‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 62 sur 113 · Expressions grecques dans la monnaie · texte numérisé non relu

Expressions grecques dans la monnaie

Dans nos investigations nous sommes continuellement sur les traces du grécisme qui ne cesse d'exercer son empire sur la monnaie gauloise, jusqu'au dernier moment de son existence , grécisme qui exerçait son influence sur les mœurs , sur les opi-

(567) BflTue iiumitm., t. I, p. 388 ; t. Il, p. 1, 237.

(568) C«8ûr, III, 7.

(569} Akerman, 56.

(670) Zf fciv xvxc «l'oi«#r«i cMtvff-eva' aixS;, Ilias, XX, 336, i^iXxm, v>fXxM,

j*a (tire, j'en tratne; i^e?.k«{ , possédant la force d*a((irer, de traîner,//!/-

kovesi,

nions et sur la langue celtique, sans aucun doute. On se demande à juste titre, si ce gréeisme ne se déclare pas plus nettement, par quelques locuUons, par des expressions, par des épîthètes, par des tenues empruntés directement de lldiome hellénique ; surtout à répoque où le numéraire grec réduit au bronze , n'ayant plus de motif de manifester Findépendance de la nation par des expressions concises, mais vigoureuses, dans sa loquacité croissante, glorifiait ses dieux qu*il abjurait, ses fondateurs qu'il désavouait, ses magistrats qu'il recevait des mains étrangères, ses oppresseurs qu'il comblait d'adulations ; le glorifiait sans exception par des épithètes, en proclamant leurs noms, leurs honneurs.

Il est très-naturel de rechercher d'abord dés exemples des manifestations de ce genre dans la monnaie de la Narbonnaise , où l'empire du gréeisme est plus consolidé, plus évident, où l'écriture grecque s'est casée en première ligne. Or, c'est avec raison qu'on s'efforce d'interpréter ACTIKO , sur une pièce de la ville des Samnagètes, dépendante de Hassilia , par âtmxoç , habitant de la cité , la monnaie étant frappée dans la métropole cV àvnwpy pour les Samnagètes ; ou bien, qu'elle avait l'honneur d'être considérée comme si elle était de l'intérieur de la capitale (Ô7 1}. Aussi je ne puis réprouver l'interprétation de la légende IIPOHILAOS de la monnaie en argent , offrant d'un côté les deux tètes accolées ; de l'autre, un lion rugissant, dessousY (573] , par ri pùfuf , force, vigueur, éopuj/xévaç^ vigoureusement, bp(Pfia?Joç, robuste, doué de vigueur. Cependant, comme dans le YipofuhxPq , on remarque un barbarisme, peut-être voulait-on dire j/ "Pw^ut hxjnq, eertes, Borne m est le peuple ! pour avouer sa soumission et la renonciation de sa propre existence ; glorifiant la république conquérante comme peuple unique. Le coin de la monnaie la relate à la Narbonnaise, à quelque possession de Massalia , amie attachée de Rome (573).

Nous avons cherché à renvoyer les médailles de Mom , à Nîmes ou ville de Nennise : le nom de Nonnos , Ninnus , Nannas,

(571) De Lugoy, revue nurnism., t. III. (573) Conbr., 487.

(573) Les Locriens, ëpizefyriens en Italie, ioicri valent leur monnaie Auf«" 'PufAo, xivlts. Ainsi de suite, les autres villes, surtout de l'Asie , mettaient toute leur confiance dans Rome , se vouaient à Rome , se prosteiiiaient devant elle.

se r^te , rappelant la tradition d'un chef Segobrien ,'qui concourut à la fondation deMassalia. La langue hellénique exi^ique véweç par onde du côté de la mère, grand oncle maternel. Les deux chefs phocéens, appelés Ëuxenos, sS^svog^ amoureux de Vhospitaittë, et Protis ^pCyrog, '^pinttrroq premier dèefdes colons , allaient prendre terre dans la Celtique. Euxenos y épousa la fille de Nannus , nommé par les Grecs Aristoxéné , «/î/oroÇ^/yjf , Vexcdlente étrangère , ou Vadmirable terre fille de Nennos. Les Massaliens furent considérés comme descendants de Protis , Tlp{ùri(k$cu\ et Protis reconnu tantôt pour fils d'Ëuxenos et d'Arlstoxéné , tantôt compagnon, et frère d*armes d*£uxenos (574). Or, en ce dernier cas, Nennos est pour le peuple massalien, le grand oncle maternel , père de l'admirable sol , marié au génie pacifique , fraternisant avec les Protiades-massaliens. De sorte que Nannus entra dans la famille allégorique de la fondation de Massalla, et recevant la naturalisation grecque, il eut son nom travesti en nom grec. Les repréhensibles vs/xeo^roi, Namasatiens, portaient plutôt

vindicte, vs/zsa-iv à la cause massalienne , en prenant pour génie tulélaire le vieux aïeul Nannos. Cette fable , une fois admise , changea la ville Nemausus , en vieille aïeule des Massaliens , ficuaç , Jtfaus (575).

