Monnaie gallo-grecque
La monnaie des Gallo-Grecs dura jusqu'en ces derniers temps et on n'aurait pas raisim de contester son existence simultanée avec la monnaie de leurs confrères dominant en Thrace : elle exista donc deux siècles ( 250-40 ). Nonobstant le grand nombre de tétrarqnes qui la fabriquaient, ses monuments, comme on les connaît aujourd'hui, ne sont pas trop nombreux. Nous avons donné les noms épars de tétrarqnes , qu'on retrouve dans les histoires écrites : cependant la monnaie nous en offre plusieurs autres dont l'époque est inconnue. Leur monnaie ne présente guère de variations trop frappantes, et il est difficile de la classer suivant la diversité du coin , dans l'ordre chronologique , si désirable pour la numismatique , et pour établir d'une manière plus palpable, les communications qui existaient ayec les Volks Tektosags de la Celtique. Afin d'y reconnaitre une succession quelconque , nous la prendrons par la queue où elle est mieux fij^ée , et nous nous emparerons des petites déviations du coin ,
(210) Cicero de haruspic. responsis 13, pro Sextio 26.
(21 1) Caesar, de bello civili III, 4.
(-ai2) Strabo XII, p. 567, 568;<!icero pro Deiot.
(ai 3) CfiBsor de bello alei. 67, 70 et 78 ; Cicero pro Oeiot.
(2i4) Strabo XII, p. 567.
qui sont à même de nous faire remonter dans des temps antérieurs et vers son origine (ii5).
La monnaie du dernier roi ^^mynfcwBASI A EfîZ AMTNTOT fournit trois coins de bronze : au revers des têtes de Mercure , de Diane, et d'Hercule, on y voit un caducée, un cerf, et un lion marchant.
Brogitary qui a bien chèrement acheté sa royauté , fabriqua une monnaie en argent, sur laquelle on voit au revers de la tète de Jupiter capitolin , l'aigle romaine éployée sur un foudre , ayant derrière, une enseigne militaire de Rome , et la légende BAZIAEnX BP*riTAP«T *LV«PfïMAUT (pi. VIII , 6 ). C'est une monnaie unique qu'on connaît en argent, empreinte de la servilité (216).
Son contemporain Deiotar ne désavouait point la domination romaine, mais il n'achetait, nine payait sa dignité. Son bronze, au revers du buste de la victoire , offre un aigle sur un sceptre accosté de bonnets de Dioscures, avecla simple légende de BAZI. .. AHIOTAPOT.
Le bronze de Psamytos et de Katuntolas n'est pas beaucoup plus ancien. Le nom égyptien de Psamytos , le rattache à l'époque rapprochée de Mithridatès , quand on faisait en Asie, revivre les noms anciens de l'Egypte et de la Perse. Au revers de la tête , on lit YAMTTOT BAZI... et on y voit un lion courant.
Le bronze de Kaïantolos KAIANTOAOT BASIAEfti: offre au revers de la tête, aussi un lion courant, ou un sanglier marchant. On a une monnaie en bronze à la tête d'Hercule , d'un KENT AT... BAZIAEftX qui offre au revers une massue.
Toutes ces monnaies forment pour ainsi dire, une classe de la dernière période, qui a dans son coin, l'aigle romaine, un caducée, une massue, un lion marchant, un cerf, un sanglier, un lion courant. Certes, on ne s'attendrait pas à retrouver, dans des temps antérieurs, l'aigle romaine, il n'y a rien d'improbable cependant qu'un cerf, ou un sanglier ne fussent le type des prédécesseurs des tétrarques ci-dessus nommés , et le lion courant le fut, sans aucune contestation, puisqu'il marque toutes les autres pièces de bronze qu'on connaît aux noms des rois : Bitukos
(ai 5) Voyez Minnnot.
(216) Mionnet, num. 1444, 1445.
BiUmos, Bitoviogogos, BITOTKOC. BITOTIO BITOTIOroro BAClAEftC (217). Toutes ces monnaies, sans aucune différence ostensible du coin de Psamytus ou d*Amyntas, forment cependant une classe à part, par conséquent plus ancienne, distinguée par la forme ronde de la lettre C au lieu de £, ce qui les caractérise et les nationalise, pour ainsi dire, car cette forme ronde du C, aussi bien que le lion courant , lui donne une conformité et une identité remarquable avec certaine monnaie du midi de la Celtique du peuple volk Tectosag ou Arekomik. Les monnaies deBitukos, Bitovios, Bitoviogogos sont certainement de la première époque de la monnaie des Gallo-Grecs (220- 109), antérieure à rinvasion des Romains ; au moins elles en sont trèsrapprochées, et sont le produit du premier coin dont s'était servie la monnaie galate dès son origine.
Un lion courant marque aussi plusieurs pièces en bronze dont rinscription offre un nom en partie seulement, lATIKO... TANTIKO.... PITANTIKO. On présume que c'est le nom de Brtgantikos, d'un roitelet des Galates qui se distingue des autres connus, parce qu'il ne prend pas le titre de roi, basileus, comme le faisaient les rois de l'époque (pi. YI, 86) (318). La suppression du titre ne serait pas un motif, à mon avis, pour les placer dans l'époque de l'humiliation, lorsque les trois tétrarques affectaient de prendre leur titre, qu'ils se gardaient bien de négliger pour se faire valoir dans leur humiliation. Je pense quil est plus raisonnable de présumer que le Brigantik sans titre, est de l'époque antérieure , où l'on comptait les tétrarques de plus de cent quatre-vingt-quinze peuples, et qu'il est un des premiers qui ait frappé la monnaie.
