SOS
v Diable !.. diable!.*, on n'est pas ai bien c que je croyais dans la voiture d'un feri-' cmer.»
Un peu après Louvres , nous prenons sur la drQjtq, et la route, perdant de sons uniformité, devient plus piltoresque.Taj*-, tôt le chemin est bordé de petites fa-> briques; tantôt il descend tfcnsqty* ^Pl*; lée* Les points de vue deviennent charmants, Nous admirerions tout ;cel^ pi nops, n'étions pas si préocc upés; mais,Lise lient ses y eux baissés pour ne pas rencontrer ceux du far i nier, qui sont presque con&-; tamment braqués sur elle, et moi je me dis que cela deviendrait fort désagréable s'il prenait fantaisie à M. Pierre Lagacé
qui aimé Uni & embrasser ta jolies femmes, de vouloir embrasser celle qui en avec moi. Car, certainement je ne lesouf»
frirais pas ; mais je sens bien que je ne serais pas le plus fort. M'importe ! je me ferai battre s'fl le faut... mais sij'étaismfe hors de eombftt, et que ma pauvre petite compagne... hum !... cette pensée me fait sauter sur la charrette! Je regarde Lise....
de beaux yen*, de jolis traits fins, espiègles... une petite bouche... un petit pied.»
dfo est trop bien f... et le rustre le moins amateur ne la verrait pas aiec i&difl&rencel..«f aurais dû prendre la toiture de Merrotifefne.
Nous passons par un petit village où Foi
feit des briques. Là 4 Pierre Uçacé nous montre une chaumière en nous disant :
« Le maître de c*te maison a passé aussi « par mes mains... Il voulait m'en: pêcher « d'embrasser sa ménagère : j^qi ai cassé « les pattes d'manière à en boiter lopg*
*— À » ménagère?
« *— Oh| non; à lui... j'aime trop le « sexe pour lui faire du mal.., Eh ben|t * vol' petite dame ne dît plus rien... sat m-yousjqVeilë eM fièr«m*iu gemtiil*,
c vot' petite dame.. • et que je m'en ac-
c commoderais ben tout cl'mèmel..
c — Vous n'êtes pas difficile !.. Appro- € chons-nous deMorfontaine? .. m
« — Oh! qu'oui... encore une petite < lieue et j y serons.
« — C'est qu'il est près de six heuc res... nous arriverons tard à Ërmenonc ville?
t — Ah ben ! queu que çà fait ! .. est-ce • -.. * * » '•, *
« que vous avez peur?
— aot -*-
c .— ; Non,, certainement.
€ — . Avez-vous des armes snr tous? *
t . — M a foi non; je n'en ai pas v .
, 5 rriVow pv**; aussi bifcvfail, fnpi* « qu'après Morfonlaine nous fassiMsplu»
c d'une lieue à travers les bois.... mais « j'vaux trois hommes, moi I
Lise me pousse le bras en me disant à l'oreille :
c — Il fallait lui faire cr «toque tu af ate « des armes... des pistolets. *.
« — C'est vrai, tu as raison... j'ai répondu étourdiment... mais le fait est que € je n'en si pas.., rien, pas même une c canne L. . , .
c —Oli! mon ami, je voudrais bien c être arrivée et que nous ne fussions « pap ta nuit dans lé* fois Avec tet e hpnMé ■
c — Rassure-toi... je suis là...
f — Mais s'il allait te casser quelque c chose aussi, à toi... que deviendrais-je.
c — Ne t« ftp 4o^p«*<i0 telles, terc reurs. . . Tiens, regarde ce paysage. . » que t c'est beau» lûajestoeuxii.ôn^e^roirait c àcentlitoet de Paris L ' <■ »
« ~«* Qti'c*t»ce ddae qoe oea grotses t pierres qui bordent la route t
« —Ce soldes rochers. ;-^
c — Des rochers?... seraiHl possî- « Me!... Oh! que je suis contente dé c toir des rochers... mais comment sont* t ifs là?
c — Parce qu'ils y ont poossk.5
c — Quoi! cela pousse, un rocher T. /•
— ai* -
- ' « — Oui, ma chère amie .
