CHAPITRE XXVII
StJLTAN-MOUSTAPHA KHAN 111, FILS AINÉ DE SULTAN AHMED-KHAN III.
Par la mort de Sultan-Osman III, Muhammed-Raghyb-Pacha se trouva tranquille possesseur du sceau de l'État, que son maître était sur le point de lui enlever. Le grand vézir s'empressa de faire sortir du vieux sérail le prince Moustapha et de le proclamer padichâh. Mais à peine était-il monté sur le trône, que la nouvelle d'un sacrilège inouï vint attrister le début de son règne et remplir d'effroi les pieux musulmans. La caravane de la Mecque avait été pillée et massacrée par les Bédouins, irrités du refus qu'avait fait Pémir-ul-hadj de leur remettre le tribut que les sultans se soumettaient à payer à ces hordes nomades, afin d'assurer le passage des pèlerins au milieu des déserts de la Syrie et de l'Arabie. Saisi de douleur et d'une crainte superstitieuse, le peuple regardait cet événement comme un présage des malheurs qui devaient marquer le ouvernement du nouveau sultan :
eureusement, on sut bientôt que la date de cette catastrophe était antérieure à la mort de Sultan-Osman , et avait, pour ainsi dire, annoncé sa fin. Dès lors, les esprits se calmèrent, la confiance reparut, et une mesure politique de l'autorité acheva de rétablir la tranquillité : le kyzlar-agaçi, qui avait causé le désastre de la caravane, en déposant l'émir-ul-hadj que les Arabes affectionnaient, fut sacrifié à la haine publique.
Le jour où le nouveau Sultan se rendit à la mosquée d'Eïoub pour ceindre le cimeterre d'Osman, il s'arrêta devant la caserne des janissaires, qui, suivant l'us;ige établi depuis Sultan-Suleïman-el-Kanouni, lui présentèrent, par les mains de leur aga, la coupe de cherbet : « Camarades! leur « dit alors Sa Hautesse, j'espère, au «printemps prochain, le boire avec « vous sous les murs de Bender. » Ce langage plut aux soldats, et leur fit présager un règne plus glorieux que relui qtii venait de s'écouler.
L'UNIVERS
Aidé des conseils et de l'expérience de Raghvb-Pacha , Sultan-Moustapha rétablit ! ordre dans les finances, réprima les «pbos, onéreux surtout au peuple, mit un frein au luxe en faisant revivre les lois somptuaires , et chercha à ramener parmi tes musulmans ces antiques vertus qui avaient fait la force de l'empire. Il dépouilla le kyzlar-agaçi de Pinfluence pernicieuse qui entravait la marche du gouvernement, et remit ainsi toute l'autorité entre les mains de Raghvb-Pacha, dont il estimait les talents et le caractère. Ce ministre penchait pour la guerre, car il voyait les circonstances favorables pour attaquer l'Autriche, cette éternelle ennemie de l'empire du croissant, et, en outre, il flattait ainsi le désir que manifestait le Sultan de mériter, à l'exemple de plusieurs de ses ancêtres, le glorieux surnom de Ohazi (le Conquérant).
A cette époque, une révolte d'un genre nouveau vint troubler un moment la tranquillité de Constantiuople.
La disette régnait dans cette ville, par suite du naufrage de soixante et dix bâtiments chargés de grains venant de la mer ISoire. Des femmes du peuple, ameutées par le besoin, forcèrent des magasins de riz et de blé, et, malgré la présence de l'aga des janissaires et même du grand vézir, ne se retirèrent qu'après avoir obtenu qu'une distribution eût lieu sur-le-champ.
En 1760, un esclave chrétien, à bord du vaisseau amiral monté par le kapoudan- pacha, forma l'audacieux projet de recouvrer la liberté en s'emparant de la Kapoudana (vaisseau amiral). En ce moment, l'escadre était mouillée devant l'île de Stanco {Cos); prolitant du moment où le kapoudan-, pacha et ses ofliciers étaient a terre, cet esclave, nommé Simon, aidé de soixante et dix de ses compagnons d'infortune qu'il avait initiés au complot, exécuta son entreprise : les câbles furent coupés, quelques musulmans qui restaient à bord furent tués ou jetés a la mer, et le vaisseau amiral fut heureusement conduit à Malte.
