Oiseau-aigle. Solimara
'Ràppif/xacrwif, Varrhemosyné, la taciturnité sombre, le silence obstiné de plusieurs siècles, fut enfin rompu. Le souffle des ornithies , ramena le chant doux et harmonieux de Foiseau. H se remua de sa mystérieuse pose latérale, poussa sa glottieule, ropiffioirtou, le retnoti'on, proféra la parole. Cet oiseau n*estpas de la première jeunesse, un petit oisillon raccompagne. Un pentagone se place à côté , et un serpent glisse dans le champ. C'est un aigle éployé, il a plusieurs noms et celui de AREHAGIOS(6i4]. Est-ce la qualification d*une cité , d'une ville considérable , ar magum ? d'un monceau de pierres , èpfioKtaç , en l'honneur de
Mercure? d'une divinité ou d'une personne? c'est ce qu'on ignore. CVCCIVS. CUDVNV. INNOS. VANE (pi. IV, 5). VADNAIO, et quelques mots illisibles (pi. Y, 17) ,' sont articulés par le même coin privé seulement du serpent, mots inextricables (6i5). Aucun coin n'a produit avec plus de profusion tant de dénominations; aucun n'est plus caractéristique , plus invariable ; c'est la même tête juvénile, féminine, si l'ont veut ; la même coi£Fnre, le même aigle, avec des disques et pentagones ; c'est la même fabrique et le même métal : cuivre , bronze ; et aucun coin ne s'enveloppe de plus de ténèbres. Tant de dénominations qui se succèdent sur le même coin , ne permettent guère d'admettre qu'il y ait eu tant de localités , tant de divinités ; elles font supposer que ce sont des noms de personnes. Mais de quelle cité ?
Dans nos considérations précédentes , nous avons remarqué que l'aigle de ce coin, sortit de l'aire d'un oiseau plus ancien, dont la pose latérale , accompagnée mainte fois de plusieurs emblèmes , de serpent et d'oisillon , constituait la même famille
(6i4) Conbr., 361.
(6i5) Conbr., 441, 493, 594, 595; Mionnet, 44, 132. L'attribution de VANE à Vanësia ne te laisie appuyer par aucune combinaison, par aacone conaéquence, et doit être comptée au nombre d*hypolhé«es jetées an haurd et à pure perte.
ËPIGRAPHIQUE. S6ë
avec Taigle éployé, et formait une branche ainée non moins accessible i répigraphique , TUTGGI ( pi. VI , 46 ) , GIAMIL08 (pi. VU, 8), rAYLOIB (pi. III, 31), sont des dénominations déjà découvertes, qui accompagnent Toiseau dans Tattitude latérale (6i6). Le dernier Pauloib s'associe à une autre légende de SOLIMA, conforme à Solimariaca, ville du pays des Leuks.
Ce premier rayon de lumière nous conduit dans de nouvelles incertitudes, dans d'autres obscurités. Plusieurs coins différents inscrits de Solima, s'offrent à la fois à l'attention des scrutateurs. Un , au cheval sanglé pour marquer l'argent denarial , inscrit du nom de Solima , au double et en caractères grec et latin CO AIHIA, SOLIMA, sans aucune autre dénomination (pi. IV, S7, 38 ^ 89) , se trouve dispersé avec d'autres espèces blanches sur plusieurs points de la France , et dans le pays des Leuks.
L'autre coin , inscrit SOLIMA uniquement en latin ^ offre un coursier de la race celtique centrale, surmonté de trois disques* Le troisième ne diffère du second , que par le remplacement de trois disques, par un génie semant des fleurs (pi. III, 29, SO). Ces deux derniers coins sont sur l'or, et se retrouvent au centre de la France , dans le Poitou (617).
Enfin lecoin à l'oiseau, dans l'attitude latérale dePauM, inscrit aussi Solima, en latin, marquant Vor (pi. III, 31), se trouve dans le centre de la France , dans la Sologne blésoise (618).
