Comparaison du type ibérique avec le gaulois : létes
Le monnayage barbare, contrefaisant les philîppes, pouvait donc commencer vers 850 ou 8â0 avant l'ère chrétienne. Cependant il pouvait continuer très-longtemps, comme nous le ferons remarquer; par conséquent rien ne presse à remonter si haut avec son origine réelle. En admettant la plus ancienne
origine , il est indispensable de convenir qu'il fallait plusieurs années pour qu'il se transportât chez les Gaulois, jusqu'à l'Océan, et chez les Ibères. Encore fallait-^il plus de temps pour qu'il se consolidât et qu'il multipliât ses ateliers. £n observant dans les temps postérieurs les ateliers ibériques , on remarque que les plus nombreux étaient dans des cantons plus rapprochés de la Méditerranée et des Pyrénées, qu'ils étaient plus rares vers rOcéan et presque inconnus chez les Lusitaniens. Une tdle distribution de monnaieries , pouvait résulter ou de l'état de la civilisation et du conunerce , moins animés dans les parties occi* dentales de la péninsule ; ou de l'introduction de la monnaie d'au delà des Pyrénées. On a des traccss nombreuses des incursions gauloises dans la péninsule , peut-être la monnaie fit-elle irruption par cet intermédiaire gaulois. Mais malgré la possibilité et la probabilité de son introduction par des Gaulois, malgré l'analogie et l'origine commune du type gaulois et ibérien , la monnaie de la péninsule prit une direction tout à fait différente. Cependant, parla raison que la monnaie gauloise et ibérienne manifeste dans le type la même origine, on s'efforce quelquefois à y reconnaître plus d'analogie qu'il n'y en a (49) .
D'abord , conformément aux génies nationaux , on voit dans le type ibérien l'uniformité et la stabilité ; dans celui de la Gaule la diversité et l'inconstance. Les Ibériens étaient plus avancés dans la civilisation que les Gaulois , or leur fabrique était supérieure , plus parfaite , mieux fixée , mieux composée. En Gaule, l'or et l'argent sont les métaux de la monnaie du grand et du petit module; dans la péninsule, c'est l'argent seul ; il n'y a pas d'or; le cuivre semble y avoir paru de bonne heure, et prend souvent le module plus grand que l'argent.
On dit que les tètes ibériques sont des portraits de chefs. On pourrait le dire aussi des tètes de la monnaie gauloise, car elles offrent plus de différence et de dissemblance entre elles. Celles de la monnaie péninsulaire, offrent aussi quelques différences,
(49) Mon but dans le texte, est d^observer les coins gaulois et ibériques, autant qu'ils sont analogues entre eux, et de tracer leur difierence. J'admets en apparence ridentité de leur origine, quoique celui des Ibères doit en avoir une toute autre. Je ne saurai Tindiquer, ni Tépoque du commencement du monnayage ibérique. M. deSaulcy, dans sa publication spéciale sur la monnaie ibérique, qui Ta paraître incessamment, nous déterminera Torigine du type, et son ancienneté, qu*ii ne fait remonter qu'à 250 ans avant Tère chrétieniie,
mais en général , barbares ou non, elles se ressemblent^; elles présentent un idéal déterminé » duquel elles s'éloignent rare* ment ou très-peu. Tout y est fixé et lûen pronoscé (pi. I, a-e ), sévère, sans charmes, mais proportionné, Tarcade sourciliére uni avec le front , Tœil grand , exige de grandes ouvertures des orbites, réminence du nez, bien que forte, ne prédomine point le bout et Faile globuleuse. Le menton se sépare delamàdioire, dont le grand arc retombe sur la gorge. La barbe et la tète sont bouclées. Rien ne se détache, tout conserve des pentes qui, quoique rudes, sont en harmonie, entre les élévations qui sont fortes, mais aplaties , et entre les enfoncements profonds qui les séparent.
