Coin androcépbale ; ses emblèmes , son mysticisme
Dans notre analyse de l'ancien type monétaire nous avons réservé les symboles des grands médaillons concaves , exclusivement au druidisme ; essayons maintenant, par quelques réflexions, d'en séparer encore ce qui lui appartient, et de le disculper de tous les reproches qu'on pourrait lui faire du mélange hétérogène qui affaiblirait sa pureté druidique.
Or, si l'on voulait admettre que le cheval androcépbale est inventé à l'imitation du bœuf androcépbale aussi répandu dans la basse Italie , il faudrait avouer que cette imitation d'un quadrupèdeà tète humaine, est le produit d'une idée celtique(97o); si Ton disait que les ailes des génies étrusques sont aussi un modèle pour les figures ailées des Gaulois, il serait nécessaire de convenir que ces ailes sont attachées aux génies gaulois, sans déroger à leur action. Il est en effet patent que le cheval conduit, macédonien, les génies ailés à l'instarde ceux étrusques, el le cheval androcépbale à l'imitation du bœuf à tète humaine gréco-italique , forment une combinaison qui pouvait par cette manière emblématique et pittoresque, présenter à la vue des fidèles une doctrine occulte qu'il était interdit d'écrire.
Cette composition sur laquelle nous nous sommes entretenu , offre différents accessoires ou symboles, et une dislocation de son ensemble.
Parmi les accessoires, on voit souvent , à la place du génie renversé , une main , une lyre (pi. II, 21 , 22). On aurait quelques motifs de considérer la dérivation de ces emblèmes , de la lyre grecque et de la main étrusque. Mais ne voit-on pas que la lyre n'est que la crotte du druide barde , qu'on rencontre si souvent marquant la monnaie ( pi. II, 20, 25-28 ; III , 25, 26 ; YI, ... ; VIII , 24 , 26) ; ne voit-on pas que la main n'est jamais
(370) M. de Bose à Leipzig (journal numism. de Hanovre, t. III, p. 132), est dans Terreur quand il dit qu'ans Gross Griechenland ward besonders der Stier mit dem Menschenkopfe aufgenomnien : personne n^a retrouvé sur la monnaie gauloise, de taureau à tête humaine ; aucun exemple ne s*est présenté jusqu^à ce moment à aucune imagination, de créer un taureau, du che- ' val à tête humaine , si défiguré qu'il soit. — Je connais une pièce en plomb (de la collection de M. Guioth) , trouvée dans le Luxembourg, ayant une tête de face et un taureau à tête humaine, avec quelques lettres au-dessus, difficiles à distinguer IBTLV ou VJSTVV. Je n'ose en faire cas pour la monnaie gauloise.
TROISIÈME PÉRIODE, AGE D'AIRAIN. Ig5
ceinte d'un ceste , comme la main étrusque, mais forme le bout d'un sceptre de justice (pi. II , 85) (271), que c'est la main de la haute justice des druides.
On rencontre sur ces monnaies de l'ancien type des croix (pi. II, 16 ; VI, 51) qui ne sont encore que des signes druidiques, portés par des prêtres comme emblème de leur dignité (pi. VU, 57,58).
Sur beaucoup de pièces au cheval androcéphale , on voit le conducteur soulever la rondeUe d queue (pi. II, 22; VI, 48); n'estce pas encore une patère de druides ovates sacrificateurs, comme la hache des Volks est l'emblème des sacrificateurs.
Nos remarques précédentes sur le guidon, et sur quelques autres symboles , nous dispensent de revenir sur ces objets plus antiques , qu'on ne saurait accuser d'origine étrangère.
Le cercle écartdé est trop naturalisé, pour qu'il soit nécessaire d'en parler encore : dans des pièces postérieures il se change en une véritable roue aux raies plus nombreuses (pi. II, 84).
Nous expliquerons bientôt l'apparition du sanglier sur le type ancien , et nous tâcherons de retrouver son origine purement celtique.
Plus je réfléchis , plus je sonde la nature des monuments monétaires au cheval androcéphale, plus je suis intimement convaincu que rien d'étranger ne l'a dépravé ; il repousse jusqu'au bout, toute connivence avec les nouveautés hétérogènes: de telles petites et nombreuses variétés, qu'on retrouverait, aucune ne peut affecter son orthodoxie, il serait toujours emblématique, symbolique et éminemment druidique.
