CoosidératiQDS générales sur la marche monétaire
Toutes ces considérations nous démontrent que le monnayage
gaulois forme une monnaie soumise à certaines règles : mais
Yesprit d'indépendance les fit taire parfois et se permit des
divagations toujours plus graves , surtout dans les moments de
rintroduction d« quelques nouveautés et à Fépoque de Finvasion
romaine , lorsque le système monétaire allait changer de fond
en comble. Il fa.ut croire que longtemps le poids et le faiblage
étaient assez rigoureusement observés. Mais dès qu'on diminuait
le volume des esspèces et qu'on le rapprochait au poids du denier
romain, sous la valeur intrinsèque, une confusion devait surgir,
qui demanda des changeurs. Comme dans l'union politique , la
société gauloise , centralisée par le sentiment , la nationalité et
Imtérêt , se déchirait et formait des partis , des systèmes qui ne
cessaient d'agiter et de caractériser différentes portions de la
Gaule, aussi l'unité du monnayage était déchirée et divisée
dans son type en plusieurs systèmes déterminés par des localités
elle temps. Leur influence réciproque se croisait, l'inconstance
affaiblissait , changeait et renversait les règles reçues.
Chaque métal avait son coin spécial , selon les localités : cependant , le char ou le cheval conduit , étant le coin de l'or , roula sur l'argent et le potin, toucha même le cuivre (pi. II, 23 )• Le cheval belg , coin de l'or ou de l'électrum, parcourut l'argent (pi. IV, 14; VI, 37). Le coin de l'or, de la rondelle enjambée (pi. IV, 23), du cheval des unifaces ( pi. III, 36) , du cheval au revers parsemé des pals ( pi. II , 25; IX, 35) furent empreints sur le cuivre (4i6). Le cavalier courant sur l'ar-
^ (4i5) M. De Lafontaine , à Luiembourg, possède la première en cuivre, à empreinte de Gottina ; les deux autres se trouvent che« M. Daneoîsne à "outi ; ce sont des espèces fausses, quoiqu*on n'y toie pas de dorure, elle» «renl émises sans doute avec les autres comme or.
geni et Tor , ne dédaigna point le cuivre ( pi. lY , 5S ; V , 14 ). L*oiseau , dans son attitude latérale , le pégase , couvrirent For de leurs ailes : à la fin, ils préférèrent le cuivre. Le sanglier destiné à tout le bas métal et à Fargent, réussit à s*emparer momentanément de For ( pi. II , S8 ) et de Félectrum (4i6). Le bifrons italique se retrouve également sur le cuivre (pi. Y, 1 5, 16), sur Fargent (4i7 ) et sur For ( pi. III , 19) (4iS). Cette licence, ces contraventions se manifestent pour la plupart à la fin de la troisième période et dans la derrière : cependant, il est incontestable que chaque métal avait et devait garder son coin.
En attendant, le symbolisme de Fouestest envahi par des animaux monétaires de l'est , Fart affaiblit Feffet de sa bizarrerie; le symbolisme recule quand de nouvelles créations se croisent sur tous les points. L'antique coin du centre, éminemment symbolique, est appelé par l'apparition du coin éduen de Test, à des nouveautés que suggéraient aux Gaulois les images étrusques, italiques , ombriques , les empreintes grecques.
Aussi les accessoires du coin antique, symboles ou emblèmes, portant le caractère étrusque , et la formation du cheval androcéphale ne datent que de la création de la monnaie armorikaine, vers 180. Le potin de cette dernière se rencontre bientôt et enfin s'entremêle avec le cuivre de l'est ( vers 150). Les festons^ qui décoraient le potin armorikain allaient quelque part flotter sur la monnaie de Fest, ornée par des garnitures. Le sanglier, indifférent pour le symbolisme, précédant entre 180 et 160 les autres animaux et nouveautés, s'aUia avant tout , vers 130 avec Fandrocéphale de FArmorik ; et quand l'oiseau tudérin soulevant mystérieusement de nouveaux symboles et emblèmes, alla se nider au centre vers 180 : alors le sanglier parcourait le nord, où la lune et différents corps célestes depuis 130 portaient la lumière aussi bien au gui qu'au foudre, et aux autres particularités qui arrivaient isolément et à différentes années. Le bifrons de Janus n'arriva qu'après Féclipse totale de tous les luminaires célestes.
La fonte établie, ou plutôt multipliée vers 100, favorisa les nouveautés. Le bouc, les rouelles , le lion, le pégase, le taureau arrivaient consécutivement dans la Celtique libre et variaient son
(4i6) Gonbrouse, 532.
(417) Conbr., 176, 177.
(4i8) Ghesquier, les Irois points, pi. T, 4; Bast, recueil d*antiq., p. 439, pi. XIX, 2.
coin. Depuis, différents autres animaux se foisonnaient au sudouest des Ardennes.
Le symbolisme du centre ( chez les Garnutes et Senons ) , prenant des formes élégantes , par les progrès de Fart, contribue lui-iHêine aux changements. Le cheval de la belle race celtique, allait détruire vers 80 les monstruosités symboliques, quand des chevaux de race éduenne et d'au delà des Gévennes accoururent partager ces efforts ; le dernier, celui des Gévennes, se montra le plus fort, sut gagner le crédit dans toute la Celtique, et menaça foutes les races ; en même temps, Taigle , le pentagone , les dis* qaes s^^mparaient de la monnaie, et livraient le dernier combat à Vantique symbolisme et à Tart culminant dans son dévelop* penient. Enfin l'épigraphique survint; le système denarial parut en 60 , et définitivement le coin romain anéantit la Gaule«
Yoilà, à mon avis, la marche que nos considérations semblent étsMir assez spécieusement. L'ouest et Test ; TArmorik, la Bel^ guique, les empreintes des Arvernes, des Garnutes, des Éduens, et des autres, ont des caractères spéciaux et s'influencent» Une longue fluctuation , à la fin , marche vers la confusion. Les Catalauniens, dans un court espace, chargent leur monnaie d'un sanglier , d'un lion , d'un aigle romain ; les Séquanais , d'un cheval , d'un taureau , d'un sanglier. Les monnayeries érigées dans les derniers temps, se distinguent singulièrement par ce concours de coins. Ghez les Médiomatriks le cheval, le pégase , le cavalier font leur course l'un après l'autre. Les Nerviens et les Éburons , avant de périr , prirent des autres Belgs le type antique pour leur or , le type romain pour l'argent et le cuivre. Je cite ces exemples , car ils sont éclairés par l'épigraphique ; ils arrivèrent à l'époque qui menace toute la monnaie gauloise d'une révolution complète, et tout son coin d'un péril imminent. L'aigle romain , la tète casquée , le cheval ratatiné , le pentagone , les disques , conjurent sa perte. Ils trouveront un bon accueil, car la marche humanitaire affaiblit l'élément celtique , elle prédispose les Gaulois à abjurer la foi de leurs ancêtres. L'affaiblissement avançait à pas inégal, mais affectait toute la société, toujours divisée en d'innombrables indépendances.