Des pièces muettes analogues à cette dernière en bronze et en or , inscrites de Fllycci, GiatniloSj se retrouvetit aussi au centre de la France , dans la Sologne et ailleurs , jusqu'aux embouchures de la Seine.
Des pièces analogues à l'empreinte de l'or de Solima , febri* quées en or ou en cuivre, ayant un oiseau éployé au-dessus du coursier, couvertes de noms inscrits une ou deux fois, ABVCATO^ ABVDOS (pi. VII , 44) , AVDOS , qAROS , IVNIS , se retrouvent également au centre de la France , le long de la Loire , dans la
(616) Conbr., 378, 478, SOS, 620; Mionnet,69, 80, 137^ 138 ; Ak9rm,20^ 51, 52, 62, 144 j Mqntf., t. III , pi. LU ; Caylus, t, VI, pi. CIV ; Peiau 1 p. 1038, 1045 ; revue numism., 1. 1, p. 162, t. III, p. 411 ; Mionnet y Toit an oiteau deTont un arbre. — LVCGI est & confronter ayec GVCCIVS, dont je ne connais ni pièce en nature, ni dessin.
(617) Revue num., t. III, p. 74,406-409.
(618) Revue num., t. I, p. 88, t. III, p. 412.
â66 TYPE GAULOIS.
Sologne, dans le Poitou (619); il fattt.ajoater à cette dernière classe les pièces en cuivre , à la même empreinte, inscrites EPEN OS oa en double écriture EHHNOS £PENOS (pi. VI, 24, 25) (620).
Toutes ces pièces énumérées de Solima ' et analogues en or et en bronze , si communes dans les trouvailles au centre de la France , ne se retrouvent point dans le pays des Leuks où était située Sollmariaca. Cependant l'homonymie de Solima avec Solimariaca , les trouvailles de la monnaie blanche de Solima dans le pays des Leuks , furent de puissants motifs d'attribuer toutes ces monnaies sans distinction à Solimariaca (6a 1).
En attendant, au centre de la France, à Bourges, anden Avaricum , on découvrit une inscription lapidaire , par laquelle on apprend que la mère Firmana , fille de Gaïus Obricus , dédia un sanctuaire avec toutes ses décorations à SoUtnara (6aa}. L'homonymie de Solimara avec Solimariaca , fit naître une juste idée que la ville de Solimariaca avait une vénération spéciale pour Solimara , que même c'était sa divinité topique. La dédicace d'une personne particulière résidant à Avaricum, ne faisait aucun préjudice à tant d'apparences , de conformités , d'homonymies. Cependant on voit toute la masse de la monnaie de Solima , et celle au coin analogue , éloignée du pays des Leuks , fuyant ses frontières ; on a des traces qui indiquent que Solimara n'était point étrangère au centre de là Gaule , qu*elle était honorée à Avaricum; et ces deux circonstances forment des obstacles préjudiciables et insurmontables pour Solimariaca.
Un des points de réunion de tant de monnaies inscrites est la tète juvénile , avec sa coiffure spéciale , ayant dans son origine un diadème frontal (pi. III, 29). Cette tète est conforme à la tète du cuivre à l'aigle éployé , de Aremacios , de Vane et d'autres (pi. lY, 5 ; y, 17). 11 faudrait donc aussi que toute cette famille apparentée à Soliflia Pauloib, fût renvoyée à Solimariaca,carpar-
(619) Revue num., 1. 1, p. 88, 382, 386, t. II, p. t. III , p. 411. Janit fut trouvé par M. dé la Sauuaye en Auvergne.
(620) A cette famille B*affilie grand nombre d^autres monnaies, dont les localités sont quelquefois connues comme la monnaie de Mantubinus (pi. VI , 43) , armorikaine des Corisopites (pi. VU, 51 ) j et les muettes.
