Dispersion des symboles
Nous avons déjà remarqué que la roue et le croissant, sont des objets des plus anciens ; la roue ne se retrouve pas sur les grands médaillons concaves carnutins. Les croix aux branches trifourchées chez les Tektosags, sont cantonnées de croissants , d'esses, d'anneaux ou disques, d'ovales, de globules, deglomules oblon^ gués , de tronchets , de haches (pi. IV, 1, 2, 3; Y, 2, 8) (i6o). La hache ne se trouve pas ailleurs sur la monnaie de la Gaule (sinon en Belguique ) ; exclusivement elle appartient à la monnaie du midi de la Gaule , au coin cruciforme. Je vois cité un exemple d'une pièce d'argent au cheval conduit et marquée d'oiseau, astre et hache (i6i), mais c'est une chose étrange, douteuse, qui offrirait une exception extraordinaire des derniers temps du monnayage si elle était constatée : il faut voir. Le fait est que la hache est une marque locale , on ne la trouve pas ailleurs, elle ne figure guère sur des médaillons concaves.
Ces médaillons ont un croissant et une esse qui sont extrêmement répandus sur la monnaie de la Gaule, surtout le croissant. Hais on chercherait en vain l'esse dans l'Armorik occidentale. Elle est commune dans la Gaule méridionale chez les Yolks, les Arvernes, elle est très-rare ailleurs sur les pièces plus anciennes (pi. IV, 18), elle devient très-familière au nouveau coin de la monnaie postérieure (pi. IIl, 4S, 51; IV, âl, 38; V, 10, 12; VII, 10, 12, 89, 40).
Le carré, tablier, ou guidon, qu'on nomme tableau , se rattache spécialement au char , et au cheval androcéphale : or c'est particulièrement la marque de la monnaie de l'Armorik occi-
(i6o) Revae iiûmi8m.,T. IV, pi. VIII; Conbr. 154, 155, 190-194, 196, 197. fi6i) Conbr. 98.
deiitale(pl. II, S4; VU, 49; YIII, 96, 38). Le guidon signaleqoelques espèces analogoes , qai étaient fabriquées peut-être aux environs de la basse Loire (pi. Il, 30, 2S); il se fait voir sur les concaves au cbeval regardant par derrière (pL III, 33, S2 ) ; il reparait plus tard sur certain coin de la Belginqiiie, qui tire son origine de Tarmorikain (pi. lY, 30, 38). Jamais il ne trouve de place sur la monnaie du type nouveau.
A ce carré s'associent dans le coin armorikidn, deux objets symboliques, la ronddle à queue et le fassceau lyre ou [Mstil à quatre étamines (pi. II, 30, 33; YI, 48). Le pistil ressemble extrêmement à une lyre. On sait que les bardes ou poètes gaulois se servaient dans leur chant, d'un instrument qu'ils appelaient cArot, croit y rott^ semblable à la lyre (162); il est donc probable que ce pistil monétaire est la crotte bardique, aussi nous l'appelons volontiers crotte. £lle figure sur la monnaie armorikaine, et je pense que les monnaies qui ont cette crotte (pi. II, 13, 30, 35-38; III, 34-26; YI, .. Yll, 48; YIII, 36) sont toutes des plages maritimes du nord.
Les fourchons reparaissent en Belguique sur certaines pièces du cheval symbolique et de la tète décomposée (pi. III, 38, 40; lY, 14, 15, 16), et mainte fois chez les Yolks. Je pense qu'on les retrouverait difficilement ailleurs et jamais sur la monnaie du nouveau coin.
Le poignard ou Vépée (pi. II, 8, 9, 33, 33), image d'un guerrier (pi. II, 9) démonté du cheval symbolique, reparait dans le nouveau et le dernier coin chez les Touronais et Gambolectres (pi. Y, 11, 12; Yll, 68); or, je pense qu'il serait juste d'attribuer les pièces au coin ancien qui porterait cette marque (pi. II, 32, 33) aux cantons de la basse Loire (i63).
Toutes les combinaisons de Fépée, de la rondelle à queue, de l'homme renversé, de la main (pi. II, 31 , 23, 33, 33), reportent les
(16a) Baplei ii fAtik êpyaereu» laii ^vpaiç ifAÛttr ^ttrltç. Diod. Sio. V , 31 ; ckrotta britaima caoat. Venant. Fortun. VII, 8. — Mono , Geachicfata dei Heidenthums in nordlichen Europa , t. II, p. 392, cité par Scfaayes , ^Ics Pays-Bas, t. l, p. 141. — Am. Thierry, hist. des Gaulois, t. II, p. 104.
(i63) La revue numismatique, t. IK, p. 143', voudrait voir dans ce symbole une feuille d*une plante aquatique : mais , quand on examine bien les médaillons n<* 8 et 9 de notre pi. Il, on y voit ce symbole monter un cheval, alors, Thypothèse de la revue num. devient inadmissible, et il est nécessaire da le considérer pour une image d*un guerrier monté à cheval et de le qualifier d'épée.
pièces qui en sont marquées, vers le centre de la Gaule et à Tépoque du progrés de Fart gaulois qui avançait vers sa perfection. Je vois que le coin ancien du char avec toutesa génération, s'étendait depuis les Santons et les Biturigs inclusivement(i64), vers le nord jusqu'aux pays des Moriniens et des Senons (i65), et je ne serais pas surpris si l'on trouvait avec moi que la médaille au char, ayant un sanglier au-dessous du .cheval conduit, est de la fabrique des Biturigs (pi. II, 80). Les Biturigs surpassaient les autres peuples dans les ouvrages de métaux ; trèshabiles dans la dorure et l'argenture , ils confectionnaient le mieux, toute sorte d'ornements et de garniture pour les harnais de dievaux, pour les voitures, les chars magnifiques et renommés (i66); leur monnaie devait être supérieure sous tous les rapports, à toute autre de la Gaule ; effectivement jusqu'aujourd'hui on a ediumé de leur sol de très-belles pièces, et celle que je lu^rde d'attribuer aux Biturigs s'y trouve (pi. II, gO). Je doute cependant que la petite bête de la pièce en question , qualifiée de chien par M. delà Saussaye, soit une figure de chien. J'y vois une crinière tout le long du dos, et je pense que c'est un sanglier, comme ailleurs, seulement qu'il y est lancé, au lieu que les autres sont en repos et debouts (167).