Je pense, au reste, que dans l'état actuel des connaissances, il est suffisanunent établi qu'une monnaie galate de bronze au lion courant, existait en Asie avant l'invasion des Romains (entre 250 et 189); qu'il n'y a rien d'improbable que le sanglier et le cerf formaient aussi son coin : on peut enfin avancer que les
(917) Hayercamp ad Oros, p. 519, donne deux figures de la monnaie de RITOTKOC ou BITOTIKOC BACIAEOG, et Tatlribue à Topulent chef des Arvernes Bituitus, fils de Lurius.
(ai8) Revue ntimism., t. IV, p. 17. Il y a dos localités qui portent ce nom ; on a au midi de la Gaule un bourg, Brigantium, aujourd'hui Briançon ; cependant on ne peut douter que Brigantico de la monnaie ne soit le nom d*une personne.
112 TYPK GALLOIS.
empreintes de massue , de caducée , d*uQ lion arrêté dans sa course, marchant, et de Taigle sont bien postérieures, et sont le coin de sa dernière existence. 11 faut opter, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes puissent constater ces observations (219}.
53. Conformité du coin gallo-grec, avec celui du midi de la Gaule.
Le titre royal , le caducée , les massues , les divinités grecques , ne convenaient guère aux Tektosags, ni à la Gaule : mais le cerf, le lion , le sanglier , se retrouvent dans le t3rpe nouveau de la Gaule.
Un lion , sous différentes attitudes, est fréquent pour la monnaie grecque et gauloise : mais un lion courant est une chose assez rare. On le voit extraordinairement sur l'argent de Yelia, on ne le voit pas à Massalia; il est courant à Héraclée de Lucanie, à Héradée d*Acamanie, limitrophe du sanglier d'Étolie voisine de Delphes ; à Lysimachie , par où les Gaulois passèrent l'Hellespont afin de s'établir en Asie ; à Nicée de Bithynie dont une portion fut cédée aux Gaulois et forma la Galatie.Ënfin on voit un lion courant sur le enivre de Beterra, ville des Yolks dans la Gaule (lao), et le coin de Beterra est identique à celui des rois des Galates, qui offre le lion courant sur les pièces de Brigantiko (pi. VI, M), de Bitakos , Bitovio , Bitoviogogo , Kaïantolos et Psamytos.
Un cerf est une chose encore plus extraordinaire dans la numismatique ancienne : il se trouve sur la monnaie deCaulonia dans la grande Grèce, dllphèse en Asie, et sur la monnaie bien ^us postérieure de quelques villes obscures de l'Asie (aai).
Aussi le cerf se placesur le cuivre d'Amyntas, dernier roi des Galates en Asie, au revers de la tète de Diane. Il est probaMe qu'Amyntas avait quelque vénération pour Diane d'Éphëse : elle était étrangère aux Gaulois de la Celtique, mais ils reproduisent dans le coin de leur argent, le cerf (pi. V, 5) (saa), et je pense
(319) On cite encore U monnaie du roi Aiiololms (Mcnin) ; je ne sais pas quel est son coin.
(990) Mionnet, t. I ; revue numism., t IV, p. 17 ; Montf., t. Il I, pi. LU. — Cette monnaie de Beterra excita jadis de grandes discussions. On a*efibrçait de Tattribner à quelque YÎUe de Syrie ou d*Asie. Voyez Spanheira in Ihesauro fridericiano, p. 167.
(931) Carrhea, Ttle Aradus, Germa, Stectora, Tabe, Dalmatie, Alexandrie d*Égypte. — Aussi le cerf est debout, à Athènes, à Priape de MysM, etc. ; il est pascent sur les médaillons de Mithridate, roi de Pont.
(299) Conbr. 129, 162, 166.
que cette reproduction est faite à limitation de celui des Gallo- Grecs, et qu'elle doit être attribuée à quelque partie de la Gaule méridionaie. En fixant notre attention sur le coin du cerf, il convient de rappeler un conte , relaté dans les histoires romaines. Du temps des guerres avec les Samnites et les Etrusques, dans la journée mémorable de Sentinum (en 295) au moment où Taffaîre allait être engagée, un cerf poursuivi par un loup s'échappe des montagnes , et courant entre les deux armées , y entraîne le loup à ses trousses. Alors les animaux se séparent : le cerf, effrayé, cherche un asile dans le camp des Gaulois , et le loup se relire dans celui des Romains {223). C'était le présage que les adorateurs de Mars devaient remporter la victoire sur les adorateurs de Diane, qui, tuant l'animal, commirent un sacrilège envers la déesse. Ce conte , inventé conmie tant d'autres , fut certainement forgé sur quelques opinions des Gaulois, chez lesquels le cerf pouvait être l'animal de prédilection.
Le sanglier se retrouve paiement sur le coin de Nemausus et d'Avenio, dans la Gaule méridionale, et^ur le coin des Kaïantolos, roi des Galates, en Asie. Il est trop généralement répandu dans les espèces gauloises, et il demande une considération spéciale et plus étendue. Il nous suffit, pour le moment, de notifier que si le nouveau type gaulois dévoile quelque identité avec le type grec des Gallo-Grecs, c'est qull se forme postérieurement à ee dernier ; tous les deux sous l'impression du coin grec , et en conséquence de conununîcations réciproques entre les Gaulois de la Celtique et ceux de l'Asie ; que le lion courant sur le enivre prenant ses courses en Asie vers 260 ou 250, arriva k Beterra dans des temps de communications les plus suivies, les plus fréquentées avant 189, et il devait abandonner la monnaie beter-* Hernie bientôt après 120, comme nous le verrons en son lieu.