Les Gaulois voyageant et se multipliant dans leurs colonies , prenaient des noms grecs. Parmi ceux qui donnèrent leurs contingents à Pompée, on voit le fils de Tarcundarius ^ neveu de Deiotar, nomméCastor, roi tétrarque; et un autre, Donilaos, aussi tétrarque (676}. Il n'y aurait donc rien de surprenant si les chefs,

(674) Voyes sur la confusion dans cette tradition, ci-dessus, la note 8.

(S^S) J'ai proposé (chap. 56, p. 1 19), de chercher le nom de Nannus dans la légende de JVeinnoliilaos ou NeionoondoSf sans avoir tu la monnaie. Cette hypothèse, par son extraYagance, tombe d'elle même, comme plusieurs autres. Depuis, une de ces monnaies en question, est venue à ma connaissance. Elle figure sur ma planche III, 13, avec la légende. EINOONNAOG, IVeinondos, (Gonbr., 420), et une autre analogue, inédite, avec la légende £NII '^KIIT.. Eniskip.,. — Ces monnaies ne sont ni urmorikaines, ni belguiques, ni bituri- {^ues, ni camutoises, ni senones, nisantones,ni leukes : mais de quel pays, de quel canton du reste de la Celtique, sont elles ? je ne sais le dire pour le moment , n'ayant pas eu le temps de les étudier.

(576) Cœsar, de belle civ., III, 4 ; Strabo, IV, p. 568 ; Cicero, pro Beiofaro. — Les mots grecs entraient dans la composition de mots et d'appellations InHigénes. Tous les savants étymologistes convenaient que le nom des Édtiens

les magistrats de Nîmes , de la Narbonnaise, portai^it les noms de Ifinnoololaos, ou Eromllaos ; il n*y aurait rien d'extraordinaire, si Ton des magistrats de Haus AretcHamoi , expliquait son nom par la langue grecque appifroç âfioçy certain ineffMe, Mais avec une semblable étymologie , n'y a-t-il pas des motife de voir dans Aretoiames plutôt un langage mystérieux d'un être ineffable , que Tobscure appellation d*un chef? £n effet , il est singulier que plusieurs légendes grecques » écrites en caractère grec » cèdent aux épreuves étymologiques. IIPOIEI yipÙMOç héros, ripaaiç Wrotne (597).

La langue grecque, ses expressions, ses mots furent ftDiiUers^ à cette époque, partout où la civilisation faisait des progrès. Le& Romains s'en servaient dans leurs meilleurs ouvrages , en les écrivant très-souvent avec des lettres latines. César qualifiant par-ci, par-là, les Gadurks, de peuples libres, ne se gène pas de les désigner par l'expression grecque deutheri Cadurci ( 578 ) , iXsÙTspoi au lîeu de Itben, peut-être , parce que c'était l'expression propre des Gaulois , des Cadurci eux-mêmes. Je rappellerai encore plus d'une fois les exemples trouvés et suffisamment avérés, que les Celtes se servaient des mots grecs , qu'ils les inscrivaient en caractère latin ; leurs antiquités , leur monnaie qui font un mélange de caractère et^de la langue , demandent des investigations étymologiques. Et voici encore quelques remarques relativement à la monnaie.

Il existe une petite pièce en argent, à la tête casquée 8MVSIA,

Mporedoris^ est composé de Sn-of , cheval, et du celtique rkedee qui ligiiifie courir, galopper, reda cbar, et rix qui termine tant de noms, Eporedorix serait donc cavalier, dompteur de chevaux. La clef de cette étymologie, estdomnéepsr Pline, ni... qui dit: Epcredia sic dicta ab eporedicis, quod Galli eo nomine praestantes equorum domitatores sua lingua appellant. — Malgré ce témoignage, j'aimerais mieux trouver dans Eporedorix une origine purement ceUique : êb, ep , fils de coureur, redaris» — On ta d*autres exemples de mots gi«cs qui entrèrent dans Pidiome celtique. Nous nous bornons à en rappeler un seul. ?line (VII, 4) nous apprend que les Gaulois i^ppelaient le colombin daos'leur langue «ylocopafo .* mais Hermolaus observe justement quec^est simplement une composition de deux mots grecs, «^xaof, luisant, brillant, et wtxuaç, colombe de la couleur livide ; or , egleco'paia , luisant liTÎdemenL

(577) Si Ton voulait lireHPOlEI, Epoiei, on aura twtuj fecù , il a fait ; ce qui rappelle Tunique médaille dans l'antiquité , des Cidoniens, où Ton lU HPYKANTOS EnoiEL — ÇNn<-KlU.... ( pi. III, 14 ) donne îr.V.iTCî inspecteur, ir/Vxnirlpog ensceptré, tenant le sceptre d'autorité.

