LE CHATS AU DBS SEPT-TOURS
Cette fameuse prison d'État, appelée en turc Yèdi-Koutè (les sept tours), est située à un des angles de Consenti nop le , sur la mer de Marmara : c'était, avant le règne de Sultan-Mahmoud II, une bastille politique, où les ambassadeurs européens étaient renfermés dès que la guerre éclatait entre le Grand Seigneur et le souverain dont ils étaient les représentants. Cet usage barbare avait commencé à se modifier sous Sultao-Sèlim III , et a été entièrement aboli par Sultan-Mahmoud , qui a continué si hardiment l'œuvre de civilisation commencée par le premier.
Le château des Sept -Tours n'en compte plus que quatre depuis le tremblement de terre de 1768, qui renversa trois d'entre elles. Ces tours sont soutenues par des terrasses de cin-
3 uante à soixante pieds de hauteur, et e quinze à vingt pieds de large. Les murailles sont entourées de larges fossés , et sur une couche de terre végétale et de débris, on cultive des plantes potagères très-renommées, entre autres une excellente espèce de salade romaine , qui porte le nom même du lieu où elle croit.
Cét édifice fut commencé par Zénon , en Tan 1000 , et adievé par Emmanuel Cowuène en 1182 : il prit le nom de PentapyrgioH (cinq tours), à cause du nombre de tours que ce dernier
prince y fit élever. En 1468 , Muhammed-el-Fatyh le rebâtit en grande partie, et y ajouta trois tours. Ces tours sont de grands octogones , à toit co-
GHAHD SAZAS DE CONSTAMTINOPLK.
Le grand bazar de Constantinople ressemble à une ville dont les rues seraient couvertes. Il est si vaste qu'on pourrait s'y égarer aisément; le toit en est fort élevé, et permet à peine qu'un jour sombre éclaire les boutiques des marchands. Ces magasins n ont guère que six pieds de large et quatre de profondeur ; ils ne sont sépares les uns des autres que par de faibles cloisons ; un large banc à deux pieds de terre règne , sur toute la longueur de la rue , au-devant des boutiques : ce banc est le comptoir sur lequel le vendeur est assis , les jambes croisées , et où l'acheteur s'assied aussi pour se mettre à l'abri de la foule qui se presse sur les trottoirs. Le vendeur étale gravement ses articles sur ses genoux ; et bien différent de nos marchands qui cherchent par leur babil à nous convaincre de la bonté de leur marchandise, il n'ouvre la bouche que pour en décliner le prix. Quelquefois , pendant que vous examinez un objet , le pieux musulman se glisse, dans son arrière-boutique, petite loge fort étroite; là , il fait ses ablutions , et revient ensuite réciter sa prière , agenouillé sur un tapis, la face tournée du côté de la Mecque , et sans s'inquiéter le moins du monde des passants et même des chalands.
Au centre du bazar est situé le Bézesteîn ( Bezzàzùtan ) : on peut y arriver de quatre côtés, en passant sous des portes massives, qui ne sont ouvertes que depuis sept heures du matin jusqu'à raidi. C'est le lieu consacré à la vente des armes et des objets de grand prix : des sabres de Damas, aux poignées intrustées ae pierres précieuses, et renfermés dans de riches fourreaux ; des khandjars étincelant de pierreries ; des fusils garois d'or et d'argent; des eas-
solettes de parfums ; des- châles , des perles , des bracelets , de l'ambre pour les pipes , etc. Les marchands du Bézesteïn sont les plus riches de Constantioople , et jouissent d'un grand crédit. Ce sont, en général , de vieux musulmans attachés aux anciens usages et ennemis des réformes tentées par Sultan-Mahmoud. On les reconnaît au soin religieux avec lequel ils ont conservé l'antique et noble costume oriental. Le toit du Bézesteïn est encore plus élevé i et le jour plus faible que dans les autres bazars.
Un Européen qui se présente au bazar pour acheter quelque chose , excite au plus haut point la curiosité des passants. Ils s'arrêtent alors pour regarder les objets qu'il marchande : les femmes musulmanes poussent même la familiarité jusqu'à s'emparer de ses gants, de sa bourse , de sa montre , pour les examiner, et passent quelquefois leurs belles mains blanches sur la manche de son habit, pour juger de la finesse du drap,