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Monnaie de Massalia et des villes de sa dépendance

Après plusieurs siècles d'existence, Hassalia, sans perdre le caractère grec de son origine, s'identifia à la souehe gauloise (^24) exerçant réciproquement une certaine influence, si non sur toute la Celtique, au moins sur les voisins rapprochés. Plusieurs bour-

(«3) Lit. X, 27.

(234) Massilia inter GaUos siia, traxit aliquanium ab incolis animoruni , Liy. XXXVIÏI, 17.

gades fondées sur les côtes de la mer , prirent une consistance et soutinrent leurs relations avec Massalia, animant son activité. Plusieurs peuplades se rangèrent sous sa protection , comme les Albioeces (aaS). L'intérieur du pays partageait son trafic : progrès humanitaire, entreprises aventureuses, le familiarisèrent avec l'esprit grec. Aussi la révolution monétaire qui embrassa le monde entier effectua des changements, également, à Massalia , dans les villes grecques et dans toute la Gaule méridionale, quoiqu'elle y trouva bien des différences.

L'argent de Massalia et l'argent des Volks, observant quelque rapport entre eux, offraient certaine discordance dans l'irrégularité de valeur, et dans leur type : le lion étant celui de Massalia ; et l'empreinte cruciforme des autres. Bans cette perplexité, les villes grecques ou grédsées, Glanon, Rhodanousia, Samnagia, Kaînikia , en érigeant leurs monnayeries, variaient leur coin ; Massalia, en introduisant le cuivre, multipliait son coin , prouvant dans ces diversités que certaines relations rapprochaient leur numéraire.

Leur obole et leur demi-drachme ne diminuèrent point de l'ancien pied, le coin seulement parut spécial à Kaînikia ^ à Rhodanousia. A Kaînikia , c'était un loup rugissant qui forme le revers de la tète de la divinité (pi. III, 9); à Rhodanousia la tète de face du soleil avec un oiseau près de sa bouche , avait pour le revers une fleur de rose , mais son demi-drachme portait les initiales MA comme marque de la dépendance de Massalia.

Cette métropole donna au coin des obolefi frappés dans son port Lakydon, sa croix encordée.

Glanon mit sur le revers de son argent un taureau (pi. III, 8), et c'est un des coins avec lequel Massalia marqua son chalkos , son cuivre.

L'argent de la métropole observait invariableinent son double coin ; le cuivre présente une quinzaine de différences qui certainement n'envahirent pas tout d'un coup cette petite monnaie, mais successivement, à différentes époques. Je compte volontiers pour la première de ce nombre , l'empreinte au taureau. Elle la frap-

(295) Cssar debello ciy. 34 , 57.

paii de cette empreinte , dans la ville même , dans le port Lakydon; et la donne au cuivre du bourg voisin Samnagia (pi. VI, 18). Toutes ces villes grecques, à Fexception de /lAodanotisîa, inscrivaient leurs noms, à Texemple de Hassalia , MA22A.

MAXS^ÂAmxnN. AAKTAaN. rAANIKXlN. i:AMNArHT... KAINIKHTflN. ANTinOAEITftN. La monnaie d'AntipoUs est postérieure (ai6).

55. Mcmnaies des peuples voisins de Massalia , leur épigraptiique grecque.

Les Gaulois des enviTon$,avaient donc toujours plus d'exemples de la monnaie inscrite ; leurs voyageurs leur en apportaient d'autres de l'Asie, qui avaient aussi des inscriptions d'un autre genre, c'est-à-dire royales. Ces dernières ne pouvaient s'adapter à leur élat social et politique ; en inscrivant la sienne , ils imitaient plutôt les Massaliens.

La ville de Beterra, en copiant le coin royal des Gallo-Grecs,

inscrivit sur son cuivre, son propre nom BHTAPPATIC.

Aussi Némausos inscrivit la sienne, NAMASAT (pi. VI, 19).

n est bon d'observer la différence de ces inscriptions de celles

que postérieurement la langue romaine formulait, différence

dérivant de la prononciation et de l'orthographe massaliotes ,

où les t , e, prennent le son de a. Aussi la manière grecque était

Massilia M.^,r»Ai* d'appeler les villes , peuples : ce n'est pas

Caenicenses Kairix,?*' monnaie de Massalia, Beterra, Némausus,

Beterra B,1app« mais des Massaliens , Béterriens , Némau-

Nemausus N«^a^« ^i^^^g ^^ considérant l'imitation du coin

(236) Voyes le catal. de Coobr. sous ces nums : Mionnet , et spécialement les deux ouvrages de de Lagoy» sur les médailles de Massalia et des Gaulois. — Revue uumism., t. III , p. 220 etsuiv. — Rhodanousia, seule, offre une monnaie sans le nom de sa ville; Pô^ar«v0-«a fut placée à Test d^gatha (Steph. Byz. h. V. ; Scymn. 207; Sidoo. Apollin. I, ep. 5) ; appelée aussi Rhoda PôXn (Strabo IV, p. 180, Plin. III, 5 ), elle était considérée comme colonie des Rhodieni ; aussi son coin est analogue à celui de l'fle de Rhode , à la tête du ■oleU et de la rose pilb» , allusion au nom qu*elle portait avec les lettres MA , ugaea de dépendance à Massalia. L'oiseau couvrant la joue du chef de soleil, est aussi marqué de Rhode. L'origine dorique de Rhodanousia, peut-être ne lui permit pas de niéler son nom avec le nom de la cité Ionienne, qui la dominait. Ofl attribue à Rhodanousia des monnaies au type massalien , où Ton voit une rose placée à côté du lion , ou une rose suspendue à l'oreille de Diane. — 11 est bon de ne pas confondre Rhodanousia, qui s'appelait aussi Rhoda , avec Bhoda située au versant des Pyrénées en Espagne.

asiatique du lion courant réuni , à Fépigraphique impraticable sur la monnaie ancienne de la Gaule, introduite à la manière et à Torthographe de Kassalia, il faut conyenir que ces inscriptions précédent l'invasion romaine, et sont postérieures aux relations rétroactives avec les colonies gauloises de l'Asie. Elles parurent donc entre les années 200 et 154 , et les premières légendes de la monnaie gauloise sont, sans contredit , en caractère purement grec.

