Invasion de Sigovèse
Afin de retrouver l'origine de la monnaie gauloise , il nous faut suivre plus loin les traces de Sigovèse et de ceux qui plus tard parcoururent le même chemin. Les bandes ou les troupes de Sigovèse , après avoir consulté les augures , se perdirent bientôt ( en S95 ) dans l'immensité des forêts de Hercynie, marchant vers l'illyrie , écrasant et massacrant grand nombre des barbares qui se présentaient à leur passage. Enfin elles s'établirent en Pannonie, ou après avoir dompté les Pannoniens , les nouveaux colons firent la guerre à leurs voisins, lesTriballes,lesPannoniens, lesAutariates(4i).Maisla colonie fixée en Pannonie ne resta point isolée et détachée de sa race. A mesure que la connaissance du monde lettré perçait l'obscurité des pays boisés, les peuples gaulois se retrouvaient ; on voit que consécutivement ils se portèrent vers l'orient et prirent possession des deux celés de l'Ister ou Danube.
Pannices peuples, Icsboïens sont renommés, autant parleurs exploits et leurs malheurs , que par leur nom qui se rattache à la glèbe partout où ils prenaient domicile ou campaient quelque temps (4^). Bologne eu Italie porte le nom des Boïens. Bohème et Bavière tiennent aussi leur appellation des Boïens. Les Gaulois Gothinî se rapprochèrent vers les Karpates dans des postes plus avancés que ceux des Boïens (45).
Les CARKiENS s'établirent entre les Boïens et la mer Adriatique (44). Dans toute la Gaule , on ne voit point de Garni : le seul nom de Gamutes est celui qui répond le mieux aux Garni, mais il porte une autre terminaison : Garnuti , Garnutes , Garnntae, Camutini. Peut-être Garni est une souche de ces Garnuti , Camutini , dont la terminaison doublée ou triplée , uti , utini, dénote les Garni. Les plus importants pour les événements
(4i) Trog. ap. Justin. XXIV, 4 ; Liv. V, 34 ; Polyaen. strat. VII , 42. (4i) PosuJon. ap. Slrab. VU, p. 313, 314, 450; Tacili Germ. 28. ('{3) Taciii Germ. 45.
(^4) Fraçm. fast. Iriumph, np. Gruter., t. I, insor. , p. 298.
sont ceux qui se sont établis en Pannonie, et qui guerroyaient contre leurs voisins. £taient-ce des Bastarnes ou des Tektosags Yolks, connus dans des temps postérieurs? aucune relation historique ne le fait présumer. Il est certain seulement qu'avant une nouvelle expédition des Tektosags, que nous rapporterons plas tard, les Gaulois avaient pris déjà des possessions rapprochées à la Macédoine ; et tout porte à croire que ces Gaulois n'étaient que du centre de la Gaule, du voisinage des Biturigs et des Garantes, comme tous les autres conduits par Bellovèse et Sigovése.
Cette terrible invasion de Gaulois ébranla différents peuples : plusieurs subirent le joug , d'autres furent exterminés ; un certain nombre ne pouvant résister , émigra , tomba sur de plus faibles , allant s'établir dans des régions inaccessibles aux Gaulois. L'IUyrie et toute la Mœsie , et la Dace , sont effectivement bouleversées. LesAutarlates combattent, de longues années, sur le lieu , d'autres peuples se retirent dans les montagnes au delà du Danube, ou s'enfoncent dans le nord. Ces commotions attirent l'attention de l'empire nouveau-né de Macédoine.
Le jeune Alexandre, successeur de l'astucieux Philippe, avant de soumettre le vaste Orient, court vers le Danube et là il apprend que les Gaulois sont établis près de l'Adriatique ; il y envoie ses délégués qui conclurent, en 335, un traité avec eux(45). Comme il n'y avait que les caritieits qui demeuraient près de la mer Adriatique , c'est donc avec eux que le traité fut stipulé, 60 ans après l'expédition de Sigovése. Plus tard, Alexandre ayant achevé ses expéditions et ses conquêtes , reçut à Babylone une ambassade de la part des Gaulois (46). Après sa mort, ils offrirent leurs services aux républiques grecques qui ne les acceptèrent point (47) ; alors ils s'adressèrent aux rois de Macédoine , qui les prirent à leur solde , payant une pièce d'or par tête (48).
Or , des communications s'établissent , depuis le fond de la Gaule celtique, jusqu'aux frontières de Macédoine. Nous verrons encore des faits postérieurs qui confirment l'existence continuelle de ces vastes relations. £n attendant, nous mettons devant nos lecteurs , la monnaie de ces siècles là , qui constate irré-
(45) Arrian. I, 4; Dionys. Hal. antiq. I, 2; Diod. Sic. XVII, 113.