Mais Louis XV le racheta, et le rendit
au Sultan. Le kapoudan-pacha , qui n'avait pu prévoir ni empêcher un pareil trait d'audace, fut néanmoins décapité.
Depuis longtemps , la conduite d'Ahmed-Pacha, gouverneur de Bagdad, avait excité le mécontentement du Sultan. Enorgueilli de sa puissance, de ses richesses, et se confiant dans son éloignement de la capitale, dans le difficile abord de la prov ince où il commandait, et surtout dans la mollesse des sultans, qui ne quittaient guère le sérail, Ahmed-Pacha, tout en répondant dans les termes les plus respectueux aux ordres de la cour, ne les exécutait que lorsqu'ils étaient à sa convenance. Sultan-Moustapha voulut se délivrer d'un sujet indocile, et chargea un kapoudji-bachi d'aller chercher la tête du coupable. Cette mission était périlleuse : l'envoyé du Sultan usa d'adresse et se rendit à Bagdad sous un prétexte quelconque. Mais Ahmed- Pacha avait des espions à la cour : instruit de la mission secrète du kanoudjibacbi, il lui fit trancher la tète, et l'envoya insolemment à la Porte à la place de la sienne.
En 1762, le grand vézir Muhammed- Haghyb-Pacha mourut : l'empire ottoman perdit en lui un homme d'État distingué et un digne émule des illustres Kupruli. Amené encore enfant à Constantinople, il étonna ses maîtres par son ardeur pour l'étude, et en reçut le surnom de Haghyb ( le Studieux). En 1739, il fut employé à la rédaction du traité de Belgratle, en qualité de mektoubtchi, ou premier secrétaire du grand vézir. Successivement plénipotentiaire au congrès de Niemirow, reïs-cfendi , pacha du Caire, d'Aïdin, d'Alep, il arriva enfin, dans les derniers jours du règne de Sultan- Osman III, à la dignité de premier ministre. Il possédait tous les talents qu'exige un poste si dangereux : politique profond, patient, dissimulé, d'une fermeté inébranlable et qui allait quelquefois jusqu'à la cruauté, plein de jugement et d'instruction, il exerça sur Sultan-Moustapha un ascendant d'autant plus grand , que l'adroit mi-
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nistre ne le fit jamais sentir a son maître. Zélé pour le bien public, il voulut établir des lazarets contre la peste; ami des sciences, il fonda à Constantinople un kitab-khanè (bibliothèque (*)), et donna la preuve de son amour pour les lettres en écrivant luimême des ouvrages de morale et de philosophie. L'anecdote suivante prouvera combien l'esprit supérieur de ce ministre était dégagé des préjugés superstitieux de sa nation. Un chrétien, qui voulait embrasser l'islamisme, assurait que Mahomet s'était montré à lui pour l'engager à se rendre digne des faveurs qu'il réserve aux vrais croyants: « Voilà un étrange coquin, «dit le grand vézir; quoi! Mahomet • est apparu à un infidèle! tandis que k depuis plus de soixante et dix ans que «je suis exact aux cinq «amas (**), il « ne m'a jamais fait cet honneur. Dites- «lui, drogman, qu'on ne me prend «pas si aisément pour dupe, et que ■ s'il n'avoue pas le vrai motif qui l'a « porté à quitter son pays, je le ferai « pendre. » Nous devons ajouter eepen-
(*) On lit sur la porle de ce monument cette simple iuscription : « Honneur et gloire « à Dieu ! Sous le bon plaisir de Dieu et dans « la vue de lui plaire , Muhamnied , grand - vézir, surnommé Raghyb, a fondé cet éta- « bassement , Tan de l'hégire 1 1 76. »
(**) Mahomet a déterminé lui-même les heures consacrées aux cinq namaz , indispensables pour tout musulman. Ces heures wnt ainsi réglées : La prière du matin , salat-subh ou salât -feajr , et en idiome turc sabah - namazy , est depuis l'aurore jusqu'au lever du soleil ; celle de midi salatzuhur, en turc euilè-namazjr, compte depuis le déclin du soleil jusqu'à l'heure du namaz de l'après-midi; celle de l'après-midi, salatasr, en turc ikindy -namazy, commence au moment que le cadrait solaire présente une ombre d'une double longueur de son aiguille, et finit au coucher du soleil; la prière du soir, salat-maghrib , en turc aheham-narnazy, est depuis le coucher du soleil jusqu'à l'heure où commence la prière de la nuit ; celle de la nuit , salat-iclia , en turc yatçy- namazy , compte depuis l'entière obscurité de l'horizon jusqu'à l'aurore , où commence l'heure de la prière du matin.
