Monnaie unifaee : coin du gui ; unifaces étrusques
On sait que les druides avaient beaucoup de vénération pour le gui , auquel ils attribuaient la vertu de féconder la stérilité, de guérir tous les maux. Pour leur culte, ils choisissaient les forêts de chênes , où celte plante parasite pouvait être retrouvée sur des rouvres. Chaque année à la sixième lune, c'est-àdire au commencement du mois d'août, qui est chez eux le nouvel an, ils observent de grandes cérémonies pour couper cette plante. Ils choisissent deux taureaux blancs, dont le joug n'a pas encore touché les cornes, et préparent des sacrifices et un repas sous l'arbre sur lequel le gui se trouve. Le prêtre, vêtu de l'habit blanc, monte sur l'arbre, et, avec une faucille d'or, coupe les branches du gui et les enveloppe d'une saie blanche (loi). L'allégresse générale du peuple réuni, répétait le chant et le cri des prêtres (102).
Cette cérémonie explique, il me semble, la manifestation fréquente de la lune sur les espèces gauloises, et nous explique, à
(100) Conbr. 79; rev. numi§m., t. II, p. 82, pi. III, l bis.
(loi) Plin. XVI, 44.
(lO'i) Ad Tiscuni,\iscum Druide clamare solebaat.
mon avis , un type d'abord particulier à certaine monnaie uniface en or (pi. III, StS, lY, 6). Il offre une branche de gui avec la faucille et quelques ornements. Cette branche se reproduit , modifiant ses formes sur le cuivre de la dernière époque (pLlV, 7, 8,9).
Ou pourrait m'objecter qu'il y a peu de ressemblance avec la plante dont la figure est touffue , en rameaux très-nombreux, étalés en tous sens ; mais au coin de la monnaie il ne s'agissait
point de donner la figure de la plante entière , on n'y plaçait qu'une de ses branches coupée par la faucille sacrée. Il lui allait remplir les conditions essentiellement caractéristiques: or, les feuilles de la branche sont opposées, dures, épaisses , obtuses, lancéolées ; et la monnaie imite cette pose des feuilles. L'art postérieur (pi. IV, 7-9) observe encore d'autres conditions. Les branches portent des fruits qui sont des baies globuleuses, sessiles , deux ou trois ensemble sur la tige, près de la queue des feuilles. Au sommet de chaque branche, les deux cotylédons se développent , ils sont courts , épais, ovales, ensuite ils s'élargissent en feuilles lancéolées et fournissent des branches articulées. Or, l'art postérieur n'a négligé ni les baies, ni les cotylédons du sommet de la branche.
Rien ne peut être comparé dans les monnaies étrangères ; la plantation du gui dans le coin monétaire est spéciale et propre à ]a Gaule seule, à ses parties septentrionales.
U ne nous reste qu'à mieux déterminer l'époque de Texist^nce des pièces unifaces par quelques données historiques. Ces pièces unifaces , certes , sont rares dans l'antiquité , mais ne sont pas le partage exclusif de la Gaule ; elles sont aussi connues en Étrurie , dans la ville de Populoiiia. Je ne sais si quelque part ailleurs elles se retrouvent. C'est donc un cas extraordinaire que cette conformité de monnaie uniface de Populonia et de la Gaule, chez les Belgs, et les Y olks Tektosags, et d'autant plus remarquable que quelques monnaies de Populonia, sont au coin de croissant comme sont certaines unifaces gauloises; que les unifaces de Populonia sont en argent (io3) , comme celles de Tektosags; qu'elles sont aussi en or (io4), comme celles du nord
(io3) Mioimct, T. I, 43, 50 5 45, 47, 48, 51 . (lo^) Mionn.) ligures du suppl.
de la Gaule aux coins du cheval, du croissant et du gui ; enfin il est plus que présumable que des relations entre Populonia étrusque et la Gaule, existaient au moins par le commerce que Massalia ne discontinuait pas, par mer, avec l*Étrurie.
A mon avis, il est difficile de contester Tautochronie de toutes ces unifaces, ou certaine filiation entre ces unifaces. Gomme le monnayage gaulois prit sa naissance en copiant et en imitant, et faisait encore des progrès par quelques imitations, il est donc nécessaire de supposer que les unifaces de Populonia servirent de modèles aux gauloises, que par conséquent, elles précédèrent un peu ces dernières.
Le monnayage étrusque marchait dans le système du monnayage de plusieurs autres peuples italiques et de Rome : il fut longtemps tout en bronze pesant, et coulé, et d'un volume démesuré en comparaison avec les espèces des autres nations. Les unifaces de Populonia sont frappées en argent et en or, elles sont donc le produit d'un changement dans le monnayage étrusque , conformément à la méthode grecque, et ont été fabriquées avant la chute du monnayage étrusque et Fabolition ou l'anéantissement de leurs droits par la domination romaine. Je n'oserai risquer de déterminer la cessation de la monnaie étrusque ; je crois qu'elle prolongea son existence jusqu'à la guerre sociale, mais toujours plus exténuée, et réduite au petit bronze.
Mais le changement monétaire devrait coïncider avec l'apparition de l'argent et de l'or à Rome ; au moins, il n'a pu devancer de beaucoup cette époque. La fabrica^on de la monnaie d'argent à Rome, commence en 269, quelques années après les excursions des Tektosags, et celle de l'or, en â07.
Les Étrusques étaient déjà subjugués à cette époque, mais leur droit de monnaie n'était pas aboli. La coïncidence présumée des changements monétaires, chez les Étrusques et les Romains, ferait croire que l'or uniface , au sanglier , parut à Populonia vers l'an 200, et l'argent uniface plus nombreux, soixante-dix ans plus tôt. En considérant le sort des peuples qui entraient dans le giron de Rome , cette monnaie uniface ne devait pas avoir une longue existence chez les Étrusques. Les unifaces de Populonia et des Tektosags sont donc presque contemporaines , et celles des Tektosags indubitablement postérieures; d'autant plus celles du nord de la Gaule et des Belgs , à l'empreinte du croissant, du gui et du cheval symbolique. Pour mieux s'assu-
rer de la certitude de cette marche monétaire , allons encore à la recherche des événements historiques, qui nous révèlent : les relations extérieures de la Gaule, et ses manifestations par des couines continues ; le progrès dans son état intérieur , et les explorations de son pays par des étrangers.