Obscnrité concernant Tinfluence de types étrangers
Au sujet de l'influence du monnayage grec, je vois aussi une dissidence d'opinion. M. Cartier veut croire que l'imitation de la monnaie de Philippe II, roi de Macédoine, prit naissance dans la partie méridionale de la Gaule, par la circulation qu'elle avait chez les Massiliens (revue numism. t. I, p. 141 ). M. Lenormand est d'un autre sentiment, il semble rapporter cette imitation sur les chemins ramifiés sur le continent vers l'orient jusqu'à la Macédoine. Moi, je me range du côté de ce dernier, et je pense que M. Cartier a eu tort de se replier sur la circulation seule des espèces à Marseille. Mais M. Lenormand se méprend , à mon avis, en disant qu'il est difficile de saisir la liaison qui a pa exister entre la monnaie grecque de Marseille et celle des Gaulois proprement dits ; je pense que plusieurs articles de la revue numismatique ont déjà, quoique indirectement , contrarié cette assertion. Cependant M. Lenormand s'aventure , et avance qu'il est même permis de douter que l'exemple des Marseillois ait été fructueux en dehors de l'influence directe de Marseille et des villes qui lui étaient soumises (revue numism., t. II, p. 8â7).
Il est permis aussi de se plaindre que les investigateurs n'ont pas convenablement arrêté leur attention sur l'influence variée qui forme un type, comme celui de la Gaule, où l'on remarque une foule immense d'objets qui composent le coin essentiel , et des marques secondaires, qui, disséminées dans toute la Grèce, semblent se donner rendez- vous sur la monnaie gauloise. Il est vrai que cette tâche est bien difficile , à cause que la nuniismatique grecque même, offre une confusion qui empêche de déterminer répoque de différents coins. L'archéologue amoureux des inappréciables reliques de l'ancienne Grèce , s'il n'est pas guidé par une succession royale, ne se soucie guère de l'ordre chronologique, se contente de déterminer la localité pour pouvoir placer dans des tiroirs, géographiquiement, toutes ses richesses. La numismatique grecque a eu d'excellents apprécia-
leurs de Part, selon les règles de l'esthétique, d'habiles rédacteurs de catalogues, des graveurs et dessinateurs admirables, des explicateurs de la pensée du type, mais jusqu'à ce moment elle n'a pas trouvé d'historien qui la tirât, par une manipulation crîtiqae, de son désordre et de sa confusion. Or, quand on trouve une similitude, une conformité du coin gaulois avec le coin d'une monnaie grecque, étrusque, italique, très-souvent on est dans ie vague, parce qu'on ignore l'époque du coin grec, étrusque, italique, et qu'on court même le risque de qualifier de modèle ce qui peut-être est postérieur.
8. TrouvaiUes , dispersion de la monnaie , division territoriale.
On se fonde beaucoup dans la numismatique, sur les trouvailles , sur les exhumations et les découvertes faites dans des décond[)res, ou dans des marais. C'est très-juste. Ces trouvailles ont fixé , sans réph'que , trois grandes familles des médailles gauloises : celles de l'Armorik, des Tectosages et de Belgique. Personne ne peut douter, et n'oserait contester la vérité évideifite, avérée par des découvertes continuelles, presque exclusivement dans des pays relatifs à ces familles; ainsi, qu'à peine rencontre-t-on ailleurs quelques pièces isolées. Mais bien d'autres découvertes n'offrent pas cet avantage Non-seulement on retrouve çà et là un mélange de monnaie , évidemment de différentes parties de la Gaule; mais très- souvent, même les espèces d'un pays sont exhumées en masse dans un autre pays très-éloigné. On trouve à la fois , à Valence , 300 pièces de la monnaie gauloise de Tournay ; on retrouve continuellement dans le pays des Leuks la monnaie des Kaletins , et les monnaies des Leuks de Solimariaca se rencontrent souvent avec celles des Santones et différentes autres, aux environs de la Loire. On y trouve Pixtil, aussi bien que dans le Beauvoîsis (Montf. t. III, p. -ill ; Cambry, descr. du dép. de l'Oise). Ces exemples prouvent, que dans les recherches, on ne peut pas avoir assez de précaution, quand on veut Urer des trouvailles quelques conclusions pour la numismatique gauloise.
