CHAPITRE XXVIII
SULTAN - ABDUT.. HAMID- KHAN , FRÈRE I>B SULTAN-MOUSTAPH A-KHAN III, Kl FILS DE SULTAN-AHMED III.
Sultan -Moustapha III avait laissé, en mourant, à son frère Sultan- A b- «luI-Hamid le soin.de terminer la malheureuse guerre contre les Russes:
mais le nouveau souverain , par son caractère doux, bienfaisant, ami du repos , et même faible et timide , était au-dessous de la tâche pénible que lui imposait la gravité des circonstances.
Le trône d'Osman chancelait, ébranlé à la fois par la guerre étrangère et les divisions intestines : les Russes avaient envahi la Crimée et toutes les provinces septentrionales des bords du Danube; Catherine avait gagné à sa cause Héraclitis , prince defcéorgie et vassal de la Porte ; en Albanie , Mahmoud, gouverneur de Scutari, était en pleine révolte; Ali, pacha de Yanina , jetait les fondements de cette puissance indépendante et despotique qu'il conserva pendant près d'un demisiècle; sur la frontière orientale de l'empire, Ahmed, pacha de Bagdad, ne reconnaissait que de nom la suzeraineté du Sultan ; la Palestine obéissait au vieux cheïkh arabe Daher, qui , soutenu par les tribus nomades du désert , avait pris le titre de cheïkh d'Acre et de Galilée ; enfin , en Égypte , Muhammed - Beï, fils adoptif d'Àli - Beï , chef des Mamlouks, avait chassé ce dernier, et, tout en se disant l'esclave du Sultan , ne conservait que l'apparence de la fidélité. C'est au milieu de tant d'éléments de désordre qu'eut lieu l'avènement d'un prince pacifique, qui , âgé de près de cinquante ans , ne s'était occupé jusqu'alors , dans sa retraite ù'Eski-Sèrai (le vieux sérail), qu'à transcrire le Coran et à fabriquer des arcs et des flèches.
Le premier usage que fît de son pouvoir Sultan-Abdul-Hamid , fut de donner une entière liberté à son neveu Sèlim , et de déclarer qu'il voulait lui servir de père : cette conduite généreuse , si contraire à celle de ses prédécesseurs, lui attira la vénération des musulmans , qui , suivant l'usage consacré parmi eux , attentifs à la première action de leur nouveau souverain , conçurent les plus belles espérances d'un règne qui débutait par une action vertueuse. Depuis Baïezid II, aucun des sultans n'avait pu se dispenser de distribuer aux janissaires le djulous-aktchèei ou denier d'avéne-
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ment; et, jusqu'à Sultan-Abdul-Hamid , la seule intention , manifestée par les souverains nouvellement couronnés , de retrancher cette gratification d'usage , avait toujours occasionné des émeutes parmi cette milice indisciplinée; mais la pénurie du trésor épuisé par une guerre malheureuse permit a Sultan-Abdul-Hamid de se refuser à cette largesse, qui eût été très-onéreuse à l'Etat dans des circonstances si difficiles. Il s'occupa ensuite, malgré son peu de goût pour la guerre , des préparatifs nécessaires pour la prochaine campagne. Une armée de quatre cent mille hommes se rassembla sur la rive droite du Danube, et le Sultan assista en personne aux manœuvres des artilleurs et des soldats exercés à l'européenne par les soins du baron de Tott.
Cependant l'armée de Romanzoff, affaiblie par ses revers et même par ses succès, n'était pas en état d'agir avant d'avoir reçu des renforts; mais, en ce moment , une révolte dangereuse éclatait dans l'intérieur de l'empire russe : le rebelle Pugatschef , qui se faisait passer pour le czar Pierre III , échappé miraculeusement, disait-il, au fer des assassins, marchait sur Moscou, soutenu par une multitude crédule : dans ce péril imminent , Catherine sut arrêter les progrès de l'insurrection, et, en même temps t envoyer des secours à Romanzoff, qui se nâta de reprendre l'offensive. Secondé par les généraux Souwaroff et Kramenski , il effectua le passage du Danube, malgré les efforts des Ottomans ; bientôt , par une savante manœuvre, Romanzoff tourna la position du grand vézir et le sépara de la place de VVarna,où se trouvaient les magasins. Effrayés de cette situation critique, les musulmans se révoltent contre leurs chefs , et se débandent : douze mille hommes restent seuls auprès du sèrasker Muhsin-Zadè.
