‹ TurquieChapitre 69 sur 78 · BAINS ORIENTAUX · texte numérisé non relu

BAINS ORIENTAUX

Les établissements destinés aux bains sont ordinairement construits, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, sur de très-grandes proportions. Celui qui porte le nom de Moustapha - Pacha est au rang des plus beaux : l'édifice , bâti en pierres de taille , a la forme d'un parallélogramme ; il est surmonté de deux dômes élevés. De larges bancs régnent autour de chaque pièce; ils sont destinés au repos des baigneurs.

Le pavé est en marbre de diverses couleurs ; au centre est un grand réservoir rempli d'eau; des colonnes élégantes soutiennent l'édifice. On fait d'abord entrer le baigneur dans une espèce de vestiaire, où H se déshabille sur une estrade où l'on a préparé ce qui lui est nécessaire. Un tellak (garçon de bain) enveloppe la tête du baigneur, ses reins et son corps de linges d'une grande blancheur , lui met aux pieds des sandales de bois fort hautes. Il passe ensuite dans une seconde

pièce , dont la température est plus élevée ; et enfin , dans une salle pavée en pierre , et chauffée à trente et Quelques degrés : c'est la salle du bain ou l'étuve. Lorsqu'on veut augmenter la chaleur de l'atmosphère, on répand de l'eau sur les dalles chaudes, et l'on obtient bientôt une transpiration abondante. Le tellak s'approche alors du baigneur, le frotte avec un sac de crin (kiçè), et fait craquer adroitement et tans douleur les différentes articulations : c'est ce qu'on appelle l'opération du massage. Après quoi, on savonne le patient, on l'inonde d'eau chaude, ou bien , s'il ne peut en supporter la température, on lui jette de l'eau attiédie sur le corps. On l'enveloppe ensuite d'un tcherchej '( drap en toile de coton ) ; on lui met une serviette sur la tête , et il rentre dans le vestiaire, où il passe souvent une partie de la journée à se reposer en causant , en aimant le tchibouk ou le narghilé, et en savourant le parfum du mokha.

Les dames musulmanes fréquentent aussi avec assiduité les bains : le vendredi est le jour fixé pour satisfaire à ce devoir religieux et aux distractions qui l'accompagnent ; et pour elles plus encore que pour les hommes , aller au bain est un plaisir et un délassement.

Elles y restent presque toute la jour- Dée, et le plus souvent y prennent leur repas. L'entrée des bains des femmes est sévèrement interdite aux hommes, et tout s'y passe avec la plus grande décence.

Le prix modéré qu'on exige permet aux pauvres d'en jouir comme les riches; on voit même des hammandiis, propriétaires de ces établissements , ne rien demander à ceux dont l'extérieur témoigne le dénûment; et c'est une sorte d'aumône qui, à leurs yeux, équivaut au verre d'eau de l'Évangile. Mais les seigneurs et les personnes qui ont de la fortune , ne se rendent au bain qu'avec une sorte de pompe , agissent généreusement ; et cette générosité peut même quelquefois paraître

L'UNIVERS

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