L^ébranlement est au midi de la Gaule
D'après ces données que l'histoire nous a conservées , on voit que les forces des Gaulois s'élevaient à 270,000 hommes ^ ou se réduisaient à 10,000, selon les circonstances; qu'ils établirent de nouvelles colonies, aux environs du Danube et fondèrent des états en Thrace et en Asie ; que différentes populations , après avoir achevé leurs courses, chargées de butin, revenaient dans leur pays natal ; que les Tektosags sont les principaux dans toutes ces expéditions ; que ce sont eux qui s'établirent en Asie, en Thrace et sous le nom de Skordiks sur le Danube. Cependant une grande partie retourna dans leur pays , arrosé par la Garumna. Or, l'impulsion de l'entreprise part du midi de la Celtique, et elle est animée et nourrie quelque temps de ce point là. Il est vrai qu'à l'exception des Tektosags , on ne connaît pas les noms de leurs autres compagnons dans la Gaule méridionale ; mais ils ne se retrouvent pas non plus dans le nord.
Déjà les anciens historiens ne savaient pas indiquer leur patrie. On ne savait de quel pays les Trokmes et les Totistoboîens étaient partis. Leur alliance avec les Tektosags prouve qu'ils sont aussi sortis de la Gaule. Il est probable qu'ils se sont anéantis par leurs fréquentes migrations , ce qui est arrivé à plusieurs autres peuples (89).
Cependant rien ne reporte ces peuples vers les parties septentrionales , et on remarque facilement plusieurs indices qui tendent vers le sud. Les terminaisons et les premières syllabes des
<86) Liv. XXXVIII, 16, Just. XXV, 2.
(87) Eratosth. ap. Stepli. Byi. j Strabo IV, p. 286, XIT, p. 850; Liv. XXXVIII, 16; Plin. V, 32 ; Florus II, 2 ; Ptolem. V, 6.
(88) Polyb.V,7, 8,4, 111,2.
(89) Stiabo IV, p. 286.
noms caractérisent quelquefois les groupes des peuplades de la même race. Le groupe aquitain se sépare sous ce rapport de la Celtique , et on distingue une certaine différence entre la Celtique méridionale et celle du centre. Ainsi on peut remarquer que la terminaison sagi appartient à la partie méridionale; or, l'Aigo. sagi devait sortir de cette partie. On y retrouve avec plus de facilité qu'ailleurs le TV, commençant les noms des peuples (go) ; or, les appellations de Trokmi et Trokméni , ont une analogie avec cette partie. Les Tolistoboï rappellent le nom de Tolosates, comme si c'était Tolosato-boï, changé par contraction.
On disait qu'Hercule dans la Celtique tua Taurisks (91), on savait qne les tau&isks qu'on appellait aussi Tyrisks ou Tauristes, établis entre les Carniens et les Skordisks étaient sortis de la Celtique (93), et on ne trouve rien de plus analogue à leur première patrie, que les Taruskoniet la ville de ceux-ci Tarasko, située près des Pyrénées dans le pays des Tektosags. On avait dans l'antiquité , des notions sur l'existence d'une grande confédération des peuples Taurisks dans les Alpes méridionafes (93). £n admettant la réalité de cette confédération, on sera reporté vers le midi de la Gaule. Mais il est évident que cette relation fait dépayser la confédération tauriske qui effectivement avait lieu dans les nouveaux établissements au nord des Alpes , quand les Taurisks descendaient des Alpes pour secourir les Cisalpins dans les journées funestes de Telamon (en ââô) (94)*
Les Skordisks prirent le nouveau nom de la montagne Skordus, qui les séparait de la Macédoine, mais ils étaient une portion des Tektosags qui s'arrêta au confluent de la Sava et du Danube, sans suivre ses frères qui retournaient afin d'immerger leur butin dans le lac de Tolosa. Ces Skordisks s'appelaient aussi Bathanatiens , peut-être c'est le nom défiguré des Bastarnes qui sont aussi Gaulois de la même langue que les Skordisks (9Ô).
(go) Tricasti , Tricastini , Trinurtinum , Trevidon , Tricolli , Tricori , Triulali. Au nord, il n^y a que les Trecasses, et les deux noms germains Tre- Teri, Tribdci.
(91) Timog. ap. Am. Marc. XV, 9.
(9a) Strabo VII, p. 296.
(93) Cato ap. Plin. III, 20.
(94) Polyb. II, p. 116,118.
(96) Diod. Sic. exe. Vales. XXVI, p. 33 ; Liv. XL, 53, XLII, 52 ; Plut, in Paul. Aemil. 9, 12. — Athénée ou son copiste , en défigurant le nom de 2kipli0-xti, en K*pli0r79i, pouvait défigurer aussi B«^l»f fm, en Ba:>a.ntlft.
Ces BASTAJiKES, quarante ans après la première expédition des Tektosags, remportèrent des victoires décisives sur Orol, m des Gètes, et soumirent (en â41) ce peuple, établissant un état puissant qui s'étendait depuis les Karpates jusqu'au Danube et la mer Euune (g6). C'est le moment de la plus grande extension de la race gauloise , de sa domination et de sa puissance. Déjà, à cette époque, l'astre gaulois pâlissait et bientôt il commença à s'éclipser.