Dans cette position pénible , il écrivit au Sultan pour se justifier d'un événement aussi imprévu; et ce prince, résigné, en bon musulman, à la volonté d'Allah , répondit, en s'appuyant
sur un fetwa du mufti , que le grand vézir ne pouvait vaincre sans soldats; et que , puisque son armée l'avait abandonne , le Prophète ordonnait qu'il fit la paix. D'après cette autorisation, le sèrasker signa, le 24 djèmazi-ul-oula 1188(21 juillet 1774), à Kutchuk-Kaïnardji , en Bulgarie, un traité par lequel la Porte reconnaissait l'indépendance des Ta tares de la Crimée , du Budjak et du Kouban , accordait aux Russes la libre navigation dans toutes les mers de l'empire ottoman , leur cédait les places d'Azof , de Kilbouroun et quelques autres forteresses, et enfin acceptait le partage de la Pologne. Catherine , en compensation, restituait aux Ottomans la Bessarabie, la Moldavie, la Valachie, et les îles que la Russie occupait dans l'Archipel.
* Cette paix , tout humiliante qu'elle était pour la Porte , fut accueillie par la nation avec de grands transports de joie, tant on éprouvait le besoin du repos. Le grand vézir Muhsin- Zadè-Muhammed-Pacha , à qui l'indiscipline de ses troupes avait causé un si vif chagrin qu'il en était dangereusement malade , se mit néanmoins en route pour rapporter à Constant inople le sandjak-chèrif ; mais, avant qu'il fût arrivé à Karin-Abad (Carnabat ) , ville située au milieu du défilé du Balkan , l'oiseau de son âme s'échappa de sa cage et prit son vol vers les deux. Izzet-Muhammed - Pacha , kaïm-mèkam de Constantinople , lui succéda, et remit le drapeau sacre entre les mains du Sultan : Sa Hautesse , ajoute l'historien ottoman à qui nous empruntons ces détails , retourna ensuite au palais impérial , qui est la nacre où se renferme la perle précieuse de son auguste personne , et le centre glorieux d'où le soleil de sa puissance répand ses rayons sur Punivers (*)
(*) Les écrivains musulmans se servent toujours de termes figurés pour retracer les actions ou la mort des personnages dont ils racontent l'histoire. Le besoin de varier ces exoressions métaphoriques les jette dans
La paix de Kutchuk-Kaïnardji , en assurant l'indépendance de la Crimée et en accordant aux vaisseaux russes la libre navigation dans les mers de l'empire ottoman, enlevait au Sultan l'appui de son ancien et utile allié le khan desTatares, et ouvrait la route de Constantinople aux flottes moscovites; aussi la Porte ne cherchait-elle qu'un prétexte pour rompre ce traité.
En attendant que cette occasion se présentât , le Grand Seigneur voulut se venger des rebelles qui, pendant la guerre , avaient tenté de se soustraire a la domination ottomane. Le hospodar de Moldavie, Grégoire Ghika, paya de sa tête sa révolte; et le cheikh Daher , assiégé par mer et par terre dans la ville d'Acre, fut tué d'un coup de fusil en cherchant à se sauver dans les montagnes de Safad. Quelques autres exécutions eurent encore lieu ; mais ces châtiments partiels ne suffisaient pas à la colère du divan , qui proposa d'exterminer en masse les Grecs de la Morée : cette cruelle mesure fut un peu adoucie sur les représentations du kapoudan-pacha, et l'on se contenta du supplice fies principaux moteurs des troubles. Ilaçan-Pacha, auteur de cette proposition moins barbare, fut chargé ae l'exécuter, et y mit une rigueur qui démentit la modération de son langage dans le conseil : des milliers de têtes tombèrent sous le fer du bourreau, et, amoncelées en sanglantes pyramides, portèrent la terreur parmi les malheureux Grecs. Mais ces terribles exemples, en épouvantant les populations, leur inspiraient encore un plus vif désir d'échapper à leurs tyrans. L'impératrice Catherine, dont tous les efforts tendaient à abaisser l'empire ottoman , avait accordé de grands privilèges aux
un luxe de tropes bizarres qui impriment à leur style ce caractère pompeux et emphatique, si étrange à nos yeux, mais qui plaît lant aux Orientaux. Nous avons reproduit, de loin en loin, dans notre récil , i|iK'lqucs-uni de ces trails, afin de donner n nos lecteurs une légère idée de la phraséologie des ailleurs nationaux.