(578) Cœsar, VII, 75.

ayant au revers rbercale debout, une statuette et le nom ARVS (pi. VU , 6) (579}. La monnaie est des Ségusiens dont le canton était de la dépendance des Éduens. Je ne sais pourquoi , on a voulu, dans ^rvs recouvrer le nom de chef, quand 'Apifç Mars , nous donne le génitif du singulier 'Apouç (ô8o). Mais aussi il n'y aurait rien à réprouver si l'on voulait dans ARVS, lire tout simplement ARIIS 'Apifç SEGVSIANUS, en considérant dans le V un barbarisme , une mauvaise latinisation du nom grec : le fait est que la monnaie nomme Mars , Ares ségusien. Le concours de Mars avee Hercule , du génie belliqueux avec la force , n'a rien de contraire dans les imitations servîtes ou incohérentes , belles ou monstrueuses. La statuette sur laquelle Hercule tient sa main, serait plus incohérente, car elle offrirait une figure de Telesphore , divinité de la santé si Hercule n'était réputé bon médecin (58 1).

On sait que l'état social de la Celtique , alimentait une aristocratie guerrière, belligérante, qui lui créait bien des malheurs. Des potentats s'élevant au-dessus de Tordre équestre , manifestaient leur puissance , par leur nombreux entourage , composé de leur ambactes et clients , dit César. Le mot ambactus qualifiait aussi bien les clients que leur chef; cavaliers entourants , cavalier entouré. Pour la langue latine , pour les Romains qui asservirent et les clients et les chefs , la valeur inférieure de clients mercenaires, convenait mieux, et c'est dans ce sens, qu'il entra dans la langue latine; chez les Celtes il honorait les chefs (58a). On a une monnaie en bronze , offrant d'un côté un

(579) Conbrouse, 564 ; Monifaucon, t. III, pi. LII.

(580) La monnaie de Mamertinum en Sicile , offre quelque chose d*analogue, en inscriyant la sienne 'Apte? Ma,/jttf}n«tr. — Ares des Ségusiens, est peut-être Mars-Segomon^ dont le nom s^est retrouvé dans leur pays. Gruter^ 58, n<» 5 ; Dom Martin, II, 38, t. I, p. 499.

(58i) P!niarc|ii amatorius, p. 761.— Sur des monnaies d*Hypenum, Hercule est associé à Esculapé.

(58a) Alter genus est equitum... atque eorum utquisque est génère copiisque amplissimus, i(a plurimos circum se ambactos ^ clientesque habebant., CsBsar, VI, 15. — De temps les plus anciens les chevaliers avaient des compagnons. A Pépoque de Tirruptio.n des Gaulois, en Grèce, les Grecs savaient que les chevaliers à deux compagnons , s'appelaient chez les Gaulois , dans leur idiome irimarkisia , 7oî;'7o «tôfAot^ot 11 <r\frla.yfxeb 7;i/«apxi0'f«r lîf l-rtx,*»p«« fttfTi xtti fmrwr 11 ttttfta. liajt» liç fcâpxar or7« vn-o 7ô»r KfX/Sr , Fausan. Xf p. 645, /ri, trois, marc'h^ fjtstpKo., cheval; marc'heghez , course à che-

aigle volant, de Fautre une tète de bœuf el un pentagone , inscrite AMBAGTVS (pi. IX, 9) (683). On pourrait dire que u^mbae- ÎU8 est le nom d*un chef gaulois , mais cette façon de trancher les ambages confuses et obscures , ne résoud guère l'énigme , si l'on ne relate la légende au titre honorifique. La monnaie gauloise présente tant de diversités , qu'il faut s*arréter et réfléchir à chaque pas. Il n'est pas dit nulle part , que le magistrat prit partout le titre de vei^obret. Il l'avait chez les Éduens et' les Lixoviens. Un juge dans l'Armorik , pouvait le porter, mais il n'en résulte pas que le haut magistrat le portât dans ce pays. Ceux qui aspiraient à la royauté, prétendaient à un autre titre que celui de vergobret , ou de la dignité du choix. Ceux qui jouissaient du pouvoir dans leurs domaines particuliers, dans leurs conquêtes, devaient avoir d'autres titres honorifiques. Or, je pense que la monnaie gauloise nous fournit non-seulement une foule de noms de chefs, mais aussi plusieurs titres honorifiques : vergobret , rex , ambact , epen , eppili , atepili , atpili.

4f5. Sources pour apprécier le culte à Tépoque de répigrapliique. Puisque nous insistons autant sur la divinité qui encombre la

