Coin cruciforme, et de la hache
En observant la marcbe des événements, on remarque qu'une portion de la Celtique méridionale formait un système à part retirédes relations plus intimes avec le système du centre. Aucun événement précédent, auenn événement ultérieur, décidant du sort de la portion méridionale , ou pouvant constater la eommunauté d'intérêt ou de relations longuement stipulées, ne présente l'intervention de l'autre portion. La nationalité, le culte druidique les rapprochaient sans doute, mais un génie inconnu pour nous, et l'action politique et l'état social, les séparent évidemment. Aussi la monnaie devait être différente. On m'a donné la pièce ( pi. Il, 22) du cheval androeéphale , comme trouvée à Toulouse. Le hasard, ou la circulation pouvait l'avoir amenée jusque là. Des trouvailles semblables n'autorisent guère à marcher contre l'évidence des autres trouvailles , sans comparaison plus nombreuses , qui fournissent en masse un autre type local, tout à fait différent de tous les autres coins connus dans la Gaule.
Ce type consiste dans une croix trifourchne au bout de ses branches égales (pi. IV, 1, 2, i; V, 1, 2, S; VU, S7). Cette croix est analogue à la roue de Marseille et prend son origine de la croix qui caractérise le coin de la ville de Rhoda , située en Ibérie , au pied des Pyrénées , sur les confins de la Gaule ( pi. VIII , 1 ). Tout ce qu'on connaît de la monnaie cruciforme, se divise en deux différentes classes.
Une en argent pesant 84 grains (97) , ayant d'un côté une tête coiffée dont le nez est énorme , triangulaire ; de l'autre côté , une croix en sautoir, sur un cercle, en dehors duquel, entre
(96) Trog. Pomp. ap. Justin. XXXU, 3.
(97) J^A^aio <l<2ux exemplaires de cette nionaaie : celui qu'on voit sur la planche V, num. l, pèse 83 5/6 grains, Tautre 74 1/2. Ce en trouve deux variétés parmi lea figures de Petao, p. 1045.
les branches trifourchnes de la croix , quatre crasses croissants sont cantonnés ; quelquefois dans les cantons intérieurs on y remarque des crampons (pi. V, 1 ). Il est évident que cette sorte de monnaie est une copie de la monnaie de Rhoda. On ne pourrait pas l'attribuer à la barbarie des Rodétans eux-mêmes parce tpi'il sortit de leurs ateliers des monuments de très-belle febrique (pi. VJII, 1 ) : mais on pourrait l'attribuer sans contredit à l'imitation de leurs voisins les plus rapprochés. Cette espèce de monnaie , forme une famille peu nombreuse , qui n'a guère de varias remarquables et n'a pas eu de continuation dans son coin et son système. Elle ne dura donc pas longtemps et était peu répandue, son existence était réservée dans un coin limitrophe de Rhoda. Quand on la compare avec l'autre classe cruciforme, on remarque, malgré la barbarie, l'art supérieur ; elle est donc le produit d'un canton plus avancé dans la civilisation , et plus affecté de rinflaence grecque. Donc tout porte à croire qu'elle est de la cité Narbo, possédée par les Tektosags, et précédemment parles Aelésyks. Pour déterminer l'époque de cette espèce de monnaie, il est bon de la comparer avec l'autre classe , avec laquelle elle offre beaucoup d'analogie.
Cette autre classe de la monnaie cruciforme (pi. IV, 1, 2, 8 ; V , 2 , 8 ; VII , 87 ) (98) présente des variations infiniment plus nombreuses ; elle est en argent, son poids varié , monte à 67 , et jusqu'à 80 grains. La croix y est dégagée du cercle, toute seule, cantonnée de symboles variés et nombreux ; de l'autre côté, il y a des têtes toujours difformes , d'une fabrique très-barbare et grossière, des tètes quelquefois méconnaissables ; on a aussi des pièces sans tète, sans empreinte et lisses de ce côté qui est convexe, monnaie unifàce (VU, 87). Par les trouvailles qu^on a faites des monuments]de cette seconde classe, il est incontestable que c'est la monnaie des Volks tant Arekomiks que Tektosags, et spécialement de ces derniers. Son type est évidemment une invention modelée sur le coin de Rhoda , ou plutôt est une imitation plus barbare de la première clause au grand nez. Par la variation du poids , par la multitude de variétés des symboles , et par la différence dans la forme ronde, carrée, concave, aplatie, on volt clairement que cette famille est plus nombreuse,
(89) Conbr;208, 193,. 194, 195, 155; comparez le même 190, 191, 185;
fCTue numîsm., t; lll, p. 223, Chaudruc dé GrazaBnes, ibid., t. lY, p. 161.