(621) De La Saussaye, dans la reyue num., t. III, p. 406.
(62a) SOLIMARAE. SACRVM. AEDEM. CVM. SVIS. ORNAMENTIS. FIRMANA. C. OBRICI. F. MATER. D. S. D. Murator , CXIV ; Orelli, 2050; reTue num., t. III, p. 408.
fiPIGRAPHIQUË. 2M
tout on voit la tête de SolûnaraJEt la tète inscrite de Solima (pi. III, 29, SO) , a tant d'analogie par ses festons avec les têtes armorikaines , qu'il faudrait encore convenir que toutes ces têtes armorlkaines, sont des têtes de Solimara. Je pense qu'on ne peat pas dépouiller le centre de la Gaule de sa monnaie, en faveur de Solinnarîaca , que Thomonymie est un motif insuffisant pour faire descendre Solimara au rang de divinité topique , que la tête gauloise , celtique , dans tontes ses mutations , n'est pas un portrait de Solimara, mais une eflBgie qui peut avoir d'intimes rapprochements avec Solimara , que cette dernière était honorée dans toutes les Gaules et qu'il faut retrouver sa signification.
SOLIMARA mot celtique SOL, sul, en breton, soleil; sou/, globe f623j, MAR, mar, gardien (624) ; or , Solimara, gardienne du soleil ou soleil gardien du monde, ou mieux sol, sul , soleil , eï VÀRA, marc% cheval, coursier, par conséquent course, marche(623}. Solimara, cheval du soleil, course, marche duglobe. La dénomination du coursier solaire , avec la terminaison de la localité Solimariaca, pouvait être donnée à la ville des Leuks, indépendamment du mystère de Solimara. Dans Fappellation d'aujourd'hui Soulosse, il ne lui reste que le mot aul, soûl, soleil ou globe. Or Solimara et Solima , inscrite sur certaine monnaie en or, ne se relate pas à la tète mais au coursier et à l'oiseau, au type emblème du cours du temps , du soleil , de l'année ; ce n'est pas une appellation de la localité , mais l'explication du type monétaire, de la doctrine druidique qui lui donna son idée. Tantôt c'est la course de la lune , comme nous l'avons observé antérieurement , tantôt du soleil , toujours des années qui finissent et commencent, par la coupe solennelle du gui. La monnaie présentait des tableaux , des simulacres de cette doctrine , se
(6»3) La Tonr d'Auvergne-Corret, origines gauloises, f». 163.
(6a4) Johanneau, dans la description du]départ. de TOise, par Cambry, p. 330.
(6a5) 'Iinr«r êro/A» /Actfxat cr7a vVolSr K(/7Sr. (Fausan., X, p. 645). Si talem equuminvoUaTeritquemAlemanni marach, dicuni (leges. alman., tit.69, § 2 ; tit. 70, § 2). — Si equus est, qaemmarach dicimus (leges boior., 'lit. 13, cap. 10). — Interdam eliam marck, dixerunt yel mer, qao nomine nunc equam fœmù nam appellamus : equus hors , equa maera ( glossar.latino-anglo-saxon. ) — Dotrug in syn schon marck{J^, vonGrawenberg). —Inde march-fall , de equo depositio \ Merworphin, ab equo dejectio (leges boior., tit. 3, cap. 3). — Retinentetiam Galli armorici vocem à Germanis, sive Geltis sumpfam (Frid. Lindenbrogii glossar. Toce Maracb, in cod. leg. antiq. Francof., 1613). — La Tour d^Auvergne-Corret, origines gaul., p. 284.
couvrant du mutisme durant des siècles , et avant de terminer son existence , elle profère la parole sur les rives du Ligeris , oa peut-être dans la capitale Avwricumj dans cette ville d'or, AYRO, la plus belle de toutes les villes de la Gaule (616) , située siur la rivière Auron. La monnaie blanche des Leuks imita cet exemple, d'autant plus qu'elle était stimulée par le nom local de Soliman riaca (627).
