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Sort des espèces gauloises

Des philippes statères et didrachmes parvinrent de bonne heure en Celtique et y furent copiés, imités (vers âSO au 300 )• Us y circulèrent quelques siècles de suite avec la monnaie locale, fa* briquée chaque jour en plus grand nombre. Deux cents ans après leur apparition en Macédoine (vers 180); ils avaient leur nom , leur cours et leur haute valeur ( surtout les statères ) en Orient, en Asie, d'où ils parvenaient dans les Gaules en certaine quantité ; et deux siècles après l'établissement du monnayage celtique (vers 180), fls servaient encore de modèle , pour le type gau^ lois,. ainsi que leur nom, leur valeur, et leur circulation se perpétua jusqu'à l'invasion de Jule3 César. Dans le troisième siècle, ils ne cessaient donc de représenter les richesses de la Celtique, se mêlant avec les espèces de tous les métaux, empreintes de tjrpe nouveau étrusco-italique.

Les rapines des Romains détruisirent d'abord (vers 120) la monnaie du midi de la Gaule, puis , le (brigandage de Jules César dépouilla (entre ^8 et ëO ).le reste de la Gaule de toute sorte d'espèces qui avaient leur cours simultanément, produit d'autant de générations rapprochées, que de générations antérieures remontant jusqu'à l'origine du monnayage, qui ne discontinuaient de circuler depuis trois siècles. Ce brigandage fut consommé dans l'obsciïrité de la péossière soulevée par les combattants , de la fumée des incendies qui offusquaient les régions désolées; à la lueur de la flamme qui consumait des cités et de beaux pays, embrasés par la cruauté de l'ennemi et le désespoir des défenseurs de l'indépendance ^ quand toute la Gaule fut immergée sous le sang de ses enfants. £n peu d'années il manqua des espèces anciennes.

Pour le besoin du jour de cette époque de calamités, le nouveau numéraire fut fabriquée en inunense quantité, sur un nouveau pied, à un poids différent de l'ancien. Bientôt ce dernier monnayage s'épuisa.Trente années ne s'étaient pas écoulées depuis rinvasion de Jules César, que ce monnayage expira (en 27), ayant produit des monTi'»*'»*^ innomb^**^|**<« enfoui***» ou courant dans les

mains des indigènes asservis. Certainement, quelque temps en^- €ore ) elles eurent une valeur , circulèrent conjointement avec le numéraire romain , mais après un certain laps de temps, elles disparurent, laissant un triste souvenir. Le cuivre et toute sorte du bas métal, à coup sûr avait perdu toute sa valeur. S*il arrivait qu*une somme d*argent était exhumée , on appréciait le métal , sans que les pièces elles-mêmes pussent se faire valoir dans la circulation des deniers romains.

n semble que For seul , dans le courant des siècles, soutenait son cours, malgré la diminution excessive de son &ond)re, et sa valeur nominale prévalait dans le vuglaire malgré Tor impérial qui était une monnaie réelle. Des pièces gauloises, surtout les plus anciennes, ayant un type tout à foit national, passant de mains en mains isolément, étaient une douce réminiscence pour les nationaux , et servaient de talisman , dans diferenfes occasions , à la superstition ou à des souvenirs pq)iilairès. Les pièces en or , avec leur valeur intrinsèque , ne pouvaient pas être désappredées durant les quatre siècles, depuis la cessation de la monnaie nationale; elles soutenaient mainte fois une conca^ rence vénérable avec les monnaies impériales (i), et quand nn empereur voulait offrir un petit présent agréable à un Gaalois , il lui donnait de préférence les pièces gauloises en àr , appelées philippes , biges , géryons (2] .

3, Type gaulois oublié, n*eDtre pas dans des eombinaisons du coîd

rotnain.

La circulation prolongée des pièces gaidsises en^or , est avé» ^'ée et patente , cependant la présence de leur coin pendant

(i) Âosone , coniul en 379, fait évaluer la somme due d^un de sesdébilears ]Mir 14 pièces gauloises en or, qu^il appeUe royales, dariques ou pbHippes. Bis septem mtilos regale nnmisma pbilippos... Ergo aut praedictos jam nnnc rescribe darios ( epit. 4 ).

.(i) Le grammairien Ursul obtint un présent de 6 pièees gauloises appelées royales on pbilippes, qui équivalaient à 3 biges gaulois , ou à 2 gérfooi gaulois , selon Ausone, ep. XVIII. Si c^étaient des pbilippes réds statèreide Macédoine , on ne trouverait pas dans toute la monnaie grecque de pièce forte de trois statéres qui répondrait au géryon , de la comparaison d'Ausone. Nous avons donné févaluation du présent impérial et do passage d'Âotone dans le chapitre 122 du type gaulois.

plusiears siècles, n'influença nullement le coin de Fempire. I^ monnaie coloniale dans les Gaules se multiplia ; elle était fabriquée à Gab^o, Némausus, Ruskino, Antipolis , Arelate, Narbo, Lugdunum, Yienna (3) ; elle porta les nom^ de Lépide , de Marc Antoine, d'Agrippa , d'Auguste; celle de Lugdunum célébrait par son coin , le filmeux autel , ârigé par soixante peuples à Ai^guste-dîeu , et l'on n'y voyait rien qui rappelât les antiques traditions nationales, les manières mortes auxquelles on renonçait à tout jamais : à réception des noms des localités , et de la forme carrée (des Tectosags ) dans certain bronze de Gabellio, il n'y avait ri^i de gaulois, absolument rien. Bientôt les noms des colonies disparurent de la monnaie.

La Gaule entière devint indifférente pour les pièces romaines, elle fut noyée dans Tunité de Fempire, ce n'est que par intervalle que son nom retentit dans des, commotions de FÉtat ou dans des manifestations monétaires. Quatre-vingt-quioiie années depuis la cessation de la monnaie nationale, le nom de la Gaule parut dans la monnaie romaine pour la première fois. Le gouverneur de l'Espagne, Galba, poussé à l'empire par Vindex, gouverneur d^ la Gaale, honora la monnaie de ces deux provinces nommées ensemble ou séparément gaixia. hisfakia. Il décora même quejk ques pièces de trois tètes des trois Gaules^ teis calmas (4)^ En même ten^, un municlpe, Vesontio»wif* visvjtfivM. avaâl l'honneur de ressortir sur une monnaie.

Cependant la Gaule, dans le numéraire romain, retomba aussitôt dans une obscurité profonde. Deux ans après la mort 4^ Galba (en 70 ), quand de graves commotions semblaient réveil* 1er le génie gaulois , quand on souleva l'étendard de l'empire gauIcHset que des druides sortaient de leurs ténébreuses retraites, avec leur doctrine , leurs mystères et leurs présages (5) , m m

(3) C«J»elUo, CàBi ou COL. CABS. — N«in«u8us,.C0fc. lUS». ^lutkîao,coi.. mv8. LEQ. VI. — Antipoli», ART. — Arelate, coi, arelat. sextah. —• N»rbo , COL. IVL. PATEE. HAE. — VieDoa c. V. — Lugdunum c. LV&.; COL. ROM. LVG. J

COPIA.; c. c.

(4) SEH. ou 8BRV. GALBA, iiip. Galba à cheval (ou cavalier lancàer). TRES fiALLLAB.Trtàs (âlaa de feniBie, sur Iroiaglpfeos, avec trois ^pU. (HiQPM.yfnéd. rom.i t I, p. 143). Conbrouse a publié dana son atlas des monnaies oaiia^ nales, un denier des trois Gaules, sans la légende impériale , et sans les trois épis. Ce denier publié pour la première fois , offre un cavalier analogue aux cavaliers gaulois a*agitant et brandissant.

(5) Fatali nunc (année 71) igné signum coelestis irae daium et possessto-

pensait guère à la monnaie nationale. Au moins, aucun vestige n'est encore venu suggérer Fidée de découvrir et de déterimner les pièces de circonstance de ce mémorable éteinlement. On avait sous les yeux Fantique numéraire , marqué du type national , et on ne pensait plus à sa régénération. La Gaule resta oubliée dans la marche monétaire du moment.

Soixante-dix ans plus, tard, les espèces romaines reprirent éphémèrement le nom delà Gaule. Hadrien (mort en iS8)eélé* brait par la monnaie, son arrivée'en Gaule, advehtvi gàluae; il se qualifiait de restitufeur de la Gaule, restitvtobi gallus. Soixante ans après, Glodius Albinus , désigné césar en Bretagne, appela (en 194) dans son coin , le génie de la capitale gauloise GÊir. LVG. COS. n. Ce génie ne vint point à son secours lorsqu'il périt (en 197)sousles murs de cette capitale. SeptîminsSeverus triomphant , comprenant peut-^tre que le génie était inam'mé, aima mieux célébrer la fidélité de l'armée de la.Gaole lyonnaise: fidei

BXE&CnrS GALL. LVG.

Après un laps de soixante^ix autres années , trois empereurs en même temps se qualifièrent de restituteurs de la Gaule : AESTiTVTORi GALLiAKVH. Postumus(en âôJ ) ^ dont l'empire récl se bornait à la Gaule , se glorifiait avec certaine raison du titre de restituteur, en défendant cette province. Son collègue Yictorinus , suivit son exemple et subit le même sort (en â67) avec lui. Gallien, plaisantant sur ce qu'il possécfôitun empire ouvert aux excursions des barbares , déchiré par cent compétiteurs, se qualifiait aussi de restituteur, et termina, sa vie l'année suivante (en 268).

Postumus fabriquant le numéraire en abondance, dans la province même, fut le seul qui donna à la monnaie une teinte locale. Elle ne consistait point en innovation de quelques rémi* niscences druidiques, mais en manifestation du culte de l'empire introduit depufs trois siècles et pratitjué par quelques coutumes particulières , où figurent entre les nombreux Hercules, les Hercules deusonien etmagusan : hercvli devsoniensi, magvsano. Postumus n'osa célébrer la fidélité militaire de l'armée , comme le fit son compétiteur LoUien, fides miutvm EXE&arvs gall. qui fut massacré par ses soldats.

nem rerum hamaoarum trtnsalpinis g^entibus portendi , superstitîone fana y. druidae canebant.^(Taciti hist. IV, 54; Joseph, d^bello jud. prol.)

