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Pythéas , le commerce se fraye un chemin continental

Vers la fin des excursions qui suivirent l'expédition de Sigovèse et de Bellovèse , les explorations du massalien Pythéas , des côtes de l'océan Atlantique et de la situation de Bretagne , ont eu évidemment un but commercial.

L'électrum , l'ambre , l'étain , déjà connus dans le commerce phoenicien et grec (io5), intéressaient particulièrement les Massaliens. Il devait aussi se former quelques communications continentales à travers la Gaule , que l'émotion populaire débordant de ses bornes , animait sans doute. Les Massaliens , attentifs à leur intérêt, devaient donc chercher tous les moyens d'entraîner le trafic du nord sur ces chemins , vers leur propre cité, afin de les détourner des marchés de Tartessos et de Gades, où Karthage tenait le monopole (106).

Leurs voyageurs reconnurent les plages de l'Océan jusqu'à l'embouchure du Rhin. Ils prirent des renseignements sur l'exploitation de l'étain par les habitants de Bretagne , dans la péninsule terminée par le promontoire Bélérion ; sur l'île d'Ictis , nictis ou Vectis , qui servait d'entrepôt aux Bretons pour leurs marchandises, d'où celles-ci étaient transportées en Gaule, par mer. Afin de l'apporter jusqu'à l'embouchure de Rhodan et dans le pays des Massaliens, on en chargeait les chevaux , et ce trajet continental durait trente jours (107). On sut depuis, que le transport de l'île Vectis , touchait l'embouchure de Sequana ,

(io5) IliasXVIII, 474, 565, Odyss. IV, 72, XV, 469; Scut. Herc. 142, 207; Theogon. 862; Eschyl. ap. Plin. XXXIII, (4)23; Herodot. III, 115; Diod. Sic. V, 38; Pliu. XXXIV, (16, 17), 47, 48,49. — Voyei mon petit mémoire : relations commerciales entre les Fhoeniciens et les Grecs , traduits en allemand par Charles Neu.

(106) £zech. XXVII, 12; Himilcoap. Avien, ora marit. 99, 113, 154, 155, 174-177 ; Stesich. ap. Strab. — ; mirab. auscult. etc. Voyez mon opuscule sur les relations commerciales.

(107) Tim, e Pythea , ap. Diod. Sic. V , 22. — Voyei mon opuscule : Pythéas de Marseille ; publié en français, à Paris et Bruxelles, 1836.

n TYPE GAULOIS.

Sekoana , dans le pays des Moriniens ; on sut plus tard que les relations de ce port avec les contrées rhénanes étaient très- faibles : elles devaient se présenter *sous un aspect encore plus médiocre aux voyageurs massaliens ; enfin , on sut que le^Bretons prenaient en échange des objets minimes, Fivoife , le lyncourion , des verreries , des bijoux et des colifichets faciles à transporter (108).

Les Massaliens s'efforcèrent de pénétrer , par le centre de la Gaule, jusqu'au littoral des Kaletes et des Moriniens et d'y porter leur négoce, aussi on retrouve leur monnaie d'argent à l'empreinte du lion , sur le chemin qu'ils tenaient, aux environs de ces peuples (log) ; il est probable que sur le même chemin , se soutenaient les relations entre les Volks du midi et les Belgs du nord , et la réminiscence de leur commune origine rapprocha certaines formes de leur monnaie respective.

De l'autre côté , le commerce de Bélérion et des Bretons avec Tartessos, s'appuyait sur les Yénètes, les Namnètes, les Santons , d'où il étendit son mouvement par l'embouchure de Liger, de Garumna , dans l'intérieur de la Gaule , et il devint de jour en jour toujours plus animé , et fit des progrès (110).

La narration de Pythéas, n'a rencontré que l'incrédulité chez Dicearche (vers 821), et dans toute l'école péripatéticienne; cependant elle mérita toute la confiance et l'estime d'Ëratosthénès (vers 226) , de Hipparche (en 160), et en général , dans l'école alexandrine, qui peut-être a eu le moyen de la vérifier en partie par les voyages que Timosthénès (en 272) a exécutés avec la flotte du roi Ptolémée sur la mer Méditerranée. Le siciliote Timée de Tauroménium (en 295), plus rapproché de Massalia et de la Gaule , introduisit en entier la narration de Pythéas dans ses propres relations , ne doutant pas de son exactitude. En effet , toujours importante pour la science , elle devint bientôt surannée par la force des événements et du progrès.

(108) StraboIV, p. 199.

(109) Dans les raines de Bratuspantium. Voyez Cambry, descr. du dép. de rOise.