La monnaie de OKIPT , au coin du lion massalien (pi. VI, 17), peut donc prétendre à ces temps reculés. Elle est attribuée trèsingénieusement aux Trikoriens. Une autre, ayant aussi dans son empreinte un lion, comme celle des Trikoriens, offre une inscription de CErOBI (227), et rappelle les Ségoreiens, Ségoregiens ou Ségobrigiens , qui , sous le chef Nannus , aidèrent à fonder Massalia. On ne sait pas l'emplacement de ce peuple antique , mais le nom de Ségoîens, dans la nomenclature gauloise, appartient plutôt au midi de la Celtique. On y a des Ségusiens , Ségoviens , Ségalauniens ou Ségovellauniens , entre le Rhône et les Alpes; on a la capitale des Ruténiens, Ségodunum. La monnaie de Segobi, serait donc des Ségovellauniens occupant les deux rives du Rhône avec leur capitale Yalentia (328); ou des Segoviens, montagnards peu éloignés des Tricorlens (239) ; elle prouverait et l'influence directe de la monnaie massalienne et l'extension d'une certaine autorité de cette cité.

Les monnaies de ATE. AOVE. KATP. d*jévmio eide Kavares peuvent prétendre à la même ancienneté , au moins la demidrachme, le chalkos au coin du sanglier, ainsi que celle au coin du bouc courant , où l'on remarque plus de caractère cel* tique et de symboles.

(287) CoDbr.635.

(3j8) Flin. 111, 5; Ptolem. geogr. Il, 10.

(229) lit sonl du nombre de douse civitates du domaine de Cottius. Voyez rinscription dans Muratori, thés, ioacr., t. I, p. 74, 1094. mieux éditée dans Maffei, mus. veronente 1749, fol. etdan« niusei taurin. append., p. ccxxuv. — Voyez Millioi voyage en Savoye, t. I, p. 107. Spécialement sur Sègoviens; Durandi, il Piem. ant., p. 32, le ville di Souse e di Seuyes, tra Oulx et Susa , rappreseutano il siti de* Segovii, i quali si stcndeano a meuodi ne' monti fin verso la sorgente délia Dora Biperia, dove in alcune ville e sitialtri vesligi rimaogono del lor nome. — fiimard ap. Murât., p. 75, et Maffei mus. veron. ^ t. I, p. 337, assignent mal leur emplacement.

Mais les pièces sur lesquelles on remarque des lettres latines, sont postérieures à l'invasion romaine. Aussi , toutes les mon* naies inscrites des Yolks , sont de cette dernière époque. Dans les temps précédents , les espèces muettes , au coin cruciforme , ou de la hache, ne cessaient de circuler et d'être fabriquées. On en a de carrées, et à une empreinte qui ne peut trouver place en entier sur le flan. On pourrait supposer que par une rognure faite après coup , on a voulu diminuer leur poids , si beaucoup de ces pièces singulières n'avaient pas un poids montant à 66 grains. II y en a cependant qui ne donnent que 48 grains et même S8, poids denarial. £n effet, il semble que le coin cruciforme et de la hache conserva encore son symbolisme muet et n'a jamais admis d'inscription grecque. S'il accepte la latine , il £iit alors évacuer la croix de tous les symboles. Dans le pays des Volks, avant l'invasion romaine, les seules espèces de Beterra et de Nemausus paraissent inscrites , elles sont au nouveau type, celles de Beterra sont au lion courant et au cheval fantastique, celles de Nemausus, au sanglier et au cavalier.

&6. Nemausus, Maus, Ninno.

Nemausus est considéré comme capitale des Yolks arekomiks (33o). Sa monnaie à l'empreinte du sanglier sur les pièces en cuivre, est inscrite NAMASAT (pi. VI, 19) (23i),sur les pièces en argent MAY (sSs). On pourrait conclure que les monnaies de NINO. NINNO. NINNOC , ayant aussi une tète nue et imberbe tfun côté, un sanglier de l'autre avec MAY ( pi. lY, 26 ) MAYC. DVAM. /coxuo-, sont aussi de Nemausus ; que par conséquent, et les pièces à la même empreinte , ayant des deux côtés le nom de NINNO., sont aussi de la même ville (233). On a voulu reconnaître , je ne sais par quelles bonnes raisons , dans ce Ninnus , un Mercure , et attribuer la monnaie à son nom , aux Séquanais (234). La tête nue et tressée de ce Ninno , n'offre rien qui

(a3o) Slrab. IV.

(33i) De Lagoy 24, Petau, p. 1041. Mionnet donne NAMAVSAT.

(23a) Mionnel SI, 82, 85; Conbr. 512, 515.

(333) Mion. 87, 88, 89 ; Conbr. 510, 638; Petau, p. 1042.

(a34) Haverc. nott. ad Oros. VI, 7, p. 388. Mercarius ex ala qiiae petaso ^jusdem adfigisolet Descendus. Effectivement Havercamp a cru apercevoir ces Biles dans les tresses de la chevelure de Ninnos. — Les monnaies inscrites Ninnos et Mauc, furent par plusieurs numismatistes, attribuées aux Marses et

se rapporterait à Mercure, tandis qae rinscriplioa dirige vers Némause , aussi bien que le sanglier et la tête nue et juvénile.