Moldaves et aux Valaques : les Grecs de la Bulgarie, séduits par les avantages qu'elle leur offrait aussi , passèrent le Danube et se rangèrent sous la puissante protection de la czarine : non contente d'avoir enlevé la Crimée aux Ottomans en la faisant déclarer indépendante, elle voulut encore s'approprier une province qui lui convenait si bien. Une intrigue ourdie avec habileté mit la dissension entre les membres de la famille du khan de Crimée ; bientôt une sédition, fomentée par les agents secrets de la Russie, arracha le pouvoir à Dewlet-Gheraï, qui, dévoué au Sultan, se réfugia à Constantinople. Chahin-Gheraï, protégé par Catherine, fut nommé khan, et se mit sous la protection ou plutôt sous la dépendance de l'impératrice. La Porte voulut alors reprendre les armes; mais elle fut détournée de ce projet par l'influence du prince Repnin et du comte de Saint-Priest, ambassadeur de France. Déjà ce dernier avait fait confirmer le traité de Kutchuk-Kamardji par la convention (VAinaly-Cavak ( kiosque des miroirs ) , conclue en 1779. Cependant Catherine n'abandonnait pas ses desseins ambitieux : de nouveaux troubles, excités par cette princesse, obligèrent Chahin-Gheraï à se réfugier à Taganrok , et fournirent à la Russie l'occasion d'envoyer en Crimée une armée de soixante-dix mille hommes commandée par le prince Potemkin : cette invasion fut colorée du prétexte de secourir le khan contre ses sujets; mais la Porte, devinant aisément le motif qui guidait l'impératrice, prit la précaution de faire occu-
I)er par un pacha la ville de Taman, sur e détroit de Yèni-KaFa. Les troupes russes s'avançant alors pour repousser les Osmanlis, traversèrent les Etats de Chahin-Gheraï, qui, dégoûté d'un pouvoir illusoire, se vit bientôt réduit à céder tous ses droits à l'impératrice, moyennant une pension de huit cent mille roubles : en avril 1783, la Russie entra en possession de la Crimée et du Kouban.
Au commencement de l'année suivante , la Porte fut obligée , malgré sa
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répugnance, de ratifier ce marché; mais elle s'en vengea sur le malheureux Chahin-Gheraï : ce prince, peu de temps après la cession de son royaume à Catherine, mécontent de sa position, obtint un asile à Constantinople; mais à peine eut -il le pied sur le territoire ottoman , qu'il fut mis à mort par ordre du Sultan.
Cependant toutes les humiliations qu'avait à subir la Porte , excitaient un vif mécontentement dans la nation, qui s'indignait de la patience de son maître à souffrir tant d'outrages : la guerre était demandée à grands cris; et les moyens de la soutenir avec honneur ne manquaient pas : une nombreuse armée de terre, une escadre très-forte, une école d'artillerie, des fonderies établies par lebarondeTott, la tactique européenne enseignée aux soldats ottomans par des officiers français que Sultan-Abdul-Hamid avait engagés à venir à Constantinople, telles étaient les ressources que possédait la Porte pour s'opposer aux vues ambitieuses de l'impératrice de Russie.
