‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 50 sur 113 · Les Cimbres et les Tetilons · texte numérisé non relu

Les Cimbres et les Tetilons

La Celtique méridionale se montrait énervée pour tenir face à la république conquérante, quand une nouvelle terreur s'empara de Rome, et la tint en sursaut. Des barbares inconnus débouchant des forêts Herciniennes, apparurent en Illyrie ^ donnant Féveil aux peuples déjà soumis. Ils remportèrent en IIS des victoires sur les consuls Hétellus et Papirius Carbo , et se cantonnèrent momentanément chez les Skordisks qui prirentles armes, La peur saisit Rome. On donna à ces barbares le nom de Gimbres , et on réchauffa sur leur compte , les mêmes fables , les mêmes bruits qu'on débitait quelques siècles auparavant, au sujet des Gaulois. Les Ombres abandonnent les Skordisks, qui sont bientôt en 1 1 2 soumis par Livius Drusus. Les Cimbres se dirigent vers les Helvètes, et rien ne leur résiste; les Taurisks leur ouvrent le chemin, et parmi les Helvètes, les Tlgurlns , conduits par Divicon et les Toygens se réunissent à leur marche et pénètrent ensemble jusqu'en Aquitaine. Les légions romaines succombent dans chaque affaire.

Cependant ces barbares triomphants, sont malheureux et demandent à la république de leur assigner des terres. Rome refuse. Ils pillentla Gaule ou traitent avec les habitants. L. Cassius Longlnus en 108 remportait une victoire sur les Tigurins : mais Junius Silanus en 109 fut battu , Scaurus en 108 périt dans une affaire ou Bmrix, roi des Gimbres, triompha. Tolosa en 107 ouvrit ses portes aux Cimbres, et KopiU, roi des Tectosags, fit alliance avec eux (439).

Rome réussit à punir Tolosa. Servilius Cepio la prit en 106 , retira des marais For et l'argent qu'on disait provenir de Delphes, jadis immergé en expiation du sacrilège , dont la valeur montait â quinze mille talents en or , et cent dix mille en argent , et il saisit toutes les richesses de cette ville florissante. Cet immense butin ne profita pas à la république. En partie entaché par Topim'en publique, de Topprobre du sacrilège, il fut livré entier dans les mains des brigands et périt à jamais (44o)*

(439) K4nrcxAts, Plut, in Sull.

mo) Auritolosani qusstio. Cicero, de nat. deor. III, 30; Posidon. ap. Slrab. IV, p. 204 ; Trog. ap. Juitin., XXX1I,3 ; Aul. GeU., 111,9, Vf, 9 ; Valer. Max., IV, 7, 3 ; Oros., V, 15.— Posidon ne donnait qtie 15 mille «n or et en argent ; Trog spécifie cent dix mille en argent.

Bientôt le même Cepio et Gaius Manlias sont en 10I& , battus à plate couture par les Gimbres. Enfin, la fortune change. L'expédition des Gimbres en Espagne est sans succès ; ils sont repoussés par les Geltibères ; une autre expédition contre les Belgs , ne leur réussit guère, seulement de nouveaux essaims des barbares, les Teutons, sortis en 104 de leurs retraites inconnues , traversent le pays belg et se réunissent aux Gimbres. Renforcés , ils se concertent de tomber sur ITtalie et de venger le refus de Rome; dans ce but ils se partagent en deux corps et quittent les bords de Garumna. Sulla profitant de leur absence , soumit les Tectosags et fit prisonnier en lOS leur chef Kopitt.

Les Teutons conduits par leur roi Teubocckus, vont directement vers les Alpes et sont arrêtés près d*Aquae Sextiac par Marius,qui observait depuis trois ans tous les mouvements des barbares. Là, en 10^ , une affaire décisive détruit les Teutons. Dmiobocdwis est feit prisonnier. Les Gimbres en même temps conduits par Bùiorix qui avait sous ses ordres des chefs inférieurs, LugiuSj Clodicus, Cesorix, tournent les chaînes des Alpes et descendent dans la péninsule même par les Alpes tridentines. L'affaire décisive s'engage avec Quintus Lutatius Gatulus dans les plaines de Rhaudis près deYérone. Marius y arrive avec des secours. Bdiorix périt , Lug se tua ; Clodxc et Cesorix se rendirent. Les Gimbres sont détruits , les Tigurins dispersés (440*