Une autre empreinte connue de cette ville, offre sur ooe demi-drachme, d'un côté, une tête de femme à gauche, de l'autre côté un cavalier à gauche, tenant deux lances dans sa droite. Il est rare de rencontrer sur la monnaie gauloise des cavaliers portant des armes doubles. En attendant , on connaît une télradrachme coulée , médaillon en argent , o£Erant d'un côté un profil diadème entouré de festons, de Fautre un cavalier à droite , portant épée et palme avec l'inscription NONNOS» elle pèse Sâi grains (235). Il euste des médaillons analogues du même poids des tétradrachmes frappées, dont un côté offre un profil adroite dans une couronne , de Fautre côté , le cavalier à droite tient une épée , avec l'inscription SONNON, elle pèse S21S grains (a36). 11 est évident que ces médaillons tétradrachmaux, frappés et coulés, sont de la même spécialité. L'exemplaire coulé , qui ne donne pas le coin en sens contraire , semble indiquer la vraie lecture de Finscription des pièces frappées ; il faut la lire, sur la pièce frappée, à rebours, Nonnos Noi/ua; ; nom correspondant à celui de Ninno : comme le cavalier chargé de Fépée et de la palme? est analogue à celui de Namause, qui est armé de deux lances.

Une tradition portait, comme nous l'avons dit, qu'un NannuSj chef gaulois , prêta aide aux Phocéens qui abordèrent à la Celtique , il donna sa fille en mariage à un de leurs généraux qui allait fonder Massalia. Ne serait-il pas possible que Némausns, imitant les manières grecques , devint ami de Massalia , et se disant plus ancien, s'appropria cette tradition, pour avoir plus de mérite auprès desMassaliens, et en faisait parade sur la monnaie, en y introduisant le nom du premier protecteur des Massaliens, considéré comme patron tutélaire, comme génie de JVémaitmSy qui s'appelait Namasa et portait aussi le nom de Nenniso civitcLS (aB^). Nannos, Nonnos, Ninnos ne diffèrent que par Forthographe que le temps changeait. Nannos comme Na-

Maruccins de l'Italie , Beger thés, brandeb. I, p. 511; Gesner, niun. vir. illustr. 5, fig. 29, p. 101,Gus8ème V, p. 262, Eckhel, cat. I,p. 13, n. 9, 10, il. Dans Mauc, Beger trouva MAVR j Eckhel, IVAN (Mauc rétrograde).

(235) Mion. 90, Gonbr. 520. Aussi uue médaille muette : cavalier tenant lance et palme «. OT. Coob. 95.

(336; Mion. 139, 140; Conbr. 574.

('^37) Tabulas Feutingerianœ segmentum I.

niasa dans la prononciation des Massaliens ; Nonnos dans celle deNémausus; Ninnos du temps des Romains, quand Massalia s'appelait Itfassilia : aussi les pièces inscrites Ninnos sont du poids du denier romain. Certes , toute cette conjecture est hasardée, cependant j'en vais proposer encore une autre, aussi téméraire , quand on ne voit pas les pièces sur lesquelles on discute.

On connaît deux pièces, de différentes empreintes, dont les longues légendes sont plus qu'analogues à Nannus et se rattachent à l'époque où Tépigraphique monétaire devenait plus verbeuse. D'un côté elles ont une tête ; mais au revers elles offrent un lancier au manteau flottant , quelqu'autre, un char. Les l^endes y sont (aSS) : Ne retrouverait-on pas dans ces lé-

NeiNNooAnATOG gcndes, Neinnos Nmacs ou Nmnoolelaos ?

HEioNOQNNvoG II faut OU voîT analyser.

Némausus, en s'emparant du monnayage et suivant les coins des Grecs, pouvait varier dans son choix comme Massalia variait suar son bronze. Aussi on attribue , non sans quelque apparence pkusible , une monnaie en cuivre fondu , où Ton a , d'un côté un bélier debout NAV/c^u , de l'autre une tête imberbe casquée APHTOIAMO>- (aSg). Gomme le sanglier se retrouve également à Nimes et à Avignon , ainsi la chèvre et le bouc d'Avignon, correspondraient avec le bélier de Naumu. Cependant 'AptfToia/ioç peut signifier toute autre chose que le nom d'un chefnimois (a4o).

^7. Marche du monnayage ancien; changements dans le centre de la Gaule,

relatif^ aux métaux et à la fabrication.

Comme nous allons nous entretenir de la formation et de la marche du nouveau type gaulois , il convient d'abord de prendre en considération la grande différence qui existe entre le monnayage précédent et postérieur.

Il ne faut pas perdre de vue cette marche générale et constante dans l'antiquité, que partout on se servait d'abord , pour la fabrication des monnaies, du métal de la haute valeur de l'or , de l'argent , c'est-à-dire , qu'on faisait de la grosse monnaie , et de la monnaie blanche , avant de la contrebalancer avec la petite

(938) CoDbr. 420, 355.

(339) Conbr. 362.

(240) Vuyes plus bas notre chapitre 103.

monuaie, le biUon. La péninsule italique qui se servait, dès le commencement , uniquement de bronze, pour son numéraire, ne fait aucune exception; car ses espèces étaient grosses par leur volume , par leur poids ; ses as , ses semis étaient de haute valeur et pouvaient se comparer à l'argent. Cette grave et grosse monnaie pesante,ne changea sa position qu*avecrintrodaciioii de la monnaie blanche dans la haute partie de la péninsule étmscoitalique , et du cuivre dans sa portion basse , chez les Grecs.