(iio) Quelques notions obscures de cette branche de commerce, parvenues dans la Grèce, fournirent peut-être à Hecatée d*Abdere , des matériaux pour la description des Hyperboréens Karambyks, domiciliés sur Pile Elixola près Pembouchure de Karambyk. Hecat. Âbder. ap. Steph. Bys. ; ap. Diod. Sic. I, 47 j IV, 14. — Voyei mon opuscule, Pythéas, p. 45.

36. Courses des Gaulois , explorations des étrangers, commerce intérieur,

favorisé par la navigation.

L^s Gaulois eux-mêmes recommencèrent à se rappeler au inonde civilisé. Leur descente, en 299, en Italie, d'où, sans combattre , ils emportèrent de chez les Étrusques une rançon énorme en or et en numéraire (i 1 1) , fut le prélude des excursions et de la fluctuation prolongée de la race kellique. Les ex- X^éditions tektosags (280-240), jetèrent parmi les Grecs cette éjïouvante, qui ne cessait de tourmenter Rome depuis un siècle, créait dans ce temps là une véritable épidémie, qui poussait les Gaulois à la guerre (m à). Non contents de franchir les limites de la Gaule , de prendre en possession de vastes régions et d'apporter le butin de leurs excursions lointaines , ils s'enrôlaient comme mercenaiï*es; chez différents peuples. Oh les voit dans les armées des Karthaginois, des niyriens, des Romains mêmes, et tout le monde exaltait leur bravoure et leur courage.

tf un côté, c'était de Flllyrie et des rives du Danube qu^ils s'enrôlaient dails le service de Pyrrhus, roi d'Épire (en 274) (i i3), de Ptolémée, roi d'Egypte (en 271) (t i4) , des rois de Macédoine. Ils y prenaient pour salaire une pièce d'or par tète, et quand ils s'enrôlèrent dans le service d'Antigone, sous leur chef Biderioà ils menèrent avec eux les femmes et les enfants, exigeant la même solde pour leur famille (i i5), extorquant des contributions, ruinant les pays où ils combattaient, ils importaient chez eux d'innombrables statères-philippes.

l)*un autre côté , ils traversaient de temps en temps les Alpes comme auxiliaires de leurs confrères et des Étrusques. S'il est probable qu'ils ne se trouvèrent point à la journée de Sentinum (en 295 ) et qu'à cette époque leurs relations avec l'Italie ftir^it moins fréquentes , il est certain qu'ils s'enrôlèrent sous les étendards de Karthage pour combattre en Sicile, en Afri-

(iii) Liv. X,10.

(lia) *JEf yècflonïbtç il»x.n^*^i ««ipoiç^ «i0'«yf< XoifMjiNr7ir* ir«Xj|«ev ^4a<d-fT4» *it%vl%9% xeLa-i raXa7«K. Polyb. II, p. 108*

(ii3) Titog. ap. Juftin. ja;:y»3) Plut. liiFyrrho^p.400| PauMn. T, p. 22. (ii4) Trog. ap. Joalin. XXVI, 2; Polyaeii. strat. VIIÎ, 60- (ii5) Frontini itrat. III, 16; Polyœni strat. IV, 6, 17; Pluter. palrall., p. 309; Stob. serm. 10.

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que (â64-â40), et qu'ils n'avaient pas alors de répugnance -de prêter leur main à Rome même (i 16).

Connus sous le nom de gésates (117) , ils passaient (en 235 ) les Alpes pour secourir leurs frères d'Italie. Un corps de SO9OOO gésates , fut composé de ceux qui habitaient les bords de Rhodan (i 18). En rentrant dans leur patrie, ils importaient les espëces en argent que Populonia et les autres villes de l'Étrurie firappaient depuis le changement de leur ancien système monétaire.

En effet > des voyageurs gaulois parcouraient le monde et revenaient dans leurs foyers. Ceux des combattants qui survivaient à toutes les expéditions, retournaient en Gaule , chaif;és de butin et de fortune ; des peuplades émigrées , exténuées de mille fatigues, rentraient parfois sur leur sol natal, riches d'expérience et de connaissances étrangères ; des relations pour un certain temps , au moins, se soutenaient entre la Gaule et ses colonies les plus éloignées : ainsi le monde subit de grands changements par le débordement de la race galate ; la Gaule elle-même, dans son intérieur , se ressentit de nouveau, de la diminution de sa population , mais l'augmentation des idées et des objets opérèrent nécessairement une impression trës-f[rave sur son état social, et la Gaule devint plus accessible aux étrangers ; l'opinion publique s'en occupa avec plus d'assiduité , et les noms des peuples keltiques, les mœurs et les manières gauloises, se firent mieux connaître.