Il serait à désirer qu'on pût expliquer le sens occulte de cette face humaine donnée au cheval , de cette main, crotte, rondelle, de guidon , de l'oiseau supervolant , de cette personne ailée , ou plutôt de ce génie renversé, qui respire le spiritualisme comme ces génies des lucomons chez les Étrusques. Aussi la personne renversée ne peut pas être considérée pour l'emblème d'un ennemi écrasé , mais d'un esprit. Le conducteur du char ou du cheval est quelquefois ailé , rappelant le génie conducteur (372), ou l'oiseau directeur (pi. I, 14) («73).
(271) Buding,29.
(27a) Conbr. 20, 21.
('i'j3) Conbr. 27, 28, 46.
Les druides enseignaient, dit-on, la métempsychose ; une de leurs principales maximes , était que Fàme ne meurt point f ce qu'ils croyaient très-utile pour encourager à la vertu et -pour faire mépriser la mort {^'jH). On pourrait voir dans le conducteur Fesprit de la vie , qui conduit vers le passage à l'autre vie ; dans le cheval androcéphale la représentation de ce passage siçirôpo», qui demande des forces plus qu'humaines ; enfin, dans le génie renversé l'image de la fin elçréXoç, de la vie actndle. Les formules grecques du passage et de la fin , se retrouvent dans des tombeaux gaulois , qui étaient consacrés, à la fin, au passage et à la renaissance représentée dans ces tombeaux par l'enfant à la mamelle (t»75).
Mais le vieux type monétaire, par ces autres manifestations mystérieuses , nous prévient qu'il suit une autre pensée , qu'il soulève l'étendart et la pratique nationale. Le génie conduisant, tient dans sa main le croissant et le guidon de la lune, formulé en rondelle à queue, ou en carré, emblème des quatre phasesde la lune. L'esprit humain compte, mesure et détermine ses courses ; et à la fin de l'année, dès que le génie de l'année se coucludt, la grande solennité de la châtre du gui était célébrée. Maintes fins, on ajoutait dans l'empreinte la branche retranchée , pleine de vertus merveilleuses (pi. II , 8â ) ; le sceptre de la justice représentait cette main ointe qui effectuait la coupe ; la crotte manifestait la parole harmonieuse , interdite à récriture, enseignant les fidèles initiés. La roue à quatre raies remplaçant le génie de l'année , ou l'action de la main , ou la crotte emblème de la doctrine , offrait l'ensemble visible de l'année entière , de ses quatre saisons, des quatre côtés du monde, des quatre phases de la lune. Il est à remarquer qu'ailleurs la croix ( pi. YI. 51), ou le guidon croisé, pouvaient avoir le même sens. Les rondelles perlées qui ne sont point formées de la trop grande quantité des perles , mais de la quantité peu ncmibreuse observent rigoureusement le nombre paire : six , huit, dix (pi. II, 29; V, 9. 12). C'est une chose extraordinaire qu^d une empreinte fontdstî^ue ou grossière les réduit à sept impaires, c'est une faute, une erreur du graveur ( pi. III , 28 , g2 ; V, 4 ). Les raies ée la roue, sont aussi paires , quatre , six , huit. Si nous relatons le type
(274) Cœsnr, VI, 14.
(375) Dom. Mnrtin, i. H, p. 281, pi. 39.
androcéphale au type belgbrillant de signes célestes, nous nous sentons rassuré dans l'explication de Tandrocéphale, parla course de Tannée. Enfin tout y respire symbolisme, et si nous ne savons pas résoudre ces énigmes , si la main, les figures ailées, quelques complications grecques ou orientales de la nature humaine avec des figures d^animaux, purent contribuer à former le tableau, on est cependant forcé d*y reconnaître la manifestation d*un dogme, d*une doctrine nationale.