dant que l'envie ternit un si beau caractère et lui fft commettre des actions criminelles. C'est ainsi qu'il sacrifia à sa basse jalousie un defterdar dont le peuple exaltait le mérite, et qu'il fit exiler le mufti Vèli-Éfes/di qui cherchait à se mêler des affaires de l'État.
L'année de la mort de Muhammed- Raghyb-Pacha (1762), la naissance du prince Sèlim , fils de Sultan -Moustapha , fut célébrée par des fêtes qui durèrent dix jours , et pendant lesquelles des troupes de juifs et de Grecs, à la faveur de la licence qui accompagne presque toujours la joie populaire, osèrent parodier les fonctions du grand vézir et des autres hauts dignitaires de l'empire, et poussèrent la hardiesse jusqu'à contrefaire le Sultan lui-même.
Ce qu'il y a de plus étonnant peut-être dans ces saturnales, c'est qu'elles pussent se faire impunément.
Tandis que le divan ne songeait qu'à assurer la paix et la sécurité de l'empire, deux événements inattendus, l'avènement au trône de Russie de Catherine II et la mort du roi de Pologne Auguste III, ouvrirent de nouvelles scènes de guerre et de troubles dans l'Europe. Une persécution exercée contre les protestants polonais, connus sous le nom de dissidents, fut le prétexte dont l'ambitieuse czarine se servit pour faire entrer des corps de troupes en Pologne : bientôt maîtresse, par la corruption ou la crainte, des délibérations de la diète, elle fit placer, en 1764, sur le trône des Jagellons, le comte Stanislas -Auguste Poniatowski , ancien favori de Catherine lorsqu'elle n'était encore (pie grande-duchesse. Ce prince , soumis à l'impératrice par l'amour et la reconnaissance , ne devait être que son premier sujet. Sultan -Moustapha qui, d'après les conseils de la France et de la Prusse , s'était montré contraire à Poniatowski , fut irrité de ce choix ; mats il fut détourné de la guerre par les membres du divan et par l'ambassadeur français , qui ne croyaient pas que l'armée ottomane fût en état d'entrer en campagne. Les janissaires , les sipahis , amollis par l'oisiveté et le luxe ,
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n'avaient plus cette ardeur belliqueuse
3 ni les avait, rendus autrefois si reoutables; l'Egypte était agitée, et les Wehhabis menaçaient la Mecque : dans ces pénibles conjonctures, le Sultan, obligé de céder à l'avis pacifique de ses conseillers, se contenta de l'assurance que lui donna Catherine de retirer ses troupes de la Pologne et de respecter les libertés de ce royaume.
Le brave khan des Tatares Krim- G lierai , qui , poussé par son bouillant courage, voulait, malgré la décision du divan, commencer les hostilités, fut destitué et exilé. Néanmoins, Sultan-Moustapha , qui avait consenti à regret à la déposition du khan , l'accueillit avec faveur à son passage à Constantinople ; et aux nobles paroles de Krim -Gheraï , qui cherchait à lui communiquer son énergie, répondit par des plaintes sur la mollesse et la corruption de tout ce qui l'entourait, et sur le peu de bonne volonté qu'il trouvait dans les grands de l'empire.
