‹ TurquieChapitre 70 sur 78 · L'AT-MBIDANI OU L'HIPPODROME · texte numérisé non relu

L'AT-MBIDANI OU L'HIPPODROME

L'At-Meïdani (*) est la plus grande pUce qu'il y ait dans l'enceinte deConstantinople : c'était l'Hippodrome des anciens Grecs , qui s'y exerçaient aux jeux du cirque et aux courses des chars. Apres l'invasion de cette capitale par les musulmans , l'exercice du djèrid avait succédé aux combats des athlètes; mais depuis la destruction des janissaires par Sultan-Mahmoud II, et l'adoption des usages des peuples occidentaux , on ne voit plus sur l'At- Meïdani que des soldats réguliers de la nouvelle milice qui s'exercent aux manœuvres européennes.

L'At-Meïdani a environ deux cent cinquante pas de long et cent cinquante de large. Sur le côté oriental est la mosquée Ahmèdm , construite par Sultan- Ahmed Ier; de l'autre côté s'élève un grand édifice , que l'on croit avoir été autrefois le palais du questeur , et qui est aujourd'hui devenu un Timar-khanè ou hôpital des fous, dans le genre de ceux qui étaient attachés autrefois à certaines fondations pieuses en chrétienté. L'Hippodrome qui, dans l'antiquité, renfermait tant de chefs-d'œuvre de la sculpture et dé l'architecture, n'en a conservé que trois :

l'un est l'obélisque de Théodose, monolithequadrangulairedegranit, qui marquait le milieu du stade : il a soixante pieds de haut; des hiéroglyphes égyptiens sont gravés sur ses quatres fanes; le piédestal est sculpté en bas-reliefs d'un mauvais style, qui montre la décadence des arts à cette époque ; il est chargé aussi d'inscriptions fastueuses en grec et en latin. Un globe d'airain surmontait autrefois l'obélisque. Apporté.de Thèbes en Égypte, il fut élevé en trente-deux jours, à l'aide d'un mécanisme curieux , qui est représenté sur la frise du piédestal , sous la direction de Proculus, préteur de la ville, et pendant le règne de Théodose l'an-

(*) Al Meïdani est la traduction littérale de l'expression grecque hippodrome {place aux chevaux.)

Le second monument est la colonne Serpentine : elle fut tirée du temple de Delphes, où elle soutenait le trépied d'or consacré à Apollon après la bataille de Platée; le fût de la colonne est formé par trois serpents entrelacés ; sur les têtes des reptiles reposait le trépied ; ces trois têtes ne subsistent plus : Sultan - Muhammed • el - Fatyh, a ce que dit une tradition populaire, en abattit une d'un coup de sa hache d'armes; les deux autres, ajoute-t-on, furent enlevées en 1700, sans que les Ottomans aient fait la moindre recherche pour les retrouver.

Le troisième monument est une colonne de bronze, réparée et dorée par Constantin Porphyrogénète , ainsi que l'indique une inscription grecque gra* vée sur sa base. Elle a quatre-vingtquatorze pieds de haut; elle servait à marquer une des extrémités de la lice dans la course des chars. On l'a si fort endommagée en enlevant- les plaques de cuivre, qu'elle ne présente plus aujourd'hui qu'une masse dégradée et qui semble menacer d'écraser les passants.

A l'extrémité de l'At-Meïdani, on voit une citerne soutenue par des arches, dont quelques-unes sont assez bien conservées.

Nous ne terminerons pas cet article sans relever une grave erreur dans laquelle sont tombés la plupart des écrivains qui ont parlé de Constantinople, et qu'a partagée M. de Lamartine dans son l'oyage en Orient.

L'illustre auteur, en racontant la destruction des janissaires par Sultan- Mahmoud , place cette scène sanglante sur l'Hippodrome ou At-Méidani, tandis qu'elle se passa sur YEt-Meïdani, qui est la place où l'on faisait la distribution de la viande aux janissaires, et où ils avaient leurs casernes. La légère différence de son qui existe entre le nom de ces deux places explique aisément cette confusion de mots, surtout chez les personnes qui connaissent peu la capitale de l'empire ottoman. Nous avons, du reste, donné, aux pages 482 et suivantes , une relation circonstanciée de ce tragique évé-

nemrnt, dans laquelle nous nous sommes attachés à reproduire avec la plus grande exactitude les noms des lieux et des hommes, et tous les dé-' tails de cette grande catastrophe. Nous v renvoyons nos lecteurs.

Page 1