Vase , Janus , pégase
Nous avons énuméré bien des choses du type gaulois qui ont une consonnance avec le type étrusque, cependant sur presque tous les points , son influence directe s'est affaiblie par différeotes considérations. Tantôt c'est Finsuflisanee de la similitude , comme du chien et delà roue; tantôt c'est l'origine indigène , trop patente , comme du sanglier ; tantôt c'est la naturalisation trop fortement prononcée , comme la main du sceptre de la justice , les ailes des génies; tantôt ce sont d'autres sources, où le coin gaulois a pu puiser. Cependant rien n'empêche d'adjuger à la reproduction directe du coin étrusque , la façon uniface, le foudre , la tète bovine , les croissants. Ces derniers se retrouvent d'une manière toute spéciale chez les Yolks ou Belgs du midi de la Gaule sur quelques-unes des pièces crueifomes, qui ne peuvent pas prétendre à une haute antiquité dans l'existence de leurs espèces. Cette manière consiste dans la pose adossée
de trois croissants ayant un point au milieu ou audessous (376), conformément à certaines formations du )«( type étrusque. Le coin cruciforme des Yolks a dû donner congé à ses symboles sous le joug romain , remplacement de trois crois* sants adossés précéda nécessairement cette époque ( avant Fannée 1 00 ). Ce signe étrusque figure chez les Yolks, comme marque secondaire , mais la tète bovine, le foudre et les croissants forment dans le rayon des Belgs du nord le tout du coin.
Bans ce rayon encore on retrouve la reproduction de l'once italique, au coin d'un vase (pL III ,84); seulement le modèle est en bronze (377) , 1^ reproduction est frappée à la manière concave sur de l'or, et la pièce pèse 144 grains.
Dans le même rayon, on retrouve Janus bifrons sur de l'or (pi. m, 19; VI, 7, 8) (378) sur de l'argent (379) et sur du cuivre (pi. 17, 16) (38û). Le grand médaillon dont nous donnons la figure pèse 144 grains, son flan est large et aplati. Son revers offre un cheval allongé , dont le corps excessivement exténué , le rapproche des chevaux fantastiques qui se rencontrent sur des médailles plus anciennes, qu'on retrouve aussi dans le rayon belg (pi. III, 20, 23). Le cheval est donc incontestablement du coin gaulois, et il a au-<lessus les fourchons symboliques ; le Janus bifrons, aux fronts juvénils, est du coin étrusco-italique : mais le cheval avec des fourchons , et le lion à la queue rabaudie rattachent ces pièces aux confins des Atrebates , Ambiens et Yéromanduins (38 1). On peut attribuer à une époque plus ancienne la médaille au vase, mais celle des médailles à la téfe bifrons est postérieure ; elles font une manifestation si criante de l'image du dieu étranger , qu'il faut absolument reléguer
(376) Revue numism., t. IV, pi. VIII , 9.
(377) ^" P®'** ^°^' *" figure du modèle dons Ghesquier, n° 3.
(378) Ghesquier, les trois points de l'hist. nionét. des Pays-Bas, pi. I, 4 ; Bast, recueil, d'antiq., p. 429, pi. XIX, 2.--La pièce de notre planche III, 19, (comine celle au coupe) appartient à la collection de M. Meynaerts ; elle est plus que triple des pièces connues par Ghesquier et Bast.
(379) Conbr. 176, 177.
(38Ô] Je place ce bronze comme trouvé, à ce qu on m*a dit, sur le territoire
belge.
(38 1) Plusieurs pièces de cette monnaie bifrons furent trouvées à Alost , près de Gand, à Tourcoin, dans la cbatellenie de Lille. (Ghesquier.) — Les monoaies au coin analogue, à deux tètes adossées à Tinverse (notre pi. VI, 57) te trouvent seulement prés de Nancy, sur le sol des Leuks. (de Saulcy.)
leur fabrication dans les temps des Romains (vers Tan 40). Elles prouvent aussi que le type étrusque-italique agit sur le type gaulois à toute époque, et certainement avec plus de force dans la seconde moitié du dernier siècle du monnayage (80-80).
On rencontre aussi le pégase , pégase de la monnaie italique. Le pégase est un coin de prédilection de cités doriques en Grèce, mais celui de la Gaule ne fait pas présumer qu'il soit d'origine et de race pure dorique ; il a plus de conformité avec le pégase de bronze grave d'Italie , de Rome, de Hatria. Un pégase de la monnaie gauloise, qu'on considère pour une copie servile, porte les quatre lettres NIVV (383) qui pourraient faire supposer le nom de Philippe si l'on avait des philippes au pégase. Sans avoir vu ces copies serviles , je ne puis juger de leur origine.
