MA
du voisinage de la Halle, mais où elle o 9 a plus cette belle largeur qu'elle présente du côté des boulevarts.
J'avais déjà lu sur un éçriteau
« Bel appartement de garçon avec cave, orné de glaces. »
Et sur un autre :
Grand appartement avec écurie et remise frcâchement décoré.
Je m'arrêtai devant une maison d'assez belle apparence, vieille et noire comme presque toutes celles de la rue Montmartre, mais dont l'entrée était propre et la cour presque claire, ce qui est fort rare dans les quartiers populeux de Paris.
Nous pénétrons sous la porte cochère, , et à notre fauche nous apercevons la loge du portier. Je frappe à un carreau, on ne me répond pas, mais on me fait signe de .
tourner le bouton d'une vitre. J'ouvre et
je passe matête:]Je suis bien tenté de la retirer aussitôt, une odeur de choux , d'ail et de cuir venait de me prendre au nez et à la gorge. Il y avait la-dedans deux enfa nts qui se roulaient à terre, une femme qui en allaitait un troisième, tout en écumànt sa marmite, et un petit homme qui mettait un talon à une botte, eh chantant : « Rendez-moi ma patrie ,\ ou laissez-moi mourir!*
Je me décidai cependant à humer les
vapeurs qui partaient de la loge, et tout en
me demandant ert ' moi-même comment il
y'tfvait dèé êtreè assei bien Constitués
pour' Vîvré dans cette àtmctephére, je dis:
... j t Qu'avez - vous l S lôuci* dans cette
maison? »
j».^ Àb? mopsjfîur ? nous.pv.oçs pjur,, • sieurs locals..... des grands, «t de»
» moyens.... çà dépend de ce que mon- » sieur veut y mettre... . ma femme prends
» garde au petit il va rouler dans la
» marmite,
» Est-ce qu'on ne peut pas \oir ces loge- » mtnts ?
» — Pardon,; monsieur, on peut le»
j> voir tout de même, je vas vous conduire, » parce que le proprilliétaire exige que » nous conduisions nous-mêmes les personnes... c'est une faiblesse de sa part » pour que nous fissions valoir les agïé-
»ment8 du local... prends garde au pe- »tit... le vlà qui joue avec mon tire-pied à » c't'heure...
Le portier quitte sa botte, tâche de trouver un passage à travers ses marmots, et sort enfin de sa loge. Il me prend alors une envie de rire que j'ai delà peine à dissimuler. Le portier assis, semblait être un homme de taille moyenne; mais debout, il n'était pas si grand qu'un balai. Toute sa personne était dans son torse ; ses jambes et'ses cuisses ne se trouvaient plus, cela ne l'empêchait pas de sourire de l'air de quelqu'un qui est content de sa personne.
, « Monsieur est de votre société ? me ditil en regardant moa ami. » <
» — Sans doute.;:
« — Ah bon..... alors il monte avqp « vous?
« — Mais naturellement.
« — Ah! bon ma femme, prends
> garde au petit I... est-ce un logement » de ménage que vous voulez?,
« — Peut-être...', j'crf veux tin grand
> et mon ami un petit.
« — Ah! bon avez-vous des en-
» fants ?..... c'est que le propriétaire » n'aime pas les enfants, il a la faiblesse » de dire que çà fait des dégâts dans les £ maisons.
» — Il me semble pourtant que vous » en avez plusieurs, vous ?
c — Oui, c'est vrai, mais aussi ils ne » sortent jamais de ma loge; oh! consi-
> gnés! jamais hors de la loge! c'est
c habitué à çà ! >
Ces enfauts-là, sentiront les choux
oommeles lapins de cabaret, mèdis-je «n suivant le portier, qui se décide à monter le*caiier*après avoir encore cité àiafem-»
me, c Prends garde au petit*»
Noiis arrivons au premier, c Est-ce ici le logeaient ? dis -je à notre conducfeu*? '■-'•' ' *
c— Oh ! non... tenez., voyez la plac que sur la porte... c^est un avoué qui c demeure ici... là c'est l'étude,... des c commis qui travaillent comme des i chevaux ! à ce que dit ma femme...." « mais dame !... le maitre est làquisur- « veille toujours ses jeunes gens.., oh!it
cfaut qu'ils travaillent ferme,.» c'est un t homme qui veut gagner de l'argent. . . il t s'est butté àçà. C'est tout jeune... ça c Tient de se marier et d'acheter l'étude c avec la dot de sa femme... une petite c qui n'est pas trop belle et pas trop bonc ne ! je l'entends souvent, d'en bas, crier c après sa cuisinière... Ah! bon, que je c dis, v'ià qu'on se met en train au prec mier, le temps est à l'orage. .. histoire de c rire! du reste, monsieur l'avoué, son c mari, n'a pas l'air plus gai qu'il ne faut, c II y en a qui disent qu'il n'a pas assez de c quoi payer sa charge !... Quand il était le « premier clerc,de l'étude, il chantait touc jours!... on dit même qu'il faisait des c brins de vaudeville pour le grand opéra!
