Chien, bélier, lion, taurean
Bans la séparation et la classification des objets monétaires , nous avons remarqué le lion courant, le cerf, le sanglier établis sur le littoral de la mer méditerranée , communs aux Tectov sags de l'Asie. On peut encore accoupler à ces sauvages plusieurs animaux qui , slis se promènent dans le coin du centre et du nord, en ont cependant leur origine méridionale : tels sont, lonp , chien , bélier , taureau, lion, dans sa pose variée.
Il est difficile d'apparenter le loup et le chien gaulois , au chien étrusque couchant et endormi , au lévrier d'autre monnaie italique , à la louve romaine . au chien de Ségeste ou autre : la figure , l'attitude , l'espèce les éloignent quand on veut les rap-« procher ; et je ne puis établir sous le rapport du chien , rien de déterminé. Je ferai remarquer que l'espèce gauloise est le chienloup , ainsi que le quadrupède est qualifié de chien par les uns, de loup , par les autres. Un chien était le coin de Phocée qui donna naissance à Massalia; il reparut dans le coin de Kaïnikia, dépendance de Massalia , il se montra enfin sur les confins
d'Aquitaine, chez les Sotiates(343), il pénétra, quand la confusion du coin montait au dernier point , trés-tàrd , dans le pays des Éduens (pi. YII, 9) (344) ; ^^ î^ partagea le coin par sa tète, seulement avec Pégase (pi. VII , 64 ) (34^) qui garda les régions plus septentrionales , dans la dernière époque du monnayage : or, les monuments connus lui donnent une antiquité plus reculée dans les parties australes où était située Katnilda (346), et Q avance progressivement vers le septentrion jusqu*à la monnaie dePixtil(pl. VU, 61).
Je pense que le bélier (347) appartient tout entier à la partie méridionale. Il n'est pas trop commun dans le coin de Tantîquité , il se trouve sur des monnaies de Panorme , de Heradée et de Gelo, tyran de Syracuse, presque exclusivement en SiciJe. Quelques rapprochements plausibles nous ont suggéré l'idée d'attribuer plusieurs monnaies au bélier de Kémausos. Peut-être que toute la monnaie au coin du bélier ne s'âoigne pas beaucoup de ce point là (348).
Nous avons vu le lion et le taureau communs à Massalia et à plusieurs villes dépendantes ou limitrophes. Le lion et le taureau se retrouvent aussi dans la ménagerie monétaire du nord , et cet accouplement, analogue sur deux points de la Gaule, rapproche leur origine de la même source.
Il est cependant à remarquer, d'après les monuments qui nous sont connus et bien déterminés, que le lion et le taureau, en remontant tout le long de TArar et de la Moselle , descendant à l'ouest jusqu'à l'embouchure de Séquana, se séparaient pour occuper leurs cantons de prédilection, et ils ne se trouvent jamais tous les deux ensemble dans un lieu , tandis que Massalia avait dans son coin tous les deux ensemble.
Le lion n'a pas voulu séjourner dans les pays des Éduens, ni
(343) Conbr. 347^ 430; de Lagoy, — revue nomism., t. III, p. 145»
(344) Conbr. 405, 463.
(345) Conbr. 330, 333; Rev. num., (. II, p. 243.
(346) Les chiens gaulois furent très-esUmés (Plin. XIX, 18^ Martial, épigr. III, 47, 16; Oppian. cyneg. I, 373; Gratian. cyneg. 155); ancienaement les chiens étaient employés à la guerre par les Gaulois (StrabolV^ p. 200; Plin. VIII, 81).
(347) Conbr, 230, 362, 577.
(348) La Gaule était renommée pour ses moutons , et leur laine excellente pour matelas el autres fabrications. Flin. X, 57, 66.
des Séquanals ; il se cantonna chez les Rémois ( pL VII , 10) et toat à Tentour chez les Gatalannîens , et les Véromanduins (pi. I, 8) (349) : s*il a pénétré jusqu'aux Diablîntes ( pi. VU, 14) (3So), nous en discuterons.
Le lion est étranger au type étrusque , donc , si plusieurs autres animaux peuvent sortir du coin étrusque , le lion vient d'autre part. Il est très-familier à la monnaie grecque, à celle de la grande Grèce, comme à celle de Massalia. Sa pose y est trèsvariée; la pose du lion du coin gaulois change aussi. Jamais courant comme à Beterra, il est toujours en repos ou marchant, quelque part cachant sa queue entre ses jambes, à la manière de certains lions de Massalia (pi. III,â;VI, 86; ¥11,10, U),rabaudissant ailleurs,]] couvre les reins avec sa queue (pi. I^ 7 ,8 ; VI, 95) et prend maintes fois la forme symbolique et de fantaisie (pi. I, 8; VII, 10).