' Les tètes gauloises sont variées, mais très-souvent si mal exécutées qu'elles approchent de la monstruosité; elles Mit en géné^ rai un nez saillant dont le bout pointu perd souvent sa rotondité; le front peu élevé, le menton encerclé ou aligné avec la màdboire, la coîflùre de la tète et ses tresses très-variées. Dans de meilleures compositions, il y a des tètes très^hautes en relief, et des tètes dont le relief est très-plat, cependant chaque composition est soutenue par une ondulation douce et modérée.
20 . Continuation de la comparaison du type ibérique avec le gauloU :
cheval , marques secondaires.
Aussi le cheval espagnol ou ibérique, repliant ses oreilles, vers la nuque, se distingue par sa forme lourde (pi. I, a--d). Les jambes sur des sabots cornus, fourchées à cause de leur im* mense fanon, supportent le corps massif, qui , ni au rein ni au ventre, n'offre presque aucune modification dans son épaisseur. La force des. jambes est exprimée par l'émlnence brachiale des jambes de devant, et par l'enfoncement du flanc, au-nlessus de la cuisse, de celles de derrière. La gravité espagnoley cabriole dans toute sa majesté ; jamais sans frein , ordinairement un cavalier monte et tient la bride.
Le coursier gaulois, quoique très-varié et soumis à des métamorphoses monstrueuses, se montre toujours attentif; aux oreilles retroussées vers le front, léger, son corps allongé, souple, serré dans le rein et le flanc ; rarement il porte un cavalier , ordinairement il court librement et même sans bride. Plus il change dans la marche des événements , plus il diffère du cheval monétaire ibérique, toujours invariable.
Je ne compare , je ne distingue dans la monnaie ibérique et gauloise que ce qui y est identique ; je ne parle pas de cette immense différence qui existe dans des coins réciproquement tout à fait étrangers ; et je m'éloignerais trop de mon sujet, si je voulais étendre mes réflexions sur le taureau, sur le pégase et sur quelques autres objets qui parfois figurent également dans le coin des deux monnaies.
Je dois cependant arrêter l'attention sur les accessoires et les marques secondaires. L'analogie y est faible, l'apparence ne peut même produire une courte illusion d'identité. Les marques secondaires de la monnaie ibérique, dauphin, lion, lièvre, massue, bout de lance, rameau, vase, se trouvaient quelquefois sur celle de la Gaule, comme répétition de ce qu'on trouve dans des modèles communs, c'est-à-dire dans les monnaies grecques ou macédoniennes. Ce qui est l'essentiel des accessoires du type monétaire chez les Ibères, c'est leur caractère national, les inscriptions et les lettres isolées , toujours soigneusement et correctement gravées , ce qui manque aux Gaulois. Ils n'ont aucun alphabet national, aucune inscription, avant le temps où ils ont pu les emprunter aux Grecs et aux Romains. Or, la monnaie de la péninsule, est parlante par ses inscriptions. De sou côté, la monnaie gauloise est symbolique dans son mutisme. Dans celle de la péninsule on ne volt que la lune et l'astre luire mystérieusement de leur lumière pâle ; le coin de la Gaule est brillant, nonseulement de tous les luminaires célestes, mais aussi d'emblèmes qui font de la monnaie gauloise une des plus symboliques.
Les Ibères, en imitant la monnaie grecque, se rattachent spécialement à la tète virile et au cavalier ; ils remplacent les inscriptions grecques avec les siennes, simplifient le coin dans ses détails, réduisent les marques secondaires à très-peu de chose, faisant disparaître les autres qui plaisaient aux localités grecques. Les Gaulois mirent sur leur monnaie différentes têtes, le cavalier, le coursier et le bige , ils supprimèrent les inscriptions et remplacèrent les marques monétaires qui ne leur convenaient point, par des symboles nationaux ; ils symbolisèrent leur coin à tel point que le coursier et la tète même subirent la symbollsation. Je pense quecette comparaison des deux monnaies s'oppose à chercher dans la monnaie ibérique le sens mystique de celle des Gaulois, et l'identité de religion des deux pays.
2t . L^ébranlement fut dans le centre de la Gauîe.
