Le cheval affecté de la défiguration : didrachmes
On disait que la Celtique n'avait pas d'argent (Sg). La circulation de la grande quantité d'or, en proportion de l'argent, pouvait suggérer cette idée. Cependant si l'on observe les médailles au coin du coursier et du cavalier, qui se rapportent à cette époque primitive, on est étonné de la grandeur et de la majesté de l'argent. Le coin du coursier et du cavalier (pi. II, 1-6. III 10, 16, 17) se trouve également sur l'or et sur l'argent (6o), et
(59) Diod. Sic. V, 27.
(60) Le caTslier sur l'or, voyez Conbr. 7, 9, 13, 19, 57.
toutes les pièces d'argent sent des médaillons , de grands dîdrachmes, pesant 160 à ââO grains, ie n'ai eu aucune pîèee de ces coins en argent , qui ait été de moindre valeur , d*un moindre module (61). On ne copiait , on n'i»itait que des didracfames ou tétradraehues. Il est extraordinaire que dans toute cette production monétaire) les barbares échouassent dans les coptes du ckeval. La tète est souvent remaniée passablement, même assez bien, et le cbeval , seul ou avec son cavalier, ne répond jamais à la justesse de la tète, toujours il est défiguré ( pL ly 1 ). Il est vrai que les graveurs gaulois avaient quelquefois devant eux des modèles grecs laids et très^videnx , ear il ne manquait pas de mauvaises fabriques dans la foule des fiibriques inonétaires en Grèce. Comparons, par exemple, le che* val de Maronea, trottant à droite, jambe gauche en avant (63), avec ceux de nos figures barbares (pi. I, 1, II, 1, 2^4, 5, III, 10) marchant à gauche, ^mbe droite en ayant, ou à rebours, et neos resterons dansTindédsiou de savoir lequel est préférable. Cependant le cheval de Maronea pouvait servir de modèle, sa pose est la même, une rouelle y est marquée comme dans beaucoup de copies gauloises. Mais la défiguration du cheval sur 1^ monnaies gauloises, est si étrange, poussée si loin, qu'il est Impossible de la rqeter sur Fincapadté des copistes ou des imitateurs. Je pense que Fart druidique en est la cause. Un cheval mystique existait el enchaînait ridée de TarUste gaulois , assujettissait les copies même aux tortions mystérieuses; et je ne crains pas d'avancer, siYùn trouvait un tétradrachme à Fembouchure du Danube, qui aurait un cheval excessivement long et replié en demi cercle (pi. II, 6), qu'on pourrait dire positivement que c*est une monnaie fabriquée par des Gaulois.
«Tavoueque le monnayage gaulois, att coin d'un cheval etd'un cavalier, est pour moi, dans son développement ultérieur, trèsobscur ; je n'ai pas eu l'avantage de réunir des monuments qui me donnassent des renseignements suffisants. Je crois cependant qu'il est difficile de contester aux ateliers monétaires qui forgeaient les slatères, la fabrication des didrachmes. Or, si l'atelier primitif , soumis au druidisme , transfigurait le type imité, il faudrait admettre que le cavalier et le cheval qui se
(61) Voyez Coiibrouse 81-129, le poids y est entre 143 ou plutôt 195 à 255, et même 278 grains.
(62) Mionuet, pi. XLVIII, 6.
refusaient à celte étrange transfiguration , ayent efaerché un refuge là où l'on ol>servait moins les règles symboliques ;et comme dans les parties septentrionales de la Celtique, le char suint tous les eiéls du mysticisme, il est donc inadmissible qu'ils y fussent épargnés. C'est donc dans les parties méridionales plutôt que ce coin se conserva mieux, et dans le nord il fut frappé d'une mélamorpâM>se plus subite, plus forte, que le char. N'ayant vu qu'environ trente pièces de médaillons didrachmaux, tri on tétra-drachmaux, je ne puis me former une idée finie : Cependant il me semble que tonte cette masse qu'on pourrait retrouver, représentant un cheval ou un cavalier, se divise en trois classes : la première, d'imitation à tête barbue (pi. II, 1, 2, â, 4, 6, III, ÎO, Vin, 32); la seconde, d'imitation à tête imberbe (pl. II, 5, III^ 11, iâ, 13, 17, VU, 38); la troisième de l'invention, symbolique, à l'instar de cette seconde tête imberbe (pl. II, 7, 8, 9, III, 16).
Les deux premières sont des parties méridionales de la Celtique , plus à l'abri de la défiguration druidique. Effectivement, autant que je sache , elles ne se retrouvent pas au nord de la Loire, elles sont apportées aux amateurs de cette partie de la France, d'autres contrées et pays. Nous ne saurions en attacher aucune, par une combinaison quelconque, à quelque localité de ia portion septentrionale , tandis que nous réussirons, dans son lieu , à en attribuer plusieurs à des localités déterminées aux environs des Cévennes. Or, ces deux classes ont eu leur berceau à l'ouest des Cévennes, dans les pays des Arvernes, Biturigs, ou Santons, qui illustraient, dans des temps postérieurs, le monnayage par leur activité continue. Le coin druidique abhorrait les têtes barbues; or l'imitation de tètes barbues devait être restreinte à quelque atelier trop profane, et expirer totalement avant la cessation de la grosse monnaie didrachmale. Aussi quand elle admit à son coin l'épigraphique, les têtes barbues n'existaient plus ; car on ne saurait citer de cet ancien type aucune pièce didrachmale inscrite , ayant une tète barbue. Sur tontes ces pièces tant barbues qu'imberbes , le cheval, dès l'origine, est toujours trottant, et ce n'est que dans les derniers temps de l'existence des didrachmes, que des cavaliers sont au galop. Je doute beaucoup qu'on puisse trouver un cavalier ou un cheval libre galopant réuni avec la tète barbue : elle est supprimée sur le coin avant que le cheval se trouve représenté au galop.
Quant à la troisième classe, elle appartient plutôt au nord de la Gaule, et elle est marquée d'un cheval mystique, trës-éloigné de la forme naturel. Je n*ai pas eu l'avantage de réunir des monuments qui me donnassent les éclaircissements désirés sons ce rapport, et qui me prouvassent la gradation peut-être sur> venue dans le changement du cheval macédonien en cheval mystique. Il est donc probable que ce changement fut soudain , et s'opéra sur un point de l'orthodoxie rigide.