Le taureau , debout en repos, ou bondissant , ou cornupète , évitant toute connivence avec le symbolique , toujours dans sa forme naturelle , cerne les possessions du lion. La monnaie des deux peuples exacteurs, les Éduens et les Séquanais , indifférente pour le lion qu'elle a laissé passer par ses pays , retint le taureau et le plaça dans le coin de Vesoncio (pi. VII, 78 ) , de Cabillons, d'Aballo (3&i). On a un taureau chez les Véliocasses d'un côté, et chez les Trevères de l'autre (35 1) ; on a du cuivre muet avec un taureau (pi. IV, 24, 25 ; IX, . . )
Le lion et le taureau, en pénétrant au nord, se rencontraient parfois avec le sanglier : le lion chez les Gatalauniens , le taureau chez les Véliocasses, l'acceptèrent pour compagnon , et il est placé comme accessoire entre leurs jambes. Cette réunion certainement n'est pas de pur hasard.
D'où vient donc ce lion et ce taureau si répandus dans toute la monnaie antique, si communs à Massalia et dans ses dépendances, reproduits enfin sur le transit du commerce qu'elle avait le long de Rhodan , d'Arar et de Séquana et sur le chemin nouveau qui
(349) Coiibr. 409,601.
(350) Conbr. 448; de Lagoy. — Diaiilos étant supposé chef des Diabliiites. (35i) ReT. numtsm., ft. II, p. 401. Il est dit (Conbr. 342), que le bronze
d*Aballo offre un mulet. Caylus, pi. CIX, donne le* dessin de cette monnaie. Je ne le reproduis point, car il a soulevé mes doutes. Qu^il me soit permis de •opposer et de soutenir qu'on y a pris pour mulet un taureau .cornupète , façonné comme sur la monnaie de Indutillil (pi. IV, 25).
(352) Ticos, Uticos , Vcliocas , Conbr. 584, «01 — Indutillil, ïrcvcr , Conbr. 477 ; Arda (pi. IX, ..).
166 lYPE GAULOIS.
va s'ouvrir pour k trafic le long de la Moselle ? Je pense que c'est le résultat du croisement des coins que la ranirée des infortunés réfugiés et voyageurs d'un eôté , de Fautre ie passage des commerçants présentaien tau monnayage gai^ois. Au moins Tiafluence de Massalia devait y contribuer en grande partie, et saco(^[>ération n'est pas d'ane haute antiquité. £n«fiet, tous les lions du nord ne sont pas trop antérieurs à i'épigrapUqae, le taureau encore moins.
Ce dernier fit aussi une irruption terrible dans le monnayage espagnol , ainsi qu'il y prit possession d'une trentaine de monnayeries ( 353) , surtout dans la Tarraeonnaise limitrophe de la Gaule , |M*ouvant sa force qu'il étendait dans le midi de la Celtique (364). Du midi il suivit les traces du lion , et occupant ia dernière monnaie, marqua son coin plus longtemps que le lion. La symbdisation du lion n'est pas une preuve de son ancienneté trop antérieure au taureau : le lion toucha dans les deraiers temps le pays belg des Véronanduins où le coin symbolique était encore en vigueur, et il subit ses conséquences; le taureau évita ces écueils et s'arrètant dans la monnaie prête à se conf(Hiner au coin romain, ne servit que de modèle à l'imitation, à copier. Enfin , on peut assigner le temps pour ces nouveaux établissements du lion et du taureau : au lion entre 90 et ISO, au taureau entre 60 et 87.
74. Cheval à gorge fourchue , rondelles enfourchues , astres.
Le Belginm, dans un sens rétréci, n'embi*assait que les Bellovaks et les Atrebates, et par conséquent les Ambiens(35$); mais on comptait aux Belgs plusieurs nations , en y réunissant quelques peuplades germaniques. Ils formaient unsystème à part sans qu'ils fussent toujours d'accord entre eux , de même senti-
(353) Aipora, Àmba, Atido, Astigi, Bore, Bœlon (Cœsar Auguita) , Calaguri, Cascanla, Celsa , Clunia, Ebora , Eniporium, Epora, Ergavica , Grao cures, liuci, Obulco , Orippo , Osicerda , Ossonoba , Segobriga , Segovia, Sisapon, Tarraco, Turîaao.