64. Incorruptibilité €t variétés des eoUi$ d^aiidrocépliale et du cheval conduit.
Le type du cheval androcéphalc, nous offre dans cette période deux nuances plus productives. La plus nombreuse est celle de TArmorik. On peut espérer d*y retrouver encore des variétés, mais dans les trouvailles et publications plus connues, dans celle de Penhouët, de Ruding , de Donop (376) on distingue trois différences (pL VII, 48, 49, 50) qui se confondent quelquefois, mais rarement et fournissent une masse énor^ me de monuments, par milliers de pièces, qui sont toujours les mêmes. Toutes sont empreintes de la tète chevelue , à la fri. sure rebroussée, repeignée, aux festons devant la bouche. Celles qui sei distinguent par la crotte et la patère à queue , précèdent certainement les autres. Celles qui offrent un sanglier dessous la tête androcéphale , tiennent le milieu, et celles dont Tempreinte tombe en décomposition , sont les plus jeunes , abandonnées totalement par Vart qui sed^oùtait des manières antiques (377).
L'autre classe de chevaux androcéphales, se propage sur For et quelquefois sur l'argent, au centre de la Gaule, où Tart prend le soin d améliorer la race androcéphale , par Tétalon de la race celtique-biturigue. Cette classe accepte souvent des coiffures nationales pour la tète juvénile de la monnaie , tressée » nattée,
(376) Penhouët, médailles armorikaînes(l824)in-4<>, 24 pages et une planche. —Ruding, coinage of Britaio, nuni. 46-50.— Donop, description des médailles de Jersey, in-4»; le même, dans le journal allemand, pubhé par Groté^ Blatter lur Mûntxkunde, hannorersche numism. Zeitung ,TI Bandt^pp. T, S17 ; HT Bandt, p. 249.
(377) La trouvaille do Quimper , observée par M. Lambret (revue num. , 1. 1, p. 2), et celle d'Amanlis, près de Rennes, observée en 1835 par M. Moèt, (monnaies eeitiqnes armor., édit. du Taya, 100 exempt.. Bennes, Vatar, in-80), oifrent plus de Tariëtés dans les aecessnirea. Celte publication m*est inconnue. Voyei J. de Petigny, revue num., t. IV, p. 219.
papillotée ( pi. II , 20, 21 , 22 , 35 ), jamais repeignée ; mais elle se montre avec une prédilection pour la coiffure grecque laurée (pi. II , «2, «4 ; III, 26, 27 ; VIII , 28).
Dans cette classe Tart établit des relations plus intimes des androcéphales avec des chevaux. Or , par les soins de Fart , le corps de Tandrocéphale, comme du cheval naturel , reçoit des ondulations musculeuses ou une courbure delà croupe, qui donnent l'expression de la force et de Tagilité ( pL II , 25 , 30 ; III, 29, 42; VI, .. ). Les haras de cette espèce étaient renommés à l'époque de Vinvasion romaine. Quelques autres ont le bras et la hanche bombés (pi. II, 21, 22 ) (278).
Enfin , sans compter différentes modifications dans le corps, Fespèce plus remarquable d'androcéphale qui mérite une attention spéciale , se distingue par nn corps bien formé, traversé et divisé par des traits , comme s'il était uni par une juxta-position de quatre parties : de la tète, de la gorge, du tronc et de la croupe, ou delà hanche delà jambe de derrière (pi. III, 25-27 ). Cette manière de former et de coordonner le corps a quelque chose de mystérieux, appartenant assurément à quelques localités qui robser\'aient religieusement encore, du temps de la domination romaine, dans les chevaux symboliques ( pi. III , A9, 51 ; V, 2 ], quoique à cette époque l'art dans le centre de la Ôeltique , en a donné congé au quadrupède androcéphale , qui ne pouvait en aucune manière , accepter d'inscription. Ces chevaux symboliques n'ont pas leur corps quadri-partite , maisquinte-partiteet conforme. Je n'ai pu remarquer nulle part le corps d'un cheval simplement et purement naturel , soumis à cette façon quintepartite : elle spécifie les êtres mystérieux ( pi. III, 48 ,51 ; V, 2).
Les races de chevaux se perfectionnaient aussi , se détérioraient , s'entremêlaient , et celle du char ou du cheval conduit n'a pu éviter cette marche de la civilisation.
N'oublions jamais que les philippes au char ayant été trèslongtemps , même cent cinquante ans après leur apparition , en course en Orient (979), pouvaient plus longtemps encore servir
(278) Dons le nombre de leurs accessoires , on distingue un iehUiiornithippe , ou animal, cheval, oiseau*poisson ; une crotte , une lyre, un génie courbé , une main qui distingue les trouvailles de Bonnoeil et de Civeaui (revue num., t. III, p. 74), dans le paya des Pictaves, où la coiffure papillote* était en usage (notre pi. 11, num* 35.)