Dans le courant d'un siècle qui suivit ( â9â-390. ) , la gloire de Farmée gauloise , gloaia exe&cit. ^all. (en §07) et plusieurs fois ( entre 6ôO-S6i ) sa vertu , vi&tvs exekgit. gall. furent applaudies par les premiers empereurs de la faipille flavienne, par le coin de leur monnaie ; et plusieurs localités gauloises marquées par des initiales (6), étaient les .seules manifestations delà province, prouvant toujours que le type de l'empire s'obstinait constamment à admettre quelque chose de celtique , dp druidique.

Un médaillon en bronze de cette époque, frappé sous Constans (i40-âôO} , en commémoration de son expédition en Bretagne , en nommant le port morln Bononia , bononia ogeanen , présente plus d'intérêt pour la localité gauloise , créant un type naval pour le littoral des environs , par la galère dont il fut empreint (7) : mais il n'y avait rien de gaulois*

En observant les espèces romaines de quatre siècles on dirait que toute réminiscence du type druidique était perdue à jamais, ^t ne se présentait à la vue du vulgaire par aucMn monument , si l'on ne savait qu'un desFlaviens,yalentinien II (mort en S9I), donnait en cadeau aux savants gaulois , des pièces gauloises ^uon qualifiait de philippes, de biges, de gpryones, qui n'avaient pas perdu de valeur, qui, étant encore en course, se changeaient en souvenirs et talismans précieux pour les indigènes (8).

i. Mélanges des'osages payens, avec le christianisme.

* il/'

Le coin de.la monnaie romaine ne manifesta aucune réminiscence directe de druidisme ou de nationalité. Des souvenirs plus

(6) Dans ces sigles p signifie pecunia; M moneta^ 8 si^nata', o officina. Lugdunuin, LD. tVG. LYGN. LVCPS. PL. PLG OU PLC PLH OUPLIf. ML. APLG. — A

signifie officina prima. '

Treveri , TB. TftS ou TB9. T8. PTR. SMTR. SMTS. SKTES^ TROw' TEOB. — B. signifie officina secunda. T. B. tertia Roma.

Cabellio, ca. cb. — Àntipolis , Àwx. — Narbo , NAR. — Bononia morinorum B. ^ Atrebates, ate. — Ambiani, ahR*

Arelate , ae. abl. pab. pabl. sar. sabl. aqs. aqps. — Q signifie officina quinta,

Hf asûlia, haS. fut signée du temps de Carus, vers 283, et trois'siècles plus tard sous Maurice Tibère (582-602).

(7) QuentoTÎc, Dorestat , Monturel , marquèrent successivement leur coin d*un navire.

(8) Sur la monnaie coloniale et impériale, voyez Mionnet y médaiHes auc. et rom. ; Cartier dans la revue numîsm .; t. I, p, 155-160, Conbrouse.

10 RÉAPPA&ITIONS

déclarés, se cmiservaient dans les mœurs, dans le culte, dans la pratique religieuse.La qualification des druides, ne diseontinaait pas de désigner les prêtres de Belen-Apollo (9); les inscriptions votives démontraient une fusion du culte introduit avec la croyance antique et les cérémonies invétérées ; de temps à autre , on parlait de sacrifices sanguinaires , clandestinement pratiqués ; le peuple s^obstinait à garder son idiome , ses coutumes et ses superstitions qu'il augmenta par celles du nouveau culte. Lorsque les oracles des divinités grecques, perdaient leur voix, les augures et les présages des druides, étaient encore recherchés; les «npereurs ne dédaignaient pas de ccmsulter les prédictions des druidesses (lo). Une nouvelle doctrine se rq»andait alors dans l'empire, et depuis que Constantin (en âll) , se déclara pour le christianisme , elle devint dominante.

Elle avait ses écrivains qui appréciaient toutes les doctrines antérieures , s'efforçant ordinairement de les déconsidérer. S'ils s'entretiennent du druidisme , ils en parlent comme sll existait dans son entier. C'était une espèce de philosophie suivantleur opinion ( 1 1 ) ; un tel explique qu'ils judaïsaient ( i a), un autre raconte que la puissance des druides était supérieure à celle des monarques qui régnaient avant l'invasion romaine (i3). Ces écrivains assurent que des pratiques sanguinaires , des sacrifices humains inondaient les autels de Jupiter latialis à Rome (i4} 9 comme les autels du culte druidique en Gaule (i5). Mais on serait dans l'erreur , si l'on croyait que la doctrine druidique était debout , telle qu'elle était du temps d'Âmbigat ou du temps de Veroingétorix. Comme toutes les autres à leur agonie, ne présrataient qu'une confusion décrépite, se trouvaient défigurées par d'innombrables fusions et interprétations , aussi celles qu'on qualifiait encore de druidique n'offrait plus qu'un ramas de mythes romains , grecs , (orientaux , coloriés d'infusion celtique* Objet

(9) Auaone, de prof, burdegal. car. 4, 18.

(10) Lampridii Alexander 60 ; Vopisci Aurel. 44, Numerian, 15.

(11) Clem. alezand. itrom. 1 ; Cyril I. alexand. oonlra Jalian. IV; Diog. laerfc. in proemio.

(13) Celsus, ap. OrigeD. l .

(i3) Dio Chryiost., orat. 40.

(i4) Tertulliau. scorpi.7, apologet. 9; Lactaiit., de faUa refig. 1. (i5) lUf « KiAΫîg 1oli xpint ynGm, Euseb. praepar. evaog , IV , tert Tan 367.

chéri du peuple, regretté lorsqu'il expira , et inconnu au fond. L'empire allait périr, et la faute en était à la nouvelle doctrine selon l'opinion dès yieux- croyants. Ses pénibles sentiments travaillaient les esprits. La capitale menacée (en 409), par Alarik, fut déchirée entre le désespoir et l'espérance. La ruine et l'anéantissement parurent irréfragables, on comptait cependant qiie le roi barbare relèverait les dieux renversés. On retrouva avec peine les augures étrusques qui assuraient que le rétablis* sèment de l'ancien culte pouvait en effet sauver l'empire. L'évêque même ne s'y opposait point, mais il n'y avait personne qui eût osé relever les autels abolis.

Le même sentiment agitait le peuple gaulois. De magnifiques temples , Ternemet à Bordeaux, Vasso à Augustonemet des Arvernes^ Daurade à Tolosa, Isarnober au versant du Jura , Librosse (16), désertés par les vieux-a*oyants , ne laissaient au peuple que le regret. Saint-Martin renversait (vers 370), les statues et ruinait les sanctuaires payons ; le christianisme chaque jour prenait i^s de consistance; les barbares d'au delà du Rhin, ravageaient et dévastaient tout. Le peuple désolé , sans recon-naissance de soi-même, déplorait le passé , se résignait à son sort futur , observait et gardait ses habitudes , et avait recours à la superstition. C'était sa seule consolation, la seule chose qui lui restait de tout ce qui lui était cher.

L'Armorik, lasse des vexations des légionnaires, s'était dânrràssée (en 408), de leur présence , et se soutenait en révolte ; la Breti^^ fut évacuée (en 409) par les Romains et abandonnée aux indigènes ; la Narbonnaiae fut émancipée, et forcée de se régir par elle-même.

Hais bientôt, les Wissigothes, cantonnés près de Tolose, con* quirent les parties méridionales ; les Franks s'emparèrent ( 486-^07 ) du centre et du nord ; en Bretagne , les Saxons et les Angles, appelés à défendre l'tle, subjuguèrent les indigènes. Les Wissigothes étaient déjà chrétiens, avant la conquête ; les Franks se baptisèrent en s'emparant delà Gaule; les Anglo-Saxons n'entravaient point la parole des apôtres. ^

Dans cette perplexité , quand le prêtre du vieux culte grécoromain désertait les autels , la réminiscence du peuple revenait

(16) Fortunat. carm. 9 ; Greg. taroti. hict. I, 30; glor, martyr. I^ 62 ; tifa sancti Eugendi I, 50; Sulpic. Sev. vita sano^ti Mart. 12.

à d'andenoes traditions , tacitement conservées et faisait soivre avec plus d'éclat ses pratiques. Il n*ayait ni or ni argent à submerger dans des lacs , mais il jetait dans des étaogs , des vêtements, du lin, des draps, des toisons, des fromages, de la cire, des pains (17), et il croyait toujours adorer les divinités celtiques, sous des noms dé dieux latins. Le culte fut déthiit et le cbristianisme fut affecté dé tout ce que ce culte avait confondu. Le peuple baptisé, substituait aux divinités tutélaires Tadoration des saints personnages; aux simulacres du paganisme, les reliques et la croix ; mêlait à la piété chrétienne , ses pratiques absurdes et ses superstitions.

Dans tout l'empire cette nouvelle fusion des croyances religieuses commençait à s'opérer. L'opinion des pères de l'église, se partageait à cet égard : les uns la condamnaient , les autres, surtout ceux de l'occident, l'approuvaient, en laissant calquer de nouvelles pratiques analogues aux anciennes. Les conciles, pour arrêter la licence et les excès auxquels le peuple fut habi. tué dans certaines fêtes, prescrivirent un jeûne, des Utames et des supplications (18) ou bien insUtuèrént après les fêtes, des jours d'expiation et de pénitence. Le peuple avait donc en même temps la satisfaction de se gorge r* pendant des réjouissances mithriaques , bacchiques, et de se réconcilier avec le ciel ; il était content quand le calendrier chrétien portait sur la liste des saints , les épithètes des divinités et des jours de fêtes (19).