(354) 1« bétail à corne faisait honneur à la Celtique niériëi»nala. Les pe^i* tes vanhes des Alpes, appelées par les indigènes oevSB , donnaient beaucoup de lait, dont on faisait un eicellent fromage ; le frona|^ de Losurm | au f^^ des Cévennes , était aussi délicieux et recherché. Colunella VI , 24 ; riin. VIII, :0, XI,' 97; Varro, de re rust. Il, 4; Jul. Capitol, in Ah(0' iiinn pio, 12.
(355) r.BBSMr. V, 23, 25; Vil I, 46. 49, 54.
ment et de même politique. En générai , ils étaient enclins à la politique éduenne , spécialement les Bellovaks, les plus puissants d'entre eux, qui étaient alliés des Eduens et se rangeaient sous leur suprématie ( 356). Les Nervlens , situés au centre , défendaient aux marchands étrangers l'entrée de leur pays (367). Les Rémois, unissons leméme régime ayec les Suessions, n'étaient pas inaccessibles au progrès , et à la politique de leurs yoisins méridionaux. En effet , les peuples qualifiés de Belgs, s'alliaient entre eux et formaient une confédération à part : il n'y a donc rien d'extraordinaire si leur monnaie est empreinte d'un caractère spécial, distiuctif , qui forme une branche à part, extrêmement ramifiée en nombreuses variétés de très-différentes couleurs , mais tenant toujours à la même souche symbolique druidique , qui s'était enracinée au centre carnutoiset dans toute l'Armorik*
La branche belguique ne produisit point d'androcéphale, dont la partie la plus avancée vers l'est se trouve peut-être chez les Senons. Mais le cheval symbolique, dans ses différentes attitudes et formes, la tête mystérieuse grossièrement exécutée, lourdement coiffée, ou hachée en morceaux ; les fourchons symboliques s'entremélant à des rondelles ou roues ; enfin les astres et les luminaires célestes disséminés dans le coin , composent un caractère exclusif de cette branche.
Bans tons les cantons belgs , sur Fancien territoire des Atrebâtes, des Ambiens , des Bellovaks, des Véromanduîns , et aux environs ; aussi sur le territoire des Nerviens, des Trevères, des Rémois, on trouve grand nombre de médailles de cette branche ramifiée : beaucoup en or , infiniment plus en bronze , et peu en argent. J'ai tâché d'étudier ces trouvailles autant qu'elles sont arrivées à ma connaissance par quelques publications, ou par des renseignements épistolaires et orales : les trouvailles faites dans les ruines de Bratuspantium, dans le Luxembourg, dans les marais de Flins , aux environs de Rheims , de Saint-Quentin , d'Amiens, dans la Belgique actuelle (358). Peut-être n'ai-je pas su tirer tout l'avantage des notions qu*elles me présentaient , mais j'avoue que je ne puis obtenir de grandes lumières de toutes ces découvertes ; elles m'offrent en bloc, ce qu'on trouve de local et
(356) Cœsar, II, 14.
(357} Cœsar, il, 15.
(358) Cambry, dans la descript. du dép. de POise, donne une notice sur les trouTailiea de Bratuspantiura, qui s'accorde avec la planche LU du tome III des
d'étranger ensemble; on y sépare ce qui vient d*au delà des limites belges , on distingue ce qui reste pour les Belgs , mais on n*est pas à même de diviser ce restant varié parmi les nombreux peuples belgs. C'est pourquoi , malgré la grande quantité de découvertes qu'on s'est procurées des ruines de Bratuspantium, une difficulté presque insurmontable se présente pour déterminer quel était le coin des Bellovaks sur l'or ou sur le cuivre. Cependant c'est un peuple puissant qui devait avoir un coin à part. La même difficulté se présente partout, et pour sortir de ce labyrinthe inextricable, il faut prendre un point d'appui, certain, inattaquable, et y attacher un fil qui pourrait, par des hypothèses, conduire vers quelque issue. Nous allons donc faire unerevae des coins anciens et postérieurs , observer les feibles analc^es qu'ils présentent, les traces peu rassurantes qu'ils laissent dans des localités.
