‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 49 sur 113 · Circulation de la monnaie romaine · texte numérisé non relu

Circulation de la monnaie romaine

Rome ayant commencé à frapper la monnaie en argent après 270, réduisit à deux reprises vers 260, et en 21 S son bronze, en proportion de ce nouveau numéraire (420). Donc le volume du bronze

(4ao) Populut romanus ne argento quidem sigoato anie Pyrrhiun rofem devictum usiis est. Librales appendebantur assea. Servius rex prîmus signavit ns : antea rudi usos Romae Timœus (radit. Signatum est nota pecadum.. et ideo haec prima classis. Argentum signatum est anno urbis 485 (269), qninque annis aute primum beilum punicum. Et placuit denarîum pro decem libris seris , quinarium pro quînque , aostertium pro dupoodio me s«nisse. IJbrale aute m pondus œris imminutum bello piinico primo, conatitutumqu^ est asses sextantario pondère ferirentur. Ita quînque partes factss lucn. Vo' stea, Hannibale urgente, Q. Fabio Maximo diclatore, asses unciales facti. Placuit denarium sexdecim assibus permutarî, quinarium octonîs, scsterfiuni

pesant , diminua consécutivement. Elle fit circuler ses espèces partout où elle porta ses armes, et c'est surtout vers la fin de la seconde guerre punique , que son argent se répandit ; antérieurement, on ne voit pas son cours assez étendu. Nous allons le voir par les dates historiques.

La chronique romaine se donne beaucoup de soin à spécifier les espèces du butin qu'on portait en triomphe et qu'on déposait dans le trésor de la république.

On voit qu'avant la tin de la guerre punique , le butin de la Gaule cisalpine, ne rapportait que le poids en bronze et en ar* gent (4^1 ). Quelques années après (en 197 , 196, 191 ) le butin remporté sur les Insubres, les Boîens et autres Gaulois, consistait en bronze au poids , et en bigates monnaie romaine en argent. £n outre, on portait les vases gaulois en bronze, les vaisselles et les vases gaulois en argent , fabriqués trës-artistement à leur manière ; l'argent en lingot, et les chaînes en or (4^3).

£n même temps , Rome poursuivant les Karthaginois dans la péninsule ibérique , côtoya à sa droite la Celtique transalpine et

quaternis. lia respublica dimidium lucrata est. In militari tamen stipendio , semper denarins pro decem assibus datus. Nota argent! faere bigaa atque quadrige et inde bigaii, quadrigati dicti. Mox lege Papiria , semunciales asies facti. Livius Drusus in tribunatu plebis, octaTam partem aeris argento miscuit. Qui nunc Yictoriatus appellatar, lege Clodia percussus est* Antea ?ero hic numus ex Illyria ad?ectus, mercis loco habebatiir. Est autem signatus Ticto- Ha, et iode Domen. Aureus numus. post annum 62 percussus estquam argen. tous. Plin. XXXIII , 13 ; Vitruv. III , l.

(4^1) Triumpbavit de Gallis L. Furius ( anno 200). In œrarium tulit treceiita viginti mil lia aeris , argenti centum septuaginta millia pondo. Liy. XXXI, 49.

(4aa) C. Cornélius de Insubribus, Cenomanîsque (anno 197), triumphavit. Tulit dncenta triginta septem millia et quingentos œris, argenti bigati septua^ ginta noTem millia. Q. Minucius (eod. anno) de Liguribus , Boiisque trium* pharit. Pecuniae prope par summa fuit : œris translata ducenta et quinquaginta quatuor mUlia , argenti bigati quinquaginta tria millia et ducenti , LiT. XXXIIT, 23. -^ Marcelius triumphaTit (a. 195) de Insubribus , Gomensibnsque, œris trecenta viginti millia , argenti bigati dncenta trigints quatuor millia. Liv. XXXI]I,37. — P. Cornélius, triumphavit (a. 19l)deBoii8. In eo triumpho GalUcis carpentis arma signaque et spolia omnisgeneris trans- Texit, et vasa œnea gallica : aureos torques transtulit mille quadringenlos septuaginta septem ; ad hoc auri pondo ducenta quadraginta septem , argenti infocti, Tactique in gallicis vasis, non infubresuo more factis , duo millia trecenta quadraginta pondo , bigatorum numorum ducenta triginta quatuor Liv. XXXVI, 40.

porta les ravages et la désolation en Ibérie, enlevant au versant des Pyrénées le butin (en 195, 196, 179), qui se composait d'or et d'argent en lingots , d'or fabriqué en vCouronne , et de numéraire en argent, tant bigates romains , qu'espèces osks ou osques qui circulaient dans toute l'Espagne (4^3).