On a la description d'une monnaie portant le nom de Teutobocchus , qui resta deux ans ( 10-i-lOâ ) dans les parties méridionales de la Gaule, inscrite avec des lettres latines TeutoboctOy marquée d'un lion (44^) '• nous donnons sa figure ( pi. VI , Sa ). An reste, je ne saurais assigner aucune suite pour le monnayage gaulois par l'invasion et la dévastation des Gimbres et des Teutons : mais les victoires remportées par les Romains , sont sous ce rapport de la plus haute importance ; elles consolident leur

(440 Cicero de prov. coiif. 13, pro Fonteio 10; Sallust., de beUo Jug. 114; Livii epit. LXIII, LXV, LXVII, LXVIII ; Strabo VU, p. 293 ; Tacili Gcmi. 37 ; Vellei. Paterc, II, 8 ; Plut, in Mario 21 ; in Sulla ; Flor. III, 3; Oroi. V, 16, 17 ; Frontin. II, 2; Polyaeu. VIII, 10; Sext. Ruf. 6 ; Appian. 141, p. 834 ; Dio Gass. XLIV, 16.

(44a) TOVTOBOCIO caput virile nudum )( ATEPILOS leo gradient ; i£ 3 nius. Pembr. tab. 93, n» 1 ; Eckel. n.vet., p. 5, 6, ad tab. I, f. 5. Cette pièce m*est inconnue, dit Conbrouse, rans lui donner de numéro dans aon catalogue. La pièce dont nous donnons la figure appartient à M. Saulcy.

ÉPIGRAPHIQUË. 2(H»

domination dans les Gaules, leur tyrannie dans la province narlyonnaise et leur influence sur le reste de la Celtique.

^9. Monnaie de la Narbonnaise latinisée.

Arépoquedef occupatîondela Narbonnaise, parles Romains, le monnayage de ce pays était sans doute dans un état prospère. Les Yolks , lesMassiliens etplusleursvîlles et peuples , monnayaient le bronze, les oboles, les demi-drachmes, dont une grande partieétait inscrite en grec. Les Atacins frappaient desdidraehmes(pl.I, IS; III, 11) .Leurs voisins les Andusiens ou Adnasates les imitaient (44^) confondant le système monétaire du centre de la Celtique avec le système littoral de la méditerranée , animé par le commerce. Les mines desCévennes et de Lesora exploitées par les Kuténiens et les Gabales , pourvoyaient en abondance les monnayeries du blanc métal (444)*

La domination romaine fit d'abord cette impression sur ce monnayage , qu'il admit les inscriptions latines. Plusieurs villes et peuples, changèrent leur alphabet monétaire. Les adnasates inscrivirent en latin leurs didrachmes (pi. III, là). Une irrégularité pouvait s'ingérer à cette occasion dans l'épigraphique , et même dans les modifications du coin, mais elle est très -rare. Un triens , reconnu pour une pièce gauloise , offrant d'un côté un buste ailé et diadème , et de l'autre côté un cheval , inscrit: KRACCVS R. M. (44^)? ne peut-il pas être le souvenir de la fondation de la colonie à Narbo, par Licinius Crassus, où en honneur du fondateur (en 118) on inscrivit Krassus Borna, La pièce Teutoboeio n'offre rien d'irrégulier pour les années 104,103 (pl.VI,85).

Massalia ne discontinuait pas de frapper ses espèces blanches inscrites toujours en grec; elle augmentait son cuivre. Cité mercantile , comme amie et alliée, elle jouissait par excellence de la faveur de Rome , et se flattait de posséder à jamais sa protection constante , vu ses relations invétérées. La monnaie massilienne portait dans ses tètes les images des divinités tutélaires de la ville, d'Apollon delphien et d'Artemise éphésienne que les Latins appelaient Diane. Le sanctuaire de cette dernière fut érigé dans

(443) Nous nous entretiendrons dans les chnpitrcs 120, de ces médaillons didrachmaiix.

(444) Strabo,IV,p. 191.