Nous commencerons par les unifaces dont le coin offre un cheval à gorge fourchue (pi. III, S6). Elles se retrouvent le plus fréquemment et en la plus grande quantité, aux environs de l'Escaut: ailleurs plus rarement et très-rarement (Sôg). Leur
antiquités expliquées de Montfaucon , remplies pour la plupart de pièces exhumées du territoire des Bellovaks. •— Quant aux découvertes de Flins, on a gravé plusieurs figures, et j^ai eu en outre quelques explications orales. — Les trouvailles de St.-Quentin sont ordinairement décrites et publiées par le soin de M. Desaiasi dans le journal le Guéteur. — Les renseignements sur les découvertes faites dans le Luxembourg , m'ont été donnés par MM. de la Fontaine et Guioth. Sur celles qu^on fait aux environs de Rheims, la description de plusieurs pièces de la collection de M. Liénard, en a donné quelques notices, autant que je sache. — De Bast, dans son recueil d^antiq. , a réuni ce qu'on retrouve en Belgique. — M. Voillemier m'avertit qu'on a trouvé près de Beauvais des pièces en or , à Pempreinte uniface de notre pi. IN, 36* à l'empreinte de la tête hachée comme la figure 16 de la pi. IV j et la pièce qui se trouve dessinée sur notre planche III , ni> 41, sur laquelle la face est réduite à Tœil et au net. â l'instant même, je reçois par Tobligeance extrême de M. Voillemier une quantité d'empreintes des pièces trouvées aux environs de Breteuil. Une douzaine en argent et en bronze figurent sar mes planches VI ... et IX.. — M. Voillemier me donna la pièce 22 ds la pi. m, pour une des pièces qu'on a trouvées près de Sentis. — Dans le moment même de Timpression de mon opuscule, M. Rigollot me communique le dessin de quelques pièces tout récemment déterrées à quelques lieaes d'Amiens ; je tâcherai de donner leurs figures.
(SSg) Il semble que dans le nombre aussi considérable de différentes piècei tirées des ruines de Bratuspantium, aucune uniface de cette espèce ne s'est trouvée ; au moins je ne puis la découvrir dans les descriptions de Gambry. Cependant elle se retrouve parfois aux environs de Breteuil.
existence se prolongea jusqu'à Tépigraphique , car les unifaces à eetteempreinteservircnt de modèle aux chefs desNervienset des Éburons, qui les premiers inscrivirent leur nom (pl.VIIÏ, 17, 18). Si l'on examine bien le nouveau coin de Comatrebate (pl.VIIÏ, 8, 9), on ne contestera pas, j'espère, qu'un côté lisse lui offrit une place vide pour l'épigraphe de son nom. Il est donc, à mon avis, suffisamment établi que les unifaces, à l'empreinte du cheval à gorge fourchue , sont de la fabrique atrebate. Le cheval des unifaces n'a pas de fourchons , il n'enjambe qu'une roue , ou une boule , et n'a rien au-dessus de son corps , que des perles et les traces du conducteur et du croissant ( 36o ).
Exactement le même cheval à gorge fourchue , servit d'empreinte à la monnaie dont la tête hachée tombe en dissolution (pi. IV , 12 , 13). Le cheval est à tel point identique , que ne sachant à quels voisins des Atrebates attribuer cette monnaie, je la laisse chez les Atrebates observant seulement qu'elle se divise en deux variétés dont une plus conforme aux unifaces , est sans fourchons (pi. IV, 12, 13) ; l'autre se distingue par des fourchons (pL III, 38; IV, 14-16 ) qui sont placés entre les jambes du cheval. L'existence du coin à tète hachée se prolongea jusqu'à l'épigraphîque , et cette tête en destruction , changeant de chevaux, déblaya ses propres débris pour faire place au nom d'un chef ( pi. IV, 17; VII, 36; VllI, 25). Mais comme les unifaces servirent de modèle à l'or inscrit des Nerviens et des Éburons , on peut aussi admettre , que la tête en destruction fut imitée par l'or inscrit des Véromanduins , d'autant plus que le cheval de cette imitation est conforme au cheval du bronze véromanduln à l'empreinte du lion (pi. IV, 17 ; confr. I, 8 ) ( 36i ).