val ; marc*he ghùzt chevalerie (Johanneau, dans la descr. du dép. de TOise, par Cambry, p. 535) , trois chevaliers. — lYùnarkitia tirait son origine do celtique , mais de compagnies plus nombreuses ; amhaciia s'explique par le grec. -— jimbaclus, entra dans la langue latine, comme étrangère , barbare , celtique. Amhacius , Enuio, lingua gallica, servus dicitur ; Ambactus^ ibôA»s, (At9^m\lii iti ''Erri«$ , ditFestus et les glosses anciennes. Saumaise doutait de Porigioe gauloise d'Ambactus, en observant une remarque de rabréviateur de Festus, am praspositio loquelaris , significet circum, unde servus am-ftac<ifs , id est circum-actus dicitur. Eflfectivement, ce mot a un son si grec et une racine grecque si conforme A Tinterprétation qu'on lui donne, qu'il serait difficile de ne le rapporter à Torigioe grecque. Baum , IfAfltknm , je marche (prct. HifinK»)^ araUtkhm, par syncope k/nAAitm^ courir le pays , monter à cheval ; ktafialnt^ étalon, iirT»« f(« &fii6«7o«, coursier sans chevalier, Ot ^ amhatoti ambactosi cavalier, titre honorifique qui qualifiait aussi bien les clients que leur chef. Ce titre se perpétua jusqu'au moyen-âge. Unde et ii ambackie» hêeren (seigneurs anibacts), belgico idiomate, ambaclorum quasi dynasts intelliguntur ; regiones ipsae in ambaciias distribuuntur (Du Gange, gloss. ned. et inf. latin). Au moyen âge, et dans la langue de droit , amhaei , indique un territoire d^un haut et bas justicier. Aussi, Bullet, mém. sur la langue celtique, assure que ambfyth signifie le premier chef ; ambithy cheval, le premier cheval de l'attelage, ce qui répond au grec, âr»/d«'7n(, étalon. (.'>83) Conbr-, 351.

monnaie gauloise , et que cette monnaie , dès son origine , s'est montrée éminemment inspirée du culte druidique, on se demande si elle nenous présente pas dans son épigraphique, de divinités. Nous avons tout à l'heure notifié sur une pièce de Ségusia, le nom de Mars 'Aptfç mais c'est une divinité grecque. On voit, comme nous l'avons remarqué plus d'une fois, des tètes de Jupin, d'Apollon, de Diane, de Proserpine, des figures entières d'Hercule ; on voit des tètes conformes à celle de Yulcain, une tète de Vénus déterminée par une petite figure de l'Amour ; on voit des tètes casquées, ailées , qu'on qualifie tantôt de Mercure, tantôt de Pallas, selon qu'elles ressemblent à celles de la monnaie romaine , dont elles sont les copies. Ces dernières, suites de Faggression romaine, et de l'invasion des deniers , bientôt vont se changer en divinités réelles du culte politique de l'empire; les autres sont plus anciennes sans avoir d'autre valeur que celle de marquer la monnaie et de décorer son coin. Mais aucune de ces tètes, ni casquées, ni ailées, n'ont introduit de noms de divinités. La monnaie romaine donnait très-peu d'exemples de semblables insertions ; ces exemples ont échappé à l'attention des Gaulois, ou n'étaient point compris: le fait est qu'aucun nom de divinités grecques ou romaines ne se trouve inscrit ; pas même sous le joug , à l'exception de l'Ares ségnsien. Cette privation des noms des divinités qui allaient prendre possession delà Celtique, ne fait pas espérer de retrouver dans les espèces plus anciennes, de divinités indigènes. Sile peu d'exemples romains et italiques des inscriptions divines de noms, n'ont point engagé les Gaulois à les imiter , c'est certainement à cause que les Gaulois n'avaient pas l'usage de nommer leurs propres divinités , et n'étaient pas habitués à les représenter ni à les profaner. En effet, bien que l'ancien type gaulois soit plein de mystères , de symboles et d'emblèmes, à l'exception de quelques tètes à la coiffure nationalisée, ou nationales, toutes les tètes sont étrangères, et ne marquent aucune prétention à représenter les divinités gauloises, druidiques. Tout combat pour la présomption , que toutes recherches ayant pour but la découverte de divinités indigènes, seront infructueuses.

A certains égards, le polythéisme et le panthéisme , peuvent pactiser avec le déisme et les dogmes des druides, qui tout en repoussant, comme nous l'avons vu, l'iconolâtrîe et l'idolâtrie étrangères , ne cessaient point de se servir du langage figurique^ de divinités subalternes, ou formant quelques ramifications de l'Être

suprême. Ils ne leur érigeaient point de temples. C'est à Fexlérieur de la Celtique , ainsi que nous l'avons déjà fait observer, qu'apparut la oonétnietion de temples; dans la Celtique libre, il n'y en avait pas ; à peine quelques sanctuaires insignifiants commencèrent*ils à s'élever ; et la monnaie de la Celtique n'offre le moindre vestige d'aucune construction. Animée de différents simulacres , elle correspondit à des simulacres en usage chez le peuple.Ced est prouvé par desmonuments qu'on retrouve) par des figurines d'animaux dont on ne connaît pas l'épogne, et par des faits historiques. Le simulacre de la tète gauloise , est appuyé par le bouclier à la tète cimbrique, de Marius ; les simulacres des animaux le sont par le taureau en airain, queles Teutons, sortant du midi de la Gaule , et les Helvètes, leurs compagnons ) avaient en grande vénération , et qui servit de trophée dans la maison de Catulus (584). Mais aucune statue de divinité spéciale , n'est mentionnée dans aucune circonstance, chez ces barbares, ennemis de Fidolàtrie. Leur langage figurique, spiritael et pittoresque , renommé par les observateurs de leurs mœurs, se dépeint sous des formes incompréhensibles sur leur monnaie. Ce langage figurique et ses écrits divins créèrent en effet des noms , des appellations qui variant le culte et ses cérémonies, fournirent aux étrangers, aux Grecs et aux Romains, des matériaux pour énumérer les divinités gauloises, et les relater à leor propre idolâtrie et iconolàtrie , pour les qualifier de noms de dieux de l'Olympe et du Capitole ; pour organiser par le système du syncrétisme , une confusion compacte. Us savaient que les Insubres dans la Cisalpine , avaient chez eux un temple de Minerve (Ô85), qu'ils avaient fait vceu de consacrer à Vulcain toutes les armes prises sur l'ennemi ( 586 ). Jules César résidant neuf années dans la Celtique , fit le dénombrement des divinités du pays : il compta Jupiter, Mercure, Apollon, Mars , Minerve, enfin il apprit que tous les Gaulois se considéraient ccmime les descendants du père Dis (Jovis Bispiter) (587). Certes il ne les énuméra pas tous ; il restait aux écrivains postérieurs d'en augmenter le nombre , quand la confusion avec le culte romain arriva a