«à c't'heureil ne chante plus; mais c'est
« égal il a un beau fauteuil en cuir rouge et c une robe de chambre en perse, à ce que c dit ma femme. »
Le portier s'était arrêté sur le carré du premier pour nous conter tout cela; je crois qu'il en aurait dit plus long, si la porte de l'étude ne s'était point ouverte.
Un jeune homme sort avec une liasse de
papiers sous le bras et notre conducteur lui crie en souriant d'un air prétentieux :
« Monsieur Félix je tous tiens par le « talon ...je n'ai plusque cinq ou six clous « à vous enfoncer dedans..»
c — Ah ! c'est très bien, monsieur Bluet,
« v#s bottes pour faire yos courses...
Et le portierse penche vers moi en ajoutant :
fc C'est un det'cketoK* 4e tfftude 1...
- « c*f I die» I trottait tttéfa kr journée*. « & ttè^&l ié séfifellt»!*.; ***** j«i*i!s « presque toi^fif W& ttttfHé» >•/ >
Nous sommes arriyésjur le pallier du second étage, M» Bleuet (car je sais maintenant le nom du portier), s'arrête devant une porte, jtf s«$spo$e £ $p#qer/ lorsque par néftèxiou, il se tottrne.iféwœoH éri me disant :
— UA — € — A propos ! avez-Yous des chiens !
c — Non.
. < -— Ah ! boni c'est encore «ne faibles- .« se du proprUUétairede prétendre que les f chiens occasionnent de$ chose* désac gréablesdans les escaliers.
« — - lime parait que votre propriétaire k a beaucoup de faiblesses.
c — Ne m'en parlée pas ! çà s'est enri- « chi en vendant du bois à brûler, et
« c'est plus suscépiiblequ'un homme de « pure noblesse! mais vous médirez! nous « sommes tous mortels !.... Je vas jon- « ner...
« —Un moment! quel est le logement « que tous allez me faire voir.
« — C'est le beau... le grand... six « pièces et une cuisine*. . çà tourne ; deux « entrées sur le carré. Douze cents francs « et le sou par livre, plus l'éclairage de « l'escalier qui se paie à part.
« — Cet appartement est habité ?
..••>.* *Mkfl pâlies gens talfitftf iï fautl.;..
« Un mari, son épouse, une cuisinière
...•: '•' >• c et une petite bonne pour agrafer les ro-
« bes de madame. Le mari jousse à la
. • BçuJsal é^fr^cè^a^m entendu rap-
c porter.* * '.*•■., • • • .'-" \ *-
Nqus arrivons au troisième* Le portier ^e^sjftpj^^Mnep W ^ W 4^4;
« A cel étage les /oca/s sont subdivisés.
« Là, demeurt un employé à la ville et son « épouse... des gens entre deux âges. Le « mari ç'en/va tous Ujs cqatins à.^euf ljeu- « res, et rentre à quatre heures et demi ,
c c'est rectal Depuis tflête an* qd'èl âbge «t dans la maison, j'ai remarqué qu'il n'a
f.-^W.ïiAifoir* il y^a^^J^qp^ € neuf heures. Le dimanche ^u.Ujwe;^ c il se permet de ne rentrer qu'à dix c heures. La femme est tout le portrait t de sou mari : elle va chaque jour faire t son marché à onze heures et revient à c midi; ensuite, vous ne la feriez pas sorc tir pour voir le beufe gras ! Oh l c'est ce c qui peut s'appeler des gens bien estic niables!
« — Est* ce là tout ce que vous avez à € nous montrer?
« — Dame... à moins qut vous ne
« rouliez d'une petite chambre de garçon « dans les mansardes?
c — Voyons, pendant que nous som- » mes en train :céb conviendra peut-être « à un de mas amis, qui m'a prié d'en € voir pour lui.
Ifi
Nous montons au quatrième *à se ter* mine là maison. Il y a trois portes, et notre guide nous les fait toutes passer en revue.
« — - Là, c'est un garçon tailleur, mon- € sieur Flutemann, un bon garçon, un » Allemand ; mais il a la faiblesse de vou- « loir jouer de la flûte, et, de 3 qu'il est « rentré, il prend son instrument. Heu- « reusement, il ne rentre que tard et il € s'en va de bonne heure; sans quoi, on «r n'aurait dans l'oreille que : Soyez senti sibtes à nos peines! Il joue toujours la « même air.
« Ici, c'est un artiste, un peintre. ..
• « — Dans quel .genre? . .
« — Mais, daine... je crois, dans tous t genres ; il fait des portraits avec de
c l'huile ; des enseignes, des paravents, « tout ce qu'on veut... C'est un homme « rempli de talents : il m'a fait le portrait « de mon petit dernier, suspendu au sein « de sa mère : c'est parlant! çà donne )> envie de pleurer!... Mais voilà où c'est « à louer...
* —Qui loge là?
« — Hum! pas grand'chose! un Au-
c vergnat, un commissionnaire avec son
« fils... Je ne dis rien à l'égard de leur
« moralité, çà peut être honnête; mais ça
« vous a la faiblesse de ne pas payer son