Ce changement s*est opéré à la même époque que le changement dans le monnayage des Gaulois. Chez ces derniers , la marche du monnayage, dirigée par l'impulsion grecque, ne pouvait pas prendre d'autre partie; malgré son isolement, il dépend de la direction générale , il est traîné toujours plus strictement, à la remorque du monde civilisé.

L'or et l'argent sont des matériaux des premiers âges; le potin, le cuivre, toute sorte de bronze font une grande invasion dans le dernier âge, et éclipsent et l'or et l'argent même.

La grandeur des pièces ofiFre beaucoup plus de grand module dans les premiers âges , et n'en donne aucun exemple pour le dernier âge de ces médaillons du plus grand module : le grand module même, pour les derniers temps, devient introuvable. La dimension du cuivre est aussi petite, rarement on en voit quelques exemples d'une plus grande (pi. II, 23 ; VU , 10 , 41 ). Le potin qui s'est emparé de l'ancien type dans l'Armorik, soutient plus longtemps le volume du grand module.

Désormais, au lieu de fabriquer les tétradrachmes, les didrachmes dans le centre de la Gaule (pi. II , 31 ) , on va multiplier les drachmes et les demi-drachmes (pi. II , 17 , 18, 19). Le poids, conformément au volume de 3S6 et de 168 grains, descendait à 84 et 42 grains.

L'inégalité du poids , surtout dans la grosse monnaie de cette période de changement, prouve , ou qu'elle était réglée à l'aloi, ou qu'on fabriquait les drachmes avec des fractions, ou enfin que le poids et la valeur fléchissaient graduellement, surtout au moment où le système dénarial est venu remplacer le système drachmal. — La méthode de la fabrication change.

L'ancienne manière concave s'aplanit toujours plus sensiblement , sort d'usage et en est reléguée vers les plages du nord , où elle est observée plus obstinément.

En général, l'or et l'argent perdent l'élévation de leur côté-chef,

enfin ils sont pelotés et à un flan bien étendu très - aplati (pi. III, 19, 88).

L'airain suit la même règle avec quelque restriction. On peut le classer sous le rapport de son flan, et considérer comme plus anciennes, celles de ses pièces qui , avec leur convexité assez considérable, offrent de l'autre côté une concavité plus prononcée ( pi. Il, 23; Y, 14; VI, ...). La convexité de Fairain prolonge généralement son existence, et prend une forme globuleuse, bombée, favorisée par la fonte de la monnaie (pi. 1 , 18; IV , 24, 29); au reste, elle se conforme à la manière également aplatie de chaque côté , ce qui caractérise les dernières années du monnayage (pi. IV , 81, S2, 84, 56, 61 ; V, 18, 15, 16; VI, ..).

Toute la monnaie antique , sauf le flan coulé, est frappée et appliquée au marteau. La Gaule apprit cette méthode des Grecs. Dans ces derniers âges, grand nombre de pièces est simplement coulé ; l'airain , le bronze l'est en masse , sans être touché du marteau. Il ne cède qu'au moule et à la lime, mais on a souvent négligé d'enlever la barbe et la queue de la fonte.

On peut avancer que cette méthode arriva de l'Italie, mais il faut observer qu'elle n'introduisit point de formes italiques : ni l'ancienne monnaie pesante , globuleuse , qu'on connaît uniquement au centre de l'Italie ; ni la postérieure qui changea les triens , les quadrans en une tranche du bas du cône , gracieusement aplanie , et qu'on rencontre en Italie et en Ibérie , et jamais en Gaule : cependant la méthode de la fonte étant sim^ plement appliquée aux formes gauloises - grecques , introduisit isolément quelques formes du bronze italique (pi. IV , 5 ; V, 15, 16), mais c'est cette forme qui dominait en Italie à l'époque de la guerre sociale (dans les années 91 , 88).

f\B, Changement dans le coin du centre ; caractère du nouveau type.

C'est sur du bronze que conmience à se former le nouveau coin. Bientôt il introduit quelques innovations dans l'ancien et appelle l'or et l'argent à de nouvelles inventions. C'est la période danslaquelle le plus beau monnayage gaulois arrivait à son comble. Le nouveau coin , par sa pensée moins mystique , moins silencieuse , secondait indirectement ou directement le déve^ loppement brillant de l'art.

Le cuivre arrivant avec des nouveautés du midi et du levant, rencontra sur plusieurs points le potin qui venait du couchant et du nord avec son antique physionomie. Fraternisant entre eux , ils associèrent à leur compagnie, le fer et différents autres mélanges de métaux inférieurs.

La confusion des métaux inférieurs n*amena aucune fusion du type ancien avec le nouveau ; celui-là resta en général incorruptible , et jamais il n'a repassé sur le cuivre ; mais comme il s'était communiqué antérieurement au potin, aussi dans de nouvelles conceptions, l'or et le cuivre fraternisèrent ostensiblement, et les nouveaux coins inventés pour l'or repassent sur le cuivre comme le pégase , et le profil de l'oiseau.

L'argent, avec ses anciennes manières et ses nouveautés , se tient isolé , participe peu à ces échanges et se montre moins explicite que les autres métaux.

Le nouveau type diffère de l'ancien et change son génie sous plus de rapports. D'abord, c'est pour mieux distinguer les espè^ ces du second ordre qu'il se tient séparé de l'ancien ; puis il résulte directement du progrès de l'art, qui n'a aucun égard pour les formes convenues antérieurement; enfin, ce sont les dispositions de l'esprit national , le concours des événements , des nouveautés , et l'influence des coins étrangers qui lui donnent une autre pensée et menacent la grosse monnaie.

