Fin de la monnaie autonome dans la Narbonnaise
Vingt ans de soumission de la Narbonnaise (122-102) troublés par l'invasion des Cîmbres , et le soulèvement des Tectosags, fut suivi par vingt autres années ( 102-80) d'agitation des esprits humiliés ou révoltés, par le joug imposé et par le pillage qui grossît d'une manière effrayante (456). .
La spoliation des trésors de Tolosa , suggéra à l'avarice toute sorte de brigandages. Sur tous les points s'ouvrit la pèche de
(45a) Conbr., 616.
(453) Slrabo, IV.
(454) Conbr., 410.
(455) Suivant la lecture de Mioonet 85, car le catalogue de Gonbrouse, le donne deui fois 550, 518 , chaque foia différemment par erreur typographique.
(456) Livii.epit.LXXUI.
îia TYPE GAULOIS.
dépôts sacrés. Ce que la religion des indigènes , avait amassé durant plusieurs générations, passa dans les mains de spéculateurs ou de scélérats. Les autorités romaines vendaient publiquement aux particuliers l'exploitation aquatique^ et les acquéreurs retirant de marais, lacs, étangs, des Imgots d'or et d'argent et le numéraire immergés, faisaient d'immenses fortunes (457). On n'observait plus aucun respect pour la croyance du pays , pour les choses sacrées ; les sanctuaires étaient pillést les caisses publiques et particulières vidées , les richesses et les objets précieux enlevés et exportés. C'était le commencement des ravages qui se consommèrent dans la troisième vingtaine d'années ( 80*60 ), de telle manière que le monnayage privé de ressources, succomba autant par l'impuissance, que par les dé^ crets et règlements.
Rome était alors déchirée par des guerres civiles. Des réfugiés et bannis du parti vaincu , se dirigeaient vers la Narbonnaise, et se concertant sur les moyens de relever leur parti , animaient Te ressentiment des Gaulois. Les Aquitains, épousant leur cause, triomphèrent de Manliùs Nepos (458), et Sertorius resta maître de la province. Mais bientôt en 77 il fut (atcé de l'évacuer devant Pompée dont les légions entrèrent dans Narbo, au travers des monceaux de cadavres des indigènes (459). Le décret de Pompée frappa de proscription la population de villes entières (46o).
Massilîa fut récompensée pour sa fidélité , les meilleures portions du pays des Arekomiks et les Helves lui furent adjugés (46 1 ); elle tint sous sa protection les Albioeci (462) , étendît son inspection jusqu'aux Tricoriens (pi. Vil, 17) et ayant un tel agrandissement de territoire indigna les Gaulois, qui en se soulevant contre les Romains, accusèrent Massilia de tous leurs malheurs et cherchèrent à se venger sur elle. Celte ville fut sauvée par Fonteius, qui délivra aussi Narbo de l'attaque des insurgés (463).
(457) Strobo, IV, p. 188(287).
(458) Cœsar, III, 20; Oros, V, 23.
(^59) EpUt. Pofnpeii ex Sallust. hiat. III j Cicero proleg. Manil., Appia" > bell. cîv. I, p. 419.
(46o) Pompeii decreio decedere suntcoacti. Cic. pro M«n. Font. (46i ) Cœ«or, de bello ctr. I, 55. IV^ ^^
(46a) Cœsai , de bello civ. I, 34, 37 ; de belle gai. ï, 56. / ^ \
(4^3) Cicero, pro Font.
ÉPIGRAPHIQUE. 2 là
Cette dernière , comme colonie des Atacins , le plus fort soutien de la république, obtint de nouveaux renforts coloniaux et le nom de Narbo Martius (464).
Nenoiausus gagna aussi les bonnes grâces du Capitole ; elle eut sous son administration , une province composée du reste du pays des Arekomiks et du canton Lesora ; honorée du droit latin et du titre de colonie elle partagea les chances d'autres villes atelées au char triomphal de Rome (465).
Les affaires d' Antipolis prospérèrent aussi. Quelques villes dénationalisées fondaient leur fortune sur les ruines du pays.
Les administrations de Fonteius, en 79 , et années suivantes ; de Calpumius Piso vers 66 ; de Publius Glodîus en 65 , se suivaient renchérissant chacune en rapines. Des plaintes portées en 69 au nom de la province par Fallobrog Induciomar , n*avaient pas eu de suites ; le calcul de délégués, fondé en 68 sur la turbulence intestine, fut désappointé et réprouvé par le pays, qui se souleva en 62. Catugnat, conduisant les Allobrogs, fît des progrès , mais , à la fin, en 61, les légions romaines triomphèrent , les Allobrogs furent pacifiés (466).
Des prisonniers vendus à Tencau par milliers , des émigrés quiallaient s'expatrier à jamais,des proscrits et desbannis,dépeuplaient le pays. Une émigration excessive se portait au delà des Cévennes , cherchant un refuge sur le sol encore libre. Des confiscations et des expropriations innombrables ; des ventes à l'en-
(4^4) Aiacinoniin colonia unde his terris auxilîun fuit, nunc el nomen et dccus est Martius Narbo (Mêla n, 5). — On est dans Terreur quand un attribue la qualification de Martia â la légion Martia (Burm., ad Vellei. Il, S; histoire génér. du Langued., t. I, p. 48 ; Amédée Thierry , his(. des Gaul., t. ir, p. 250). La légion Martia ne s^est formée que du temps d'Auguste , et n*aTait aucune relation avec Narbo , tandis que Crcéron connaît déjà le nom de Narbo Martius (Cic. ad div. X, 33 ; Tsschueke ad Mel. Vol. III, n*" ST , p. 463 ; Savaro ad Sidonium II, p. 168). Il faut donc adhérer à Topinion de ceux qui font dériver cette épithète du nom du consul Q. Marcius, sous lequel la colonie fut établie. La différence de lettres c^i, n'empêche pas d'admettre ■ >^ cette réhabilitation du nom consulaire. Il y a d^autres hypothèses a ce sujet (Valer. not. Gai., p. 369 ; Sirmond. ad Sidon. Apoll. ep. ad carm. 21, 23 ; Wernsdorf ad Auson. declar. urb. 12; idem ad Avien. ora mar; 586)*
(465) Slrabo IV, p. 186 j Plin. III, 5, Xî, 97j Mêla II, 5 ; inscr. ap. Gru- >er., p. 325, 467.