Vers la fin de 1786, cette princesse alla parcourir la Crimée, et visita ensuite Kherson, nouvelle ville qui venait de s'élever, par son ordre , sur les bords du Dnieper, et qui assurait à la Russie l'empire de la mer Noire. Joseph II et Catherine y eurent une entrevue, et conclurent une alliance offensive et défensive contre la Porte. Quoique ce pacte eût été arrêté en secret , il ne fut pas difficile au cabinet ottoman de deviner les projets de conquête des deux souverains; et cette circonstance décida le Grand Seigneur à satisfaire aux vœux de ses sujets, en prenant l'initiative. Suivant l'usage établi à cette époque à la cour ottomane, la déclaration de guerre à la Russie fut précédée de l'emprisonnement aux Sept Tours de l'ambassadeur de cette puissance. Le Sultan, en se décidant à recommencer les hostilités, comptait sur l'appui de la Suède et de la Pologne; l'ambassadeur d'Angleterre lui avait fait espérer qu'elles armeraient en faveur de la Porte, et qu'en outre, le roi de Prusse se chargerait de
s'opposer à l'empereur Joseph. En conséquence, se croyant sûr d'être soutenu , le Sultan commença par diriger le pacha d'Oczakow, avec des forces considérables , contre Kherson et Kilbouroun, tandis qu'une seconde armée s'avançait sur les bords du Danube. De son côté, le kapoudan-pacha , après avoir apaisé une révolte en Égypte , alla bloquer, avec une flotte de vingt-quatre voiles, l'embouchure du Dniéper, afin de seconder l'attaque de Kherson et de Kilbouroun. Cette dernière place , défendue par le célèbre général Souwaroff , résista à tous les efforts des Ottomans : trois fois ceuxci s'emparèrent des retranchements, et trois fois les Russes parvinrent à les en chasser.
Cependant l'empereur d'Allemagne dirigeait ses forces sur Belgrade, dont il espérait s'emparer par surprise. Le pacha qui commandait la place dit avec mépris , en apercevant les Allemands : « Ce sont des chiens qui aboient. » Néanmoins il prit l'alarme lorsqu'il se vit attaqué subitement, et il en écrivit au divan, qui se plaignit à l'internonce impérial, et lui accorda néanmoins la permission de quitter l'empire ottoman. La tentative des Autrichiens n'ayant pas réussi , le grand vézir fondit sur eux avant qu'ils eussent pu opérer leur jonction avec l'armée de Romanzoff , les fit reculer jusqu'à Loughosch, s'empara de plusieurs places de la Hongrie, brûla et saccagea le banat de Témeswar, et fut sur le point de faire prisonnier Joseph II lui-même.
Ces triomphes des Ottomans étaient contre-balancés par la perte de quelques places en Moldavie , dont le hospodar avait été audacieusement enlevé au sein de sa capitale. Le prince de Saxe-Cobourg et le général Romanzoff attaquèrent de concert Choczim, gui leur ouvrit ses portes après une iaible résistance. Enfin le prince Potemkin mit, en décembre 1788, le siège devant Oczakow, avec une armée de quatre-vingt mille hommes. Le kapoudan-pacha, dont l'escadre, renforcée de deux vaisseaux de haut bord, de
six frégates et de plusieurs bâtiments inférieurs, s'élevait alors à plus de soixante voiles, se prépara à soutenir par mer Oczakow , qui n'était défendue que par de vieilles fortifications.
Tandis que la garnison inquiétait, par de vigoureuses sorties , l'armée de Potemkin , Haçan-Pacha cherchait à engager le combat avec l'escadre russe, inférieure en nombre à la flotte ottomane , mais composée de petits bâtiments légers qui manœuvraient plus facilement. L'amiral russe , en feignant d'éviter le kapoudan-pacha , dépassa l'embouchure du Dnieper, et attira entre ses deux rives les navires ennemis : là, gêné autant par le défaut de largeur que par le peu de profondeur du fleuve, Haçan-Pacha, non-seulement ne put déployer toutes ses forces, mais encore vit trois de ses vaisseaux de ligne échouer sur le sable, d'où il ne parvint à les dégager qu'avec une grande perte d'hommes et de fortes avaries. L'amiral russe, profitant du désordre que cet accident occasionna parmi la flotte ottomane, l'attaqua vigoureusement, prit, coula à fond ou brûla quinze bâtiments , et lui tua onze mille marins. Pendant ce combat , le
§énéral Souwaroff , posté sur le rivage evant Kilbouroun, où il avait établi une batterie formidable , foudroyait les vaisseaux ottomans, et achevait leur défaite. Cette victoire navale décida de la perte d'Oczakow : l'armée de terre donna l'assaut , et s'empara de la ville. Les vainqueurs souillèrent leur triomphe par des cruautés inouïes, et vingt-cinq mille victimes tombèrent sous leurs coups.