La tète, le cheval , le cavalier et quelque peu des anciennes marques secondaires , sont les seules liaisons des deux types, et ils prennent un autre aspect dans le nouveau.

Le nouveau typeue veut pas admettre le cheval androcéphale, donne congé au cheval conduit, il renvoie la plus grande partie des signes secondaires, symboles ou emblèmes, pour les remplacer'par plusieurs autres nouvellement accrédités, qui sont plutôt ornements que symboles, plutôt emblèmes politiques que mystiques : par conséquent , les roues , les festons , les garnitures , sont plus fréquents.

En donnant hospitalité et refuge à de nombreux animaux , volaille , gibier , il change la monnaie en une ménagerie, où ils foissonnent jusqu'au dernier jour de la monnaie gauloise. C'est surtout le bronze , qui devient en même temps un parc et une basse-cour.

L'argent muet accepte dans son coin le cerf, le chien , le lion, le loup , la licorne , la chèvre , le cheval marin , le sanglier et

quelques quadrupèdes iudéterminés ; le bronze muet compte dans son coin, le cerf, la licorne, le cheval marin , le sanglier, le bouc , le bélier , le lièvre , le taureau , le lion. Fours , Télé* phant , et différents quadrupèdes indéterminés , Taigie et quelques oiseaux (a4i).

Le cheval de plusieurs races , bondit également sur tous ces métaux , mais celui de la race celtique fait fuir les races symboliques, affaiblies et dégénérées, et fraye le chemin à d'autres races que le goût national adopte.

Il ne manque pas de créatures étrangères mystiques appor* tées des pays visités par des voyageurs , tels que griffon , capricorne , pégase , sphynx.

Encore des reptiles , insectes , poissonnailles , oisillons , animalcules terrestres , aquatiques parsèment ce coin si animé.

Enfin on y voit des figures mystérieuses , comme gardiens du secret de quelques nouvelles doctrines occultes, debout, assises, accroupies , à genou, en course et dans différentes attitudes.

Plus on a de conviction que les monnaies sont des derniers temps, plus le coin est envahi par ces animaux et ces créatures.

U y a encore une circonstance qui caractérise singulièrement cette époque , c'est la masse énorme de toute sorte de bas métal , coulée. Ce type et la nouvelle manière de fabriquer sous le rapport du flan , du métal, de l'art, de la gravure, de la moulure, sépare la nouvelle monnaie et son type , de l'ancienne et de son type.

Quelques empiétements de part et d'autre , sont des choses extraordinaires , suite d'abus , d'inadvertance , de combinaisons locales , de la confusion et du désordre qui accabla vers la fin l'esprit celtique. De petites pièces en argent et quelques médaillons même à l'ancien coin coulés ; un cheval conduit ou supervolé par une victoire (pi. Il, 23),. un verrat comme coin principal sur l'or (pi. IV, 88). (242) , maintes autres particularité» communes aux deux types , sont des points de contact y points de ralliement, qui ne doivent point jeter de confusion, mais lancer quelque lumière dans la fixation de l'époque ou de la localité des espèces. Nous les saisissons avec empressement toutes

(s4i} A mon avis, le mulet, le dromadaire, le bison^ ii^exisient réellement pas dans le coin gaulois, ils ne sont que le produit de rimagination des descripteurs ou dessinateurs.

(943) Conbruuse, 532, b.

les fois qu*ils se présentent à notre attention, pour en tirer des conséquences, nous les reportons aux perturbations sous les^ quelles la race gauloise va fléchir.

59. Confusion dans les recherches des cultes anciens ; nécessité de

distinguer le druidisine.

Comme le coin emblématique de la monnaie gauloise est imprégné du mysticisme, du symbolisme religieux, la question du culte gaulois , de la doctrine druidique, est la plus importante ; malheureusement elle est, i mon avis, la plus obscure, tant par le manque de monument et de date sur les changements survenus de temps en temps dans le culte de différentes nations , que par la direction qu'ordinairement on prend dans des investigations, où Ton augmente les ténèbres par la confusion des idées , par des hypothèses formées au hasard , soutenues fantastiquement.

On s'imagine un culte universel, identique pour tous les peuples, sans égard aux haines qui les divisent, sans faire attention qu'ils s'entre-détruisent. Le culte de Baal à Babylone , et à Karthage fut combattu non-seulement par les adorateurs de Jehovah , mais aussi par les adorateurs de Zeus et de Jupiter. Le druidisme fut attaqué et détruit avec violence par le dieu du Capitole, défiguré par la coopération de différentes doctrines. L'influence réciproque des cultes même ennemis , et le système du syncrétisme qui dominait les Grecs, qui organisa enfin, sous le chef des dieux de FOlympe, un galimatias de débris de tous les cultes hétérogènes . fit imaginer aux investigateurs cette conformité , cette identité controuvée. Ils renvoient l'origine de ehaque circonstance spéciale aux temps les plus anciens , et chaque particularité qui entrait dans les cultes consécutivement. Hérodote, initié dans les mystères d'Eleusis, dit positivement , que de son temps , de nouvelles doctrines de l'Egypte y furent introduites ; on s'imagine cependant que toute la science de l'Egypte es^stait dans ces mystères dès leur premier établissement, qu'oii y prononçait les paroles braminiques kongs om pax , le jour de leur première ouverture. Le vieux Caton s'effarouchait et s'acharnait contre les bacchanales et les nouveautés grecques et étrangères qui allaient dépraver le culte de sa république. Gicéron se désole que de son temps les augures ne suivaient plus les règles antiques dans leur pureté , les règles que la doctrine étrusque prescrivait. Une multitude de circonstances

TROISIÈME PÉRIODE, AGE D'AlRàlN. 128

parlent de la transfiguration des doctrines romaines et italiques; cependant on recherche opiniâtrement l'existence des fantaisies grecques du temps du Numa et du temps qui Ta précédé. Aussi la danse des prêtres saliens, red an dro, était aussi toujours dansée par les Bretons et les Saliens.