Bientôt (en 189, 186) leurs triomphes de l'Asie déposaient dans le trésor, outre des couronnes en or, et de l'argent en lingot, des sommes énormes de tétradrachmesattiques et de cistophores, monnaie en argent frappée en Asie , et de statëres-phllippes en or(4îi4).

£n comparant les espèces énumérées dans ses différents triomphes, on voit que l'argent romain , les bigates , n'avaient point de cours en Orient, qu'il circulait en occident, dans la Cisalpine, et dans l'Espagne, où les légions romaines imposaient le joug de

(433) HeWiut(anno l95)ob rem féliciter gettam (in Hîspania) ovans arbem estingresniB. Argenti infecti tulit inaerarium quatuordecim milita poado leplingenta iriginta duo, et signati bigatorum aepterodecim millia vigioti tria : et oscensis argenti centam \iginti milita quadringentoa triginta octo. Duobos modo mensibus ante Hehius oTans est ingressus, quam tuccessor eius Q. Minuciui triumpbaret. Hic quoque tulil argenti pondo triginta quatuor millia ocfingenta, bigatorum septuaginta octo millia et oscensis argenti ducentasqituaginta octo millia , Liv. XX7CIV, 10. — M. Porcius Cato ex Hispania (a. 1U4) triuniphavit. Tulit in eo triumpho, argenti infecti viginti quinque millia pondo, bigati centum viginti tria millia, oscensis quingenta quadrsginta : auri pondo mille quadringenta. Lir. XXXIV, 46. •— Q. Fulvius Flacons ex Hispania rediit (a. 179). Tulit in triumpho, coronas aureasoentumTigÎDti quatuor; prœterea auri pondo triginta unum et signati oscensis numum centum * septuQginta tria millia ducentos. Lit. XL, 43.

(424) L. Aemilio Regillo (a. 189), triumphus navalis est decrelus. In eo triumpho unde quinquaginta coronœ aureœ translatas sunt : pecunia nequaquam tanla : tetradrachma attica triginta quatuor millia septtngeata, cistophori centum triginta duo millia trecentt. Liv. XXXVII, 58. — Hand muHo post L. Scipio venit. Tulit in triumpho... aureas coronas ducentaa triginta quatuor; argenti pondo centum triginta septem millia et quadringenta viginti; fetradrachmum alticorum ducenta viginti quatuor millia.; ctstophonim irecenta triginta unum millia et scptuaginta; nummoa aureos philippeos centum quadraginta millia; ▼asorumargenteorum(omnia caalata erunt)...LW. XXXVHi &9. — In triumpho tulit MaDlius(a. 187}, coronas aureas, ducenta duodecim pondo : argenti pondo ducenta TÎginti millia ; auri pondo duo millia centum tria : tetradrachmum atticum centum viginti septem millia ; cistopborum ducenta quinquaginta ; philippeorum aureorum numorum sexdccim milita trecentos viginti , et arma spoliaque multa gallica , carpenti» Iransvecta. Liv. XXXIX, 7.

la république ; que l'Asie grecque avail ^e^ ie&péees en or et en argent, très-nombreuses, que l'Espagne abondait en argent osk, espèces nationales, sans avoir quelque monnaie en or; enfin que la Gaule cisalpine était privée de âa propre monnaie , qu'elle n'avait de ses espèces ni en or ni en argent ; que ses métaux ne lui servaient qu'à la confection des vases et des ornements d'habillement , qu'elle ne se servait que de l'argent btgate , de deniers romains, ou de bronze italique qui allait au poids. Les monuments monétaires sont d'accord avec ces données historiques, qui affirment ce que nous avons déjà avancé à ce sujet.

