Titre royal dans la monnaie
Le grand parleur Gisiambos Cattos prit sur la monnaie le titre de vergobret. Les historiens nous ont expliqué que c'était le titre du magistrat en chef chez les Éduens (53g). Les mêmes historiens nous instruisent qull y avait des rois, mais ordinairement contre le bon gré de la nation , Geltillus subit la peine capitale chez les Arvemes parce qu'il prétendait prendre le titre royal (54o); Orgétorix , par sa mort inattendue, évita le feu auquel il aurait été condamné par les Helvètes , à cause qu'il aspirait à la royauté (54 1). Le fils de Geltillus , Yercingétorix , fut salué roi parle peuple , dans le but de mieux diriger llnsurrection nationale(542). Plusieurs chefs de différents États, des Senons, Atrebates, Gamutes, Suessions, Éburons, Nitiobriges, Séquanaîs, sont qualifiés par les Romains, du titre de rois (543): mais aucun écrivain ne nous a dit comment rex, roi, était interprété dans la langue celtique.
Et comme il y avait plusieurs chefs gaulois , appelés dans les histoires, Brmnus, et que dans le breton et le gaulois , brenmn veut dire un roi (544)) plusieurs écrivains niodemes en conclurent que Brenn, l^renmitf était effectivement le titre royal des chefe gaulois. Les monuments monétaires ne viennent pas appuyer cette assertion. Il est probable que la gloire de plnsiears chefis du nom de Brennus , changea dans des temps bien postérieurs leur nom propre en titre générique de chef, de monar-
(538) Pluf ieurt androcépbales de notre pi. 111, et Ateula«Vlatof , Mat des trouyailles faites en quantité asses considérable dans le pays de Luxemburg; comme M. de La Fontaine m*en assure en les communiquante mes études.
(539) Cœsar, I, 16 ; VII , 32, 33.
(540) Cnsar, VII,4.
(541) Cœsar, I, 24.
(54s) CaDsar, Vil, 4.
(543) Cœsar, de bello galL, Seoons, IV, 21 ; V. 54 ; Atreb., V, 64 ; Cam., V, 25; Suess., II, 3, 4; Éburons, Y, 24; VI, 31; Nitiob., VU, 31 ; Séquan., I, 3; IV, 12.
(544) Arthnr brenir Brydain. ~ Arthur , roi de la Bretagne. Voyei , origines gauloises par la Tour d*Aufergne, p. 84.
que. Il n'était pas encore arrivé à ce point, du temps delà monnaie ; la tradition Ta relevé plu3 tard.
On a remarqué que le nom de Cingétorix, et celui de Vercingétorix , paraissent n'avoir été que des titres de commandement : cinn-cédo-righ, signifiant chef de cent tètes, et dans un sens plus étendu, général, capitaine ; ver-cinn-cédo-righ, grand-capitaine. On a voulu conclure que ces chefs ont porté d'autres noms personnels qui nous sont inconnus (545).
£n conséquence , il faudrait aussi considérer le nom du montagnard helvet, Orgétorlx , qui signifie chef de cent hauteurs ou vallées, or-ced-rix, pour un titre, d'autant plus que sa monnaie lui donne un nom, Goïos, Coïos Orcitirix (546).
Cependant, dans toutes les langues , chez toutes les nations , il y a des noms personnels conformes aux titres sans qu'ils donnent droit aux honneurs (547). Beaucoup de noms de Gaulois se terminent en rix, qui signifie chef, sans les instituer réellement chefs. La monnaie offrant le mot compliqué ingétoriXf (VII, 39) tout isolément, sans qu'aucun nom l'accompagne, présente plutôt le nom propre de chef, le nom qui lui fut donné par son père, Celtillus, aspirant à la royauté.
Néanmoins , comme la monnaie s'inscrivait en latin ou en grec, ou en un jargon mêlé de plusieurs langues, il serait probable qu'elle nous transmet quelques exemples du titre royal en gaulois ou dans une langue étrangère.
Effectivement, on a quatre exemples de ce titre en langue latine. Le chef des Sotiates prend le titre du roi REX ADIETVA- NVS (548) ; un chef des Nerviens , ou plutôt de Turnacum, le prend aussi, DVBNO REX (pi. IV , 45 ; VI, 19) (549) ; un chef gaulois ou breton REX GALLE, se qualifie du titre royal (pi. VIII, ^0) (55o). Enfin , REX COM (55 1) . César parle de l'empire qu'A-
(54^>) Amédée Thierry, hist. des Gaulois, II, 8, t. III, p. 97.