Je comprends Tinsuffisance et le défaut de toutes ces recher^ ches , mais j'avoue que je suis incapable de proposer des résultats clairs qui apporteraient la lumière au type gaulois. Je pense que Tanaiyse du type, peut plutôt jeter quelques rayons sur la confusion qu'on ne cesse d'inventer en scrutant les cultes des anciens, et, à mon avis, le type de la monnaie gauloise, ne saurait dire si le culte druidique est père des autres cultes de l'univers; s'il y a identité avec celui des chaldéens ou bramins, s'il dérive de l'égyptien, karthaginois ou étrusque, s'il possède les doctrines stoîques ou quelque autre théosophique ou philosophique de l'orient ou de la Grèce : mais il peut assurer que le druidisme existait indépendamment d'autres cultes, avait ses propres maximes , ses cérémonies , ses instruments , ses signes et symboles , son langage qu'il imprima d'abord dans le coin macédonique , accepté pour type monétaire de la Celtique.

Ce type invite les scrutateurs des mystères de l'antiquité , d'établir avant tout , chaque culte à une époque déterminée , dans toute sa pureté, indépendamment des autres ; et celui des druides , conune il était eu lui-même, abstraction faite de toutes les modifications qu'il subit par l'influence ultérieure, et de l'origine commune qu'il pouvait avoir avec quelque autre : car si l'on admettait même quelque conmiunauté de la nature des cultes de plusieurs peuples, on devrait rechercher les différences locales 9 qui se forment dans l'espace des siècles , surtout dans le monde ancien où les communications humanitaires étaient excessivement lentes, et souffrirent d'énormes interruptions; et retrouver comment ils diffèrent maintes fois radicalement sous tous les égards.

Le type monétaire gaulois manifeste que la doctrine druidique fut dans le courant des temps , affectée par l'influence étrusque, au moins dans sou langage extérieur. Ni la langue religieuse des druides , ni les noms des divinités celtiques , n'offrent aucune consonance avec la langue religieuse des Lukomons , ni avec les appellations des divinités étrusques , mais les signes monétaires de la Gaule se conforment graduellement au coin étrusco-italique;

ils se rattachent au langage symbolique du droMisme, empreint sur les espèces celtiques ; enfin , ils font une invasion dans le coin gaulois, à tel point, qulls offusquent les démonstrations de la doctrine druidique. Or, Finfluence étrusque modifia le druiduisme, sinon au fond, du moins dans son extérieur. On peut même avancer , qu'elle affaiblit la vigueur du druidisme et accéléra sa chute dans les Gaules. La tolérance , les concessions faites aux manières étrangères ^ la fraternisation avec les autres cultes, engendrèrent le goût pour les nouveautés, et amenèrent graduellement Findifférence et Taversion pour les dogmes antiques du culte national. Cette marche des choses préparait l'introduction du culte gréco-romain, la dépravation du coin, enfin , la chute de la monnaie.

60. Comparaison des Romains avec les Gaulois, sous le rapport de la

superstition et de Tesprit religieux.

A Rome la diversité du culte séparait la caste patricienne de la race plébéienne ; la religion était la cause ou le prétexte de leurs divisions , qui ne furent aplanies , qu'après que les consciences se furent calmées par de nombreuses restrictions* Le coin de la monnaie répondait aux résultats de cette agitation. Le bronze de l'origine italique et étrusque était marqué avec les tètes de Janus et de Jupiter, et quand les espèces en argent forent introduites par l'influence extérieure , elles reçurent l'empreinte des dioscures et du bige ou quadrige grec, pour lequel l'esprit latin était plus accessible, plus sympathique. Les idées vivantes et animées de l'imagination poétique et pittoresque ; les cérémonies désordonnées des bacchanales , blessaient la pensée sérieuse et sombre de Aesar et de Janus, plus enfermée dans le spiritualisme , plus adonnée à la vie corporelle.

Ce n'est que cinquante ans après la sujétion de la Grèce qu'un sénatus-consulte ( en 97 ) décréta la défense des sacrifices humains, mais encore, en particulier, on immolait des victimes humaines (a43). La peur du nom gaulois faisait recourir à des pratiques superstitieuses, et pour éluder les prédictions au commencement de la guerre avec les Gaulois (en ââ3), et pendant la seconde guerre punique (en 216), à Rome, on enterra vifs,

(a43) Pliii. XXVUI, 2î XX, i.

un CiâQlois et une Gauloise, un Grec et une Grecque, sur la place Bovine, destinée à ces sortes de sacrifices extraordinaires (a44)- A chaque triomphe ou oyati<Ni , Télite des captifs , conduit publiquement pour augmenter la pompe- delà cérémonie, était Youé au grand holocauste, massacré avec la hache des bourreaux , et avant qu'on entonnât des hymnes d'allégresse devant l'autel de Jupiter Gapitolin, un licteur apportait au cortège arrêté la nouvelle du sacrifice, en prononçant ces douces paroles : « les barbares ont vécu» (245).

La sévérité de l'esprit romain rendait hommage à la philosophie et 4 la douceur des mœurs grecques : mais elle se plaisait dans la lubricité chamelle italique ; elle aimait à s'abreuver du sang des gladiateurs , sacrifiés par milliers pour un bon plaisir (346).