Cependant la czarine s'emparait peu à peu de tous les droits constitutionnels de la Pologne, et , contre sa promesse formelle^, y entretenait toujours des troupes. La population , indignée, frémissait sous le joug étranger; et enlin, en 1708, la ville de Bar, en Podolie, devint le contre d'une ligue patriotique contre l'ambition de Catherine. Le Sultan, quoiqu'il vît avec peine la conduite des Russes , ne voulait pas déclarer la guerre, tant qu'ils respecteraient les limites de l'empire ottoman ; il se borna à prendre des mesures de précaution : un corps de six mille janissaires, djèbèdjis, et autres armes, fut envoyé à Choczim, et un pareil nombre a Bender et à Okzakow. II résista même aux instances des confédérés de Bar, qui suppliaient le Sultan de les aider à repousser les Russes, et lui offraient, en retour de ce service, la possession de la Podolie. Mais bientôt les Russes levèrent eux-mêmes tous ses scrupules : un corps de cavaliers moscovites , en poursuivant quelques confédérés polonais , fut attiré sur le territoire ottoman par une
ruse combinée entre ces derniers et Yakoub-Aga , grand douanier de Balta , entra dans cette ville et y massacra , sans distinction , Polonais et musulmans. Cette violation manifeste du traité souleva tous les esprits : le sandjcLk-chèrif fut arboré (*) ; on récita la prière appelée Ll- Fatiha (**). et la guerre fut déclarée. Krim-Gberaî , rappelé de son exil , fut réintégré dans sa dignité, et chargé d'ouvrir la campagne. Il se signala bientôt par une entreprise hardie: en 1182 (janvier 1769) , il fit une incursion dans la Nou-
(*) Le sandjak-clùrif (étendard de Mahomet) est l'oriflamme des musulmans : il ne sort du sérail que lorsque le Sultan ou le grand vézir marche à la tète de l'armée. Une riche lente , spécialement réservée pour le sandjak-chèrif , est dressée en ces occasions , sur un pieu de bois d'ébène garni d'anneaux d'argent. Au retour de la campagne on enferme le saiut drapeau dans uoe caisse ornée avec luxe, autour de laquelle on fait des prières et l'on brûle pendant plusieurs jours des parfums d'aloès et d'ambre gris. Les porteurs de cet étendard se nomment sandjakdars : ils sont tirés du corps des harem-kapoiidjilèri du sérail.
L'enthousiasme excilé par la vue de l'étendard du Prophète fut cause, en cette occasion, d'une catastrophe, fatale aux Européens de Constantinople : poussés par la curiosité, plusieurs d'entre eux avaient loué, pour quelques sequins, des fenêtres dans des maisons musulmanes, d'où , cachés derrière les persiennes, ils regardaient défiler le cortège. Tout à coup, un des émirs qui précédaient le sandjak-chèrif, s'écrie en s'adressant au peuple : « Des ghiaours osent « profaner de leurs regards impurs le dra- « peau sacré du Prophète ; que ces chiens « soient punis ! » A ces mots une multitude fanatique s'élance avec furie, enfonce les portes, et massacre sans pitié pour l'Age ni le sexe, tous les chrétiens qu'elle peut découvrir; des femmes enceintes fureni traînées par les cheveux et foulées aux pùds : l'épouse et les filles de l'internonce impérial périrent de celte manière. Le grand véiir témoigna l'intention de punir les coupables, mais .l'impossibilité de les découvrir leur assura l'impunité.