n est permis de douter que les espèces romaines aient circulé en même temps dans la Transalpine , entre les Alpes et les Pyrénées , la guerre ne les ayant pas encore introduites dans ce pays et le commerce n'étant pas non plus de nature à les y entrainer, comme cela se fit deux siècles plus tard. Les deniers romains n'entraient dans les pays , que sur le tranchant de l'épée : aussi ^es monuments monétaires de la Transalpine, ne sont que trop d'accord avec cette vérité. Ils sont toujours sous l'impression de l'influence étrangère. Les types grec et italique y exercent leur empire, comme nous l'avons vu ; le romain, point du tout; avant l'aggression , le coin romain et le caractère même semblent être inconnus ; depuis l'aggression , toute la monnaie gauloise se latinise, se romanise , tant dans son type que dans son épigraphique ; puisque , avec l'irruption du conquérant , son denier ouvre la circulation et se présente comme modèle au monnayage indigène. Pour bien comprendre ce fait incontestable , il faut grouper la Gaule en deux portions qui subirent l'invasion à des époques différentes. Celle entre les Alpes et les Gévennes, fut soumise soixante ans avant l'autre , elle a donc vu la circulation des deniers soixante ans avant l'autre. Dès que les deniers commencèrent à y circuler avec les drachmes et oboles fabriqués sur le lieu , ils imposèrent à ces deniers leurs manières ; quelques années suffirent et l'écriture latine couvrit les drachmes , les oboles et le bronze. Par conséquent , dsins la portion méridionale de la Gaule, c'est-à-dire dans la Transalpine citérieure, l'influence du coin romain et de l'écriture romaine , se montra au moins cinquante ans, avant qu'elle ne fît son effet dans la Transalpine ultérieure. Un demi-siècle avant la soumission de cette dernière . la monnaie de la Transalpine citérieure est inscrite avec le caractère romain , et se confond avec la monnaie romaine.

Le oontact trop intime des deux portions de la Gaule, pouvait opérer quelques irruptions partielles de Finfluence romaine dans le monnayage de la Transalpine ultérieure, surtout sur ses frontières ouvertes , mais jamais un ebangement universel et trop remarquable. En effet, par ce contact , Tépigraphique et le caractère latin s'installèrent sur quelques monnaies de la Transalpine ultérieure avant Tirruption de Jules - César , quelques années au moins : et les deniers Commencèrent peut-être à sV introduire et y circuler en certaine quantité : mais il est bon d'observer que toutes les trouvailles qu'on fait de la monnaie romaine sur le sol de la Transalpine ultérieure , ne produisent que des monnaies postérieures à Jules-César et contemporaines à son invasion (4aô) ; il est donc évident que la monnaie romaine antérieure n'y avait aucune circulation , ou qu'elle était insignifiante et seulement sur quelques points de la frontière, qu'eile ne pouvait par conséquent exercer cet empire qu'elle exerça depuis, étant introduite comme à l'ordinaire sur le tranchant de répée : tout y était préparé pour le grand changement monétaire, et il ne fallait que cet éclat des armes pour décider dès les premières années, l'admission de l'épigraphlque, et l'acceptation presque générale du caractère latin.

Cette marebe des eboses est un résultat indispensable du concours des événements. L'analyse que nous allons faire de l'épîgrapbique monétaire et des inscriptions que portent les pièces celtiques , consolideront cette déduction. Nous avons déjà énuméré les inscriptions grecques de la monnaie de la portion méridionale, cependant il nous reste encore à dire beaucoup relativement à ces inscriptions grecques , n'oubliant jamais de séparer et de distinguer la portion citérieure delà portion ultérieure de la Transalpine. Les écritures grecques et les latines sont en même temps l'objet de nos considérations , mais nous tàcberons de les distinguer ainsi que les époques ou elles étaient en usage.

^7. Conquête de la Transalpine dlérieure ; province narbounaise.

Rome , malgré les succès qu'elle remporta sur les Kartbaginois, et sur tous les peuples qui furent entraînés dans les suites de la seconde guerre punique , avait une multitude de combals

(4^5) Quelques exemples isolés de pièces plus nncieniies, ne peuvent point Gonfraricr ce que nous avançons. Voyez, revue numism., t. I, p. 303, 3U4.

à soutenir sur différents points de Funivers et spécialement de longues guerres en Espagne. Elle se vit forcée d*inonderce pays de flots de sang , avant de changer (en 183) cette péninsule en province. En conséquence de ces nouvelles possessions, les frontières de la république touchaient les Gaules sur deux points fermés par les Alpes et les Pyrénées.

Anciennement Rome avait une peur incessante du nom seul des Gaulois , et ce ne fut que par nécessité pour son salut qu'elle attaqua les Cisalpins ( 4^6 ). Les ayant soumis et guerroyant les Osks et les Geltibéres en Espagne , elle apprit à connaître les richesses de la Celtique qui se trouvait entre ses armées des Alpes et des Pyrénées, et qui devenait très-renommée pour son or. Le soif du butin et des conquêtes prédisposa à ne plus éraindre ces terribles Gaulois^ à saisir la première occasion pour traverser les montagnes.

