‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 46 sur 113 · Contraste de Tart grec et du gaulois · texte numérisé non relu

Contraste de Tart grec et du gaulois

L'inégalité du progrès humanitaire , décidait de la marchis inégale, aussi bien du type monétaire , que de son art. Là où le

type monétaire resta obstinément fidèle i la religion , Fart continuait d'être stationnaire ; là où il se lâcha de son rigorisme et dévia par des chemins détournés , l'art s'améliora lentanent ; enfin , partout où le type symbolique évacua sa place pour un autre , où il renonça i ses dogmes , l'art avança rai^d^nent et se perfectionna. En général , l'art fit des progrès incontestables.

Quand on veut rendre en miniature un objet à la vue rapprochée sous une lumière modérée , on cherche des expressions délicates, on s'efforce à soutenir l'harmonie entre les détails pe^ dus dans l'ensemble , et le développement de ceux que le pinceau ou le burin est obligé de relever plus distinctement. Les graveurs et les sculpteurs de l'antiquité grecque , connaissaient parfaitement ce secret , et excellaient dans la formation des idéales de ce genre sur des médailles dont l'aspect enchante l'œil de l'archéologue. Le graveur recourbe soigneusement les lèvres, les sourcils , dans les teintes minutieuses et exagérées; enfonce plus profondément que la nature ne le fait la commissure des lèvres {*) ; soulève la joue et la pommette, faisant agir les élévateurs ; avance le front , fait disparaître , ou rudement replier h gouttière selon le sexe , augmente l'angle interne de l'onvertare des orbites ; il cercle la tète bombée et fait descendre son sinciput. C'est le beau que les artistes gaulois devaient comprendre, eojûer , imiter , s'assimiler.

Mais le peintre qui veut composer un tableau pour le placer à une grande distance de la vue , ne s'arrête pas sur des ondulations minutieuses , il jette des traits grossiers dont l'ensemble fait à la vue éloignée un admirable effet; bien qu'examinés de près, ils font par leur monstruosité, une impression désagréable. Aussi ne condamnons pas sans réserve , les monstmosités ^celtiques. Les Gaulois n'avaient ni temples pour enfermer leurs idoles , ni édifices pour leurs conventions nationales , oi théâtres , ni habitations meublées avec luxe , ornées de portraits ou de tableaux : couchés par terre sous leur toits, ils agitaient les affaires publiques et solennisaient les fêtes sous la voûte d'un ciel serein. Leur signe qui servait de point de rarement , devait être soulevé au grand jour , au clair de la lumière

(*) Ouvre la bouche et Tuit montrer les dents. Polygnotus Tbasius insti- ' tfiît os adaperîre, dénies ostendeiie, vallnm ab anliqno rigore Tarière. Voyex aur les idéales greoqii0s, PHne, X^XY, 35 et anivants.

rayonnante qui affaiblissait les gros traits, ou repliait leurs courbures , qui aurait ébloui et changé en des taches incohérentes les parties les mieux élaborées.

Or, une enseigne exposée aux regards de plusieurs milliers, d'hommes sous un horizon étendu de plusieurs lieues , ne demandait que la cambrure exagérée d'un bloc], du corps de Tenseigne-cheval , haussé sur un bâton; elle demandait que quelques pals et élévations crochues ou arrondies , jetassent de l'ombre , rendissent des rayons lumineux, et retraçassent sur le bouclier , une tête sculptée, qui fissent voir son œil , son nez , ses lèvres et le menton , la tresse qui flottait devant le front, Varcade sourcilière prédominant les orbites , le front négligé pour que le rebroussement des cheveux fut plus ostensible. Qu'on éloigne cette monstrueuse composition à perte de vue, elle ne sera pas si difforme que sur des médailles (pi. II, 8).

Les graveurs gaulois chargés de préparer le coin pour la monnaie nationale, ayant devant eux des modèles de leur conception, radicalement opposés, devaient certainement faire des efforts extraordinaires pour descendre de leur hauteur informe, à la petitesse gracieuse qui se présentait à leur vue sur la monnaie grecque ; reproduire des contrastes frappants qui les ren>daient incapables , ineptes. S'ils copiaient servilement , parfois ils réussissaient passablement , s'ils imitaient et adaptaient les modèles grecs à leurs conceptions innées, ordinairement ils échouaient , et créaient longtemps des compositions difformes-

£n retraçant cette comparaison des contrastes , je vois un sourire malin remuer les lèvres des archéologues indulgents ^ je vois l'impatience et le dédain des autres^ le rouge leur monter au visage , de colère ; je sais que je révolte leur sentiment qui est justement indigné; je m'avoue coupable : cependant sans demander grâce , j'en appelle à la sagacité de leur jugement. Qu'ils nous expliquent, armés de préventions séduisantes et merveilleuses . pourquoi lès Gaulois ne purent réussir ; ce qui les empêchait, dans le courant de trois siècles de monnayage, de se mettre à la hauteur de l'art que les archéologues admirent. S'ils daignent répondre à mon appel, ils me diront que les habitudes des d^lois , leur religion , leurs préventions , les règles de la croyance, les conditions de la doctrine , tout arrêtait, entravait la formation artistique de l'esprit national , des graveurs et des images de la monnaie.

Page 1