(**) El-Fatiha est le premier chapitre du Coran. Ce mol signifie ouverture.
velie - Servie , y incendia tous les établissements russes , et revint à Bender avec trente-cinq mille prisonniers et un immense butin. Il se préparait à attaquer de nouveau l'ennemi , lorsqu'une mort subite vint mettre un terme à ses triomphes. Suivant quelques auteurs, le grand vézir Muhammed-Émin-Pacha Jaloux de la supériorité incontestable au khan de Crimée, et de la faveur dont il jouissait auprès du Sultan , se débarrassa par le poison du prince tatare. Dewlet-Gheraï , que la voix des chefs du pays appelait au pouvoir, remplaça Krim- Gheraï.
Cependant la czarine , qui ne s'attendait pas à un si prompt commencement d'hostilités , n'avait encore que vingt-quatre mille hommes à opposer à la nombreuse armée des musulmans.
Le prince Galitzin s'avança néanmoins au-devant des Ottomans; il passa le Dniester et s'approcha de Cnoczim.
La garnison de cette ville , emportée par son ardeur et enhardie par la nouvelle de l'approche de la grande armée musulmane , voulut faire une irruption du côté de Ruzvandja. Ce fut en vain que Huçeïn-Pacha , commandant de la place , s'opposa à ce projet imprudent ; les soldats , animés du désir du pillage, se révoltèrent et massacrèrent leur chef. Instruits de cette sédition, les Russes s'avancèrent à marches forcées, et vinrent attaquer la ville. La résistance de la garnison fut si vigoureuse, que le général Galitzin désespéra de la vaincre et rentra en Pologne , poursuivi par un corps de troupes ottomanes , qui arrivait au secours de Cnoczim. Ce léger triomphe, donné par le grand vézir pour une victoire importante, produisit une vive sensation à Constantinople , et fit décerner, un peu trop prématurément , le surnom de Ghazi (victorieux) à Sultan -Moustapha. Enivrés de ce succès , les Osmanlis continuèrent à se porter en avant, et traversèrent la Moldavie, que leur innombrable armée affama bientôt : la disette fit naîtredans le camp les murmures et l'indiscipline:
on se plaignit hautement de l'avarice
et de l'imprévoyance du grand vézir Muhammed - Émin , qui , à son tour, accusait les pachas sous ses ordres.
C'est au milieu de ce mécontentement général que les opérations commencèrent. Le khan des Tatares fut désigné pour passer le Dniester ; un sèrasker, conduit par Potocki, l'un des chefs de la confédération de Bar , se dirigea vers la Pologne , et le grand vézir prit position devant Bender. Pendant que ces mouvements s'opéraient , les Russes attaquaient à l'improviste l'armée ottomane sur ld route de Choczim. Cette affaire se termina au désavantage des musulmans qui se réfugièrent partie à Yassi et partie à Bender. Les Russes investirent aussitôt Choczim , où Potocki s'était jeté avec quelques mille hommes : sa courageuse résistance donna le temps à un corps d'armée ottoman de venir au secours de la place ; mais Galitzin avait rangé ses troupes sur la rive opposée du fleuve, et son artillerie balayait tout ce qui osait approcher. Les troupes du sèrasker murmuraient hautement de la position périlleuse où son imprudence les plaçait; et bientôt le malheureux ministre, victime des intrigues de ses ennemis auprès du Sultan , paya de sa téte les revers de cette campagne. Moldovandji-Ali-Pacha reçut, avec le sceau de l'empire , le commandement en chef des armées. Le nouveau sèrasker, homme de cœur et de tête , s'était élevé, par son courage et ses talents, d'un rang infime à la première dignité de l'État : il voulut justifier ce choix honorable par quelque triomphe éclatant. D'après son ordre, un pont est jeté sur le Dniester ; des nuées de Tatares et de volontaires passent le fleuve, et se précipitent sur le camp retranché de Galitzin. Malgré le peu d'ensemble que ces hordes indisciplinées mettaient dans leurs attaques, le grand nombre de ces barbares , qui se succédaient sans cesse , rendait la position des Russes extrêmement critique. Tout à coup une crue des eaux du fleuve ébranle le pont; les soldats épouvantés s'y élancent en fouie pour regagner la rive • il cède au poids