Lorsque le pape Grégoire-le-grand expédiait (en 5^1) des mis* sionnaires pour prêcher la foi du Christ chez les Anglo-Saxons, il les instruisit, qu'en allant dans ce pays des anges (angli, angeli), ils devaient avoir de l'indulgence pour leurs coutumes; qu'en les convertissant par le langage de la persuasion , ils ne devaient point abolir leurs temples,où ils avaient coutume de s'assembler, mais les consacrer en églises ; qu'ils ne devaient pas interdire les fêtes ni les sacrifices des bœufe, qu'on célébrait en honneur du démon , mais les changer en repas religieux pour la gloire

(17) Greg. turon. glor. confess. 2.

(i8) Concil. 2 turon. can. 17.

(19) Les bollandistes, et autres collecteurs des vies des saints, avaient grand peine de distinguer les saints apocryphes, inventés par la poésie chrétienne au temps des croisades, ou créés antérieurement par la transmu. tation def idéesdes gentils, en fiction chrétienne. La même transformation avait lieu avec plusieurs fêtes et différents usages.

DU TYPE GAULOIS. là

de Dieu : car en leur laissant leurs réjouissances extérieures , ils consentiront plus facilement à des réjouissances intérieures (20).

5. Béapparition des images gauloises dans des sceattasdes Ânglo-Saxons.

On conçoit bien , comment dans cette disposition du siècle ^ les images de l'idolâtrie pouvaient quelquefois se mêler avec des signes du christianisme. La monnaie primitive des Anglo- Saxons donne l'exemple d'un mélange semblable. Elle est en argent appelée seeatta. Elle est de petit volume , ofiFre un coin varié et une physionomie qui lui est particulière. Elle précéda les heptarques : Ead'wald de Mercie ( 716-787 ) , Ethilbert de Kent (748-760) et Etelwerd de Wessex (726-741). Elle fut frappée à Kent et en Mercie après la conversion , et sans doute son commencement devança la conversion.

La croix y est fréquente , réunie avec différentes figures : ocpendant les pièces privées de la croix ont le coin le plus varié. > On pourrait dire que l'installation du christianisme , introduisit dans le coin , la croix qui , ne pouvant pas épouvanter tous ces monstres du type , s'allia avec eux, pour les exorciser et les faire partir insensiblement. Midgré ces efforts de sa part ^ les sceattas jusqu'au dernier jour de leur existence, ne sont pas débarrassés de ces marques singulières provenant du paganisme , et méine dans les derniers jours de leur existence , ils introduisirent dans leur coin nn quadrupède cheval ( n*" 9, 1() ).

En examinant ce coin , on est étonné de voir une série dl-

(so) Fana idolorum destrui in eadem gente minime debeant sed ipsa , quae in eissunt^ idola destruantur. Aqua benedicta fiât, in eisdem fanisatpergatur, altaria construantur, reliquiae ponantur : quia si fana eadem beneconstructa sunt , necesse est a cnltu daemonnm in obsequium veri dei debeant commutari, ut dum gens ipsa eadem fana non Tidet destrui , de corde enorem deponat, et deum Terum cognoscens ac adorans , ad loca quae consuevit, familiarius concurrat. Et quia boves soient in sacrificio d^aemonum multos occidere, débet bis etiam hoc ad re aliqua solemnitas immutari : ut die dedicationis Tel natalitiis ss. martyrum, quorum iliic reliquiae ponuntur, tabernacula sibi circa easdem ecclesias, de ramis arborum faciant, et religiosia coDviviis solemnitatem célébrant ; nec diabolo jam animalia immolent, sed ad ]audem dei in esum sàum animalia occidant, et donatori omnium de satietate sua gratias référant, ut dum eis aliqua exterius gaudia reservantur, ad interiora gaudia consentire facilius valeant. Nam duris meutibus simul omnia abscindere impossibile esse non dubium est (Gregorii magni XI, ep. 76; Bedae hist. eccl. angl.' I, 30).

mages , qoi dans des temps très-reculés , étaient très-familières à la monnaie gaaloîse : tète symbolique ( n"* 7 , 8 ) , tête d'une béte haletante et béante (5,6), boue ou cheval ( 11 ) , oiseau dans Fattitude latérale , accompagné d'une croix , ou placé sur une croix ( â, 8 , 4) , espèce de triquètre composé de serpe0ts(no 1) (ai).

Ces images ne furent jamais reproduites par la monnaie gailo>brelonne , elles n'étaient en vogue , que dans le type celtique du ccmtîBent : comment donc se retrouvent-elles dans le type anglo-saxon , ^près un laps de sept siècles et demi, depuis l'extinction de la monnaie gauloise, jusqu'à la cessation de ces espèces heptarchiques. £n supposant même une durée de deux sièeles de ces dernières, onaurait plus de cinq siècles d'intervaile entre les monnaies gauloise et heptarchique, cependant tant d'images surannées réapparurent dans des sceattas* Si c'était encore un produit des indigènes eux-mêmes , qui , cinq siècles , > auparavant donnaient refuge aux émigrés gaulms, asyle à la doctrine et à la hiérarchie druidique, qui suivaient le rite des druides, on concevrait facUement cette réapparition : mais cette monnaie heptarchique était un produit des étrangers venant

(si) Ayant de si frappantes aimilitudes poiusées jtt9qu*à*ridentité de deux types, saxon et gaulois, on est entraîné à une analyse plus détaillée , et on y prendrait ajuste titre pour la provenance gauloise, les formes carrées, cracifornies,- les disques, les perles, les petites garnitures ; on y retrouve non-seulement les formes gauloises , mais la pensée comprise, différemment coordonnée quand on voit (n** 4) réunis, T^iseau, la croisette et le serpent ceroant l'oiseau et sa croix : ces trois objets composant réellement Tantique coin gaulois de Toîseau à la pose latérale. — Les figures nombreuses de ces sceattas , se trouvent dans Touvrage de Rndîng annals of the coinage of Britain ; dans la petite^ brochure de Rethaan Macaré, verhandling over de bij Domburg gé- ▼ondene munten. Middelburg 18^, 8*» pp. 1-13, et cinq planches. — Rigollot, en faisant connaître la pièce n« 4 de notre planche, la rapportait au régne de Clovis, et y voyait Toiseau , la colombe apportant la sainte ampoule ponr le sacre. Cartier n*ose y croire , mais la pièce lui paraft plus mérovingienne que les autres (revue num., t. IV, p. 420). Cette pièce se retrouTc aussi fréquemment en Angleterre que les autres , quoiqu'on n*y trouve pas de tiers de sol mérovingiens; or, cette pièce appartient aussi au sol bretono-saxon . Si même cette pièce était mérovingienne , la fable de Tampoule ne pourrait se rapporter à une pièce aussi ancienne. Pendant les trois siècles qui ont suivi la conversion de Clovis , aucun auteur n*a rapporté cette fable. Uincmar et quelques auteurs du neuvième et du dixième siècles , parlent les premiers de la fiole d*buile céleste. Or, la fable est postérieure à la monnaie, il serait difficile même de lui assigner une existence contemporaine.

<i*aii delà de roeéan , produit des adorateurs du dieu Odin , qui venaient exterminer les indigènes Bretons , et asservir ceux à qui ils laissaient la vie , qui ravageaient et détruisaient le sol et les monuments bretons et druidiques : ce sont ceux qui inventent le type composé de la plus grande partie des éléments celtiques, galliques.

£n reprenant ces images monétaires de la race -celtique , voulurent-ils complaire aux indigènes asservis ? non, car la monnaie gauloise sous tant de coins , était inconnue aux insulaires . et après tant de siècles ne circulait plus; les insulaires indigènes n'avaient devant eux quela monnaie romaine. Les sceattas heptarchiques réunirent quelque peu des manières de cette dernière, mais créèrent leurs propres %ures et en reproduisirent plusieurs des anciennes gauloises.

Ont- ils par la circulation, par, le commerce , par des réfugiés qui parvenaient dans leurs habitations au fond de la Germanie, reçu dans son temps le numéraire gaulois, et ont-il& réservé chez eux pendant cinq siècles quelques pièces aussi variées , qui leur servirent de modèle dan^ la Bretagne conquise ? c'est impossible.

La réminiscence d'une monnaie antérieure à )ia monnaie impériale , se soutenait cependant en Bretagne , puisque l'écrivain de l'époque, Gildas (en 562), raconte que du temps de l'empereur Claude , dès que la Bretagne fut changée en province , il n'y avait d'autre monnaie que la romaine (22). Or, les indigènes privés de leur indépendance et de leur monnaie nationale, n'enauraient-ils pas gardé quelques pièces, comme chose sacrée, comme talismans, n'en auraient-ils pas caché comme objets de vénération. Les Anglo-Saxons, en le remarquant,ne se seraient-ils pas déci(iés à imiter leur coin? N'auraient-ils pas employé pour confectionner leur mmnaie^ des graveurs bretons qui, autorisés à créer un type, auraient préféré chercher un modèle dans quelques pièces surannées, obscures, incompréhensibles, au lieu dlmiter le coin impérial ? C'est peu probable , vu l'espace des siècles écoulés.

Enfin , serait-il possible que les druides , traqués de tout côté par les Romains, réduits à la dernière extrémité dans les journées

(aa) lia ut non brtiannica, sed romana iusùla censeretar, et quidquid habere potuisaet aeris, argenti «t auri, imagines Cœsaris notaretur. Gildas, de excidio Britanniae 5.

sanglantes de Mona , échappés en petit nombre, trouvèrent asyle chez les Germains ancêtres des Saxons, et les endoctrinant, leur communiquèrent tous ces symboles de leurs mystères ?

Le fait est que les Saxons et les Angles dominant en Bretagne, les introduisirent dans le type de leur monnaie, qu'à la même époque, les espèces mérovingiennes constituées sur d*atttres bases, reproduisirent parfois ces images gauloises; que les adorateurs du dieu Odin , dans les siècles postérieurs , dans toute la Scandinavie, façonnaient des figures analogues, quadrupèdes, oiseaux, festons , croix , entourages , serpents ou dragons.