(584) Plut., in Mario.

(585) Polyb., II, p. 119.

(586) Flor., If, 4.

(687) Caesar, VJ, 17, 18.

son comble , et complétait ce qui manquait aux Gaulois. Cette confusion fit ressortir de Fobscurité , les appellations gauloises qu'elle avait accordées aux dieux delà Grèce, de Rome, de TAsie, dont le nombre trop grand,en entrant dans les Gaules,n'apu jamais trouva: une quantité suffisante de dénominations celtiques pour faire la dispartition des indigènes à chacun des nouveau-venants. Depuis Auguste , à chaque époque ultérieure , des temples bâtis , des monuments érigés , des inscriptions posées sur des pierres, attestent ce mélange de cultes et de doctrines, la transmutation du culte ancien en culte romain. Les indications que donnent à ce sujet les inscriptions, sont plus nombreuses , plus variées que les notions tirées des écrivains.

Par ces deux moyens , on sait que le culte de Belin existait à Textérieur dans leNoric, et aux environs d'Aquilée où les Boiens, les Taurisks et les Garniens avalent jadis leur domicile; que.son temple à Aquilée, conservait une célébrité durable, et qu'on était d'accord que Belin n'était autre qu'Apollon (588). Par ce double moyen on est en possession de certain nombre de noms qualifiés de divinités gauloises. Ces écrivains , ces inscriptions , et par conséquent, ces appellations , sont le résultat du syncrétisme et ces divinités sont postérieures à la monnaie gauloise : mais les appellations existaient pour la plupart antérieurement , et si l'épigraphique monétaire désignait quelques-unes d'entre elles, eUe constaterait leur existence précédente. Les écrivains et les inscriptions lapidaires, sont des sources historiques impures pour la monnaie : mais celle*ci ne court aucun danger en y puisant, 'à cause que par son épigraphique elle serait en état de les épurer, et c'est bien dommage qu'elle se refuse à rendre ce service important.

114. Conformité des noms des persomies avec lesappellatioDsdes divinités.

Parce qu'on lit dans une inscription lapidaire de la fameuse Alise , où , dans le pays des Mandubiens se passèrent les derniers jours de la Gaule, que Tite Claude Professus Niger, fonctionnant tous les honneurs chez les Éduens et les Lingons , ordonna, par son testament, à sa famille, d'érigerun portique au

(588) Herodiao., 171 ; Jal. Capitol. inMaximino; Tertall.,apolog.,24. ^

ApolUni Beleno C, Jquileienêis Fêlis , inscriptio apud. del Torré , dissert.

surBelon ; Dom Martin, II, 21.

dieu Moristagus (SSg), et parce qu'on sait qu*ua Moristagus on Moritasgus , était roi des Senons avant l'arrivée de Joies César (5go) , on a conclu que le roi Moritasgus fût déifié. Que quelques Gaulois humiliés et convertis à la foi romaine , voulussent fkire l'apothéose des chefs de leur ancienne indépendance , je n'y vois rien d'extraordinaire, depuis qu'on avait érigé des autels à Auguste, et mis les empereurs au rang des Dieux. Les monuments monétaires ne donnent cqiendant pas le nom de Moritasgus ni comme dieu , ni comme rdi , mais leur épigniphique prend note de la consonnance, de la conformité et même de lîiomonymie des appellations des dieux avec des noms de personnes.