Ce déplacement des monnaies signalerait des relations spéciales entre certaines parties de la Gaule, si l'on ne présumait d'autres causes encore qui proviennent de l'infortune et de désastres. Un État prospérant peut souvent se passer de sa propre monnaie, et dans des temps de malheurs, il la multiplie. Toutes
les villes de Phoenicie , avaient trop peu de lour monnaie ; Karthage peut-être n'en avait aucune , elle payait aux Gaulois salariés leur solde, avec des espèces de Syracuse, lorsqu'elle combattait contre les Dionysos ; et avec des espèces romaines , lorsqu'elle triomphait des Romains , sous les ordres d'Annihal. Les Gaulois ont eu leur propre monnaie plusieurs siècles, mais jamais ils nq la fabriquaient en si grande quantité qu'à l'qmpBe de la perte de leur indépendance. La guerre ébranlait ce vaste pays sur tous les points , les opérations militaires dianfçeant le champ de combat , transportaient les caisses militaire et même la fabrique de la monnaie , d'un endroit à un autre , et disséminaient toute sorte de numéraire dans tous les pays ; enfin , en cédant la place.au vainqueur, on enterrait ce qui restait. Aussi la plupart des trouvailles consiste en- des espèces de ces temps de désolation : on trouve bien moins de monnaie plus ancienne* Or, si Ton borne ses connaissances à ces seules découvertes, oa les renferme dans une époque bien courte; on néglige plusieurs siècles pour plusieurs années qui n'offrent qu'une déplorable confusion, confusion désastreuse par Tinvasion et l'influeUce étrangère qui pénétra tous les éléments du pays , aussi bien dans le sentiment national , que dans la monnaie et son type. On n'y voit qu'une monnaie servile romanisée , presque étrange.
Il est bon d'observer encore que cette monnaie , telle qu elle était, n'a pas vu la lyonnaise , et précéda la division de la Gaule, décrétée par Auguste. Cette division , qui détruisit la natiooalité gauloise , est cependant admise , à grand tort , dans tous les écrits sur la numismatique gauloise. Elle ne convient pasi la monnaie servile, et moins encore à celle qui est marquée de l'indépendance et du caractère national. Je proteste contre cet ana-> chronisme injurieux à l'antique existence de la Gaule , et je préviens mes lecteurs, que je suivrai dans mes investigations, la division de César , de Strabon , qui est la seule raisonnable et conforme à l'état indépendant de la Gaule , frappant sa monnaie d'or et d'argent, soixante ans avant que tes Romains corn* mençassent à fabriquer la leur.
9. Des variations innombrables dans la monnaie gauloise , devraient se
succéder.
De toutes ces observations, il résulte que les investigations ont soivi une direction qui n'otfre pas de succès désiré. Aussi ne
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cesse-t-on de se plaindre de la négligence, de robscuriié qui s'y rencontre. Cependant les monnaies gauloises sont si conununés, si nombreuses, si caractéristiques, si variées qu'on a partout uae grande quantité de monuments monétaires , de matériaux abondants, livrés à des recherches, à Tapprédation critique, et à des combinaisons scrutatives. Aucune antre monnaie de Funivers ne présente tant de diversité que la gauloise. Elle seule se distingue singulièrement par la variation dumétal,or,electrum, argent, laiton, billon, potin, bronze, fer, cuivre jaune, rouge et de toutes les couleurs ; par les formes multipliées, ronde, carrée, trouée, concave , unlface, globuleuse, épaisse, grosse, aplatie, exténuée, très-petite, moyenne, grande, et du plus grand module ; par la diversité du type où Ton voit toute sorte de têtes, chevaux, cavaliers, piétons ; toute sorte d'animaux , d'oiseaux , de reptiles, de figures mixtes et fantastiques; plantes , fleuves, symboles nombreux; tout cçla encombre le flan inégal, occupe la fabrique changeante du monnayage, tantôt frappant, tantôt coulant; quant à Fempreinte, elle est très-douce, ou excessivement élevée, en relief ou en creux, soignée ou négligée, très-bonne ou horriblement mauvaise et monstrueuse. Tout cela, type, forme, métal, fabrique, depuis des siècles, composent en apparence une confusion énorme dans tous les cabinets et médailliers. Peut-on admettre que la même confusion avait lieu ches les Gaulois, depuis le commencement de leur monnayage jusqu'à Auguste? serait-il possible que toute cette forme et fabrique , tous ces métaux et types, existassent à la fois pèle-mèle, pendant plusieurs siècles. Assurément non. On présume le progrès de la décadence de Fart, on dit qu'avec Finvasion romaine, les inscriptions et le type romain y furent introduits. Ainsi , on est d'avis que des changements arrivaient consécutivement. Au reste, il doit y avoir une succession de toutes ces diversités , une marche déterminée , un certain développement , sous tous les rapports. Il ne faut qu'explorer les monuments monétaires restants, encore en si grand nombre, et y découvrir ce qui est gaulois , ce qui est étranger; y distinguer la gradation des changements , conformément aux événements historiques et aux dispositions nationales.