La tête délabrée , résista cependant dans un autre canton et resta en entier, ayant au revers un autre genre du cheval ( 111 , 22 ; IV , 10 , 1 1 ; VIII , 23 , 33 ). Elle - même y déployé sa coiffure énorme à laquelle peut suffire à peine le flan des médaillons. Le cheval symbolique y est le plus conforme au cheval symbolique surchargé des symboles sur de grands médaillons carnutins (pL II, 8, 9) ; son corps est oblong, continu, replié;
(36o) En Angleterre, on retrouve des unifaces avec des chevaux et symboles difiSSrents (pi. VIII, 29), Ruding 5, 6 ; elles sont le fruit de la dernière dégénération du type, comme nous le dirons.
(36i> Viros, Viroos,.seraitdonc chef des Véromanduins; il frappoit aussi à son nom, le cuivre, pi. lY, S3.
les jambes , les mâchoires et la queue y sont accrochées. C*est un cheval conduit, il a un conducteur, et j)ar derrière une roue; mais les décorations qui l'entourent, n'offrent point de symboles remarquables. Cette monnaie se retrouve rarement en Belgique (pl.VlII. 23)(362), plus souvent en Angleterre (pi. YIII, S2)(363); enfin une pièce analogue ornée d'un éventail qui répond à des fourchons, trouvée près de Senlis (pi. III, dâ), ferait croire que ce coin est le produit de quelque canton peu éloigné.
En effet, le cheval symbolique à gorge fourchue avait sesétablés depuis les sources de l'Escaut vers Test jusqu'au Rhin; les antres chevaux symboliques, aux corps continus, oblongs, exténués ( pi. III , 19 ,20 , âS , S8 , etc. ; ) trouvent leur place au sud dans des cantons touchant les frontières méridionales delà Belguique. Cependant je ne puis trouver aucun motif d'attribuer aux Bellovaks , les médailles à la tète énormément coiffée.
Je crois remarquer dans le nombre de celles qui ont été trouvées à Bratuspantium, la description d'une empreinte qui se retrouve en assez grande quantité dans la Belgique actuelle, dont chacun décrit le coin, conformément à son imagination (364) ? et qui'assez généralement est appelée le coin de l'œil (pi. III, i9; IV, 19-23; VI, 5â). La comparaison des variétés provenant ou de plusieurs époques ou de différentes monnayerîes , nous dit que c'est d'un côté la rondelle en fourchue, de l'autre un cheval , en forme naturelle , bien qu'engendré par la symbolique de la race armorikaine : il rejeta la tète humaine et reprit la tétedu cheval, conserva
(363) De Bast, suppl. lll, 14.
. (363) Ruding, 17-21.
(364) La description de Gambry : cheval )(foiiet, soleil, lune pleine, œil et d*autre8 emblèmes. — Celle de Ghesquier : cheval )( le revers semble représenter le bouclier long, nommé en latin scutum , à côté un elypeus ou booclier rond.— Et celle de de Renesse, (mes loisirs, amusement numism.; ou citalogue , n° 325) : type bizarre en éventail dans lequel une roue suspendue )( cheval allant à gauche IITINA (c'est Gottina). — Le catalogue de Conbrouse , n*» 552 : coursier, V perlé , astre )( œil , étoiles, rouelles. - L'auti-e avec un sanglier du même Gottina. — N« 615 : coursier )( massue entre deux arcs et deux carquois. — N» 68 : coursier, cœur ereisetté, étoiles )( épi orné avec rouelles et étoiles. Cette dernière est encore de Gottina , et «e trouve la même sur notre planche IV, 23; Encore le même Gottina se^troufe publié dans numismatio chronicle du mois de janvier, 1840, t. II, p. 191 , n» 2 de la planche , sa description dit : a horse caracoling to the ieft )( the revers bears what appear to by two clubs, between which is a wheel , and near Ihe margin are two stars and the remains of a third.
TROISIÈME PÉRIODE, AGE D'AlRAlN. 171
sa crinière cardée ; enlacé richement du s3rniboliame antique, il a devant lui le guidon carré , et les festons ou serpents , serpentent autour de Fastre ; une rondelle entre les jambes, les fourchons eII^)erlés au-dessous. Aussi le côté de la rondelle enfourchue, est entrelacé de perles , de fils serpentants , d'astres. C'est un des coins éminemment céleste, où le firmament se présente avec profusion. Le coin si distinetif, si séparé des autres et si riche en monuments, appartient nécessairement à un peuple assez considérable , et placé au centre des trouvailles éparses de cette sorte de monnaie. Je l'assignerai volontiers aux Ambîens.