c — Oh 1 je dirai à toutes met eoac naissances que j 7 ai vu des. rochers... »
; Nous semmes arrivés à Morfonrtine, mais nous n'avons pas le tetaps de nous y airêter pour voir ses délicieux jardins qui rivalisent avec woi d'Ermenonville. Nous passons devant l'auberge où Ton prend ifes voitures; j'ai envie d'y entrer. e^ de retenir deux places pour le -surlendemaio, jpaU Us* pense que cela nous retardera, :
il est six heures et demie, et Ton yietjt de nous dire qu'il y avait encore deux lieues à faire pour être à Ermenonville. D'ailleurs, il est rare que la voiture soit complète quand elle part de Morfoniaine dans
la semaine, et nous trouverons toujours bien deux places : je me rends aux avis de ma corn pagne de voyage. Pendant que nous causons sur ce sujet, Pierre Lagacé nous montre une petite auberge en décriant : • .>•; r . '. • ■■'--*
« — C'est là qu'on boit d'un petit mn c fameux et pas cher !... c'est dommage c que je H ! pouvions plus entrer' m*y *ac fraîchir... i '"' t »
c — Eh ! qui vous en empôéhe?' *
c — Une petite affaire que foi éutf avec
c le fils de la maison, qui voulait s Vppù-
c ser à ce que j'badinions avec la ser-I
+ vante... Nous avons combattu à coups
— au -
c de poing.... pauvre garçon! qui voulait c lulter avee moi!., en un instant il a eu c son compte.,. si ben qu'il eu est encore < aur ion Ut.
c — Il me paraît que partout où toi»
c passez, tous laissez un souvenir de
c — Dam! faut ton rire un peuL.»
c n'est-ce pas, ma petite dame, qu'il fart c rire?., surtout quand on est gentille c comme vous... eb, eh 1«.
Us* ne répond pas» Nous sonnes alors sur une route bordée de noisetiers, de buissons : le farinier oueille des noisette»
et nous demande si nous n'avons pas en-
via de descendre pour eu cueillir aussi :
bous le remercions; bous préférons rester dans la voiture.
A chaque instant, Lise me demande l'heure ; elle trouve que le jour est bas, il lui semble déjà que la nuit approche; et ces maudits chevaux ne vont pas plus vite»
lorsque maintenant nous voudrions être cahotés.
Tout à coup le farinier se remet 4' un bond sur le brancard, et avance le bras vers Lise en disant :
c — Tenez... v là des noisettes... vous f verrez comme elles sont bonnes*
Lise prend la poignée de noiseltes que lui tend le farinier : il m'a semblé qu'en la lui donnant cet homme lui avait serré les doigts; déjà le sang me monte au visage.
c — Est-ce qu'il s'est permis de te c prendre la main ? * dis-je tout bas à Lise.
« — Non, mon ami...
' tS c — 11 Va pressé les doigts?
c — Je ne crois pas, mon ami. .
c — Comment, tu ne crois pas... lu c n'en es pas sûre...
c — Mon Dieu ! ne te mets pas en colèffe, c mon ami... Ah ! que je voudrais être à c Ermenonville. «
En ce moment notre voiture» qui côtojaît le bois depuis quelque temps, tourne . et entre dans un étroit sentier où il n'y a que bien juste la place pour la charrette, et dont nous n'apercevons pas la fin.
c — Ah ! nousy v'ià, * dit Pierre Lagacé t c d'un air de satisfaction.
c — Où sommes-nous donc?
. c — Dans le bois d'Ermenonville.
♦ t •— Et ce sentier est-il long?..
jr «tp Pn qwrt de lieue au Rioin*. .
Un quart de lieue à faire dans de* l)Gps où Ton ne rencontre personne, et la nuit qui approAibe. Je ne suis pas content; Liie, qtû serré ma mpi» d*ns la sienne, me dit tout bas :
c — J'aimerais mieux être seule avec « toi... et à pied... nous irions bien plus c vite...
« — C'est vrai.. . depuis que nous somc mes dans ce maudit sentier, les chevaux c avancent à peine... Dites donc, monc sieur Pierre, est-ce que vous nepouN c riez pas donner quelques coups de fouet c à vos chdvabx pour qu'ils aillent un
% peu plus vi(e? \\i mfenfiMtnt raeére
c leurpas.
c vais... l'ornière profonde... il y a du c tirage, ici... je ne veux pas forcer mes c chevaux.
« — Unis il fera nuit avant que nous n'arrivions.