Les pièces en or au pégase que je connais (pi. III, S8; IV, 54 ; YI , 8) ont pour la plupart un flan peu relevé, l'empreinte faible; notamment une est tout à fait aplanie, et l'empreinte très-aplatie, ce qui ne donne pas d'idée de leur haute' antiquité.
Elles sont privées du symbolisme : une garniture en bas , quelques perles en désordre sous un de pégases ; une petite plante à trois feuilles sous l'autre, sont les seuls accessoires. Od cite un vase aussi. Ce coin est donc très-maigre , et n'a rien d'antiques signes nationaux; s'il est étrusque*italique , il n'est pas ancien, il reste dégagé de relations avec d'antres coins, surtout avec de plus anciens. On le voit dans la monnaie épigraphique chez les Biablintes , Carnutes , Hédiomatriks , Leuks sur du cuivre (383), enfin chez les Nervienssur de l'argent (38^), et quelque part ailleurs (pi. 1, 15) (385). Le pégase entre dans la composition du nouveau coin,sur d u cuivre muet (pi. VI, 89) (386).
Or , considérant la disette effective du caractère antique , et la maigreur du coin de pégase sur For , il faut absolument convenir qu'il y est de la même époque que le pégase du cuivre ; qu'il s'y casa par l'effet de l'influence étrangère , étrusque ou
(38u) Conbr. 45, 15,23.
(383) Conbr. 439, 465, 513.
(384) Conbr. 381.
(385) Ccobr. commet une faute en annonçant au n? 575, un cberal guidé sur la pièce de la collection de Norblin, dont nous donnons la figure, pi. I, 15 ; c*est un pégase.
(386) Conbr. 304 , 325, 333. — M. de Saulcy m'«Tertil qu'on retrouTe dci pièces muettes au pégase conforme à celui de pièces inscrites des Mediomstriks ( pi. VI, 41) et que le pégase eu or muet ( pi. IV, 54 ) se rencott(re abondamment sur le sol du même peuple.
grecque , dans le nouveau coin pour affronter Taneien ; que cela arriva à Tépoqne où le pégase dans toute la monnaie entrait en vogue, en Italie , en Orient, ornait le casque des têtes , le champ des médailles. Cependant tel insignifiant qull soit pour le mystère du dmidisme , considérant qu*il marque la monnaie carnntolse (pi. lY , 57),on pourrait présumer quil y prit naissance et se propagea de suite chez les autres peuples par Fascendance des Garnutois. Quoiqu'il se retrouve sur le sol belg tant sur de For muet , que sur de l'argent inscrit, il nous entraîne vers les Carnutois. Nous ferons remarquer consécutivement , plusieurs autres combinaisons monétaires , qui prouveront que l'antique autorité carnutoise ne cessa d'agir sur la Gaule , au moins sur certaines parties : maïs auparavant nous voulons encore par qudqnes réflexions, établir la nature de l'influence du type itaiico-étrusqne et de ses rapports avec l'esprit druidique qui inspira la monnaie gauloise.
77. Dans la variation du type, 11 n*y a pas de doetrinet élrangères.
Dés le. moment que le cheval androcéphale enjamba le sanglier éduen , ses mystères se trouvaient ]Nrofanés. Le sanglier ne pouvait rentrer dans la composition mystérieuse du coin , comme les ailes données au génie, comme la lyre des bardes, ou la maÎD placée an bout du sceptre : il resta une manifestation profane et politique. Le sanglier, bien qu'allié dnr ce point avec Tancien type, en prenant différentes formes et attributions, en se répandant dans de nraubreuses combinaisons, ne se déecMra jamais du symbole de l'ancien type, ces symboles étaient réservés au cheval dont les races variées se multif^aient sur tous les points de la Celtique. Le sanglier prit d'abord quelques emblèmes différents des symbcdes druidiques : un nœud placé audeasua, lebontdu sceptre souvent tréflé , entre ses jambes, le eiseau , les feuilles , une tète , une coupe ( pi. II, â9, SO, S4; Y, 14; YI, 64) ; le plus ordinairement il était sans emblèmes. Son coin profane ébranle l'essence du type gaulois , Fesprit national est entraîné à des nouveantés , et à mesure que ces nouveautés encoml^ent la monnaie el forment le nouveau type, toujours plus varié, le earadère druidique de l'ancien perd sa force; ses symboles diminuaient, s'offusquaient, se retiraient au point qu'& la fin on les trouve à peine. On ne voit, en efletc|ne
ns TYPE GAULOIS.
des esses, des disques, et en dernier lieu, les pentagones qui remplacent les anciens guidons , croissants, rondelles.