On retrouve quelquefois en Belgique, bien que rarement, des pièces qui offrent un autre type chargé de corps célestes (pi. III, 87, 41; IV, 18) ( 365 ). Au-dessous du cheval on y voit un astre , au-dessus, un soleil ; la face de la monnaie offre un profil angulaire , où l'œil seul et le nez apparaissent placés sur trois lignes de garniture ; le soleil flamboyé sur la joue , devant le nez, une esse crasse. On a de petites pièces et de grandes à cette empreinte (III , 87 ; lY, 18 ), et des pièces à l'empreinte altérée (III, 41), et une telle s'est retrouvée dans le terrain des Bellovaks. Les druides enseignaient bien des choses touchant les astres et leur mouvement , la grandeur et retendue de l'univers , la nature des choses , la grandeur et le pouvoir des dieux immortels ( 366). Ces coins sont le fruit de leur doctrine qui se répand et se manifeste sous différentes formes dans tout Tancien type. Il serait impossible de remarquer ailleurs des coins si astres , garnis à tel point des corps du firmament. Voyant l'éclat de ces corps , je n'oserai contrarier celui qui voudrait reconnaître dans les rondelles du coin , une lune pleine. Remarquons encore que les astres se communiquent au cheval à la gorge fourchue (pi. IV, 16), et éclairent la proximité des coins. Observons aussi que le coin de la rondelle enfourchue exista jusqu'à l'époque de la monnaie inscrite ( pi. IV, 21 , 28 ).
Enfin notifions que les Belgs, en soumettant dans ces derniers temps, trois coins antiques ^ inscrits du symbolisme, à l'écriture profane (pi. IV, 17 , 21 , 28 ; VIII, 17, 18) , commettaient une hérésie monétaire qu'on ne rencontre pas ailleurs.
(365) Conbrouse, 65.
(366) Casiar, VJ, 14.
75. Croissant , gui , foudre ; quadrupède regardant par derrière.
La considération portée sur la doctrine astronomique des druides, nous ramène au croissant, qui luit sur quelques unifaces frappées en or. Peut-être que cette empreinte n'était pas abandonnée à certain temps, et elle se réfère à cette troisième période , à sa fin. On connaît une pièce en or, ayant d*un côté un croissant radié, deTautreunastre (367). Celles aux croissants qu*on trouva en Angleterre (pi. VIII , S7-39 ) (368) offrent des chevaux apparentés à la race belguique modifiée par le mélange des autres qui, à la veille de Finvasion romaine , mirent la destruction dans son symbolisme. Un roi, Calle, prit le croissant pour coin de son argent, inscrivant son nom dans le champ (pi. VIII, 40). (369). Comme il fut aussi trouvé en Angleterre, il est donc conséquent d'attribuer Torigine du coin au croissant, aux plages septentrionales peut- être des Moriniens , et de rattacher ces monnaies à Tépoque très-rapprochée de Fépigraphique.
Je ne sais que dire de ces pièces qui offrent une faucile et un croissant (370). Il faudrait les voir. La faucile et le croissant figurent de même dans le type étrusque ; mais le gai ne s'y trouve point. L'empreinte du gui sur For , manifestant les doctrines druidiques ( pi. III , 35 ; IV , 6 ) , se retrou ve assez souvent sur le territoire de l'ancien Belgium ; or , elle ne s'éloigne pas des unifaces atrebates; elle est décorée des disques, par conséquent elle existait encore quand les disques se répandaient. Avec la disparition de For , elle se case sur le billon et le cuivre , avec le cheval de la nouvelle race de chevaux accourcis ( pi. III, 46; IV, 7, 8). Ce cuivre se retrouve en abondance dans l'ancien territoire des Atrebates et Véromanduins. Enfin une pièce en argent inscrite MVRIIIO (pi. VI , 28 ) rattache sans réplique , le coin du gui au pays des Moriniens (*). Une empreinte analogue par sa disposition , offre un foudre (pi. IV , 59 , 60, 61 ) (371). Le foudre fut assez familier à la monnaie étrusque. On trouve
(36;) Conbr. 790.
(368) Rudiiig, |)1. II, 40-42.— Ces piùces sont de la fabrique breton oe.
(369) Camden 1 1 ; Taylor, pi. I, 5; Cunbr. 40U~Caae, est uo roi breton,
(370) Conbr. 76, 76, 77.
(*) Cette inappréciable pièce, m'a été communiquée par M. de Saulcy.