1 17. Sexe de la tète monétaire \ le type gaulois est sans divinités topiques.
J'avoue que l'art gaulois, bien que j'applaudisse â son progrès , me laisse dans une incertitude pénible , quand il faut décider du sexe de la tète monétaire , à laquelle il a donné plusieurs coiffures. Le chef du type ( pi. II , 8) , prescrint des contours répondant admirablement aux descriptions romaines, de la chevelure et de la physionomie ; ne proposa aux artistes que le front baissé, le nez saillant , les lèvres étendues comme s'il tirait la langue , des rides aux joues , et le buccinateur pendant. Le progrès de l'art a su adoucir et maîtriser ses traits , en les appliquant indifféremment aux deux sexes , à toutes les coiffures , mais jamais il n'entreprit de fixer distinctement les traits virils et féminins.
Cependant en remontant à l'origine, on y voit des tètes barbues; une tète laurée donnant le modèle de la tête virile, juvénile, imberbe ; les descriptions romaines parlent des tètes yliiles ; la coiffnre papillotée, créée sur celles qui furent engendrées de la télé au laurier, servit à décorer les tètes viriles, car on voit des exemples aux moustaches (pi. n, 17); tout est donc viril dans l'ancien coin , et on ne peut pas supposer le chef armorikain à la chevelure celtique , de ne s'être point conformé à cette impulsion évidemment générale (pi. II, 81, comparez pi. IV, 58).
Des têtes diadémées sont aussi viriles, peut-être que ces dernières étaient destinées à représenter les portraits de chefs qui ont frappé la monnaie ; et les tètes barbues n'étaient que rinûtation sans pensée : mais toutes les autres tètes précitées , juvé-
(626) Cœsar, VII , 15. — L'éiymologie de la^ille d'or, AYaricum , p««* être appuyée par Tappeliation d'une autre TÎUe des Biturigs, que les Romaint interprétèrent par argmio magus , ville d'arf^ent, ai^ourd'hui Argenton.
(627) M. deSaulcy propose une autre éiymologie d« Solimara ; StU enbreton, dit-il, veut dire femelle ; mar, grande, grande-femélh. D*un autre côlé solcm , en breton, Teut dire »a(je, et je pouvais avoir la grande^sage.
niles , imberbes , viriles , natioaalisées ou nationales , chefs du
type symbolique , du cheval conduit , ou de Foiseau à la pose
latérale, sont indubitablement, incontestablement , sous tant de
formes , de mutations et de simulacres de la. Gaule , le chef de
toute la Gaule , l'image masculine d'unique divinité protectrice.
Quand donc le chef diadème au front, frisé à grandes boucles,
remplaça les tètes viriles papiliotées , sur des coins du cheval
conduit , et de l'oiseau à l'attitude latérale , qui perdant leur
inspiration symbolique, inscrivirent Solnna, était-il masculin ou
féminin? je ne puis me décider à former mon opinion : cependant
j'aimerai mieux ne pas déroger à sa destination et le considérer
encore comme viril. .
De même sur les tètes aux coiffures chimériques, fantastiques, extraordinaires , je ne puis me prononcer autrement.
Le coin du cuivre introduisit dans le centre de la Gaule , les Imitations de tètes féminines , sans les rattacher ni au culte , ni à la doctrine. La dégénération subite et la destruction de leurs formes s'en suivit , en même temps que le dernier coin sous la domination fomaine , tout à fait civil , engendra pour la plupart les portraits de tète , et rarement , très-rarement , de tètes divines ; de plus il est douteux que des divinités topiques ou devenues locales, aient jamais eu leurs effigies, même dans le coin de l'époque romaine.