« — Eh ben !... queu mal.. . la nuit tous c les chats sont gris, v'Ià tout!... Uïm, c r'lin tin tin!
t — • Ah! mon IHeui... * me dit Lis*, < que je suis fôçbé* que nous ayons pris
c la Toiture du farinier. . . c'est moi qui en' c suis cause!..- ; :
. € ; — Allons, faete chagrine pas.. 7 '
« — Remarque donc cet homme...
c comme il regarde à droite et à gauch*
c dans le bois... on dirait qu'il veut s'as-
c surersi personne ne vient, et s'il pourra
c tout à son aise accomplir ses infâmes
c desseins. >
En eftet, le farinier ne cessait de regarder derrière et dans féloignement. Tout à coup Lise pousse un cri , une couleuvre assez grosse venait de traverser le sentier en sautant devant notre voiture.
' c Ah ! j'allons la couper en quatre avec « mon fouet, > s'écrie le farinier, « pour c lui apprendre à venir danser devant mes c chevaux, *
- * En disant ces roots , il saute du brancard à terre, et court vers l'endroit du bois où la couleuvre s'est jetée. Mats pYobablement le reptile & déjà gagné du terrain, je vois le farinier s'enfoncer dans le bois en faisant claquer son fouet; et les chevaux, comme s'ils né voulaient point avancer sans leur maître, se sont spontanément arrêtés pour l'attendre.
c Mon ami ! mon ami ! * me dit Lise , * il n'est plus là... Profitons de ce mo-
c ment... descendons et mç^onp-nous à c courir jusqu'à Ermenonville, jl ne « pourra nous rattraper, ij ne peut pas c abandonner sa voiture*. .
c — Comment... tu yeux...
« -r Quj, oui, je le veui...Ohî si tu sa-»
f wfc combien J -ai peur de cel homme!...
f jq çj'fii pa» encore qsâ ta le dire... Fa* f bwfl , si tu pe vqux p*s venir avec m*i, f je 019 wwvç to«fê *W 1 ^ *
Déjà Lise est sur le bord de là voiture; ma foi, je ne balance plus, je prends le panier, je saute à terre, je reçois ma jolie compagne dans mes bras, et aussitôt, pre-
nant notre élan , bous nous lançons dans' le sentier, et courons pendant près de dix* minutes, sans nous arrêter que pour reprendre haleine.
Dans les premiers moments de notre fuite, nous avons entendu la voix du farinier qui nous appelait, puis des coups de fouet, puis le pas des chevaux, et, au lieu de nous arrêter, cela nous a fait aller plus vite. Enfin le bruit, le fouet, la voix, tout a cessé, nous sommes plus tranquilles. Et ai) bout d'yn moipeijt {jge pwwa un «ri de joie. C'est la \\r\ du sentier. qii« noy»
apercevons. s « >
c Maintenant, * disrje £ Lise, f nepou^
c ,ro«s plus, je crains que ta ne te rendes c malade...
c — Oh ! mon ami, courons encore jusc qu'à ce que nous soyons sortis du bois...
c -*- Mais cependant, si nous fuyons un c danger imaginaire... si cet homme n'ac vait pas les intentions que nous lui supc posons...
c — Il vaut mieux fuir un danger imac ginaire que d'en attendre un réel. D'ailc leurs je gagerais bien que ce vilain c homme avait de méchantes intentions...
c II me faisait des yeux... Oh!... et puis c il m'a serré les doigts très fort en me
c donnant des noisettes... et puis, dans ce c sentier, les chevaux qui avançaient à c peine pour que nous soyiohs surjSris pdr c la nuit.. .et tous ces pauvres malheureux c auxquels il a cassé les jambes... Oh!
c mon ami , courons toujqujrs , je J'en c F îe * * ....•*
Nous sortons enfin du bois ; au bout du sentier, nous nous trouvons dans une immense plaine parsemée de bruyères, de
touffes de genêts : la terre est couverte
d'une épaisse fourrure de serpolet et de thym qui répand au loin une odeur aromatisée*
t Le charmant paysage.*, vois donc, ma chère amie...
€ —Oh! c'est bien joli,., mais ne nous c arrêtons pas et marchons vite j si la nuit c nous surprenait, nous nous perdrôqs c par ici !
c -JL.fé ttë fôte pas (juel chemin îl (aut c prendre... je n'en vois pas de tràéé dans c cette plaine...
c — Allons tout droit devant nous...
c Yois-tu comme le terrain va en pente.. .
c je suis sûr qu'Ermenonville est au lias c de celte plaine. > '
Nous marchions au hasard ; de temps à autre nous voyions fuir devant nous des lievres craintifs dont notre approche a troq-
— ÎÎ7 —
blé la Sécurité, et qui me paraissent être en grande quantité dans cette plaine.