(371) Une des deux empreintes du gui ou du foudre ; Conbrousela décrit de cette façon : palmier, ou poissons superposés.
iin grand nombre de ces espèces au foudre dans le Véromaiidois el dans les marais de Flins. Les notices sur les trouvailles de Bratuspantium , n'indiquent aucune pièce au gui ou au foudre. On retrouve à Bratuspantium et ailleurs un coin ayant une tète de bœuf et de l'autre côté un ours, ou un sanglier dévorant (pi. lY, SI) (372). Une tête bovine se fait voir comme accessoire chez les Séquanais ( pi. VU , 78 ) {3yZ) , sur quelques pièces de Comitts, chef des Atrebates(pl. YI, 27) (874); comme coin principal elle figure seulement sur du cuivre, si nombre et varié dans le nord (pi. IX, ..). Il m'est impossible, par des trouvailles qui me sont connues , de la rattacher spécieusement à quelque localité déterminée. Je suis désolé de ne pouvoir rien obtenir de la monnaie qui m'est connue, pour les Bellovaks, nienbronze, ni en or. Avant de quitter les frontières des Belgs , je dois revenir sur les coins anciens aux chevaux symboliques oblongs qui s'y retrouvent assez fréquemment.
Le premier offre un quadrupède fantastique regardant par derrière (pi. II, 16; III, 23, 82). Il ne se manifeste que sur de l'or très-concave , reste intact, sans mélange , et par sa tète n'offre aucune analogie avec des innovations du nouveau type : 0 est donc nécessaire d'avouer qu'il expire au commencement de la période et ne laisse aucune postérité , aucune trace après lui. Cependant un animal regardant par derrière, attitude étrangère à tous les autres animaux (376), se reproduit sur la petite monnaie du nouveau coin en argent et en cuivre (pi. I , 1 1 ; YI , 10, 59 ) qui se retrouvent sur le même terrain que l'or concave au quadrupède regardant par derrière. Cette analogie d'attitude de deux quadrupèdes fantastiques , de deux monnaies de différentes périodes , et leur commun gite dans des régions septentrionales de la Gaule ne serait-il pas l'indice que la nou-
(37a) Montf. — Ruding, pi. lY, 69 ; Coiibr. 265, 338, 539. — Pai vu la figure du n» 539 , très-joliment dessinée ; qu'il me soit donc permis de D*avoir pas confiance dans ce qu'elle a voulu représenter. Le 0 n*est qu^une esse Z mal formée. J^ai eu l'avantage d'en examiner une douzaine de semblables très-grossiérement coulées, où le moule enfoncé sur différents poinls , formait des parties bombées ; la fantaisie y pouvait très<facileraeat s'imaginer voir des phallus, des £1 mëga et les initiales d'Osiris !
(373) Revue numism., t. II, p. 401.
(374) Mionnet,22; Conbrouse,; 426. — Un Contovios en a aussi (pl.V, 13).
(375) A l'exception de la chienne, pi. Vil ^ 61.
velle e$t affiliée à rancienne et qu'elles sont le produit de la méine localité , que les investigations ultérieures ne manqueroDt pas de déterminer. Si les trouvailles faites sur le sol des anciens Rémois constatent un jour ce fait, on pourrait attribuer ces quadrupèdes regardant par derrière, à ce peuple, d*où la monaaie se répandait dans le nord où parfois on retrouve ses pièces isolément.
On pourrait peut-être assigner un autre coin fantastique de Tancien or ( pi. III , SO ; V , 4 ) aux Suessions. Le coin de cette monnaie est moins symbolique que celui des quadrupèdes regardant par derrière , et les tètes sont différentes dans ces coins; mais les animaux-cbevaux enjambant la rondelle , sont analogues par leur corps long et exténué; et les garnitures se ressemblent à certain égard.
La tète de Tempreinte à cbeval fantastique (pi. III, âO; V, 4) se rapproche de la tète de la pièce trouvée près de Senlis (pi. III , S I } qui nous conduit vers les grandes et petites pièces aux chevaux symboliques oblongs etplk&s, placés au revers des tètes couvertes d'énorme coiffure (pi. lY, 10, 11 ; VIII, âS,SS).
Si ces dernières se retrouvent dans le pays des ancieiis BeilovaLs, on aura une suite de quadrupèdes symboliques aux corps oblongs , se rangeant sur les frontières méridionales de la Belguique ancienne. Ce sont des hypothèses.