9e propageant plus longtemps ; et parmi ses variétés , les pièces uniOaces, pesant 67 grains, en précèdent beaucoup d'autres , et sont certainement les plus anciennes dans cette classe.
Ces unifaces, quanta leur forme, peuvent prétendre àlaméme antiquité que la première classe au grand nez. Cette dernière étant le modèle qui fut simplifié et altéré par Timitation, a dû précéder la naissance de la seconde classe. Si donc nous déterminons Fépoque des unifaces , nous fixerons le temps des deux classes.
La monnaie de la Gaule septentrionale , est le produit d*une grande commotion; or, je pense que celle des Yolks est aussi le résultat de l'ébranlement tektosag, et je ne crois pas qu'on ait des motifs à la faire reculer vers des temps plus anciens. Cependant rébranlement du centre n'eut pas de suites immédiates pour le monnayage. Il s'est écoulé au moins soixante ans depuis l'invasion de Sigovèse, avant que le monnayage du centre fût créé ( 396-3S6 )• Aussi , si Tébranlement du midi engendra la monnaie volke , il faut accorder un certain laps de temps , depuis l'expédition de Kambaul et de Brennus , jusqu'à la naissance de la monnaie volke.
L'exemple de la Gaule centrale , pouvait stimuler la création de ce nouveau monnayage, et la commotion, prédisposer pour son établissement, mais son apparition est un résultat des communications multipliées et entretenues par des voyageurs et des mercenaires qui faisaient des courses éloignées, et par ceux de Tektosags qui formèrent des états en Thrace et en Asie.
Le monnayage du centre consistait d'abord en des statères et de grosses tétradrachmes;Je monnayage de Massalla , de Rhoda et des Yolks n'était qu'en argent et en drachmes simples. L'antiquité a remarqué et noté cette absence des espèces en or , quand elle raconte l'immersion de l'or delphique dans le lac de Tolosa , et assure que les Yolks-Tektosags-Skordisks , abhorraient l'or , ayant leur conscience alarmée aussi bien que leurs frères Yolks-Tektosags-Tolosans.
La monnaie du centre et celle des Yolks sont muettes ; elles sont sous ce rapport, soumises au même règlement religieusement observé.
Les espèces du centre, commencent par des contrefaçons et la symbolisation ; celles du midi en sont aussi des copies, mais bientôt elles forment un coin qui n'a rien à symboliser, seulement elles placent dans le champ les symboles, parmi lesquels la hache
figure exclusivement sur ces espèces ; ailleurs ne se retrouvent ni la hache , ni la croix ; ce sont des marques du type des Yolks. Il se peut que les Tektosags émigrés, et leurs compagnons, dans leurs excursions , et leurs nombreux établissements en Orient, contrefaisaient la monnaie grecque, comme le faisaient les autres barbares. Il est cependant connu , que ceux qui se fixèrent en Thrace et en Asie, fabriquaient la monnaie grecque à leur propre nom. Ceux enfin qui restèrent ou rentrèrent dans leur patrie , créèrent une monnaie nationale et spéciale dont le type dura quelque temps.
Parmi les pièces de ce type , se distinguent les unifaces , celles qui sont lisses d'un côté. Cette forme singulière , les rattache , comme nous le verrons , à Tépoque à laquelle nous assignons la naissance de ce type. Elle est aussi adaptée à certains coins du nord chez les Belgs , or il est juste de rechercher Torigine de Tune et de Tautre , ou la contemporanéité des unifaces des Yolks ou Bolgs du midi avec les unifaces des Belgs du nord.