« G* pauvre» Hévr«t„. * dit Liie, * il»
« nous prennent pour des chasseurs - ;., ils « se sauvent devant nous... et pourtant « nous ne songeons pa»à fewr feire du «mail
c — Ma bonne amie, dans ce moment, « ci, nous faisons peut-être tout comme « les lièvres I... >
Après avoir marché asse% longtemps, nous arrivons à la fin de cette plaine. Des bois se dessinent sur noire droite, devant nous est un chemin ombragé d'arbres...
c'est l'entrée d'un village... nous apercevons des maisons., nous sommes à Ermenonville... toutes nos terreurs sont oubliées. Nous ne songeons plus qu'au plaisir et au mo(if qui. nous a conduits dans'ce village. . « >
, Nous aous logeons à l'auberge de Jean- 1 Jacques. On y est assez bien. Le lendemain* fut employé par nous à visiter ce délicieux pays. Je ne vous en ferai point ici la description. J'avais déjà résolu de prendre mes personnages à Ermenonville dans le premier roman que je ferais, et dans un roman il faut avec exactitude peindre le pays où Ton place ses héros:
Le temps que nous avions à rester à
— <ttf —
Ermenonville s'est écoulé bieu vite. La surlendemain est arrivé, il faut repartir pour Paris. Nous faisons nos adieux aux bons paysans que nous avions été voir, mais le fils de l'un d'eux va nous servir de guide jusqu'à Morfontaine, et doit nous y faire arriver plus vite en nous faisant passer par la route anglaise, chemin qui coupe les bois, et dans lequel , sans; un guide, nous pourrions nous égarer.
On nous a dit que la voiture de Morfontaine ne partait pas avant huit heures. Il n'en est pas sept quand nous quittpa^Ermenonville, et le petit paysan qui nous conduit, nous assure que nous pourrons être arrivés à temps.
Je prends le bras de Lise, notre panier n'est plus lourd, il ne renferme qu'une petite galette que lés villageois nous ont donnée. Nous nous remettons gâtaient en marche à travers les bois. Cette fois notre conducteur ne nous inspire pas de frayeur.
Le plaisir d'être à Ermenonville nous avait fait totalement oublier le fa rimer; mais, tout en marchant dans les bois, son souvenir revient à ma pensée, et je dis au jeune paysan qui nous accompagne :
c Vous êtes d'Ermenonville, mon a mi T
c — Oui, Monsieur*
'c — Y céntiaisses-vous Pierre Lâgâdé?
c — Pierre Lagacé... le farinier... qui
c va deux fois la semaine i Paris?...
c — Justement.
t — Oh! oui , Monsieur ! je le connais «r bçn... c'est un fameux farceur!...
c — . C'est cela... un vilain rarceur c même , qui bat, qui rossé , qui cas$e fes « bras ou tes jambes partout où il s'arc rèle...
f — Lui?.;. Pierre Lagacé... casser
c queuque chose I... Oh ben , par exem-
c pie! c'est le meilleur enfant du
c pays!-. T n'ferait pas de mal à uncoc chon!...
c — Mais c'est un terrible enjôleur de c filles. .. et quand les parents ou les matc tresse fâchent. ..
c — Lui?., en conter aux filles?., lui c qui est marié depuis dix ans..- qui a c une femme qui n'est pas trop bonne, et c qui le fait aller droit... lui qui a six c enfants qu'il aime comme des petits c moigneaux!
c — 11 y a dix ans qu'il est marié, dites* c vous?
— 233 — , c — Oui, monsieur.
€ — Alors, ce n'est pas celui-là.
c — » Oh ! il n'y a qu'un Pierre Lagacé c dans Ermenonville.
c — Mais tous venez de dire que c'était c un fameux farceur...
c -—Oh! oui... pour faire des histoic res... pour faire aller le monde... pour c se moquer des Parisiens!.... oh!., c gni'en a pas de plus malin que lui dans c l'endroit.
Noos nous regardons, JLtse et moi. Aurions-nous élé dupes de monsieur le farinier?.. je n'y conçois rien; mais Lise prétend que le pçtit paysan ne sait ce qu'il dit , et que ce n'est par le même farinier.
Nous marchons longtemps : la route anglaise, que Ton nous avait dit être si courte, we setoble plus longue que celle par laquelle nous sommes venus. Je regarde ma montre... il est huit heures. Si la Toiture était partie...
t — Tenez, monsieur, v'ià tyorfon- « Vâpp, * çne dit le petit pay^.n; c ces c maisons là-bas. . . à gauche. . .