Scipion, touchant les limites de la Gaule (en âl7), essayait de sonder le savoir des Massaliens sur la Bretagne et sur les routes de leur trafic ; ainsi que le mouvement commercial des deux autres villes très-renonunées à cette époque : Narbo dans le pays des Yolks, et Corbilo dans le pays des Namnètes (1 ig).

Plus tard (en 134) l'historien Polybe deMégalopolis, prévenu contre Py théas , visita la Gaule , et retraça dans ses écrits la

(116) Polyb. I, II, 19, 20; Diod. Sic. XXIII ; Froalin. straiag. II, 16;ZoDar.VIII, p. 198,386.

(117) raiff-ftlai, yaitalai, yttiklAi^ yafnJm^ (rCBêOli, qiiod nomen , non gcntis, sed mercenarionum Gallorum. Orosius IV, 13; Enphorion ap. Steph. Byz.; Polyb. II, 22, 23, 24, 33 ; StraboV, p. 147, 149 ; Plut, in Marcello 3, 5; Aul. GeU. IX, 13 ; Serv. ad. Yirgil. VIII, 662 ; Zonar. VU, 20 ; Montfaucoo, palaeogr. gr. p. 157; monumentar. Galatic. synopsis, Liburni 1772,4°, p. 13^

(iiS) Polyb. II, p. 109.

(119) Polyb. ap Strab. IV, p. (289), 190.

reconnaissance faîte par Scipion , ne donnant aucunes limites aux possessions des Galates vers le nord , il nomme plusieurs peuples celtiques ; ApoUodore d'Athènes (vers 148 ) et Artémidor d*Éphèse (vers 100), connaissaient aussi quelques noms.

Ils notifièrent les noms des Arvernes *Apoépvoi , dont un corps d'armée suivait l'expédition d'Annibal en Italie ; des Éduens AîSaùa-ioi , "ApSusg , des Allobrogs , des Helvètes , des Séquanais et Vembouchùre de la Sekoana ; des Gossiniens ou Ostioniens , des Namnètes et de Gorbilo avec Fembouchure du Ligeris ; les îles des Amnites ; les noms des Garnutes et Biturigs, peuples de l'antique gloire ; des Senons , des Agnotes , des Lemoviks , des Santons, des Gadurks, des Rutheniens, des Aquitaniens de l'autre côté de Garumna ; des Tektosags , voisins de Narbo ; des Tricastins, des Gavares, et de plusieurs villes et peuplades des environs de Rhodan , où Ton recrutait par 80,000 gésates ; ces noms composent la connaissance des historiens et de ces écrivains géographes.

Le progrès que le commerce intérieur faisait dans les Gaules , les conununications par eau sur des fleuves navigables, qui s'ouvraient et s'organisaient toujours plus solidement, ne pouvaient se dérobera leurs observations. Ils savaient que de Narbo, on remontait l'Atax, puis qu'on transportait les marchandises 800 stades par terre pour les faire descendre par Garumna jusqu'à l'Océan. A cause qu'il était difficile de remonter le Rhodan, les Arvernes aimaient mieux conduire leurs objets de commerce par terre , 800 stades à peu près , pour les confier au courant du Liger. Cependant le rapide Rhodan était très-fréquenté même par de gros navires et ses eaux recevaient le tribut de plusieurs rivières navigables. On surmontait ses obstacles; puis en remontant encore l'Arar, on se rapprochait de la Séquane , par laquelle on allait jusqu'à l'Océan qui sépare la Gaule de la Bretagne (lao).

La Sekoana est appelée rivière massalienne, tant le commerce de Massalia suivait son cours (lai)! Gomme l'Arar séparait les Éduens des Séquanais, de vives contestations s'élevaient entre ces peuples, parce que chacun prétendait prélever un droit sur tous les objets de commerce qu'on transportait par ce fleuve (122).

(120) Diod. Sic. V, 22, 28 ; Strabo IV, p. 188-190, 199.

(121) Ariemidor, tib. I, ap. Stepb. Byz.

(122) Strabo IV, p. 193; Cœsar I, 18.

Cette manière de grever le commerce par des taxes , soulevait des difficultés encore plus graves dans les Alpes , par où on- ne pouvait passer sans de grandes dépenses et beaucoup de dangers (123). Aussi le trafic avec l'Italie se soutenait-il par la luer Méditerranée (124). De même la marine des Yenètes^' devenant de jour en jour plus puissante (vers 100), rendait tributaires tous ceux qui naviguaient sur FOcéan (i25). Toutes ces relations se développaient avec le progrès de la civilisation.

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