Quand on voit dans les inscriptions unespritdivin BeeeoiSgi), on se rappelle le nom monétaire de Teuto-bôciô; quand <m y voit un dieu Be-^niluoius (Sga), on se souvient de Gia-mibs. Quand on lit sur le monument découvert en 171 i, dans la basilique de Notre-Dame de Paris , monument érigé par les nautonniers pàrisiens,|du temps délibère (entre 14 et 87 deTère chrétienne), quarante ou cinquante ans après la cessation de la monnaie gauloise , quand on lit au-^dessns de plusieurs des seize bas-reliefs de ce monument , ces mots et appellati<Nis que

le temps a épargnés en partie SËNANI... \EXLO. YtMhr

NYS. lOVIS. ESVS. TARVOS TRIGARANYS. CASTOR (POLLVI). GERNYNNOS... SËYRl 3S..., ouest presque à chaque pas arrdté par des réminiscences anonétsàres. Cemunnôê (Ke#nunnos), rappelle Nonnos, Nannus, Nennos, Ninnos cornu. Castor et PoUux rai^llent la monnaie de Biatec (pi. I, K;III, lK)9lesrdation8de$ écrivains qui disent que dans certaines parties de la Celtique, le culte de Castor et de PoUux, fut introduit de bonne heure (SgB) ; enfin , les inscriptions en leur honneur qu'on a trouvées dans la Narbonnaise (694). Tarvos trigarantis, ou taureau à trois grues (SgS), rappelle le simulacre des Teutons , et le taurean

(589) Reineiiot, ap. Dom Martin, V, 18, t. II, p. 367. (Sgo) CaBMr,VI,54.

<59i) Gruter, p. 133.

(59a) DEO BEMILVCIOVI, trouvé en Bourgogne, prés de Flavigiiy, Monlf , t. II, p. 427 ; Dom Martin, II, 8.

(593) Biod. Sic, V, 3.

(594) A Vienne, à Venoe, et à Seyitel, Dotn Martin, III, 9.

(595) Tarfoi trigaranuti : tarw cymr. laru gaSI, iaro, armorie^ signifient tao-

ÉPIGRAPHIQUE. âKQ

Tâ^rié de la monnaie ; enfin, les noms monétaires dç yo-carattt, et de OlQ-çaranm (huit grues) (5g6). Folcanm se relate à ces images de monnaie qui sont couvertes de son bonnet, sans offrir d autres emblèmes qui le caractérisent, eiSmani se rapporte à Senodon. Gepmdant tous ces rapprochements n'offrent que des analogies dans quelques figures, que des consonnances de quelques app^ations, et rien qui indique les nonis de divinités sur la moonaie.

Des inscriptions lapidaires et des écrivains nous assurent que Bdin, BelmtMovL Bdlinus^ était Apollon, que son culte , dans la Narbonnaise, chez les Arvernes, chez les Baïocasses , chez les Biturigs \ivisk3 à Burdigula , enfin dans toute la Gaule, était coimu, qu'il avait ses druides de génération en génération (Sqj). SoQ nom se trouve dans la composition du oom^ monétaire de Cuno-^i/m ou Cuff9-{»«^iii> roi en Bretagpç^ , et se présente sur une pièce d'argent inscrite Belinoc (pi. VU, ^). Mais l'empreinte de cette pièce n'offre rien d'emblématique qui lui donnerait un caractère relatif à la déité ; la tète y est casquée à la romaine , loin de pouvoir correspondre à l'image d'Apollon, ainsi que dans Belinoc, ne se déclare que la seule homonymie avec le dieu Belinos.

Une espèce d*homonymie fournit encore une inscription trouvée en 1680, dans le temple de St.-Acheul , près d'Amiens, où Tubogius Esuggi dît avoir construit pour le salut et la victoire de l'armée en Germanie , deux tribunes à Apollon et à Feriugadumno (5g8) ; tandis qu*une monnaie en or , à l'antique empreinte belgue, mais dans un état de détérioration propre à la

resu • tri iroit, garan cym. et gaèl., grue, dit Afnéd^erThierry. C^tte explication est assez ancie«ne : Dom Martin (lil, 17, t. II, p. 71) dit qu*en langue celtique taro ou taru signifie taureau *, tri trois , garan grue ; il ajoute : Si l'on Yeut faire dériver ces mots du grec, comme il est très-facile , on y trouvera le même aens et la même explication 7avp«s'7piyfp«re$.

(596) Conbr., 533, 613. O/o-coran peut avoir une belle dérivation grecque •^rct, voix divine, présage, augure; tïlti» prophétie ; ica^4v«(, souverain, autocrate.

(597) Auson., de profess. Burdeg., carm. 4, 5, 10, Grec, Tur. de gloria confes. 5 ; les inscriptions relatées par Simeoni , Chorier, Menet , daps Dom Martin, Il , 21-28.

(398) Du Cange, dissert, sur les médailles du Bas-Emp., n® 54 ; Dom. Martin, V, 13, t.II, p. 369.

feire méconnaître, trouvée en Angleterre, esiiDScriie Fierosdumno ou Ferogdumno (pi. VllI, 41). On conviendra facilement que la dénomination n*est pas de quelque localité , mais d'une personne , cependant il serait difficile d'j reconnaître le nom d'une divinité, même à Faide du dieu Veriugodumno.