De la comparaison précédente , il résulte que Timitation do type macédonien , étant nationalisée chez les Gaulois , s'éioigna de son modèle d'une manière très-forte et très-variable. Nous allons analyser ce type. A cet effet, nous devons d'abord, avant tout, choisir des monuments monétaires les plus analogues, qui se rapprochent le plus de la composition, de Fidéede Foriginal ; contre lesquels aucune opinion ne saurait s'élever pour contester leur priorité et leur génération directe du modèle indiqué. Le bige et le cavalier, la tète et le coursier sont les objets le plus généralement reproduits par toute la monnaie gauloise , et je dirais uniquement employés dans son type primitif restreint à copier.
Mais avant de les prendre en considération , il nous faut encore jeter un regard sur la carte géographique. Nous voyons que tout y est ébranlement des Celtes conduits par Bellovèse et Sigovèse , et par des chefs qui les suivirent immédiatement et plusieurs années après (S95-SIS0) ; on ne voit courir le inonde que les peuples qui habitaient le centre de la Gaule celtique des deux côtés du fleuve Ligeris jusqu'aux fleuves Arar et Rhodan. Les Carnutes, leurs voisins les Biturigs et les Senons ; puis les confins de ces derniers, les Lingons, enfin les Arvernes, les Éduens et leurs confrères, les Aulerks (Brannovîks), les Insubres, les Ambarres, les Ségusiens, tous entassés entre Elever et Arar sur le haut Ligeris, donnèrent leurs contingents. Il semble que les Boîens (avec lesquels fraternisèrent les Éduens), n'étaient plus éloignés du centre ébranlé. Les Génomaniens (Aulerks), s'ils se trouvaient aux environs de Massalia (5o), leur demeure rapprochée de cette ville , ne devait être que momentanée et que le résultat de leur expédition, car leur canton est connu comme limitrophe des Carnutes.
L'impulsion à ce débordement fut donné par le roi chef Ambiga t imposé aux Celtes par les Biturigs, alors dominateurs ; elle fut donnée aussi parles augures]des druides, dont le siège et le chef étaient au centre de la Celtique sur les confins des Carnutes. Les Carnutes et les Biturigs, ense rapprochant vers le Rhin et les Alpes, poussaient devant eux, pu entraînaient avec eux, tous ces peuples prénommés. Plusieurs d'entre eux disparurent de la Celtique ,
(5o) riin. m, 19.
au moins pour longtemps, conduisant ces expéditions avec toutes leurs masses , composées des Insubres , des Boïens, des Laïens , des Lebeks , des Ananes ; les autres se divisèrent , mais leurs noms sont connus aussi bien en dehors, que dans le centre de la Celtique. Si quelques petites bandes de peuplades plus méridionales se joignirent à l'expédition , comme les Vertacomicori , les Mariks, les Lèves et même les Salyens , auxquelles se joignirent encore quelques-unes des Ligyens ou Liguriens , ce n'est qu'à Toècasion du passage des Celtes du centre, qui s'arrêtèrent un instant dans le pays de Tricastins, d'où ils purent contempler le sommet des Alpes couvert de nuages.
On est seulenfônt étonné de ne pas voir en dehors de la Celtique, les noms des principaux peuples : des Éduens, des Ar^ernes, des Biturigs et des Carnutes ; peut-être que ces derniers se colonisèrent séparément sous le nom de Carni. Les Eduens y sont représentés par les Insubres , les Aulerks , les S^usiens; peut-être aussi, les Arvernes et les Biturigs ont leurs représentants dans d'autres peuplades de leur pays , et que leur appellation générique disparut dans des dénominations spécifiques.