La monnaie heptarchique , les sceattas , en reproduisant la tète béante et haletante de la monnaie gauloise au pégase (n" 77 ); prouve qu'elle a pris cette tète qualifiée de tête de loup ou de chien , par les numismatistes , qu'elle Ta prise pour la tète d'un serpent ou d'un dragon (n° 5 , 6 >. Le dragon est fameux dans les traditions de tous les peuples. Selon les Grecs, 11 fut tué par Persée. Chez les chrétiens, bien des légendes s'en occupent : l'archange Michel précipite sous cette forme , le mauvais démon dans les enfers ; saint George et les autres saints de différentes localités , combattent le dragon ; la poésie Scandinave chante les aventures et les progénitures du dragon. La monnaie mérovingienne ne Ta pas reproduit comme celle des Saxons en Bretagne.

6. Béapparitiou des images gauloises dans des tljera. de sol des.

Mérovingiens.

A l'époque de la fabrication de la monnaie saxonne , se formaient les espèces mérovingiennes. La pensée de la première était plus indépendante que celles de ces secondes. Les Saxons entraient dans une province plus reculée , évacuée par Tadministration romaine depuis un demi-siècle , ils exterminaient les populations indigènes, par conséquent prenaient possession d'un sol plus dépouillé des souvenirs de Tempire. LesFranks, s'emparantde la Gauïe, recevaient cette province directement des mains des Romains , et même avec Fadministration romaine ; ils ne se croyaient pas légitimes possesseurs, sans l'autorisation de l'empire^

Ils se servaient de la monnaie impériale ; quand ils la fabriquaient ils contrefaisaient l'impériale. Théodebert (534-548), autorisé à battre la sienne , copia l'empreinte impériale à son propre nom. Les noms des empereurs Justin II (565-578) et de

Maurice (582*602) , donnaient la valeur aux tiers de sol forgés à Javoul GABALORYM. HYALOKYM. à Marseille massilia. ma. et à Vienne , yienna officina lavrewti.

Peut-être l'exemple de l'empreinte heptarchique , décida les rois méroYingiens à créer un type pour les sols d'or, et tiers de sol, qu'ils mettaient en circulation. Ce type fut façonné sur le modèle romain, et ne se distingua que par la fabrique plus barbare, par les noms des fabricants moitetariys, et par la localité fit.

Toutefois on y observe parfois une déviation remarquable. Soit la vue du type saxon druidisant , soit le réveil donné par quelques traditions druidiques , le coin de certains tiers de sol offre des empreintes analogues au type antique des Gaulois. En y voyant une tète (n*» 13) (a3) , conforme à celle qui décore l'argent heptarchique , et Foîseau dans sa pose latérale à Cahors caborga fit. magnys mo. et à Laon^ laydyno gloato (n? 14, 15, 16) (24)> on dirait que les sols d'or contrefaçonnaient les sceattas saxonnes. Mais il faut avouer que tous deux ne font que puiser à la même source , lorsqu'on distingue des images druidiques dans des sceattas qui ne se retrouvent pas dans le coin de tiers de sol, et on remarque des figures assises et agenouillées, des vases, une branche de gui , qui ne sont pas admis dans le type heptarchique, et qui sont connus à l'antique monnaie gauloise^

Les figures assises sur une chaise , tenant une couronne , une croix , une massue , ou une fleur , sont très-analogues au gaulois Pixtil assis (n*58, 62). Ces, figures se trouvent dans les pièces de Loudon leydyiïo sigimyimd ; de Rouen rotomo yvlzoLENYs;de Baugé balciaco prodylfo ; de Rennes redonis GAif-

TERELLYS; d'AngCTS ANDECAYIS LEYNARDYS (tt® 21) (2Ô).

Les vases qu'on appelle avec raison calices , sont fréquents

(a3) Il conTieni de compter dans le nombre des têtes reproduisant les fonmes gauloises, plusieurs têtes difformes, qui sont plus conformes et façonnées difformément avec intention. De ce nombre est la tête camutoise du tiers de sol mérovingien , plancbe III , 33 ,. de la numismatique du moyen âge^ GARxroTASC BLiDOHTNDO ( n^ 56 ) ; Tautrc )non moins remarquable ealuis lOLiiSM ( no 57, de la collect. de M. Bigant de Douai.'; comp. à u? 60).

(24) Voyez, pi. IX, 2, 3, par de Grazannes , dans la revue nuni., t. IV. — Bouteroue, p. 195. Le Blanc, no30.

(25) Uevuenum., t. I, p. 37; pi. III, 29 *w; IV, 61, Bouler. ; Le Blanc ; Hardouin. — Duchalais, revue mim., t. IV, p. 208.

18 KËAPPARITiONS

sur des liers de sol de Soissons stbssionis elauys ; de Luxeuil LossoYiYS MONASTEUVM ; de CahoFS CADORGA LB , de Ganat du pays des Arvernes casvaco yicto&ia cy (gothica) ( n% âO ); sur plusieurs pièces royales deDagobert,GANTOYiAifo; de Sigebert en GeYaudan, gayaletako , et de Cherebert à BaoBassac de la Canourgue en GeYaudan, bahitagiago, maximinys, levgosis; plusieurs monétaires. . . hougoh ( n"" 19 ) plaçaient un calice dans Tempreinte , surtout ceux de Bannassac en GeYaudan, te-

I«A9YB,TELAFIY8PAX, MAXIMUTYS, BANNACIACO, GAYAItBTAlTOBAlf.,

6AYALBTAIIO, BAifKACiAcosciMABTiHi (36).Gecalice, ceYdseleplus fréquent à Ganat des ArYernes et à Bannassac des Gabales, rappelle ce Yase gaulois au-dessus duquel se cabre le coursier arYerne ( n*" 76, 71).

La figure agenouillée de Ruffac en Alsace bybeagos (n* Sa), est analogue i celle du bronze gaulois qu'on retrouYe en France depuis Breteuil jusqu'à TréYes, dans des cantons toucbantles bords de la Moselle ( n"* 67, 7d) .

Enfin, la branche du gui , aussi conforme, à la tamdie que nous l'offre l'antique monnaie des M orins hybuto (n* 70), figure sur la pièce du monétaire Bagulf , fabriquée i Dcminda ou Donincum (Doullans) dokioia aoit (fit) bagylfys (n" 28) (27}.

Ces rapprochements donnent de faibles indices de la réapparition de quelques images et figures gauloises dans le type méroYingien (a8).

L'élément frank des M éroYingiens et de leur monnaie était trop disparate aYec l'antique esprit de la Gaule ; il était trop romain , trop christianisé. Germain d'origine , rcmiain par transmutation, il se fondait dans la corruption des proYinciaux, sans pouYoir s'identifier aux indigènes Gaulois; les formes chrétieimes inspirées par l'empire, n'étaient pas là pour coopérer une fusion. De faibles manifestations gallisantes ne sont point le produit des Franks , mais les premiers symptômes de la prochaine ré-

(a6) Bouter., Le Blanc , Hardain, Mader; revue numism., 1. 1, p. 321 ; t. m, p. 57; t. IV, p. 152, 191 ; t. V, p. 214.

(27) Doiri3iAAOiT répond à dohohiaeiti du monétaire Borsa monita. On a attribué ce Bononia à Bouloc^e-sur-mer. Deschamps , reTue num., t. II , p. 19-34, pi. Il, 2; Bouter., Le Blanc, Hardouin28; numism. du moyen âge, t. I, p. 79.

(38) Il est probable que la salamandre ou le quadrupède de Childebert (Bouter., Le Blanc, Hardouin 5) , est aussi de la progéniture gauloise.

surrection du génie gaulois , qui profitait de leur faiblesse pour reprendre son énergie perdue. Le type de la monnaie est le reflet de Tétat social , et les démonstrations qu'il fit dans le sens gaulois , sur les espèces mérovingiennes , sont d'une certaine importance pour l'observateur, quand il les rapporte au type des siècles suivants.

7. Goût breton dans la monnaie anglo-saxonne ; la monnaie cariovingienne répugne à la réminiscence gauloise.

Les sceattas saxonnes et For mérovingien allaient expirer presque en même temps que le système monétaire et son type. Eadwald, roi de Mercie (716-787), Etelward de Wessex (726-741) et Etelbert de Kent (748-760) augmentèrent le volume de leur argent, renoncèrent à toutes les figures provenant du paganisme» s'enfermèrent dans des marques tout à feit chrétiennes et dans l'épigraphique monétaire.

Chose singulière, dans ce changement le goût breton semble diriger les Anglo-Saxons. Ils façonnent leur coin, comme s'ils avaient devant eux les pièces gallo-bretonnes de Cunobélin , de Tascîa , de Ségo , de Gamul , de Verlamio , d'où ils tirent la disposition des épigraphes et des décorations. Leur coin, au fond, simple et modeste, est cependant riche et infiniment varié. Des garnitures cruciformes, perlées, feuillues, des enqnadrures, des carrés cléchés (n» 12) (29), des triangles cléchés, tripartîtes en triquétre, entourages, s'échangent sans fin ; l'inscription est placée diamétralement. Aucune des monnaies de l'époque n'a donné d'idée à une semblable création, aucune d'antérieures n'est plus analogue sous ce rapport , que la gallo-bretonne. Quoique les Bretons soient asservis, le goût breton préside à cette création, inspire l'invention anglo-saxonne ; avec le temps se communique aux Danois et aux autres Normands ; dans les siècles suivants , il engendre grand nombre de coins sur différents points de l'univers , et donne l'impulsion au grand nombre des types (3o).

En Gaule, les Franks carlovingiens (vers 750), renoncent à l'or, commencent à fabriquer presque exclusivement leur argent; ils augmentent aussi son volume, abandonnent presque tout à fait les tètes et toutes les autres diversités ; ils réduisent

(29) A rinstar de Verlamio et Tascîa.

(30) Voyei, numism. duraoyea âge, \U partie, p. 97-113.

leur coin à Tépi^phique et à quelques marques purement chrétiennes. Autant le type est simple, autant il reste maigre, et monotone.