En effet , on voit que les mêmes éléments , les racines de la même langue, composent les noms des personnes et les appellations des dieux. U^st même probable que les hauts personnages prenaient des noms analogues à leur divinité, conune ce roi des Celtes, aux environs d'Aquilée où Ton adorait Belenus, qui s'appelait lui-même Balanus (5g^. Un des principaux chefs du dernier soulèvement de la Gaule, Gamulogenus aulerk (600), porte le nom de la progéniture du dieu Gamulus. Plus tard, àrexempie de leurs dominateurs, les Gaulois prirent des noms dérivant de divinités. Gastor, roi des Gallo- Grecs; Phaebitias, Patera , Delphidius, dans la famille druidique d'Attius qui desservait les autels de Belenus-ApoUo, dérivant de Phœbus-Apollo, de l'oracle de Delphes, de la patère du sacrificateur (601). Mtnervinus, Apollinsyîs, et autres semblables.

1 15. Conformité des noms de lieux et de divinités ; divinités topiques.

Les inscriptions lapidaires nous apprennent que sons le joug romain, les Gaulois invoquaient les divinités , les génies totélaires. A Cologne , à Bordeaux , à Perigueux , les Tutdae sont honorées de dédicaces votives , et ces dernières sont appelées Vesunnae , comme protectrices spéciales de la localité , comme divinités topiques (6oa). En effet, on voit que des voeux des habitants respectifs sont faits au génie de Séguse, des Arvemes, des Biturigs (6o3) ; à la déesse Bibracté (d'Autun) ; au dieu Némauso (Nîmes) ; au Vasion (Vaison) , Vincio (Vence) , Penin (Alpes-penins) , Voseg (Vosges) (6o4). Je ne voudrais pas y chercher des

(599) Lif.XLHI,ô; XLIV, 14.

(600) Cœsar, VIT, 57, 62.

(601) Auson.de profess.; Burdeg, carm., 4, 5, 10.

(602) Gruter, p. 104.

(603) Gruter, p. Ill ,227; Reines, append. 5; Sirmond , not. in Sid. Apollin., p. 50.

(604) D. Bouquet, p. 24; voyage liUér.,t. II, Ire part., p. 293; Gruter , p. 57, 58, 94 ; Serv. in Virg., Aen. X ; Guichcnon, hist. de Savoye, 1,4.

divinités d'apothéose imaginées du temps de l'empire : mais je conçois que ces divinités sont une espèce d^esprits indéterminés qui veillaient à la sécurité du lieu ; on leur donnait parfois un nom topique, on leur dressait des autels, et quand l'iconolàtrie avec le culte romain, s'enracinait dans les Gaules, on leur érigeait des images.

Par une confusion rapidement surgissante, ces génies, ces tutèles sont bientôt coUectife. Chaque localité se rangeait sous la sauve-garde de plusieurs divinités , de dieux du premier rang , qui devenaient topiques. On a un PoUux vincîus, un Mars vlncius (6o5), divinités topiques de Yence, par Tépithète qu'on leur ajoutait. Quand les Ande-camuleuses érigèrent des autels à Pluton, il devint leur dieu local (606). Les Arvernes adorant de prédilection à la fois , un Mercure , un Belin , un Gamule véfomanduen (607), et topisant sur leur sol un Gamule déjà topique dans le pays des Yéromanduens, jetaient leur génie tutélaîre dans une grande confusion. Sous les Romains , partout le nombre de ces êtres divins allait en croissant. Dans ce nombre , ordinairement le dieu local portait le nom de la localité , et c'était un dieu par excellence pour la localité. De cette manière se forma non-seulement une certaine consonnance , une homonymie de noms locaux avec les qualifications des dieux protecteurs, mais une identité de noms. Si donc la localité avait son propre dieu homonyme , et la monnaie porte le nom de cette localité, ce nom correspond aussi bien à la divinité tutélaire, et on peut présumer que le coin offre quelque chose de relatif à la déité.

On sait que la déesse Cambona (combattant) , avait son culte local chez les Gambiovicenses. Les Gambiovicenses étant voisins des Cambolectres, dont on possède la monnaie Inscrite Cambotre, (pi. V, 11)^ par conséquent, on a voulu considérer la déesse Cambona comme ayant son culte chez les Cambolectres , et son image sur la pièce de Gambotre. £n effet, la tète monétaire, bien qu'au visage mâle, n'est pas dépourvue de contours féminins, et la coiffure de la tète est ornée de feuilles qui n'ont pas tout-à-fait

(605) Reines., p. 209; Grut, I. c.

(606) Grater, p. 112.