L'histoire ne nous a pas dit quel rôle jouait le druidisme dans les colonies gauloises qui s'étaient avancées vers les monts Apennins et versOrbelus et Hemus : mais il n'est guère possible qu'ils ne fussent pour rien dans ces grandes entreprises , car elles s'accomplissaient sous les auspices de la religion nationale, rassurées par des augures favorables. La pratique de cette religion et le sacerdoce devaient quelque temps au moins, agir sur l'esprit des émigrés, et si les émigrés entretenaient des relations avec leur mère- patrie , leur esprit devait quelque temps se rattacher au centre religieux , et se tourner vers les confins des Carnutes. Si la marche humanitaire n'obligeait point d'admettre cette condition de l'esprit humain, les monuments monétaires le diraient aux investigateurs ; et si ces monuments offrent des traces évidentes de mystère religieux , il devient irrécusable qu'une branche , au moins la plus importante de Id monnaie, en s'établissant en Gaule, prit son assiette dans le centre du culte, dans des cantons d'où partît l'impulsion de la grande migration ou invasion.
2â. Origine du mutisme de la monnaie.
Les Celtes retirés vers le nord , éloignés de l'influence de la civilisation grecque et phoenicienne , n'ayant de relations directes qu'avec une seule cité grecque, Massalia, n'étaient pas aussi avancés dans la civilisation que les Ibères. Ceux des Celtes qui franchirent les Alpes et l'Apennin, le Rhin et le Danube , certainement étaient des sauvages illétrés. Observateurs de leur culte , de leurs augures , par leur propre disposition et par leur ignorance, ils devaient négliger les inscriptions grecques en contrefaisant la monnaie , et plus tard , ils les négligèrent d'autant plus , qu'ils étaient élèves des druides. Les druides étaient chargés des choses divines, des sacrifices , tant publics que particuliers , et expliquaient ce qui a rapport à la religion. Ils avaient soin de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse qui les respectait beaucoup. Les pères y envoyaient leurs enfants. On leur y faisait apprendre par cœur, quantité de vers qu'ils ne permettaient pas qu'on écrivit. Il y a apparence, qu'ils avaient pris la méthode de faire apprendre par cœur , tant pour empêcher que leurs mystères ne passassent dans le vulgaire , que pour exercer la mémoire de leurs élèves , ce qu'ils auraient négligé de faire si ces vers eussent été écrits : ils restaient quelquefois vingt années sous la discipline de leurs maîtres (*).
Ces élèves , suivant les préceptes de leurs instituteurs , négligèrent donc les inscriptions dans les copies de la monnaie grecque, il n'en restait quelquefois que des traces ou des débris de lettres, moins mal copiées, que défigurées exprès, afin d'y détruire la force des lettres et les changer en une garniture, ou en signes fantastiques. Le mutisme de la monnaie devenait dès le commencement une condition indispensable pour la Gaule. Comme l'écriture monétaire ne convenait pas aux Celtes , de même des choses qui surchargeaient la monnaie grecque ne leur convenaient pas davantage. Dans leurs copies, ils ne se rattachent qu'à des têtes, au bige, au cavalier, au cheval. Les copies d'antres coins, ne sont que des exceptions rares, ou postérieures, et ne sont que des hérésies. Dans leurs copies, pour ainsi dire, orthodoxes, bien des choses, relatives au culte et au mon-
(*) Cœi. bell., Gnil. VJ, 13, 14.
nayage grecs , devaient disparaître avec récriture , comme inconvenantes, on même offensant le culte druidique. PhisFart de copier cède à Fimitation , plus la monnaie gauloise se dépouille de la physionomie grecque, et des marques secondaires qui ne s*assimilaient pas au culte national. La religion druidique qni croyait à l'immortalité de Tàme, à l'existence d'un être suprême , n'était point dépourvue du langage mystique qu'on apprenait en vers , du mysticisme qu'on voyait dans des symboles, enfin des simulacres qui prescrivaient les régies aux arts. Aussi il se trouve avec le temps chez les Celtes, un dieu, esprit, inirenleur des arts , guide des voyageurs , protecteur du négoce et du gain de l'argent (61). Il assistait, il guidait les émigrés, il les surveiUait sur les bords du Danube , les enrichissait et gardait les simulacres et préservait Fart de tout endomnagement. Cet art mystique devient donc le tyran du type monétaire, lorsque Fart de copier fit i^ace à Fimitation et à la formation de différentes branches de la monaiaie nationale.