Trogrès et défauts de Tart dans la Gaule
Les graveurs gaulois cherchaient à écarter les difficultés quils éprouyaient en symétrisant les ornements de la tète , et les tresses de cheveux. Ils comprirent pour la plupart, le rond et la formation de la tète , son relief, la proéminence de la jooe et du buccinateur : mais ils n'ont pas compris Télévatîon et la hauteur du front, qui, généralement, s'accroupit et se confondant avec Farcade sourciliaire , très-souvent disparait et laisse des traits de niaiserie , augmentés par le nez élancé , par la confusion du buccinatoireavec la mâchoire immense et pendante, par les pommettes affaiblies ; ou , si elles sont prolongées et appointées au-dessus de Faile du nez , la physionomie du visage prend un air de dédain ou un rire sardonique. Us observaient assez les jointures et les ondulations , mais ni les lèvres , ni l'œil , n'animaient leurs compositions. Ce dernier quelquefois disparaissant, laissait l'ouverture des orbites vide ; ou bien il est gonflé comme s'il voulait s'échapper de ses orbites.
Ce sont les traits de cette tète cimbrique qui servait d'enseigne à la banque de Rome, qui faisait rire et qui effrayait les Romains, qui servait de comparaisons plaisantes aux orateurs , qui décora le bouclier du vainqueur des Cîmbres , des Gaulois et des Teutons HtQ). Les défauts dont elle était affecté , résultat sensible de la tète du bouclier gaulois , ne furent jamais suffisamment affaiblis et corrigés par le progrès et l'amélioration de l'art.
En effet , nous le répétons , la marche de Fart était inégale. Bans chaque époque , dans chaque localité même , il y avait en même temps d'assez bonnes^ de mauvaises et de hideuses productions^ et la gradation du progrès de Fart, consiste , pour la plupart , dans la généralisation de l'esprit artistique , qui ne discontinuait pas sa lutte au centre de la Oaule , avec des préventions antiques. En effet, tout ce que nous avons pu notifier des meilleures productions monétaires des temps antérieurs à répîgraphique , se relate , au centre , aux Biturigs et Garnutes.
(4t9) Cicero, de oiaiore H; Quinclil. Vf, S. — Voyez le chapitre 39,p- S2, de notre opufcule. — La même tête de Penieigne est eneore mentionnée dans Pline. Deinde TÎdeo et in foro positai valgo (pietnraa)* Hinc enim Uie Crassi oratorei lepos aveulis sub veteribus (iaberuif) cum testia compellatus instaret : die ergo Crasse, qualenn reris ? Taleni inquit, ostendena in tabula pictum inficelissime Gallum exserentem linguana. Flin. XXXV, 8.
D'un autre côté , les rayons d'amélioration partaient des embouchures du Rhodan et se rencontraient sur les confins de la Belguique.
Il est bon d'observer que maintes fois , les artistes grecs pouvaient directement coopérer à l'amélioration et exécuter dans la Gaule même de bonnes productions. Je ne sais quelle raison pourrait empêcher d'admettre cette hypothèse. Un graveur grec, prisonnier de guerre, améliorait sa portion s'il ét£ût appdé à exercer son métier, dans la monnaie. Des graveurs grecs n'allaient-ils jamais spontanément s'établir chez les Gaulois, dans le but de leur communiquer leur art , comme les médecins et les sophistes massaliens allaient dans la Gaule , enseigner la science et la philosophie ? Par une prévention impardonnable, on dédaigne tout ; et peut-être le burin du même graveur qui provoque l'admiration de l'archéologue , quand il se voit sur la médaille deMassalia, est méconnu et désapprouvé, quand il se trouve sur une médaille gauloise.
L'esprit artistique avançait et se généralisait par tous les moyens possibles. A l'ouverture de l'époque épigraphique , les Leuks , établissant leurs hôtels de monnaie, ont-ils pris les modèles des Carnutes, et décèlent-ils l'état de l'art qu'ils ont trouvé (pi. III, 29-81)? les sauvages Nerviens et Trevers fournissent des preuves plus éclatantes de sa hauteur, bien qu'ils soient en même temps influencés par l'art romain. Pour connaître jusqu'à quel point l'art a pu avancer , il faut observer les empreintes surprises par les inscriptions. Or, l'argent et le bronze , nous en donnent beaucoup d'exemples (pi. I, 14; 11,17, 18,19 ; III,â5-81 , 42; 1V,45;V, 5,11 ;VI,9, IL)
Le burin du graveur y manifeste sa force et sa sûreté ; simplifiant les détails, il les soutient par des ondulations harmonieuses, il couvre l'oreille par la coiffure , règle la saillie du ne? , coordonne les traits des lèvres et de l'œil, modifie la prolongation exagérée des pommettes , adoucit l'éminencede la joue, hausse et découvre le front , arrange gracieusement la coiffure feuillue de la tête , en feuilles larges , ou en roseau ; donne au visage une physionomie ingénieuse et exécute des productions qui ne sont pas inférieures aux meilleures que les ateliers monétaires de Rome fournissaient à la Gaule. L'étalon , le coursier , dans ses justes formes , avec ses défauts légers , manifeste la dernière perfection de la race.
Le bronze coulé donne aassi des exemples d'une exéculioD passable. Les lètes y sont ordinairement bombées, et maintes fois elles conservent un ensemble qui a su comprendre les ori^pnaux grecs (pi. 1, 18; II, M; IV, 34, ÎB; V, 8; VI,.). Cependant les espèces coulées décèlent une n^Iigence extrême ; elles étaient évid»nment confiées à des praticiens peu habiles , qui les moalaient à l'improviste.
En mente temps, le goât pour l'amélioration de l'art, serpentant parmi les peuples moins avancés dans la civilisation , le coin symbolique perdait ses capacités et allait tomber dans les mains de fabricants ignorants. Sur tous les points et particulièrement au centre et au nord , la Gaule était dans cet état de confusion, quand surrinirinfluence romaine. Jamais l'art nes'est établi nniversellemeat dans la Gaule; jamais il n'a pu vaincre tous les obstacles quH rencontrait, cependant, il y fit un pn^rès assez éminent. Nous allons voir si l'influence romaine lui fut favorable.
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