Médaillons concaves, tête et cheval symboliques
Nous avons observé que dans certains ateliers monétaires de la Celtique, la monnaie d'or avait reçu une forme concave. La même forme se reproduit aussi dans la monnaie d'argent. Les 240 grains de l'argent (pi. II, 7, 9) et quelquefois 325 grains, poids de tétradrachme (pi. II, 24), étendus en forme d'un godet , formaient des médailles du plus grand module , dont le diamètre est d'un tiers plus large que les tétradrachmes ordinaires. Cette espèce de monnaie remonte à des temps reculés, car elle est analogue et conforme aux bigates statères concaves, et on voit des copies barbares de la monnaie de Thasos sous cette forme (pi. II, 24). La monnaie de Thasos était peut-être la plus large, la plus concave et la plus aplatie de toutes les monnaies grecques, ; peut-êtfe servit-elle de modèle à cette forme concave du monnayage gaulois. Effectivement, on a grand nombre de médaillons barbares au coin de Thasos, dont les inscriptions défigurées ou négligées sont remplacées par les globules,^ concavité et le volume du flan augmentées (pi. II, 24)(63). Il est à remarquer que le mode de l'inscription des médaillons de Thasos n'apparut qu'après Alexandre-le-Grand , du temps de Lysimache. Or , ces médaillons de Thasos , leurs copies , et par conséquent tous les grands médaillons concaves des Gaulois sont fabriqués au plus tôt , vers 280 , à la fin de la première période et du commencement de la seconde.
D'après ce que le hasard a mis dans mes mains, il faudrait conclure que cette sorte de médaillons concaves , n'offre qu'un coin rude , barbare et plus grossier que le coin des autres espèces (64); il faudrait aussi admettre que la symbolisa tion y
(63) Mionnet, t. I, p. 237.
(64) Conbrouse, 120, 121, 127; PeUii, p. 1050.
régnât à un tel point , qu'elle affecta et détruisit les deux cétés du coin, le cheval et la tète ( pi. II, 8, 9 ) ; que la cause de cette excessive défiguration, résulte de la symbolisation, résulte encore de l'expression sincère de l'art gaulois, et des formes qu'il suivait. Gela est avéré et palpable par la cumulation des symboles connus ailleurs^ qui entrent ici en composition de la tète et du cheval ou cavalier. Il y en a huit différents. Je ne connais aucune autre monnaie qui en ait réuni autant. £n observant ces symboles sur d'autres monnaies, nous verrons que la plupart, sont spécialement attachés au nord de la Celtique ; ces grands médaillons sont rares, et se retrouvent ordinairement au nord de la France ; leur fabrication devait donc avoir lieu dans la partie septentrionale de la Gaule, où sans aucun doute le culte druidique était le plus en vigueur. Que la tète n'est pas le produit de l'incapacité du graveur , mais l'image mystérieuse et nationale, la preuve en est, non-seulement dans les symboles qui se rattachent à elle, mais aussi dans l'oreillette qu'on remarque à son sommet, servant à la suspendre sur un taquet, comme simulacre ou figurine du culte. C'est de cette manière qu'elle est représentée sur certains médaillons et c'est de la même manière qu'elle était^èulptée sur des boucliers exposés à la vue du peuple. Cesl encore plus clair avec le cheval. Évidemment, il est l'objet du culte qui ne représente pas un cheval vivant , mais bien un cheval fictif, dont la figurine dans les formes convenues et réglées, était ciselée, afin d'être placée et accrochée quelque part, à la vue de tout le monde. C'est à cet effet , qu'il est au sommet d'un bâton comme enseigne (pi. II, 25, 29); qu'une barre ou garrotte lie ses jambes (pi. II , 5 , 7 ; III , 16 ; IV, 18); que deux crochettes sont sous son ventre pour servir de tenailles (pi. II, 8); que l'autre a sous son ventre deux anses (pi. II, 9), pour qu'on le puisse attacher ; qu'un autre encore a une oreillette accrochée à ses reins , pour qu'il soit suspendu (pi. III , 17). Je pense que ces exemples qu'on trouve fréquemment sur des médailles sont les plus puissants arguments en faveur de ma thèse ; que la bizarrerie , la monstruosité de certaines empreintes de la monnaie gauloise, n'est nullement Met de la détérioration de l'art ou de l'incapacité , mais le produit du symbolisme druidique , de l'art druidique qui , au lieu de subir l'influence de la perfection de l'art grec , dès le commencement le frappa de ses formes fantastiques et njous-
trueuses , souleva des obstacles graves au progrès de Tart. Si donc nous voyons par des monuments monétaires, que Tart grec ne succomba point totalement sous ces coups terribles, qa^U. se fixa dans la Celtique, nous devons rechercher son dév^^ppement , dévoiler comment il est parv^m à lutter contre les empêchements opposés par Fart druidique, craoment et jusqu'à qad point, il a pu surmonta les obstacles , vaincre les prév^ntians et l'intolérance. Or, ce n'est pas sa décadence et sa détérioration qui se i^ésentent à nos c^servations, mais sa marche pro* gressive. Dans les périodes suivantes, deux types, datx manières de l'art se rangent de face , combattent, s'iailuencent mutuellement , l'un soutenu par le druiéisme , du côté du nord , l'autre secouru par les nouveautés étrangères qui arrivaient eu nddi et du levant.