(445) Mionnet, 40, €onbr., 437.

tlO TYPE GAULOIS.

la métropole et à Rome sur le mont Aven tin, en commémoration et en réminiscence ininterrompue de l'union intime des deux

cités ( 446)* Massilia reconnaissante des bienfaits de son alliée , et fidèle à sa protectrice , mit dans le coin de son cuivre, Taigle éployé du Capitole, l'inscrivant quelquefois avec des lettres latines MAS. Les autres villes de sa dépendance , peut-être ne pouvaient plus se manifester avec le même éclat par leur monnayage; jéntipoliê seule jouit plus longtemps de la faculté de battre son menu cuivre qu'elle fabriqua à foison, vers la fin (pL VII , â9).

Nematmis usant certain temps de son autonomie , varia sa monnaie en la latinisant successivement: On rencontre encore MAY placés entre trois glands sur une monnaie d'argent au sanglier (44?) ) ^^ ^^ MAYG cantonnées entre les branches de la croix sur les oboles ; mais on retrouve le changement de la langue quand on rencontre sur l'argent N£M cantonnées entre les branches de la croix enclavée entre deux rameaux , dont le revers offre une tète barbue ; et sur une autre pièce à la tête imberbe, NEMA placées sous un cavalier (443}* Cette latinisation encore autonome, céda finalement au coin romain , dans les an*. nées prochaines , conmie nous le verrons.

Nous avons remarqué que le coin cruciforme reçut le caractère latin ; aussi , les j^usci cantonnaient la croix des oboles AVSG (pi. VII, 82), et les rolks Arekomiks VOLC : ces derniers se dis. tinguantpar la ligature AR (pi. VII , âl ). Les mêmes Volks déployaient l'aigle romain sur leur cuivre, où ils plaçaient une figure romaine et inscrivaient plus amplement leurs noms VOL- GAE AREC (449)- Les f^olks Fectosags, gardant le cheval ratatiné, dans le coin de l'argent et du cuivre, inscrivaientaussi leur nom générique en caractère latin , VO. VOL. VOLC (pi. IV , -4 ; VII , 20) (45o). Les Focontiens sont considérés comme alliés (45i), et leur argent inscrit en latin VOOC jouit de son coursier(pl.VlI,

(446) Sti-abo, IV, p. 179 (271, 272).

(44?) Peiau, p. 1042.

(448) Fetau, p. 1042.

(449) Conbr.,615.

(450) Gonbr.614.

(45i) Strabo, IV, p. 187, 203; Plin. 111,4, VII, 18.

16 ) ayant qu'il put placer dan$ son coin un Dio6Cure et la télé casquée de Rome avec son nom VOGVNT. ROMA ( 453 ). Les Camres, avec leur langue et leurs mœurs, setransformantbientôt en Romain^ et ne différant pas des Romains ( 453 ), laissèrent leur monnaie empreinte de chaque côté, du coursier avec leur nomCAV(pl. V1I,8«)(454).

Le mélange des lettres grecques et latines est visible sur une pièce en argent portant le mot de ALABLOAHOC (455). Ce mot placé près d'un cheval et de trois disques , donne le nom de Mabroagm, des JUoffrogs (pi. VI, là). Nous discuterons en son lieu,la possibilité d'attribuer cette pièce à ce peuple^

Je ne saurai indiquer jusqu'à quel point l'art romain réussit à influencer la beauté de la monnaie de la Narbonnaise , je ne Tai vue que peu en nature. La pièce des Yolks ( pi. IV, 4) qui est arrivée en plusieurs exemplaires à ma connaissance, et quelques figures que je reproduis sur les planches (VU , 16, âO» BO-38 }, ne me donnent pas de grandes idées. Une rosse difforme caractérise ces pièces , et on peut présumer que sa race rabougrie , va détériorer et abâtardir la belle race celtique , ainsi que nous l'avons avancé et que nous le remarquerons encore. Je pense aussi qu'il est assez clair que le cars^ctère latin s'est é(s^bli de bonne heure dans toute cette monnaie, c'est-à-dire dès le moment de l'occupation du pays (en 123, 122). Quelques considérations ultérieures viendront fortifier cette assertion.

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