Mais les Italiens, les Étrusques, et ces Romains si avides de sang , appelaient les Gaulois , barbares , sauvages , sanguinaires , à cause qu'ils se plaisaient à montrer leur bravoure , en combattant tout nu , ou nus jusqu'à la ceinture ; qu'ils suspendaient, à des harnais de leurs chevaux les tètes des ennemis tués sur le champ de bataille , ou les portaient parfois comme trophée sur leurs piques (347); qu'ils destinaient quelquefois le crâne d'un ennemi à l'usage de leurs sacrificateurs, comme gobelet (^4^); qu'ils immolaîent^à certaine occasion, conjointement avec des coupables exécutés pour leurs crimes, des honunes , comme victime expiatoire qui devait calmer le courroux divin (a49).

(a44) Liv. XZII, 57 ; Plin. 1. c. ; Piut. in Marcello , p. 209 j id., qocBst. rom., p. 283 ; DioCass. ap. Vales. p, 77; Tiet. 3, schol. io Lycophr. Casgan. 605 ; Oro», IV, 13 ; Zonar. VIII, p. 68 (403). — Encore du temps de Jules- César, en 46, le pontife et les prêtres de Mars immolèrent à Rome deux victimes humaines (Dio Cass. XLIII, 28); et plus tard du temps de Vespasien, (Plut., quaBst. rom., p. 283).

(«45) Joseph, dehellojud. VII, 24 ; Cicero in Verr.30 ; Liv. XXXVI, 15 ; DioCass. XL, 41, XLIII, 19.

(346J Sanguinem quoque gladiatorum bihunt, ut vlventibus poculis., Plin. XXVIIl, 2.

(247) Liv. X, 26; Diod. Sic. XIV, p. 455, V. p. 212.

(248) Liv. XXIII, 24.

(a49) Cœsar VI, 16; Cicero pro Fonteio 10; PHn. VII , 2; XXX, 4; Plut, de superstit., p. 17; Suet. in Claud. 25 ; Lucan. 1 , 444 ; Mêla III, 2,3; Solin.2l;Lactant. I,2l;Minut.Fel. 30; Eiislath. ad. Iliad. XXIII, p. 1294; Augustin, de civ. dei. VII , 19.

Les pontifes à Rome dirigeaient les sacrifices et les augures, la superstition et les présages ; les fonctionnaires civils disposaient des spectacles sanglants des gladiateurs.

Chez les Gaulois , les druides veillaient sur les augures et la justice, sur les sacrifices sanglants et les condamnations , laissaient aux guerriers le triomphe inanimé des cadavres de lennemi vaincu.

Les pontifes romains remplissaient leur charge comme feoctionnaires portés par des suffrages civiques, intervenaient dans toutes les modifications et transformations que la doctrine, les augures, le rite, le culte allaient subir par la coopération variée du syncrétisme.

Les druides formaient un corps séparé et compact , qui , influençait par un ascendant décisif, l'action publique , qui gardait la pureté de la doctrine, des dogmes, des cérémonies, da culte ; animé de l'esprit exclusif, il résistait à toute innovation et dépravation , et peut-être il ne put empêcher toute influence hétérogène, avant que le destin décidât de leur sort. Us auraient plutôt péri eux-mêmes que de laisser défigurer leur science.

Dans la Celtique , le corps des druides avait une autorité et un pouvoir immense , formait une unité sous un chef. Il arrivait quelquefois que les suffrages du corps se divisaient, et les armes décidaient.du choix (aôo). Il est donc nécessaire que des schismes déchiraient l'unité, et des anathèmes fulminant de part et d'autre séparaient les discordants. Aucun fait ne nous est relaté qui prouverait des scissions durables de cette nature, aucun peuple schismatique n'est nommé par des événements historiques : cependant la possibilité de désunion doit être notifiée qui pouvait agir , si ce n'est sur la doctrine , au moins sur l'unité de la hiérarchie druidique.

61. Le cnlte celtique des Gallo-Grecs et des Cisalpins , renversé à la

chute de ces peuples.

Les colonies éloignées et la Gaule méridionale furent certainement les premières qui commencent les défections. En Asie, il y avait chez les Gallo-Grecs un grand prêtre de la mère des dieux; il était anciennement une espèce de souverain; il résidait à Pessinus. Mais son autorité diminua beaucoup depuis que les

(25o) CaBs. VI, 13; Strabo IV.

Galates s*y sont établis. Les Galates rappréhendaientpea, et le corps des prêtres , étendant par ses mystères des relations trèsétendues dans l'univers , au moment de Finvasion de Manlius , se déclara pour les Romains (25 1).

Cette défection , suite des mésintelligences , ne sont d'aucune preuve pour le culte que les Galates confessaient à cette époque ; moins encore ces divinités grecques qui figuraient dans le coin gallo-grec. Les prêtres de Pessinus étaient irrités delà perte de leur autorité et songeaient à la recouvrer; les divinités de la monnaie n'étaient plus qu'une marque convenue, donnant de la valeur a la circulation.

Le grand conseil et les tétrarques des Gallo-Grecs, se rassemblaient dans un lieu, qu'ils appelaient dans leur idiome Ihyruh metan^ Apvvcufjtsrou^ peut-être à cause que les feuilles des chênes sacré», dru, donnaient de l'ombre à l'édifice du temple nemet, et à leurs réunions nombreuses ; mais si, dans ce même lieu , oà quelque part ailleurs, dans leur pays se trouvait une retraite pour les druides du culte celtique , c*est sur quoi on n'a point d'indices rassurants.