(546) Certainement qu^on ne prendrait pas pour roi un Altilius Begulus ou Marcius Rex, chez les Romains. —Un Demonax ne désignait pas un roi du peuple chez les Grecs; un Hegemon n'avait point d'uutorité suprême. ArdioOi kralor, aoax, machos, entraient dans la composition des titres et des noms propret des personnes.
(547) Conbrouse , 529.
(548) Conbr., 347.
(549) Conbr., 45, 46.
(550) Camden, n** II, Conbr., 40.
(55 1) Camdrn, n" 10.
244 TirPE GAULOIS.
diétuanus exerçait chez les Sotiates , sans loi donner ce titre. Uécrivain grec, Nicolas de Damas , se montre plus complaisaot eu le qualifiant de basUeus (55a), ce qui répond au titre de rex de la monnaie. César accorde le régne, regnum, à Tasgitias et Ambiorix, il relate que le peuple proclama Yerclngétorix roi; ce' pendant la monnaie de ces trois chefs, n'offre aucun titre royal. Il y a aussi des pièces de Comius, sans le titre, rex, bien queCésâr Tait constitué roi. 11 semble cependant que sur ses pièces en or, il se servit parfois de ce titre, R£X GOM. La comparaison de ses monnaies à quelques autres , où Tépigraphe de GOM , se croise avec plusieurs autres, mérite, à mon avis, quelque attention et des recherches plus approfondies, que je ne puis pousser jusqu'au bout , n'ayant devant moi que peu des pièces qui entrent dans la comparaison suivante :
€OMM lancier a drui(e. • )( tête c&tquée à draite. . JR Conbr., 426. COMMIOS coursier h dr. )( tête casquée à droite. . iR ( pi. Vl, 29 ). .... tête casquée à gauche. )( GARMA.. cavalier portant enseigne . . . JE{p\, lir, 50).
COMIOS coursier à droite XCAKMAMOS tête eas-
dessous une fleur. quée à droite . . . .A Mion., 31.
C0MM..OI coursier à d. XCARMANO tête caspetite tête bovine, quée à droite. . M Mionn.) 22 COMIOS cheval sanglé. . )( . ARMNOt. casq. & d. 7R Haverc, p. 40$. eMlilI...OS cavalier à d. )< CARSIC 108 tête diadé-
derriére un boucl. uiée à droite . . . .^l MioDn.,23.
COMA lancier à droite. . )( DR tête casquée à dr. Al ( pi. III, 49). COMA lancier à droite . , )( BRI tète casquée a dr. M Conbr., 424. COMAN encodré, laurier
à droite )( BRICO tête casquée . . JR Conbr., 393
COMI encadré )( VI coursier à gauche. . A/ T. Combe, 7 ^
COMB euvadré )( coursier enjambe co (lettres incertaines). . A/ T. Combe,. p. II. COM encadré ...... )( RFX lancier à droite. . A^ Camd., 10.
COMF dans un laurier . . )( EPPILLVS cavalier à g. A/ Tayl. Combe, n» 11. 1PPI.COM. cavalier à d. )( Victoire debout dans Conbr., 425"^^.
dans le champ F. un laurier A/ Akerm. num.j. (553)
Coursier à g dessous dau- )( ATPJI.. . fête imberbe
phin «n gauche /R. Conbr., 374.
Coursier à g. astre . . . . )( ATniLOS t. diadé. h g. ^ Conbr., 373. CRIEIIRI coursier à g. . )( ATnUUI. II. t. diadé. à g. M Conbr., 373. ORCITIRIX cours, à g. )(ATP1LMI. tête à g. . At T. Combe, 15. ...coursier à g. astre. . . )(• TPI LI. II. tête à g. . ^ ( pi. IV, 50. ). TOVTOBOCIO tête nue. )( ATEPILOS lion. . . . ^ Mus. Pembr-ipl. VI. Lancier, dessous Thomme '^^)'
renversé )( EPI LLOS tête A droite. M de Lagoy ***.
(pi. III, 49, 80 î IV, 50 j VI, 29, 35; VIII, 7 *, 8 **, 9} VII, 2 ***).
Certes, on voudra distinguer et séparer les trois COMAN.