(46) Arrian. VII, 15. Trog. ap, Just. XII, 13.
(47) Pausan. Mess. p. 269.
(18) Polyaen.stratag.lV. 6, 8; Plutarchi parall., p. 309;Stob. serra. lOj Trog. ap. Justin. XXV, 2, XXVI, 2, XXVil, 3, etc.
fragablement ces communications étendues sur toute la ligne , depuis Tembouchure du Danube jusqu'aux Santones baignés par rOcéan. La pièce, n"" 1 pi. I, est trouvée en Yalachie, celles delà pi. II, n<> 1 , â , 4, sont apportées de Dalmatie et des environs de Trieste , comme on me l'assurait en me les communiquant; les autres sont trouvées en France; on les trouve à Saintonge ; on trouve en France les mêmes du n** 3 , pi. II, que Ton a trouvées sur le sol de Dalmatie. On retrouve également des médailles de ce genre exactement au même coin avec tous ses accessoires aussi bien en France, qu'entre l'Adriatique et la mer Noire. N'importe, si c'était le trafic ou le butin, qui répandait cette monnaie , imitée et copiée sur celle de Macédoine, il est évident qu'elle était commune aux Gaulois du Danube, de l'Adriatique et aux Gaulois de la Gaule elle-même.
18. La monnaie de Philippe de Macédoine sert de modèle à copier et à imiter.
Copier est aussi imiter ; mais imiter n'est pas toujours copier. A mon avis il est nécessaire de distinguer ces deux mots dans robservation du type gaulois et barbare. Pbilippede Macédoine, enrichi par Texploitation des mines , fabriqua une immense quantité de monnaie en argent et en or , avec laquelle il achetait Vamitié , le patriotisme , et la trahison des Grecs ; monnaie , qui circulait partout où ses opérations pénétraient , partout où la race grecque existait. Cette monnaie se répandit chez les barbares du nord y d'abord chez ceux des environs du Danube , plus tard dans des pays plus éloignés par des communications de cette époque. Les barbares, possesseurs de l'or et de l'argent , non contents de la monnaie philippine , fabriquaient chez eux à l'instar de celle-ci , en la copiant bien ou mal.
Ils copiaient des tétradrachmes et des statères. Nous voyons ( pi. I, 1, II, 1, S, 4 ), des copies de tétradrachmes très-bonnes on mauvaises ou détestables, fabriquées sans contestation par les possesseurs des pays danubiens. Ordinairement sur leur coin se trouvait la tête de Jupiter et un cheval marchant , ou un cavalier, montant un coursier trotant, boucéphale du jeune Alexandre , fils de Philippe. La disposition à copier , se portait aussi sur d'autres monnaies grecques , comme nous le voyons par une copie de la monnaie de File de Thasos ( pi. II, 2^), où l'on distingue une tête défigurée de Bacchus , et une figure difforme d'Hercule.
On ne cessait point de copier, et plus tard , comme on peut le voir par des copies des monnaies des successeurs de Philippe et d'Alexandre (pi. I, 2. S), où Ton voit , comme sur les monnaies de Lysimache et d'autres, une personne assise et tenant une victoire.
Dans ces copies , rarement on conservait Tinscription ; ordinairement elle changeait en traits où globules difformes. Hais la pensée du type, son ensemble , sa configuration, restaient les mêmes. L'artiste barbare , incapable de bien copier , défigurait quelquefois monstrueusement , mais ne changeait rien , n'ajoutait rien , ne substituait pas d'autres idées à celle que l'original lui présentait. La première période de la monnaie barbare abonde de copies , et même chez les peuples danubiens , elles dégénéraient rarement en imitations, qui, tout en suivant le modèle , auraient pris dans leur coin les formes , la pensée du peuple imitateur. Plus on avance vers l'occident, plus les copies barbares se reforment en imitation.
£n Gaule-celtique , le monnayage copié , créé par des Gaulois émigrés , se change bientôt en imitation , qui donne les formes nationales au type imité, qui entremêle dans sa composition , différentes distinctions inconnues au modèle.
Si Ton observe la monnaie d'au delà des Pyrénées , qu'on nomme celtibérique (pi. I, o-d) , on y remarque aussi une imitation de la tête de Jupiter , du coursier ou bouoéphale, monté par un cavalier tenant une branche, ou une épée, ou une lance. Mais dans cette monnaie, je ne sais pas s'il existe une pièce qu'on pourrait qualifier de copie. Toutes sont des imitations , qui modelées sur les monnaies macédoniennes ou grecques quelconques , prennent une physionomie ibérique , bien prononcée , délivrée des accessoires superflus et inexplicables pour les habitants de la péninsule *, soumises à un système différent quant à la valeur et le poids , et marquées avec des inscriptions nationales.