La race firanke, débordant de Testa plusieurs reprises, n'a pu prendre de consistance du temps de Mérovingiens. Chaque fois elle perdit sa vigueur, elle fut absorbée , laissant agir Vidée romaine et se débattre imperceptiblement le génie afifaisséde Fantique Gaule. Elle avait plus de force et prit un terrain plus solide dans la partie rhénane. Les Austrasiens, gagnant de l'ascendant avec les Garlovingiens , opérèrent la dernière inondation , qui jeta définitivement en Gaule les fondements d'une France qu'on voit ressortir de l'empire d'occident ; l'action devient purement franke , ne se courbe plus sous l'antorité de l'empire , mais domine cette autorité dont elle s'est emparée.

Par l'effet de cette action , le type de la monnaie pnt un caractère exclusivement frank ( chrétien ) . Il n'y a que deux choses qui gallicisaient certains deniers carlovingiens.

C'est d'abord cette espèce d'étoile formée de deux triangles ou angles cléchés , à six ou cinq pointes (pentagone) , connue à la monnaie gauloise. Cette étoile reparait extraordinairement sur quelques pièces de Pépin (756-768) et de Charles-le-simple (898-922) (3 1). Elle reparait au commencement et à la fin de cette période , comme suite de la faible reproduction des éléments gaulois par le type mérovingien ; comme l'ouverture de leur reproduction qu'allait faire le prochain ordre social , le féodalisme.

La seconde, chose extrêmement analogue à l'antique manière gauloise , ce sont les lettres cantonnées dans les cantons de la croix monétaire , ce qui a lieu surtout au midi de la France à Narbonne, Avignon tx, r. b. o. ; a. vi.iri.o. à Toulouse c.a.k.l. (Cari) et semble ressusciter les antiques oboles gauloises de ces régions et le goût du type cruciforme des Yolks-Tectosags (Si). Tant que l'esprit austrasien prédominait soutenant sa

(SiyVoycz numism. du moyen âge, l*^» partie, p. 166, pi. VI, 2.— EUe figurait aussi extraordinairement dans la monnaie anglo-saxonne , sur certaines pièces de Offa, roi de Mercie (737-796). Ruding, pi. Y, 39.

(32) Voyei num. du moyen âge^ Ire partie , p. 155.— On pourrait compter au nombre de la reprise des anciennes manières gauloises , le six au liea de res; et Ton peut relater la hache ou la hallebarde carlovingienne de Dorettad et de Bona, à la figure qu*engendra la tète hachée sur l'or belg.

DU TYPE GAULOIS. Sï

vigueur, le coin restait inrariable, sans admettre d'objets hétérogènes, d'objets gaulois qui pouvaient être du goût de la rac6 indigène. Cet état de choses ne pouvait durer toujours. Dans les premiers siècles de rétablissement des Franks , le coin décela quelques symptômes de la renaissance du génie gaulois , délivré de la contrainte imposée par Fempire ; la pression des Garlovingiens devait bientôt fléchir et laisser revivre Tesprit local déjà éveillé.

S. Fusiou du paganisme avec le christianisme.

Convertir, c'était chasser le diable, purger les temples payens du démon , persuader au peuple de renier Fesprit infernal et adorer le vrai dieu. Le peuple consentait à cette dernière condition , il ne s'opposait point à qualifier Diane et toutes ses anciennes divinités de démons infernaux , mais il ne voulait pas renoncer à ses coutumes, à la superstition, craignant le courroux de ces démons, regrettant les distractions et les divertissements dont il jouissait en leur honneur, il persistait dans ses habitudes et dans ses croyances populaires.

Si dans les premiers siècles, les pères de l'église parlaient du druidisme , à cause de la fusion de ses pratiques avec le polythéisme gréco-romain , les conciles et les ordonnances qui fulminaient contre les superstitions et les usages payens, qui les interdisaient , pouvaient aussi les qualifier de druidisme ; et comme le peuple s'obstinait jusqu'à nos temps dans ses habitudes, on peut dans la suite des siècles , voir une continuation iuinterrompue du druidisme. Quoique sa doctrine n'existait plus, ses cérémonies, ses emblèmes, ses symboles incompréhensibles , ses figures et im^ages , ses idées , ses appellations existent toujours disséminés dans une multitude d'usages. Sa fusion s'étant effectuée avec le culte gréco-romain , sa pensée s'était perdue, ses formes changèrent et se dépravèrent , son langage reçut une interprétation différente , conforme aux mystères mithriaques, bacchiques.

On peut dire que le peuple baptisé effectua une autre fusion de son druidisme dégénéré avec le christianisme , qu'il adopta et barbouilla de ses croyances acariâtres. Adhérant à une nouvelle doctrine , et ne renonçant nullement à ses habitudes , il reportait et reconciliait ces dernières à la nouvelle croyance. Il

s'assemblait dans les mêmes temples où l'eau bénite chassait le

démon, où il voyait les cérémomes chaDgées ; le clergé y a remplacé les druides ou prêtres payens; à la place des vases sacrés des divinités, sont employés les vases sacrés de Féglise; les fêtes payennes coïncidaient avec les fêtes de Féglise ; au lieu de di?inités , il adorait les saints.^

Saint Martin, le plus grand saint de la Gaule, reconnu par les Gaulois indigènes et les Franks nouveau-venus, augurait bien de l'expédition deClovis (en 506) contrôles Wissigothes, il bénit son cheval du haut des cieux , ce qui procura la victoire de Youillé, une biche indiqua à Farmée le passage par la Vienne , et le feu de Féglise de Saint^Hilaire, conduisit sa marche à cette journée mémorable (33). Le peuple observait ses divinations particulières, et Foiseau saint-Martin lui présageait les accidents (34)* Le nom de Saint-Martin parut dans le type mérovingien, sur plusieurs points de la Gaule (35), (comme autrefois Hercule dans le coin de Postume) ; le type carlovingien lui donna congé avant qu'il reparut dans des temps postérieurs dans sa localité touronaise. Mais les fêtes et les réjouissances de la Saint-Martin, se confondaient partout dans la pratique populaire avec les festins gréco-romains (36).

(33) Greg., tnron., Il, 35, 37.

(34) Cornix Tel ftloo cyanéus. Jacob Grimra , deatoche Mythologie, édition 1835, p. 657, 710.

(35) Cartier, revue num., t. III, p. 257.

(36) C. Leber, sur Torigine des réjouissances de Saint^Martin. — J. RigoIIot, essai sur une monnaie de Saint-Mértin aux jumeaux d'Amiens. — u St.'Mariùi n'est pas le seul qui tienne dans le calendrier , la place occupée jadis par les fêtes de Baccbns : on a remarqué que le 3 octobre se trouve un Saint-Datis (Dionysius), dit Farëopagite ; que le 7 du même mois , on indique la fé(e de Saint'Bacchus ou Bacque. et le 8, celle de Saint- Demeirws qui répondait aux dionysiaques urbaines ou démétriades, Demetrius étant un surnom de Baccbus j comme fils de Céres, la Demeter des Grecs. Le 9 octobre, le calendrier payen indiquait : /îr«/fiiR Dionysii eleutherii rusOcuvif c'esi-k-dire y petites dionysiaques, ou dionysiaques des champs en Thonneur de Baccbus , libérateur, qui donne la liberté. Le martyrologe romain indique pour ce jour : fesium sanctorum Dionysii^ Eleuiluri et Rustici, On sait qu'au mois de décembre, on célébrait autrefois des dionysies. On trouve au 6 décembre une Sainte- Dionysia ou Denise. On donnait à Bacchus le surnom de soter, salvator. C'est à cette fête qu*on rapporte celle de Sainte- Soière, le 10 février. Nous ferons observer que ces saintes Denise et Sotère , que St.-Rustique et St.-Eleuthère , ont été passés sous silence par les savants bénédictins dans l'art de vérifier les dates. On a encore regardé la fête de Sainte- Uilaire de Poitiers, qui tombe le 13 ou le 14 janvier, et en l'honneur duquel on buvait de Peiu et du vin sur le bord

Il avait d'autres solennités^ souvent isolées des féies de Féglise. Il promenait en procession des simulacres enveloppés dans du linge (3^) ; il se couvrait de mastruca, s*liabillant en baladins» jongleurs ou pantomines, jotticos, il se masquait imitant les animaux (38). Longtemps, surtout dans les cantons rapprochés aux Ardennes, il se rappelait Diane, et Hérodias qui raccompagnait. Mais sa nature avait changé. Diane faisait des courses nocturnes avec des sorciers montés sur des boucs, elle était une divinité infernale; elle s'était associé une bonne compagne Hérodias, tille ou femme de Hérode, dont la danse fit périr saint Jeau-baptiste (Sq).

L'interprétation des anciennes croyances , des anciennes superstitions, des antiques traditions se changeaient ; la confusion défigurait tout. Les divinités gréco-romaines se confondaient avec la mythologie chrétienne ; leurs simulacres devenaient des. manequins pour la réjouissance innocente du peuple, et dans cette mixture des éléments hétérogènes , les traditions du druidisme , son langage , ses emblèmes et symboles , reparaissaient et se perdaient, noyés dans l'océan de la folie humaine.

d^une fontaine , a Croustelie , près Poitiens , comme remplaçant celle de BaochuB hilai'ts, ou inspirant la joie, ei il y a jusqu'à Saint-Giles , Oegidius , composé dW>of, tîht ou a mine de chèvre, qui, dit-on, a rapporta Bàcchus ,' représenté irêtu de la nébride. Lanébride est, comme un sait, une peau de faon, et St.-Gilles est représenté avec une biche sur ses images. » — Rigoliot a fait cette énumération à roccasion de la noonnaie de mar. sci. gemelloS;, croyant qu^elie a été fabriquée sous les auspices de St.-Martin aux jumeaux. Depuis qu'on a retrouvé un monétaire6em02/otf (revue num., t. Il I , p. 261),' elle n'appartient plus à Amiens, mais l'explication du coup qui forme le coin de la monnaie, existe dans son entier, et elle est corroborée par les tiers de sol de Magnus à Cadorca (pi. XII, 15), dont le coin présente un oiseau tenant dan& son bec une grappe de raisin , ayant par derrière une branche de vigne, ou des oiseaux qui boivent à une coupe de vendnnge aussi sur des tiers de sol de. Cahors.