«r — Oui, je les vois.,,
c — Vous n'avez plus besoin de moi, je c m'en retourne.
« — Merci, mon garçon. • • •
Je paie notre guide, et nous doublons le pas, Lise et moi, pour arriver bien vite à Morfontaine.A peine y sommes-nous que je cours au bureau des voitures: celle dé Paris était partie depuis cinq min utes;mais pour me consoler, on médit : " '
« — Elle était pleine, monsieur, et c vous n'auriez pas pu y avoir une seule c place. > •
le reviens vers ma petite compagne, que j'ai laissée devant l'entrée du parc.
c — - Ma chère amie, voici un autre c événement !.. La voiture de Paris est c partie !.... il est vrai qu'Ole était c pleine. ..
c — Eh bien, mon [ami, il n'y a qu'à c nous en aller en nous promenant, je ne c suis pas lasse, et le chemin est si joli. .. c D'ailleurs, nous sommes nos maîtres, c nous nous reposerons toutes les fois que c nous en aurons envie.
c — Mais songe donc que dix lieues c à pied... par la chaleur qu'il fait... c'est c effrayant!
c — Nous trouverons sans doute quel-»
c que voiture en route.
c — Oui, à Louvres on m'a dit que la c voiture de Senlis passait. ..
c —Allons! du courage, monsieur, et c en route !
c — Avant de repartir, je voudrais déjà c me rafraîchir i entrons dans cette maic son où le farinier nous a dit que Ton c vendait de si bon vin, et où il a si bien c rossé le fils de la maison .
Nous entrons dans une espèce de cabaret; mais, à la eampagne,il but déposer
toute ,fyitè» sou» peine de pay^r triple.
On nous sert un vin qui ferait sauter les chèvres. La servante est une grosse fille <jui n'a qu'un œil d'ouvert; je lui parle de Pierre Lagacé, et lui demande] comment va le fils de son maître : cette fille ouvre
son œil tant qu'elle peut, et me dit :
c — Le fils de mon maître tiens!
c vous savez donc qu'il a la coqueluc chc?...
4 — |*a coqueluche | f . mlûs je vpuç c parle d'un grand garçon qui s>?t battu « avec le fa ri nier.. y
c — Battu... avec le farinier !.. le sent
« garçon <Je wtt 'maître a q\wfre a^ fV à c propps £e qppï fltfo» jurait tyttu, <$
« fPfctitJ
t' — Comment ! Merre Lagacé n'a pas" c eu une querelle' icfi... parce qu'il em-~ « brassait une jeune fille !
c — Oh 1 oh I oh !... en v'Ià d'une hisc toire !... on s'est joliment gaussé de c vous!... »
Je regarde Lise : cMa chère amie, qu'en « dis-tu?r..
« — Je dis que je n'y eonfois ri#n. »
Noos quittons Morfontaine. Nous sommes encore frais et* dispos, la marche nous semble un plaisir , et, tout en avançant, Lise me dit : « Tiens, fais le pland'un roc man, cela nous occupera... Tu m'as « promis un Mauvais sujet.*, tu le feras » venir à Ermenonville*. .
€ — Oui, sur un cheval qui s'appellera c Zéphyr.
c — 11 fera mille folies...
c — Mais il aura pourtant un sentiment c profond pour quelqu'un...
c —Pour une petite paysanne...
« — Ah I mon Dieu, qu'il fait chaud ! t j f ai soif.
« —J'ai faim.
« — Voilà le petit village aux briques.
« Il faut y déjeûner. Je reconnais la cjiau-
« mière que Pierre Lagacé nous a montrée
« en nous disant qu'il avait cassé les jam-
« bes du maître du logis qui voulait l'em-
« pécher d'embrasser sa ménagère.. . Dê-
« mandons-y à déjeûner. »
Nous entrons dans une maisonnette petite, nais propre. Nous sommes fort bien accueillis par deux jeunes gens, homme et femme, qui s'empressent de nous offrir une
omelette et du fromage. Je 4 ois qu'en voyage il faut tâcher d'aimer l'omelette.
Pendant que nous déjeAnAns; je- questionne nos hôtes : c Vous êtes mariés ?
«—Oui,' monsieur.
« — Vous habitez seuls cette maison-
« nette?