(466) Livii.féplt. ; DioCass. XXXVII,47,48; Cicero,de prov. consular. ; pro Font. ; pro Val. Flacco ; harusp. resp. 42 ; Catil. ; Sallustii, bell. Catil. 25 i Plut, in Cicet.
chère, des terriloires énormes désappréciés, des exactions révoltantes secondées par le trafic et Tusure ; des droits imposés arbitrairement , un brigandage sans fin , accomplit cette déprédation pompéienne de vingt ans ( 76 à 60 ) qui continua longtemps à ravager cette province. L'accusation adressée au sénat, évalua à une somme de trente millions de sesterces, ce qu'on fonctionnaire confisqua à son profit , par le seul moyen d'emprunts des usuriers ; chez les AUobrogs la dette surpassait la valeur des fonds de terre.
On ne comptait plus que le numéraire romain , les espèces autonomes tombaient dans Tinaction. La grosse monnaie disparut , celle des peuples, Volks , Cavares , Voconces , Allobrogs , nécessairement n'avait plus d'existence ; celle des villes latinisées ou asservîes,se réduisit à quelques petits oboles et au cuivre. Les Mussiliens, avant d'être humiliés par Jules-César éprouvèrent sans doute ces vicissitudes. Leur type du lion chercha un asile sur du cuivre , ils coulaient à foison le bronze détérioré ( pi. III, 6, 7 } et bientôt ils renoncèrent à l'honneur du monnayage. On ne connaît plus des espèces de la colonie éminemment martiale de Narbo. Nemausus illustra encore quelque peu sa monnayerie par des oboles coloniaux (pi. VIII, 15), mais elle renia son sanglier gaulois librement courant, qui fut bientôt remplacé par le crocodile enchaîné sur le bronze colonial (pi. VIII, 16) (467). CabeUio reçut aussi les honneurs coloniaux ( pi. VIII, 28 bis ). Ses oboles portant le nom du magistrat romain L£PIdus( pi. VIII, lA) (entre 46 et 4â) ne durèrent pas longtemps, cédant au bronze. D'autres colonies érigèrent prochainement leurs ateliers.
La bonne ville y^ntipolis seule jouît plus longtemps de sa misérable autonomie. Sans pouvoir compter ses propres triomphes, elle faisait dresser à la victoire un trophée sur son petit cuivre ( pi. VII, 29 ) et insérait, avant la disgrâce de Massilia, ses prétentions à la souveraineté qui lui servît à la fin de titre à se détacher de sa métropole. Dans Tépigraphique de sa monnaie, on voit d'un côté , tantôt inscrit simplement le nom du peuple, ANTin tantôt ANTIII, AEIII, accompagné du nom de Marc Emile Lepidus ( entre 46 et 42) 'Ai/r/TôAf/rav , AsriSoç, dont on voit le nom sur la monnaie coloniale de Cabellîo (pi VIII, 14,,
(46;) Voyez les monnaies de Nemausus : £ckhel , pars 1 , vol. I, p. 69 ; Rasche,1ex.,t.III,p. 1176îMioniiel,t. l,p.77;8uppl. t. I,p. 141;num. gotb.
De l'autre côté on trouve : 12:AAM ; IX. AHM ; 1£AIM ; AHRJ; AIM qu'on explique par ^fioq peuple , f «^ ^î^fjm ou ilq S^fj^ov >îlle du peuple ; MHAI ; MI AI ; NIDI n'est que rétrograde de slq $}ffjLOu. la direction rétrograde étant familière à la monnaie au versant des Alpes. Cette expression ordinaire est quelquefois remplacée par A A. TE; A. A. T. E, Xaoç réXeioq, peuple parfait, peuple accompli , ou rsxvnùx; ingénieux ; ou par EIÏI. A KOP sVt hiou KopuCpccioTifç , la sommîté , la souveraineté du peuple , appartenant au peuple; ou enfin par AAKA ?iaoçKàpavoç, peuple souverain , absolu , ou Xdog Kaivoç^ peuple nouveau , régénéré, restitué. Le nom de Lépidus démontrait la restitution et comme la pièce inscrite KANn'aqueANT pi. VU, â9}sansLepi, ilse peut que Kan est P. Caninius Grassus consul en 40. Antipolis par ses manifestations emphatiques ne cessant de chicaner sa métropole, acheva la rupture, en se déclarant appartenir au peuple romain. Le sénat, après une délibération solennelle, accueillit sa demande, l'incorpora à l'Italie et le petit bronze antipolitain cessa d'exister (468). Je fis la revue de toute la monnaie de la province narbonnaise séparée du reste de la Gaule , pour observer le changement dans le type, et dans les inscriptions la disparition de la monnaie autonome , et l'affaiblissement de la nationalité , au moins de ses effets. Ge qui se passait dans cette province asservie, un demi-siècle avant l'asservissement du reste de la Gaule, va se présenter consécutivement à nos recherches dans les autres parties de la Gaule. Il y a là cependant, plus d'espace, plus de variété, plus de résistance de la nationalité.