(37) De simulacre quod per csnipos portant (indioulus superstitionum 128 , concilii leptinensis de a. 743).

(38) Isid., orig. XIX, 23; concil. II turon. can. 17; S. Eligii, derectitu^ dine conTersionis.

(39) Ratherii (-f 974) prsloquia in Marten et Durand IX, 798 et in Beleriuî, p. 20, 21 ; Burchard deWormac. (-|-1024), cnnonistae XII, sec, I, iO. 19; J. Salisberi ('f-1182) polycratic. II, 17 ; statuta eccliae Conserân. • XIII seculo. — Dom Martin; Du Gange voce Diana; Reinard , I, 1139, 1164; Grimm, deutsche Mythol., p. 175. — Diane était domina, hera. L^épLthcte de hera , engendra certainement Hérodias» Her«dias aussi qualifiae de hera et de hensozia ou ben-socia, bonaiocia.

. t9. Réapparition des marques gauloises d^autorité.

Cependant par-ci par-là, si ce n'est dans toute la Gaule, au moins dans certaines localités, les emblèmes, les symboles druidiques , les simulacres et les cérémonies , par tradition ou ])ar habitude, restaient vivants dans le peuple. Ils avaient perdu leur nature, subi de fausses interprétations , mais ils se perpétuaient , enracinés dans le limon de nombreux cantons de la Celtique. Des statuettes des idoles , restaient debout tout le courant des siècles , honorées du culte populaire (4o). Les uns disaient que c'étaient les images dlsis ou de Diane, les autres, que c'étaient les images de saintes inconnues.

Le clergé, par curiosité, ou pour ne pas effaroucher le peuple, ou peut-être par quelque respect pour l'antiquité locale qu'il partageait par d'autres motifs avec le vulgaire, gardait ces monuments de l'idolâtrie près des églises , dans des sacristies. L'explication de ces monuments dépendait de leur érudition, de traditions populaires défigurées par la marche du temps.

Des conununes, des familles, conservaient de génération en génération des monuments semblables, en y attachant tout leur intérêt, toutes leurs amours, toute leur vénération. La héraldique des familles s'est enrichie de ces dépôts de monuments et des traditions. Jeux, fêtes, divertissements, spectacles pubUcs devenaient plus pompeux , par leur réminiscence et leur réapparition ; l'action publique , politique et civile recevait quelque importance de plus , quand elle était accompagnée de manifestations des objets et des usages surannés mais vénérés. Les recherches héraldiques ont puisé dans ce magasin, encombré d'éléments dégénérés et confus, elles étaient forcées d'y scruter, parce que la vanité inventait des contes qu'elle rattachait à ces éléments au-dessus de la réalité.

En effet, la héraldique s'emparait de ces éléments surtout dans les siècles de croisades et de chevalerie. Les éléments celtiques étaient recherchés, comme les plus anciens, les plus honorables par leur vétusté, les plus respectables aux habitants de la France, dont le sentiment s'inclinait vers le génie gaulois.

L'autorité royale, quoique émanée de la race franke, s'assind-

(4o) Dom Martin, t. II, p. 135, 146.— Ponr ce quiconoerne la Belgique, voye» TouTrage curieux de A. G. B. Schayea, esMÎ hiit. aur lea usages, les creyancet, les traditions des Belges, LouTain, 1834, in-8*.

DU TYPE GAUtOlS. 28

lant au génie local, s'accommoda à ce sentiment : le symbole gaulois de Fautorité , reparut parmi les signes royaux et donna Torigine à la fleur de lys. Les Garlovinglens, tout franks , assis sur les décombres de l'empire romain , négligeaient encore cet emblème du pouvoir. On le voit pour la première fois dans le sceau de Robert qui était investi de la royauté à leur détriment (996-lOSl). 11 y tient dans sa main une fleur trifeuiile (n®24) qu'on voit sur des monnaies gauloises de la suprématie éduenne. Cet emblème varia déforme, se rapprochant toujours aux formes gauloises, sur des sceaux de Henri et de Philippe (10ai-1108)(â5), de Louis-le-gros (1108-1187), (26) de Louis-lejeune et de Philippe Auguste (1187-1228) (27) de Louis YIII et IX (1226-1270) (28) et il resta toujours fleur, sans queue ou sur une très-courte. Enfin, il se forma en fleur de lys à l'étamine et figure de cette façon sur les sceaux de Louis IX (81). Depuis cette époque , les rois ne le soulevèrent plus comme fleur isolée et séparée de toute base ; ils eurent recours à des sceptres pour manifester leur pouvoir. Déjà Henri P' tenait,' outre la petite fleur, un sceptre en forme d'un bâton à pomme. Ses successeurs portant toujours, dans leur droite, la petite fleur, {»'enaient dans leur gauche comme sceptre , un bâton très-long , orné au bout d'une fleur de lys (29) (4i). La fleur de lys, recouvrant son antique valeur, son autorité, très-souvent est un objet très-important dans le type monétaire.

Les Gapets qui ont soulevé ce signe celtique, peut-être se sont servi dans maintes occasions de la main druidique : elle ne reparait dan^ des sceaux que du temps de Louis X (1814, 1816), comme sceptre de justice (80). On voit une main dans de nombreuses monnaies antérieures â cette époque , mais elle semble avoir son origine au delà de la Gaule; par conséquent, cm ne peut la relater aux éléments celtiques.

Une croix, comme marque d'autorité, tient plus â la source gauloise. On a pu lui donner Tinterprétation chrétienne , religieuse, mais si elle figure sur dessceattas saxonnes de Kent, elle a pu reparaître dans des temps antéchrétiens, à l'instar de celle

(40 M. Rey, dans m publication, disoate lur Toriginede la fleur de lys ; il en a donné un article dam lare^ue numiimatique,! II, p. 15. Userait bon dans ces recherches, de distin^^er les festons et décorations insignifiantes, ou ayant une autre iralenr, de la marque réelle de Tautorité que nous présente sous tant de formes la monnaie gauloise»

ae RÉAPPARITIONS

qui figaralt sur une grande quantité de monnaies gauloises , comme emblème druidique qui devait recevoir une nouvelle interprétation. Bientôt, par cette nouvelle interprétation, elle perd sa valeur primitive. Caractérisant un côté des deniers , elle n'a aucun rapport avec les réminiscences du druidisme , mais se trouvant associée à quelque coin de la pile, elle peut y avoir son origine druidique ( n*" 40, 49).

Au nombre des marques d*autorité chez les Gaulois, on peut distinguer une espèce de houlette courbée au bout en limaçon, conforme à une crosse épiscopale. Dubnorex durnac, en tient une semblable dans les mains comme si e*était la moitié du sceptre druidique bicorne. Il est singulier que certains tiers de sol mérovingiens , façonnaient dans leurs empreintes quelques décorations analogues au sceptre bicorne (n** 17, 18) (^2) ; il est plus remarquable , qu'au xm"" siècle , sur la monnaie des environs de Tournay (Doornik), à Liège, Noyon, Meaux , Tournay même, cette espèce de crosse ou houlette terminée enlimaçon, entre dans différentes compositions ducoin.ALiégeles deux crosses ornentle perron surmonté d'un lion (Bâ)/ ^ Noyon elles se lient avec des croisettes (38) ; à Meaux et à Tournay , elles s'adossent isolément , désignant les deux crosses de l'autorité épiscopale.

1/0. Généralités de la réapparition du type gaulois dans la monnaie de la

féodaUté.

La réapparition des emblèmes de l'autorité celtique avait lieu au moment de la chute des Carlovingiens, ou plutôt de la dissolution de l'ancienne société et de la formation d'une nouvelle , qualifiée deféodale, dans laquelle tout s'isole, et ou ehacun comme il le peut, cherche à établir sa position séparément, son indépendance individuellement, sa domination pour son propre compte. D'abord eesontlespersonnesqui agissent éphémèrement, bientôt les familles se constituent, enfin les corporations et les communes se forment. Cette action anima l'esprit local, et lui donna delà

(4a) Noua «Tons qualifié d'ostensoire le coin de Rtomo du monétoire Merio, et de Redonis du monétaire Ganterelius (num. du moyen âge, l>^« partie, p. 34). Cette explicatioa peut-être bonne, mais quand on compare la façon de ce coin (no 18 ) , avec le coin de Caturca ( revue num., t. IV, pi. IX, 1); (no 17), on Oit entraîné à d'autres combinaisons que nous eiposoiu^ dans le te&le.

vigueur. On s'arrache des liens de l'empire mortetderélément frank fondé sur les bases pourries de l'empire»

La France se constitue dans son esprit local, se guide par le génie gaulois. Il est ressuscité ce génie , il se révolte contre le passé qui Ta humilié et il se manifeste dans les mœurs , dans Torganisation sociale , dans les habitudes et dans le coin de la monnaie.

Ce coin devient varié selon les localité», comme l'était l'ancien celtique ; il est soumis au symbolisme du culte et à l'ascendant de la hiérarchie, comme Tétait l'ancien.

Il est simple et cruciforme dans les parties méridionales , comme Tétait le gaulois ; il est plus varié dans les parties centrales et maritimes du nord , à l'instar de Tantique. Il avait un côté de la monnaie destiné à la croix, symbole de la foi que la nation confessait , il ne disposait que de la pile , et c'est sur cette pile qu'il reproduit les réminiscences celtiques, analogues, conformes au type antique des Gaulois. Toulouse , ancienne capitale des Yolks tectosags , communique sa manière cruciforme aux cantons qui relevaient de son autorité , à Gahors , Rodes ^ Narbonne, Maguelone, Anduse. Le duc d'Aquitaine, à Bordeaux, imitant ce mode cruciforme (adopté jadis par les Aquitains Ausks ), le communique à ses dépendances , à Lecteur , Angouléme , Marche , Turenne, Des disques , croissants , fourchons (alpha), croiseltes, lettres , composent ce coin du Languedoc et d'Aquitaine , comme ils composaient le type des Yolks et des Ausks (n** 74, 75).. On n'y voit pas la hache du sacrificateur, elle a cédé sa place à la crosse épiscopale (43). L'interprétation de ces coins locaux a changé , mais ils ne sont pas moins conformes aux anciens des Gaulois.