«—Oui, monsieur... elle n'est pas trop « grtnde pour nous l ..
« — Connaissez-vous Pierre Lagacé, le t farinier d'Ermenonville?
* ■— Oui, monsieur, îl s'est encore râ- « fraîchi ici ce matin en passant avec sa « voiture.
« — E 5t-ce que vous n'avez pas eu ii y
t a quelque temps une querelle, une ba-
« taille avec lui au sujet de votre femme ?
« —Moi !... une querelle avec Lagacé..; « oh! kenl... par exemple !... jamais !...
« j'sommes amis comme les deux doigts de « la main 1...
Je vois que décidément le farinier s'est moqué de nous ; mais dans quel but ?
Voilà ce que nous nous demandons, Lise
au -
et moi, en nous remettant en route. Mais le soleil devient brûlant , ma compagnç commence à se fatiguer, et cela nous obli; geà nous arrêter souvent. Cependant nous ne sommes pas encore à Louvres... et là , si nous ne trouvions pas de voiture!...
Cela me désole!... une femme mignonne , délicate,., s'il fallait faire onze lieues par cette chaleur... dans un chemin où il y a rarement de l'ombre t... avec de jpinpes souliers d'étoffe.. . c'est désespérant.
Lise, qui voit que je me chagrine, cherche à me distraire en me parlant de mon roman :
« — Comment l'appelleras - tu , mon « ami?
« Gustave ou lemauvais sujet.
« — Tu lui feras prendre dette route* c ci».,; • >
« — - Oui, mais je tâcherai qu'il la fasse c plus agréablement que nous.
« — Je t'ai coûté l'histoire d^nne noce «au Boisseau fleuri... tii la mettras dte* € dans.
« — Oui.
« —Et puis cette aventure de patrouille
« arrivée dernièrement au Marais, tu la,
« mettras aussi ?
- * -* Et ptài tfe dinar 4* jénùëè gens qui « veulent traiter leurs maîtresses et <juî»
« n'ont pas d'argent...
« — J'y mettrai tout ce que tu voudras. ..
Maudit farinier t... c'est lui qui est cause
« q*fP jfr ? '?* WW* ÏPW <** pt*<9« àJI*r* * feçtftine peur pe point nous retour !••«.
« — Il s'est moqué de nous tout le long c delaroute !... »
I^Nôus arrivons enfin à L&irrres. Il était temps, nous étions accablés de fatigue et de chaleur. Nous çntrons à l'auberge où
«'arrête l» ywtw* t|e S»nl>8«, Bfrwtf»
malheur, la Voiture est passée il y a un quart d'heure, et il y avait plusieurs places dedans.
Nous nous regardons Lise et moi. Il n'y a pas moyen de rattraper la voiture. «Nous « coucherons ici, » dis-je en soupirant.
- En attendant, nous nou* reposent, néui néttt rafraîchissons, et, an bout d'utodé- Ai-heure, Lise s'éef ie : « Du courage, re- <r mettons-nous en route... gagnons Vau* « derlant, nous y trouverons peut-être « quelque voiture... une charrette... fût- <* ce même la voiture du farinier, s'il peut « nous placer sur ses sacs de farine, je
« t'assure que cela me semblera déli- « cieirx. » : - ' '
J'achète une petite bouteille de ratafia , afin de nous fortifier en chemin, et nous voilà de nouveau sur la route.
Ma pauvre petite compagne dissimulait sa fatigue. Mais je voyais ses forces trahir son courage, alors je lui présentais la bou- t teille de ratafia et je la suppliais d'en boire un peu. J'en faisais autant, puis nous bâtissions en marchant un chapitre de Gustave. Mais l'excessive chaleur et ce malheureux ratafia dont je l'ai engagée à boire , loin de faire du bien à Lise» produisent un
*ffet contraire; Tout à coup je la vois pâlir, s'arrêter, puis se laisser tomber au bord d'un fossé en me disant : « Mon ami... je « ne sais ce que j'ai... mais je me sens bien « mal !... »
Que Ton se figure alors ma situation.
Nous étions entre Louvres et Vauderlant , sur une route où il n'y a pas une seule habitation. Un soleil ardent dardait sur notre tète, et je voyais étendue devant moi et sans connaissance une femme que j'adorais. Je ne savais que faire, que devenir !.. je criais, j'appelais... personne ne passait... j'embrassais celle que je ne pouvais secourir, je lui tapais dans les mains, et, faute d'autre ressource, je lui frottais encore le