Les revers multipliés que les armes ottomanes venaient d'éprouver avaient abreuvé de dégoûts les derniers jours de Sultan-Abdul-Hamid , qui succomba à ses chagrins le 7 avril 1789. Il était âgé de soixante-quatre ans et en avait régné quinze. Ce prince pacifique, éclairé et ami de la civilisation, releva l'établissement de l'imprimerie, presque abandonné depuis la mort du renégat Basmadji-Ibrahim. Sa conduite généreuse envers son neveu Sèlim lui concilia l'amour du peuple, et sa bonté
naturelle le fit adorer de tous ceux qui l'approchaient. Son indulgence et sa douceur étaient si bien connues dans le sérail , que les jeunes filles du harem ne craignirent pas de le jouer luimême, pendant les fêtes qu'occasionna, en 1780, la naissance de la princesse Rèbia-Sultane. Par un motif louable, ce prince, voulant mettre des bornes au luxe des vêtements, avait défendu que les femmes portassent des manteaux à longs collets. Dans une de ces tournées incognito dont il avait contracté l'habitude pour surveiller par lui-même l'exécution de ses ordres, il aperçut des dames cjui, bravant ses règlements somptuaires, se promenaient en étalant avec complaisance les collets démesurés de leurs manteaux.
Cette vue excita sa colère à un tel point, qu'il courut sur les coupables élégantes , et voulut raccourcir de ses propres mains le vêtement en contravention. Cet événement fit sensation dans Constantinople; et il n'était pas encore oublié, lorsqu'il fut parodié par les filles du sérail : l'une d'elles, vêtue comme le Sultan, s'élança, armée d'un poignard, sur un groupe de ses compagnes, dont elle avait l'air de vouloir couper les collets, et qui se sauvaient de tous côtés en poussant de grands cris. Sultan-Abdul-Hamid était placé, avec les Sultanes, dans une tribune grillée; et cette scène improvisée, critique indirecte, mais hardie, des vues un peu étroites de ce prince, loin de le fâcher, l'égaya beaucoup.
Sous le règne de Sultan-Abdul-Hamid, la Russie parvint à s'ouvrir le chemin du Bosphore; elle dut ce triomphe, non-seulement à l'adresse et aux intrigues de Catherine II , mais encore aux grands progrès que fit la nation moscovite dans l'art militaire, tandis que les Ottomans restaient stationnâmes au milieu du mouvement général; car, malgré les intentions de Sultan- Abdul-namid , et l'aide que lui prêtèrent les officiers français appelés a Constantinople, les soltfats musulmans ne purent se former à la tactique et à la discipline européennes. La répugnance des janissaires pour ces inno-
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vations était si farte, qu'elle occasionna, dans la dernière guerre, une émeute qui faillit coûter la vie au grand vézir Youçouf-Pacha. Ce ministre ayant voulu ranger l'infanterie ottomane sur trois lignes et la faire manœuvrer comme nos troupes, l'indocile milice s'y prêta d'assez mauvaise grâce pendant quelques heures, dans l'espoir d'une gratification; mais ces évolutions n'ayant été suivies d'aucune distribution d'argent, un soulèvement eut lieu, et l'imprudent Youcouf-Pacha fut obligé de se dérober à fa fureur des soldats, qui ne se calmèrent que lorsque le reïs-efendi leur eut fait compter douze cent mille livres. La frayeur du vézir fut si grande en cette occasion, qu'il se crut obligé de sacrifier huit agneaux au prophète, pour le remercier de l'avoir tiré de ce mauvais pas.
C'est à cette obstination du peuple de Mahomet à ne jamais sortir des habitudes et de la routine léguées par ses ancêtres, qu'il faut attribuer les grands et nombreux désastres qui l'ont accablé sous les derniers Sultans, et lui ont fait perdre cette supériorité que lui avaient acquise, sur les nations chrétiennes, son fanatisme religieux et guerrier et le brillant courage de ses premiers maîtres.