Nous avons déjà remarqué la réapparition de l'emblème de l'autorité dans la fleur de lys et sa dispersion dans les monnaies locales , ce qui fait l'étude spéciale des numismatistes investigateurs. Nous devons encore noter un fait, qui ne touche pas moins la masse de la monnaie dans la réapparition de S esse.

Ce symbole, aussi répandu dans la monnaie gauloise, désavoué par les espèces romaines impériales, inconnu à celles des Franks mérovingiens et carlovingiens , se case sans fin sur une foule de monnaies locales de la féodalité. Il forme un coin essen-

(43) Voyez la carte ci-jointe : France nnmismatique , indiquant les variations des types locaux. •

tiel dtt roi Roui à Lyon (9M-I080), du duc de Lorraine, Thierry (1077-1115), en même temps du comte de Mâcon (vers 1100); mais il se cantonne dans une multitude de coins , dans des cantons de la croix ; il accompagne grand nombre d'empreintes de la pile : à Rouen , Chàteaudun , Vendôme , Sentis , Boulogne , et on ne finirait jamais si l'on voulait énumérer ses cantonnements. Son interprétation par signum^ ( signum crucis vel monetae) est juste et convient à l'esprit du siècle, mais sa dispersion si abondante dans tant de coins locaux , est trèssignificative pour l'appréciation du type de la monnaie féodale, ^ qui reproduit beaucoup d'objets celtiques. L'esse devait être une des réminiscences agréables à une multitude de localités qui respiraient des souvenirs des temps reculés et les rappelaient sous l'ombre de l'interprétation pieuse et orthodoxe.

1 r i . Coin chartrain et berrichon. "

L'étoile à six pointes , composée de deux triangles cléchés, reparut, comme nous l'avons remarqué, sur la monnaie (de Charles-le-simple 898-9^2 ) dont la localité est indéterminée, presque avec la dissolution de l'empire frank , et la formation de la féodalité. Par des recherches , on retrouvera son rayon luisant sans interruption dans les ténèbres des siècles suivants, dans quelques usages ou cérémonies. Pour les connaissances actuelles de la numismatique , elle s'offusque un certain temps ; ensuite elle jette sa lumière sur Déols dedolis ( n"" 84 ) situé sur l'ancien territoire des Biturigs. Quelques seigneurs de Châteauroux , du nom de Roui radvlfvs , prirent cet astre sur la pile de leur monnaie forgée à Déols et le transmirent à Philippe-Auguste quand il devint possesseur de Déols (1188-1M8). Un de Roui prenant sur sa monnaie le titre de dvx ihilicie, donna à cet astre la forme d'un pentagone à cinq pointes (44) ^^ l'identifia au pentagone gaulois qui avait été connu sur les espèces biturigues inscrites Juro, Cam ; qui accompagnait l'oiseau gaulois (n** 61, 62).

Cet oiseau tient dans ses griffes une croix perlée au bout de ses trois branches. Il est singulier qu'une croix analogue, feuillue au bout de ses trois branches, forme le coin de la monnaie de Bourges vrbs «tvkiga (1107-1314) (n« 40), de Fan-

(44) Tobiesen Duby, l'ecreations num.

cienne capitale des Bitarigs, et ne se fait voir nulle part ailleurs sons cette forme éminemment caractéristique. La coiffure de la tète de la monnaie à l'oiseau , nous engagea dans les investîga* tiens du type gaulois de rapprocher Foiseau au pays des Biturigs et des Camutes (45). Or, c'est dans la localité môme , que le pentagone et la croix réapparurent dans des siècles de féodalité* En descendant les eaux qui arrosent les murs de Taneienne capitale des Biturigs, on se rapproche des frontières des Camutes, du diocèse de Chartres , et on y est arrêté à Celle (1077-1 189) à Saînt-Aignan (avant lOSO) , à Romorantin (116M191),

ROB DECEL, SANTI AINAIITO (u» 39), T GO REMOE (Théobald),

par une pile de monnaie infiniment caractéristique. Elle est commune aux coins de Blois blesis gastbo, de Yendome yedomb CASTRO, YiNBOciHo (n"" -41), de Chàteaudim nviria castbla, de Chartres cartris civitas, et de Perche perticensis; et en général à la monnaie du diocèse de Chartres entier. La figura qu'on y voit n'est aucunement un produit de la maladresse, de la barbarie, de l'ignorance des graveurs, mais elleoffredes traits auxquels les graveurs étaient obligés de se conformer.

Cette figure composait en même temps les armoiries de l'évéché. Elle servait de coin à la monnaie parle droit de monnayage que les évèques possédaient dans l'étendue de tout le diocèse. C'est donc l'emblème de l'autorité épiscopale , c'est le symbole du diocèse chartraîn ou carnute.

Il est entouré sur la pile , du mutisme. Ce n'est que lorsque la dépravation et Tinsubordination s'ingéra dans le diocèse , qu'un comte de Vendôme, Jean ( vers 1200), inscrivit son nom autour de ce symbole. Plus tard à Châteauroux, Robert et Roui (125^ 1802), à Blois, Jeanne (1279-1292) et Gftî (1307-1342) , osèrent l'entacher de leurs légendes. Une religion locale Fentoura d'un respect silencieux , partout ailleurs , dans tout le diocèse , dans tout le pays carnutois. Ce symbole servait d'enseigne aux étendards des combattants, au cri de Clmrtres,

Plus il est ancien , d'autant plus ses traits se rapprochent de la conformation d'une tète , dont la chevelure ou coiffure est crénelée ou dentelée ( n° 89 ). Nous avons trouvé dans sa formation des traces d'une tète diadémée mérovingienne (46),

(45) Chap. 79, 80 du type |;aulois.

(46) £. Cartier , essai sur les monnaies chartrainei, Tours 1833, in-8o. — Num. du moyen âge, l»"* partie, p. 168.

Peut-être , celle-ci concourut à sa réformation , mais cette tète de Chartres offire touiles traits de la tète gauloise, au front repressé, auxjoues pendantes, ridée et tirant la langue (n" 68).

Chàteaudun et Vendôme ( n* 41 ) en la reproduisant , n'en ont pas négligé l'esse , qui dans la tète gauloise serpente au front comme une tresse de la chevelure.

On a pu donner di£Férente interprétation à cette tète , on a pu la qualifier de la tète épiscopale, du diocèse, d'un saint ou d'une sainte, mais son origine gauloise n'en est pas moins patente (47).

Dans des traditions obscures, cette enseigne chartraine se confond avec la protection spéciale de la sainte-Vierge , donnée à Chartres. A côté de la chemise de la sainte Vierge, la cathédrale de Chartres gardait dans son sanctuaire, le voile de la Vierge, non moins miraculeux. Il était enrichi de plusieurs frises dans le goût asiatique et parsemé de symboles hiéroglyphiques, disent les descriptions de ce voile (48). La tradition portait qu'à Chartres, dans une chapelle, on avait une image gauloise. Peut-être c'était solimara (49). Sans vouloir préjuger sur ce qu'on dit de la nature de cette tète , nous avons suivi ses traces depuis son

(47) M. Cartier, dam son estai, p. 23, 24, a voulu assigner à ce symbole une origine gauloise, sans admettre qu'il représente une tâte.

(48) Gilbert, descr. bist. de la cathédrale de Chartres, 1824, 8», p. U3. Cette bannière du Toile fut chantée dans le poème de Jeban-Ie-marcband, en 1262 (Cartier, essai, p. 22).

(49) M. de Saulcy explique SoUmara par grande-sage. — sole kaba a pu donner une lecture scta uabïa. — u La plus singulière de toutes les opinions émises sur la religion gauloise, est celle du père Lescalopier , qui , dans son traité de la religion des anciens Gaulois, à la fin de son commentaire sur Ton- ▼rage de Cicéron, de Natura deorum,'a8sure gravement, que dans le territoire de Chartres, les Gaulois rendaient un culte à la Vierge qui doit enfanter (corittt^ttin dea,virgo paritura. Un chanoine carme, le père de Sainte-Thérèse, a soutenu le même paradoxe : » Les druides, selon Biogène Laêrce , étaient, dit ce moine, nommés ^-fferod-isi, non pas tant k cause de la religion qu'ils ren* daient aux Dieux, qu'à cause du culte qu'ils rendaient à Marie. Ces gens demeuraient en notre France, et poussèrent Prisons, roi des Chartrains , à lui dédier son royaume ; et pour en rendre .témoignage a la postérîté} il en fit faire rimage qui fut posée dans une chapelle avec cette inscription : virgimpariturae. Cette chapelle se nommait aussi semnaeum, et à cause qu'elle était dessenrie par les druides, ils furent appelés semnothei; » Schayes, les Pays-Bas, 1. 1, p. 117). — Ces hypothèses extravagantes sont le résultat des traditions. Il est bon de les rechercher, peut-être elles ramèneront au mode dont on se serfit dans ce temps pbtlt''Cbnvértir lès Carnutois.

origine eeltique que nons assignâmes au pays.carnutois , centre du dniîdisme, delà doctrine et de la hiérarchie ; nous les avons suivies dans sa progéniture variée, dans sa reproduction et réap-! parition successive dans des sceattas saxonnes , dans des tiers de sol mérovingiens; enfin nous la voyons présider toujours dans les traditions des pays chartrains et servir de symbole , du drapeau local , des armoiries et du type de la/nonnaie.

i ^3. Goiii de la Lorraine et de cantons avoisinants.