Massilia , amoureuse de son calme et de son négoce , désarmant par précaution les hôtes gaulois qui allaient visiter celte cité et retenant leur épée à la barrière pour une contremarque (4^7), inquiétée par ses voisins Oxybiens et Décéates contigus aux possessions romaines de l'Italie , appela Tintervention de son alliée, qui ne la lui refusa point. Les Oxybiens et les Décéates sont en 154 , vaincus par les Romains commandés par Q. Opimiuâ (4^8). Quelques années après, les Massiliens demandèrent de nouveaux secours contre les Salyens. Fulvius Flaccus arriva en 125 , pour les vaincre (4^9)* L*année suivante , il soumit les Voconces ( /\3o). Rome faisait des progrès sur ce point dans la Celtique , protégeant les marchands de Massilia.

Caius Sextîus Calvinus en 123, soumit enfin les Salluviens et fonda sous les portes de Massilia , une colonie romaine Aqua3 SexUae ( 43 1 ).

Le roi des Salluviens , Teutotnalnis , s'enfuit chez les Aliobrogs qui cherchèrent des alliés pour soutenir sa cause perdue,

(4a6) SaUust., de bello Jugurl. 114.

(4a7) Valer. Maxim.» II, 6^ § 9.

(428) Polyb., eicerpta CXXXIV, Lir. épît. XLVII. (4'^9) Liv. epit LX ; Florus 111,2.

(^3o) Inscripi. m Fighii annal., Rom., 1. 111, p. 56. (43i) Livii epit. LXI ; Strabo, IV , p. 180; Diod. Sic. XXXIV , p. aTH ; Vellei. Paterc. I, 15; Animian. Marcel!. XV, 12; FloruB 111,2; Solin. 2.

pour attaquer les Romains aggresseurs. Les Rutènes et les puissants Arvernes se liguent avec les AUobr<^. Rome de son côté, trouve un appui chez les rivaux des Arvernes, chez les Édaens qui stipulent des traités avec elle. Les AUobrogs attaqués par les Éduens, attaquent les Romains etsont vaincus en IS2à VindatiHin près d'Avénîo , par le proconsul Cnélus Domitius (43ti). Uannée suivante, Q. Fabius Maximus remporte au confluent de Isara et de Rhodan une victoire sur les coalisés AUobrogs, Arvernes et Rutènes. ^Piïtiif , chef des Arvernes, se sauva (4^3) d*abord; bientôt attiré perfidement par Domitius, il fut relégué à Albe , et pour sauver sa vie il fut forcé de donner en étage son fils Congentia' lus (434). Le victorieux Fabius, de sa part, accorda aux Arvernes une paix honorable parce qu*on ne voulait pas les irriter (435). Les Allobrogs sont subjugués : tout le pays entre le Rhodan et les Alpes est changé en province romaine (436).

Ici commence, non pas Fintervention de la Celtique centrale dans les affaires de la partie méridionale , mais l'intervention des Romains dans les affaires de toute la Gaule. Cette partie méridionale, s'étendant des deux côtés du Rhodan et au sud des Cévennes, jusqu'aux Pyrénées, est sans force, ouverte à l'avidilé de Rome. Le consul Quintus Harcius Rex en 118, se proposant d'en finir, pénétra plus avant ; en même temps le sénat chargea Lucius Licinius Crassus de fonder suivant sa motion , une nouvelle colonie romaine à Narbo , appelée d'abord colonia Ataciuorum comme située sur le bord d'Atax, dans le pays des Atacins; elle prit bientôt le nom de Martius Narbo (437) ; Tolosa, capitale des Tectosags , est admise à l'alliance (438).

(432) Strabo, IV, p. 185; Orus. V, 13; Liv. épît. LXL

(433) Cœsar 1,45 ; Livii epit. LAI ; Gros. V, U; Plin. VII,50; Bor.lH, 2; Sliabo, IV; Eulrop. IV, 10; Val. Mai. Vf , 9, g 4; Vel, Paterc, H, 10.

(434) Livii epit. LXI ; Valer. Maxr IX, 6, § 3,

(435) CsDsar I, 45.

(436) Livii epit. LXI.

(437) Cicero pro Fonleio I; Brut. 43, ad Div. X, 33 ; Strabo IV , Varro orig. XV, 1; Vellei. Patere. I, 15, II, 8; Plin. 111,6 ; Eulrop. IV, 10,23; Mel» 11,5 ; Appiaiii Celt., 1. 1, p. 84 ; Auson , épigr. XXXIV,83 ; Isidori orig , XV, 1 ; Porphyr. ad Horat. sat. I, 10, 46.

«38) Dio Cass. XXXIV, 97.

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