(379) D'ins le> ^^^^'^ ^^f ^^^i Liv. XXXVII, 59; XXXIX, 7.
de modèle aux graveurs gaulois. Sans égard aux statères phi^ lippes, d'autres coins analogues de la Grèce, de la Sicile étaient toujours en vigueur et pouvaient soutenir les conceptions de ceux-là ; enfin des règles une fois fixées, dirigeaient leur main exercée ou ignorante.
11 est à remarquer que tous les monuments au char ou au cheval conduit, qui observent la forme naturelle du cheval , qu'ils soient bien ou mal exécutés , ont les tètes juvéniles coiffées à la grecque, laurées ou nues, et simplement tapurées , en désordre ou bouclées symétriquement (pi. II , 10 , 11 , là, 14 , 15 , 90 ; III, 24). L'artiste gaulois y restant toujours imitateur aima mieux, garder cette forme antique et étrangère, s'exercer et se perfectionner sur elle, pour savoir montrer son habileté indépendante dans d'autres coins, que de changer l'essentiel du modèle imité : des ineptes ne s'éloignaientde cet exemple que par incapacité de bien copier.
Quoique ce coin antique prolongea son existence, cependant il parait qu'il ne perdura pas jusqu'à l'époque de l'invasion romaine, qu'il céda plutôt, au moins une génération antérieurement. Ce n'est pas son mutisme qui me fait présumer ainsi. Inspiré dès l'originepar le souffle druidique, il l'observait religieusement jusqu'au bout comme son confrère au cheval androcéphale ; mais quand on observe ses chevaux , on ne voit point que sa dépravation ait été opérée par la race accourcie et rabougrie ; encore moins , sa dégénération en une race bombée aux deux extrémités du tronc : au moins je n'ai rencontré aucun exemple d'une semblable métamorphose : ses chevaux restent toujours oblongs et légers, celtiques-biturigs. Sa reproduction difforme au cheval oblong sur certain cuivre muet ( pi. II , 28 ) , forme une spécialité postérieure insignifiante et isolée (280). Ilcéda sans laisser de trace de concession ou de confusion, bien qu'il ne fût pas à l'abri de petites innovations , comme on le voit par quelques pièces en argent dont le métal et les accessoires, oiseau , hache, disque ne sontque des innovations (981). Enfin il
(380) Il ne faut pas confondre Tancien lypc du char et du cheval cooduil avec lebige romain qui parut en Gaule, plus tard (pi. IV, 9). Eiilre ces deux chars il n^y avait pas de sympathie , et entre leur existence , il doit avoir eu un interralle que je pense notifier à Tobservation de la forme du che\al.
(aSi) Conbr. 98, 105, 146. Je n'en ai pas vu de pièces en argent. Si eflec< tivement le disque s*y trouve, il ferait croire que ia pièce se rapproche de Té*
abandonna le cheval de sa race , qui courut sur le nouveau coin de son pays bilurig (pi. H, 17 , 18 , 19), et dans les pays étrangers des Kaletes , de SoUmaria (pi. III , 29, iO; IV , 40 ).
Le cheval conduit, à des formes fiintastfques , résultant du coin au char, devait en même temps faire place aux nouveaux coins qui furent quelquefois calqués sur leur taille Inzarre (pi. II, 10 ; III , as, M , comparez 1 , 11 ; YI , .. ; pi. III , 20 ; V , 4 : comparez 1,0; III, 10) ; ou bien ils cédèrentà la réferme querartiste leur imposa. C'est ainsi que naquît le cheval bombé aux extrémités de son tronc oblong, dieval conduit et enseigne, sur la monnme marquée de la crotte, ayant l'autre eèté parsemé de pals en désordre ( pi. II , S5 , 20 , M ).
Telle a été la marche du type druidique deFor, «i face du nou^ veau qui se formait sous Fimpression de circonstances confuses.
Le coin de Tor belg fut plus stationnaire et prit à la fin une autre direction, fléchissant sous les innovations; seul des antiques empreintes de l'or , il démentit sa doctrine primordilde, ccmune nous le prouverons en son lieu.