On pourrait croire que le pégase et le taureau sont les derniers quadrupèdes qui entrent dans le coin vers la fin du monnayage , car ils ne s'associent nnUeœent avec les anciens symboles , et le taureau n'entre* en aucun rapport avec l'ancien type druidique : le fait est vrai pour le taureau; mais le pégase est un peu plus ancien et devance l'épigrapfaique ; cependant il dédaigne toute connivence avec l'ancien symbolisme , ou plutôt lui-même est désavoué par le drnidisme.
Les autres nouveau-venus , pactisant mainte fois avec le coin druidique , tantôt ils lui servaient de signes secondaires comme le vase ( pi. II, 3S ) , tantôt de revers comme les tètes de Janns (pi. m, 19 ; YI, 6, 7), d'autres fois ils prenaient l'attitude symbolique, comme le lion (pi. I, 8 ; VU, 10 ), ou enfin ils remplaçaient les êtres du dogme druidique , comme les ph3mx qui prend la place du cheval androcéphale (pi. III, S5). Cependant je ne pois pas admettre que ces combinaisons soient déjà le résultat de nouvelles doctrines de la nouvelle croyance , ou delà modification prononcée du mystère druidique. Elles ne le sont qu'autant qu'eUes sont enfermées dans la troisième période antérieure à l'invasion des Romains ; quand nous considérons la tète bifrons de Janus ( pi. III, 19), pour une combinaison postérieure, nous y admettons la manifestation réelle de ces doctrines , coadlHDées avec les nationales.
Le druidîsme retranché fortement dans la pureté de ses dogmes , observant rigoureusement le rite et les augures selon ses règles invétérées, ne considérait les figures, les tètes étrangères, italiques ou grecques , que comme des signes monétaires qui n'avaient d'autre sens, d'autre but que d'orner et de marquer la monnaie. Il les tolérait , il leur permettait de créer de nouveaux coins , sans prévoir les résultats que ces nouveautés préparaient pour son propre coin et pour sa doctrine. Une tête d'Apollon, de Diane , n'était que la tête qui décorait le coin, sans qu'on piât la qualifier d'image de la divinité tutélaire, comme elles étaient en Oréce ou en Italie : mais à la fin la tête de Janus ne pouvait figurer, sans une signification changeante, les éléments du coin.
S'il arriva que ces décorations monétaires pouvaient s'adapter, s'assimiler au langage taciturne du coin druidique , alors elles rentraient parfois dans les combinaisons et peut-être donnaient
TROISIÈME FÉRIODË, AGE D AIRAIN. Mià
une exl«[isioii au langage pittoresque qui inventait des coins mystiques. C'est ainsi qu'on voit des figurines , ayant à la place de bras, des plumesou des ailes, enjambant une flèche (pl.YII, 69), oa supervolant un quadrupède bicorne (pi. VU , 43) ; on voit V^pée symbolique , comme coin principal , orné de bandelets , ayant à côté une petite figure ( pi. VU , 63 ). Des mannequins difformes parurent sur tous les métaux dans différentes attitudes (pi. I, 11, 13; IV, 33, 34; V, 6; VI, 35; IX, ..). Quelques-uns rappellent les figures de la monnaie de Melité, île de la méditerranée; du cabyre de Thessalonique en Macédoine , de créatures contorses de Monde ou Lété en Macédoine, sans qu'on remarque quelque vestige de la lubricité de ces dernières.
£nfin si Ton voulait admettre dans cette foule d'imitations et d'inventions , tant de nouvelles doctrines , préoccupant les Gau^ lois , il faudrait absolument convenir que leur esprit fût singu* liërement saisi , possédé et tourmenté de tant de questions hété^ rogènes, au point que l'action sociale n'était portée qu'à les rendre puUiques avec le consentement des druides. 11 est plus naturel de voir dans ce fatras d'objets monétaires l'unique but des Gaulois, de varier leur coin. L'inconstance et la frivolité qui s'y manifestent, étaient longtemps inoffensives pour la croyance natio^ nale. Cependant il est évident qu'avec la monnaie étrangère une multitude d'idées, de contes , d'appellations, firent une invasion dans la Gaule , préparant un nouvel avenir et coopérant à une métamorphose prochaine : le génie national se refroidissait pour ce qui étsdt national, dans la foule d'images incongrues, il cherchai! quelque chose à son goût , et il devenait très-facile pour la génération prochaine, de débrouiller le polythéisme dans la doctrine druidique et d'ériger les idoles pour le culte futur v.