(552) Nie. Damas, ap. Athen., VI, 13.
(553) La pièce appartient à W. H. Rolfe (Akerman, journal numismatic . n«« de juillet et octobre , 1837; de la Saussaye, revue numism., t. lî^p. 470.)
BRICO, des autres portant Corn. Comios, bien que leur coin soit analogue et conforme à ces dernières. Mais on séparera difficilement celles qui donnent le nom Corn. Comios, Comm. Cornmios, EmmioB^ Comf, Comh. réuni avec Garmanos y ou Carmanos, et Carsicios (554) > on cherchera seulement dans les mots qui accompagnent Comios, des dénominations de la localité où la monnaie fut frappée , ou le second nom ou épithète que Comios pouvait avoir.
Mais l'identité extrême des pièces en or où COM. COMl. COMF. COMB. (555), est accompagné du titre de rcrr, ou du mot eppillus, ou tppt y et ouvre une autre série dans laquelle ces mots epillus, eppillus, tppiluSy ippiy atpiluSy aîepilus, assistent aux noms de Com.., de Crîeîiri ou Orcitirix , de Toutobocio , sur For, sur l'argent , et sur le cuivre , ne nous indique-t-elle pas un titre celtique, correspondant à celui de rex latin? ne remplace-t-elle pas au nom de COMF le rex du revers de COM ?
Le titre de vergobret n'est retrouvé qu'une seule fois , celui de rex l'est jusqu'à quatre fois , et se rattache à quatre noms différents. Le moteptYu^est plus fréquent sur tous les métaux, figure quelquefois isolément , peut-être parce que celui qui l'accompa* gne est illisible (pi. lY , 50 ; YI, 50 ) ; et se rejoint à trois ou quatre noms de chefs ou rois sur différents points de la Celtique, et de différentes époques. Il accompagne le roi Teutoboc, séjournant vers 106 avec les Cimbres au versant des Pyrénées ; le roi Comios, entre 57 et 51, prenait le titre de roi chez les Atrebates; et l'helvétien Orgétorix qui en 60 prétendait à la royauté.
Parmi ces titrés , on remarque Orcitirix , Orgétorix , dont le nom sur une autre monnaie, est accompagné de Coios (556). Il est probable que Coios ou Goios est le second nom de Orgétorix, mais il serait inadmissible de considérer atpili pour un troisième. On sait qu'Orgctorix, aspirant à la royauté, n'échappa à la justice que par une mort subite : on peut donc présumer que sa monnaie portant sur son revers atpili , est une pièce de conviction du crime qu'il méditait , et que atpili répond au titre
(554) L'attribution de CaisicioSy h Carcici, bourg voisin de Massilia , proposée par M. de Lagoy, est insoutenable, inadmissible.
(555) Cotnmios, Comfios, Combios, ne sont, à naon avis, que des différence.^ /éaultant de Tinconstance de Torthographe. Voyez ci dessus, chap.lOO, p. 258.
(556) Haverc, ad. Oros, V, 386; Conbr., 529.
rex ou dynaste (5Ô7]. Quand Jules*César imposait des rois â pla- Kieurs peuples, c'était ordinairement à titre de droits acquis par leurs ayeux , et le titre que les prétendants et les usurpateurs s arrogeaient , répondait nécessairement à leur ambition, jàipili a certainement son origine dans la langue celtique.
En attendant qu'un savant investigateur s*occupe de cette recherche , je donne ici une explication que je trouve dans Bullet(558). EppiUo engendrer ; eppt/tifT(eppileur) engendreur; eppiled, eppU , enfant , postérité; or, epilos , enfant de la race , dynaste , souverain. Quant à ate, at, voici les interprétations goi peuvent convenir à Fétymologie d'atpilos : at signifie père -, à , au , de , du , des, dès , près , auprès , chez ; particule itérative de consentement , d^affirmation , augmentative , superflue. Je sais que je puise cette étymologie à une source impure, infectée de bigarrures pitoyables ; mais je n'y ai eu recours qu'après avoir consulté toutes celles que j'avais à ma disposition , d'où je n*ai pu puiser aucune goutte relative aux titres . Reste aux savants versés dans la connaissance de la langue celtique, de confirmer ou de réprouver cette explication , et d'éclaircir les termes , epUos, atepihs, et les désinences Uo$, t7i7, si fréquentes dans la monnaie (SSg).