27. Dans la première période il n'y a que Ter et Targent ; le coin unique.
La première période , ââ7-â77 , forme le siècle d'or , n'offre jque du luxe et donne naissance à la marche ultérieure. Ce sont des statères, des demi-statëres, desdidraçhmes, destétradracbmes , copiés ou symbolisés; quelquefois par l'incapacité ou par la négligence, mal fabriqués; mais défigurés, par système. Deux métaux nobles , l'or et l'argent, resplendissent dans leur grandeur , comme faste d'un peuple aventureux et remuant , ch^chant la fortune et le butin, et qui aimait les troupeaux et l'or comme objets transportables. C'était le partage des riches, et la grande valeur de ces monnaies en empêchait la circulation parmi le peuple. Il est vrai qu'on y retrouve le bronze qu'il est absolument indispensable de rapprocher de cette première période, car il est de la forme et de l'empreinte des grands médaillons concaves ( pi. Il , 8 ) (65). Mais ce bronze est aussi du luxe. Au reste, je ne.connais pas de monnaie de métaux ignobles ^ qui portât l'empreinte, dans cette période, de l'or et de l'argent ; je n'en connais aucune à d'autres empreintes, qui pût convenir à cette période , et je ne pense pas me tromper en concluant que les Gaulois , dans cette .première période , n'avaient pas de monnaie d'airain , de cuivre ou de métaux inférieurs. Dans leurs
(65) Petau, p. 1050, donne la -figure d*une médaille en urgent, au m^'nie coin qu^offre celle de la collection de M. MeynaeHs , qui est en bronze, et gravée sur notre planche II, num. 8.
premières excursions, en parcourant le monde, ils ne rencontrèrent pas encore beaucoup de cuivre , que les besoins des rois postérieurs multiplia dans le siècle suivant. Ils ne virent que le cuivre pesant de Fltalie , et Ton ne trouve rien de semblable en Celtique.
J'entends qu'on me rappelle les rouelles à jours, les rouelles trouées , les argumentations de de Saulcy se représentant à la mémoire de mes lecteurs. U faut les admettre ou les combattre. J'adopte le dernier parti. Des doutes bien établis s'élèvent contre elles. Mais pour ne pas anticiper sur plusieurs observations que la. marche des recherches développera, je renvoie encore ma discussion sur ce sujet à la période d'airain.
J'entends aussi qu'on me demande si je ne retrouve pas quelque coin de plus encore imité ou copié dans cette période. Je répondrai que je ne puis en indiquer aucun. Peut-être dirat-on que le pégase poun*ait prétendre de donner, dans cette période , l'origine à un coin spécial , tant il décèle l'imitation servile sur l'or (66). Cependant , comme il ne formait point le coin de Philippe , je présume qu'il entre sur la monnaie gauloise, par une combinaison postérieure; et bien postérieur, comme nous le remarquerons dans la troisième période. Peut-être d'autres investigateurs rencontreront-ils des exemples extraordinaires de contrefaçons monétaires, à l'instar de la copie du coin des médaillons de Thasos (pi. II , 8 ).
Je ferai observer cependant, que je n'oserai contrarier ceux qui voudraient placer cette copie de Thasos dans la période suivante, à l'ouverture de laquelle les Celtes avaient une masse plus considérable et plus variée des espèces grecques. £n acceptant pour les copies de Thasos une époque postérieure , il faudrait consentir à renvoyer tous les concaves dans la seconde période. £t tout ce que j'ai avancé sur le premier développement du type imité , appartient plutôt au commencement de la période suivante. Ces premières 70 années, S80-260, depuis le premier contact des Galates avec la Macédoine, par leur traité avec Alexaudre-le-Grand , ne créa qu'une marche à pas très-lent , car , il n'y avait que très-peu d'ateliers monétaires , une couple peut-être, occupée plutôt par l'art de copier plus ou moins heureusement que par l'imitation ; plutôt par la symbolisation , que par la composition et le perfectionnement.
(66) Conbr.4, 5, 15.