Je ne sais que dire de la monnaie gauloise muette , ayant u» symbole pareil au râteau champenois (5o) ; je ne sais si Von pourrait conclure que ce râteau est d'origine gauloise , mais je vois que la monnaie de Lorraine , d'Alsace , et de Suisse , inspirée par des traditions populaires , reproduisit une foule de manières gauloises , connues par la monnaie gauloise de ces pays ou des cantons peu éloignés.

Le coin du moyen âge offre grand nond)re de saints. Partout ce sont les images des saints, comme objet de vénération, comme patrons et protecteurs directs , tout-puissants. Le type de Metz ^ d'Ëpinal , de Rémiremont , ne les représente que comme médiateurs entre le ciel et l'homme. Saint-Etienne s stephan vs mettis (1042-1115) (n® 85), s. stephahvs spinal, saint-Pierre s. pb- TRvs ROMARici y sont agenouillés, invoquant la protection divine (Si). On retrouve jusqu'aujourd'hui depuis Beauvais jusqu'à Trêves , le bronze gaulois offrant des figures agenouillées dans rattitude suppliante (voy. n»' 67, 78 ); ces figures purent suggérer l'idée aux coins de Rémiremont , d'Ëpînal et de Metz , comme elles l'ont suggérée aux tiers de sols de Rubeaco (n"* 22) du temps des Mérovingiens.

Les Médiomatriks seuls dans la Gaule antique , plaçaient sur leur cuivre un cavalier brandissant^ l'épée ( n" 81 ) , il faut qu'en Lorraine , à Neufchâteau irovi castri , à Mirecourt mv&icoRT, à Nancy naitcei, à SierkciRREs, reparut un cavalier à Fépée tout à fait identique (n** 86) ; il est seulement couvert d'un bouclier selon la mode du siècle. Il est le même en Luxembourg henr ( 1226-1275 ) , à Namur marg (1228-1287 ) , dans le Brabant bastiit ; à Liège , sur la monnaie de convention lOHAif. Dvx (1229-1288) et autres.

(5o) Mionnet, Conbrouse , 235.

(5i) De Saulcy, monnaies des évéqtics de Metz, MeU, 1833; suppl., 1835, 8°.

La téfe bifrons de Janns (voy. n"" 80), devenue gauloise, se disséminant vers le haut Rhin par la circulation du numéraire , reparut i Zurich xtbigh ( n"* t7 ) , où die reçut une autre interprétation et rq[)résentait les tètes de saint-Félix et de sainte-Regule (62).

L'agnel de saint Jean*Baptiste , aifleur» regardant devant soi , prit une autre attitude à Strasburg , àsainUïallen, àUége, dans le Brabant. Il y tourne sa tète, et regarde par derrière, rappelant l'attitude de ces quadrupèdes gaulois, qui sur tous les métaux , or , argent , cuivre;, signalent les monnaies fréquentes dans les cantons de la Meuse et de la Moselle (53). Je pourrais disserter encore davantage sur l'origine gaulois de la pose des quadrupèdes regardant par derrière, si j'étais à mèmede déterminer la localité de certaines pièces du moyen-âge inobservées et empreintes de la physionomie gauloise.

L'ours de Beriie en Suisse , rappelle Tours du bronze gaulois , d'autant plus qu'il a souvent une tète humaine superposée (n^ S8), conune en ont au-dessus des chevaux certaines pièces gauloises, qu'on retrouve dans le sol des Trevères.

Je ne puis retrouver un bouc santon connu aux Helvètes, reproduit dans les monnaies de Suisse, comme il était dans des sceattas heptarchiques ( n« 11 ). Peut-être qu'on avait horreur de le reproduire depuis qu'il était devenu animal possédé des sorcières. Cependant le coin du Goire en Suisse, a une chèvre.

Ces analogies peuvent paraître de la création d'un pur hasard, mais lorsqu'elles se présentent en une grande quantité , lorsqu'on les rapproche à d'autres offrant plus de ressemblance , résultant indubitablement de la reproduction des images celtiques , on ne peut se refuser à s'arrêter et à leur supposer la même origine celtique.

Parmi les quadrupèdes que le moyen âge dressa dans les armoiries et dans le coin de la monnaie, le lion belge, à mon avis^ tire son origine du lion celtique des Véromanduins. Un jour , j'espère disserter sur cette supposition, et trouver des arguments assez forts ^1 sa faveur.

(62) D. E. Beyschlag, Mûntzgescli. Angsburgs, nebst ûbrigen Alemannisch» Suevischen Lande, 1835, 80. — H. Meyer, die âlteste Mûnizen Ton Zurich , Zurich, 1840, 8«. — Hottinger.

(53) Cependant il faut observer qu'on voit I^agnel regardant par derrière , antérieurement, en Sicile et à Naplea.

t«^5. Gui.

Depuis qae la hiérarchie druidique avait été abolie, on ne sail si la cérémonie du coup de gui a été encore répétée. Si effectivement elle était pratiquée par quelque portion des druides déguisés, la Gaule n'y participait plus comme autrefois ; la cérémonie n*avait plus'tont de célébrité et avec la marche du temps, elle tomba en désuétude. Le christianisme, combattant les pratique^ contraires à sa doctrine , n'avait pas besoin de disperser le peuple réuni sur un seul point dans des forêts ; il ne condamnait que quelques usages résultant de l'ancienne solennité du gui, qu'on observait le premier jour de janvier , comme jour de la nouvelle année (54). On voit que, s'il n'y avait plus de solennités centrales pour toute la Gaule, quelques usages s'étaient dispersés en particulier.

Malgré les anathèmes, le peuple n'a jamais consenti à renoncer à ces usages , ainsi que des souvenirs de la fête du gui se sont perpétués comme un divertissement innocent , jusqu'à nos jours, dans beaucoup d'endroits. Dans le Périgueux, les habitants de la campagne se visitent mutuellement au premier jour de l'année nouvelle en s'offrant le guiliangnattd ; les fermiers vont le porter à leurs propriétaires. A Qiâteau Landon et les villages environnant Fontainebleau , les enfants cueillent une baguette de coudrier ou de saule, ils en détachent l'écorce à moitié et la recoquillent légèrement de manière à simuler un feuillage du gui ; ils vont ensuite de porte en porte faire hommage de cette baguette, qu'ils nomment gui la née, en chantant en chœur une vieille chanson portant aussi le même nom, et en échange des souhaits qu'ils débitent, on leur donne des présents. £n d'autres cantons , à Angers plus particulièrement , la gui Van neuf, était une quête que les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe firent jusqu'en 1595 dans les églises au milieu des extravagances les

(54) Indicnlus 9uperstit!onuin,du coneile de Leptine en 743, ne fait aucune frlluaion au jour du gui. — Burchard de Worms {mort 1024), réunitdans sa collection quelques décrets et canons relatifs au jour de la oca^elle année. Est aliquis qui in cal. jan. aliquid fecerat quod a'paganis inventum est (Burch. interrogatio 60)« Si quis calendas januarias ritu paganorum colère , vel alia quid plus no?i facere, propter novuro annum aut mensas cum lapidibus vel epulis in domibns suis praeparare et per ticos et plateas cantatores et chorus ducere praesumpserit, anathema sit (Burch. , 10 , 16 , e décrète Zachariae popae cap., 2; td, p. 193 c, 195 d).

34 REAPPARITIONS

plas boaffones et les plus ridicules; puis jusqu'en 1668 hors de régllse. Elle fut supprimée au xyin** siècle, ayant donné lieu à de honteuit désordres. Bans le Maine, le peuple courait la nuit de la veille de Fan , chantait et terminait par demander la gui de fan iiéti. Aux environs de Chartres, on nonmie encore aiguUabs, les présents que les parents et les amis se font au jour de Fan. Dans le pays de Vendôme, les enfaots, les ouvriers et les domestiques disent à leurs parents et à leurs maîtres, aux personnes qu'Os servent : salut â l'an neuf y donnez-moi MitS^gui l'ofP neuf (55).

Puisque le souvenir de la fête du gui se perpétua tant de siècles , il est incontestable qu'anciennement tout ce qui se relar tait à cette plante était plus répandu dans le peuple, et que celte plante jouissait d'une considératîonparticulièredans certains can* tons quiaîmaientlesréminiscencesdesayeux. Nous avons observé une branche du gui dans le coin des Gaulois Morins (pi. YI, 28.) Nous l'avons remarquée réapparaissant sept siècles plus tard du temps des Mérovingiens sur un tiers de sol fabriqué par Dagulf, dans un vie Bonicia (pi. XII , â3}, peut-être proche de l'ancienne Morinie ; on pourrait donc conclure que le peuple de Morinie, et dans tous les alentours , n'abandonna pmnt ses pratiques touchant le gui, à l'époque où cette monnaie était forgée (vers 660).

Bans le même temps que Bagulf frappa son tiers de sol, à peu de distance des frontières de Morinie, sur le sol des anciens Atrebâtes s'éleva un château, ou plutôt ce château fut reconstruit par Erchenvald, maire du palais de Neustrie,et par son .frère Adelbàld. Ce château avait ses châtelains et son enseigne. Une commune se forma près du château, et acquit les droits communaux qui la mirent en possession du pouvoir que lesxhâtelains avaient antérieurement, et l'enseigne de la châtellenie devenait l'enseigne de la conunune. Ce château et cette commune s'appelaient Buacum, Bouai, et les monuments aussi bien que les chartes postérieures prouvent que leur enseigne, l'enseigne douissienne portait une branche de gui identique avec celle des anciens Morins. Cette branche, empreinte sur des bâtiments, sur des sceaux, sur des vaisselles et sur toute sorte d*objets , marquant la bannière locale , fut aussi placée dans le coin de la monnaie douisienne

(55) Diction, pittor. d'hist naturelle, gui. — Dom MdHin.

{ n® tî) (56). Or , douze et treize cents ans postérieurement , réapparut sur le petit argent la même branche du gui morin ; un des coins gaulois réapparut dans son entier (67).

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