villages où il ny en avait jamais eu : par cette politique habile il engagea des malheureux sans asile à se réunir en petites peuplades, qui s'accrurent considérablement dans peu d'années, et apportèrent de nouveaux tributs au trésor.

A cette occasion, le sage ministre prononça ces paroles remarquables, surtout* dans la bouche d'un musulman : u Voyez ce que produit la tolé- « rance ! j'ai augmenté la puissance du « Padichâh , et j'ai fait bénir son gou- « vernement par des gens qui le naïs- « Baient. » Cherchant à guérir toutes les plaies de l'État, le grand vézir régla le cours des monnaies , envoya à la fonte le superflu de la vaisselle plate du sérail et toute sa propre argenterie, qu'il remplaça par de la simple vais-

selle de cuivre, donnant ainsi lui-même l'exemple des réformes économiques qu'il ordonnait.

Kupruli fut encore encouragé dans ses dispositions belliqueuses par là nouvelle que lui donna notre ambassadeur M. de Castagnères , marquis de Châteauneuf , que Louis XIV avait dirigé ses forces sur le Rhin , et qu'il voulait porter la guerre jusque dans le cœur de l'Allemagne : M. de Châteauneuf était chargé d'entretenir la Porte dans ses intentions hostiles contre l'empereur Léopold , de la disposer à la paix avec la Pologne , d'obtenir pour les Latins la garde du saint sépulcre , et surtout de s'opposer à ce que le Sultan reconnût le prince d'Orange comme roi d'Angleterre. Cette dernière prétention de la France fut repoussee par le grand vézir; il répondit que chacun était maître chez soi , et que les Ottomans qui , plus d'une fois, avaient déposé leurs sultans , ne pouvaient guère refuser aux autres nations le droit de changer de souverain. Ce fut vainement que M. de Châteauneuf insista sur ce point; il né réussit pas plus à décider le Sultan à déclarer la guerre aux Anglais qu'à conclure la paix avec la Pologne.

Cependant le grand vézir avait tout disposé pour commencer les hostilités :

de nouvelles recrues vinrent se ranger sous ses drapeaux ; les janissaires et les sipahis , dont la solde était exactement payée, avaient repris courage, ainsi que la nation , et offraient l'exemple de la discipline unie a l'ardeur guerrière. Kupruli se mit en marche à la tête de l'armée : au commencement d'août il défit le général Sehenkendorf, le chassa de Drugoman , et arbora les queues de cheval devant Chèhir-Keuï ou Pirot. De son côté, Tekeli passait le défilé de Tœrzbourg en Transylvanie, faisait prisonnier le général Haùsler, près de Zernescht, et détruisait son corps d'armée. A la suite de cette victoire, un diplôme impérial nomma Tekeli prince de Transylvanie.

Bientôt Nissa , assiégée par Kupruli , lui ouvrit ses portes , ainsi que Wïddin : Semendria se rendit à Khalil- Pacha

beiler-beï d'Alep, et Kubelitsch, sur la Morava, à Kèmankech- Ahmed-Pacha , gouverneur du Diarbèkir. Enfin Belgrade , après douze jours de siège , fut prise d'assaut: ce prompt succès fut uû à l'explosion d'un magasin à poudre , qui fit sauter une partie des remparts , et ouvrit ainsi l'entrée de la place aux Ottomans. Le grand vézir , après cette brillante campagne , se rendit à Constantinople , où il fut reçu avec les plus grands honneurs et la plus vive allégresse; la joie publique fut néanmoins un peu troublée par les nouvelles qui arrivèrent des divers points du théâtre de la guerre : on ap-

5 rit que Huçeïn-Pacha avait été obligé e lever le siège d'Essek , ville située au confluent de la Drave et du Danube , et que les Impériaux avaient surpris Lessina. Les Vénitiens faisaient aussi de grands progrès : en Dalmatie , Vallona et Canino ; en Morée , Napoli de Malvoisie, tombaient en leur pouvoir; mais, plus tard, ils éprouvèrent à leur tour une défaite, dans laquelle ils abandonnèrent aux Ottomans trois mille sept cents prisonniers , qui eurent tous la tête tranchée.

Pendant que ces événements se passaient, l'île de Chypre et la haute Égypte étaient en proie aux troubles et a la révolte : huit mille Maures , sous les ordres d'Ibn-Wani, ravageaient cette dernière contrée. En Chypre, Freng-Muhammed-Pacha avait rétabli l'ordre, et avait fait graver sur une pierre du marché de Nicosie , l'inscription suivante : « Si les troupes se ré- « voltent de nouveau , je jure d'en- « voyer à Constantinople cinquante « mille ducats provenant de confisca- « tions , et d'y joindre trente têtes de « rebelles. « Après la mort de Freng- Muhammed-Pacha , qui eut lieu cing ans plus tard , cette inscription fut effacée. Les habitants massacrèrent Jeur gouverneur Tcholak-Mubammed : Halebli-Ahmed , sandjak-beï d'Aïdin , lui succéda , et voulut soumettre les rebelles ; mais ceux-ci lui fermèrent les portes de Nicosie, dont il ne put se rendre maître que par famine. Les r! efs de la révolte furent saisis et mis

à mort : obligés de céder à la force , les autres rebelles se vengèrent en calomniant en secret Halebli-Ahmed auprès de la Porte , et en obtenant sa destitution.

Au commencement de mai 1691 , le grand vézir fut confirmé dans le titre de sèrasker , et reçut l'étendard sacré des mains de Sa H aînesse : mais à peine Rupruli se disposait-il à se remettre en campagne , qu'il fut arrêté par une maladie grave de Sultan-Suleiman : atteint d'hydropisie , ce prince succomba le26ramazan 1102 (23 juin 1691) :

il avait régné seulement trois ans , huit mois et vingt-neuf jours lunaires; il fut enseveli dans le tombeau de Suleïman-cl-Kariouni .

Sultan -Suleïman, qui, avant son élévation au trône , n'avait eu d'autre occupation que de méditer les préceptes du Cor an , poussait la dévotion jusqu'au scrupule; sobre, ennemi des voluptés , rigide observateur de la loi de Mahomet, il passe pour un saint parmi les musulmans, qui lui ont même attribué le don des miracles; son extérieur était peu avantageux , et son esprit médiocre : son règne n'aurait offert rien de remarquable , si le ministère de Kupruli-Moustapba- Pacha n'avait jeté de l'éclat sur cette courte période.

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