Le sanctuaire du pontife de Pessinus , n'était pas ce rouvre chargé du gui , mais un temple magnifique qui existait avant l'arrivée des Gaalois , étranger à leur culte national , où l'on adorait la déesse mère des dieux , nommée Agdistis (sS^). Cette fameuse déesse n'était qu'une divinité frygienne (a 53). Elle favo* risait les Romains , et les Romains ont eu une grande vénération pour elle (354). ^^ augmentèrent la célébrité du temple de Pessius , en le privant de l'objet du culte . en transportant à Rome, d'après les oracles de la sibylle , la statue de la déesse (s65).

On ne saurait dire s'ils offensaient la religion des Galates par cette honorable privation : mais ce qui est certain , c'est qu'aucun fait ne prouve la participation des Galates au culte phrygien , avant l'invasioa romaine ; et leur participation ne se manifeste que cent ans plus tard. Il faut en conclure que c'est sous la domination romaine que les Galates abjurèrent le culte celtitique ; qu'auparavant ils persistaient dans la croyance de leurs

(a5i) Liv. XXXVTIl, 18, Suid. vocé; riAAoï.

(a5a) Sfrabo XII, p, 567, 508.

(a53) Strabo X, p. 469.

(a54) Cicero, pro Sextio ; de harii.<ip. resp.

(255) Cicero, ib.; Strabo XII, p. 568.

ancêtres , et lui restaient fidèles dans lears grandes assemblées à Drunemet : qu'ils eussent ou n'eussent pas de druides , leur foi ne grécisait point , n'asiatisait pas , comme le coin de leur monnaie ; et en immolant , suivant leur rite, les enfants enlevés et les captifs à leur divinité sanguinaire , ils ne cessaient de s'attirer des cris de réprobation(a56). Gène fut que cent ans après que le joug leur fut imposé , qu'on nomma des femmes gauloises prêtresses de divinités asiatiques (957); un Gaulois, Dytoet, fils d*jédiatorix, prêtre à Comane (:258); un Gaulois, Brogitar, pontife à Pessinus. Encore ce pontife impie, infidèle, trafiquait de ses devoirs sacrés , achetait le sanctuaire , comme un mécréant , un traître et un imposteur , et ses sacrilèges étaient récompensés par une couronne royale (aSg).

Cependant 9 relatant ces faits sur lesquels Amédée Thierry, fonde son opinion à laquelle j'adhère volontiers, je dois rappeler l'anecdote touchante de la fameuse Kamma. Méditant de venger son mari assassiné par un dynaste, elle se réfugia dans le sanctuaire d'Artémise ( Diane) , où elle possédait la prêtrise de ses aïeules (960). Admettant que son mari tétrarque vivait dans les derniers temps de l'existence des tétrarchies , vers l'an 90, il en résulte que certaines familles de Gallo-Grecs participaient au culte étranger d'Artémise, peu après leur établissement en Asie. Ces acceptations de doctrines étrangères furent particulières à des individus ; mais le corps de la nation célébrait ses fêtes, ses sacrifices et ses assemblées à Drynéméton.

On n'entend pas parler des victimes humaines immolées à ]a divinité gauloise dans la Cisalpine , mais on y voit des temples. Les.Boïens en avaient un chez eux , qui était d'une grande sainteté. Ils y déposèrent ( en 225) le gobelet doré fait du crâne du consul Posthumius qui périt dans la bataille (361). Les Insubres

(956) Quum vix redimendi captÎTos copia esset, el mactatas humanas hoitias immo latosque liberos suos audirent. Liv. XXXVIIIi 47.

(257) Inscriptio Ancyrana ap. Tournef., t. IJI, p. 450, et ap. Montf. pa- IflBogr. , p. 154, 155; Plutarch. de TÎrtut. mnlier., p. 257; Polyaen. strat. VIII, 39.

(a58) Strabo XII, p. 558.

(aSg) Cicero , de harusp. resp. 28,pro SeiC.

(a6o) *lip«0^rii Kalf^9ç ^Afli/AtUç, Plutarchi amatoriui, p. 768; Tftr Ir Uka-

lia.ltlfctfx*'* ^^*' ^ifêfi^ XAi JLipetltç. ISia/Afâ» ykf «r 'Ap7i/uiX«; ii^UAfif fxitkt^A fa.xci1(tt vi/i*v<rt. Polyaen. VIH, 59.

(961) Li¥. XXIII, 24.

TROISIÈME PÉRIODE, AGE D'AIRàlN. U\

(en 223) en avaient un autre chez eux , où ils gardaient leurs signes inamovibles , fabriqués d'or , qu'ils ne soulevaient et ne faisaient sortir du sanctuaire que dans de grandes calamités, et les portaient devant les combattants. Le temple , suivant Topinion des Romains , était consacré à Minerve (26a).

Cette qualification gréco-romaine de la divinité gauloise, certainement ne donne aucun renseignement sur le culte : il était libre aux écrivains et aux agresseurs d'appeler, à leur manière, les divinités qui ne leur furent pas connues : mais ce silence , an sujet des sacrifices humains, ces mentions des temples construits chez les Cisalpins sont très-significatifs et prouvent certaines modifications qu'a éprouvés le culte celtique chez les Gaulois cisalpins avant leur chute , leur expulsion et leur dispersion. Si l'on voulait déterminer quel concours de circonstances a pu opérer ces modifications, ondirait,àmon avis, sans hésiter, que c'était l'adoucissement des moeurs par la civilisation et par l'influence du culte étrusque, avec lequel les Gaulois se trouvaient en contact. Le coin monétaire de la Celtique, en s'enrichissant d'innombrables accessoires étrusques , depuis la rentrée des Cisalpins dans leur mère-patrie , vient à l'appui de cette supposition.

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