(607) Grater, p. 53; Simnoiii, descrip. de Ib Limagnc , p. 113; revue num., t. 111, p. 407.

des lauriers, mais peut-être des roseaux, d'où résultent beaucoufr de motifs de considérer cette tête |x>ur la tdte d'une divinité et même d'une déesse (608). Cependant , ce n'est pas une raison, i mon avis, pour la qualifier de Gambone. Les CamlK^eotres pouvaient avoir dans leur vénération locale une toute autre déesse, et s'ils en avaient une, c'était sous une dénomination conforme au nom qu'ils portaient eux-mêmes, elle était plutôt Cambotn que Gambone. L'identité des noms du lieu et de la divinité, d^ouuide des terminaisons différentes , quelques inflexions qui distingueraient les dénominations du lieu et delà divinité. Cambotre n'offre point dans sa composition des conditions pour désigner le peu* pie des Gambolectres; cette composition n'a ni 4ectri oa-lectres au pluriel, ni-lectrus ou-lectris, dont pourrait se former ïàbla^ -lectre : mais elle a les conditions de la dénomination féminine Gambotra ou Cambotre KofiSorpif, adorée par les Gambolectres. C'est une hypothèse d'autant plus faoile à soutenir et à défendre même sans beaucoup de fondement, que la conformité des noms de dieux, de déesses, de personnes , de divinités topiques, de la localité, dérive des mêmes éléments', des mêmes racines de la langue, et qu'on en a de nombreux exemples. On a une viUe de Bretagne, Belisama, et une insoription lapidaire en Aquitaine nous apprend que Minerve y était appelée Bellsana (609). On trouve aussi en Aquitaine une ville, Belsinum. Bien que le nom de Cambiovicenses soit conforme à Gambone, le Cambonum des Voconces l'est beaucoup plus. On a une ville, Belendi, sur les rive:} de Rhodan , sans qu'on sacbe quelle adoration y recevait Belen , dont le culte était si répandu. On connaît Camulo-dunum en Bretagne , Ande-camulum chez les Lemoviks, sans qu'on sache si Camul y avait ses adorateurs. Ce* pendant Camul était un grand dieu , spécialement adoré chei les Rémois (6io), ches les Véromanduens, d'où son culte fat communiqué aux Arvernes (611). Je dis que c'était un grand diea; la racine de sa dénomination comhal (gaël) , atteste sa force, sa vaillance, il est comparé à Mars. Mais la monnaie des Rémois »

(G08) De la Saussaye, analyse deTouvrage de de Lagoy,sur Patirib. des méd. des Gaulois, dans la revue num., t. III, p. 142, 143.

(609) Oienart, notiiia utriusque Vasconiae, p. 519. Dom Martin, 1. 1. p. 504.

(610) Gruter, p. 56, n» 12 ; p. 40, n«9.

(611) De la Saussaye, dans la revue num., t. III, p. 407.

semble olfHr plutôt ane tête féminine de déesse (pi. VU, 10). On ne sâil si Mars était partout nommé Camul , mais il fut localisé et reçnt des appellations spéciales surtout dans la Narbonnai^ : Ma^S vinoius , dans Vintium ; britovius à Némau* sum (61 a) ; Segomonus, dans certaine partie contigiie au canton ségusîn (61 3); et la monnaie ségusine rappelle du grec jéres segasianus (pi. VIII, 5). Si le nom d'-^rcs est inscrit sur la monnaie ségusine , sa tète casquée avec la lance par derrière , s'y trouYe, et la figure d'Hercule y est dressée en son entier. Ceci n'est pas contrarié par le Catnul veromanduensis , qui se trouve représenté dans toute sa figure comme mannequin tenant une lance et un bouclier sur le bronze coulé , contemporain à la monnaie ségusine, et qu'on rencontre en masse dans le territoire des Véromanduens (pi. IV, 84 ; V, 6 ; IX, 18).

Ces exemples de la présence probable des divinités tutélaires, topiques sur la monnaie , sont des dernières années de l'existence du monnayage : mais , à mon avis, on peut douter que de semblables manifestations locales aient eu lieu antérieurement, dans les l^mps de l'indépendance. La société gauloise , divisée en d'innombrables indépendances , nous aurait laissé en ce cas, dans le coin de la monnaie , des caractères spéciaux et facilement remarqués pour une multitude de localités. Mais, tout au contraire , son type nous offre une confusion apparente de laquelle il est très-difficile de sortir victorieusement ; des distinctions qui divisent la monnaie en bloc, qui la groupent en plusieurs monceaux composés des mêmes matériaux; enfin un point de départ unique , d'où se forment toutes les variétés. La tête y est une marque ess^itielle ; si donc la localité exclusive avec son culte spécifique , avait eu quelque effet trop restreint , certes l'effigie de la tète aurait donné une quantité de différences, et des contrastes irréconciliables. En attendant, cette tête dans la monnaie muette , toujours de la même famille Juvénile , imberbe , toujours la même , dans l'analyse de son portrait , ae donne que les défauts de l'art, et dans l'analyse de la coiffure , des changements qui dérivent de la même source, se succèdent, prenant un

(61a) Gruter, p. 57, 58.

(6i3) Gruter, p. 66, n« 6. — Dom Martin, 1. 1, p. 499, retrouve ce pays à Torient de lia Saône dans ta Bresse , se fondant sur un passage de Aimoii,ni, 80: aintervHorioSegonum, saltuqvie Brexio, « TinscMption ayant été retrouTée à Lyon.

terrain plus fixe et caractérisant des époques et des régions entières. Quelques tètes étrangères, féminines, poussées parle cuivre , par le système éduen, n*ont point obscurci cette marche constante du développement de la tète macédono-gauloise, de cette image celtique qui surveillait le mutisme monétaire.

Page 1