Les espèces épigraphiques à l'époque romaine , abjurant l'ancienne symbolique, deviennent d'autant plus intéressantes , qu'elles offrent quelque reste de leur ancien caractère. De ce nombre aucun exemple n'est plus remarquable , ne conserve plus de physionomie antique que celui qui offre d'un côté un buste au corps de face, dont la tète est tournée à gauche; de l'autre un cheval , dont le corps est dans l'attitude symbolique quinte-partie. Les inscriptions sont différemment reparties, Ateula Flatosne se séparent jamais, leur àuUê^^ cheval cheval est plus mystérieux ; et leur buste est ^tiuia Vlatos ailé (pL ni, 48; V, 10); 5enorfon et (7afe(lu, Senodon ^^^^^^ marchent séparément ; se réunissent quel- ç^\^^^ quefois , et leur buste renonce à ses ailes Senodon Caiedu (pi. m, 51 ; Vil, 11). A la suite de ces pièces Jj*||*^**« ^^^^^ il faut compter une tête différente et richement coiffée , ayant de l'autre côté un coursier sanglé , accompagné de serpent avec Vinscription Caledti{p\, IV, 51).
Un quadrupède tout à fait semblable à celui de Ateula yiaio$, figure sur la monnaie de 7Vt6eM7Vironos(pl.yi,S2). Ëvidemment, c'est la copie de l'autre, et il ne se rattache pas à sa famille : mais il faudrait peut-être ajouter à la famille qui nous occupe les tétradrachmes portant Busu (pi. III, 14). Rien de plus énigmatique , rien de plus inexplicable (618).
Nous avons essayé de rapprocher Caledu et Senodan, tantôt à Tappellation de la personne , tantôt à la dénomination de la localité ; maintenant encore, Senodan et son buste exercent notre attention à d'autres égards.
On est d'accord que Mna , 9ena , dans la Celtique , désignent le plus vieux, vieillard. Les Romains le savaient, quand ils parlaient de l'étymologie du nom des Senons qui les épouvantaient (699). Les Senones sont un peuple ancien, et portent le nom semblableà l'épithète qu'on donnait aux druides. On appelait certaines prétresses senoe (63o), et le monument des nautoniers parisiens semble appeler les druides senanif vieux (63i). Leur assemblée serait donc senodon^ sénat, conseil de caledu, de l'homme dur, sévère et fort; caled signifiant en breton dur , rude (63a). Et la monnaie de Caledu, si mystérieuse, se relate peut-être à leur conseil, d'autant plus que ses inscriptions ne répondaient pas suffisamment à l'appellationd'aucune localité.
Bans cette incertitude, qui permet de former différentes hypothèses, nC' voudrait-on pas considérer encore Senadan , comme génie tutélaire des Senoï , Senones. Il est ailé ou non ailé malgré la différence de la même conformation ; le collier , le nombre des brins et des bouclesqui tombent sur son visage, le contour de la composition de ce dernier, sont d'une similitude minutieuse, et tirent leur origine de la tète carnutoise. C'est l'unique coin de
(6j8) Sur Aiêuta-riatos. Voyez chap. 132, 149.
(639) Senonas, Gallos, Verrius, ait exislimari appellari, quia novi venerint ex transalpina regione: ac primum appellatos ^fr«vff,postea Senonas. (Festan-/ Par opposition au 2fr«i, on faisait allusion à leur jeunesse en Italie , recentissimi.
(630) Pomp., Mêla, III.
(63 1) Diogène Laerte rend cette appellation par fftfAA^ut,
(632) La Tour d^Auvergne-Corret, origines celtiques, p. 242. — Seostu», ytf*v(rteL,^Caledu^ xawXn^ir, à Tinstar d'une tige ; «-«rc^o;, assemblée; fl-vr»^'»'» couche simultanée du soleil et de la lune, le temps où la lune ne parait pi>> Comparez, r«t, ïm, Nehalennia; voyez chap. 150.
ÉPIGRAPHIQUE. 27i
la monnaie épigraphique qui soit sous le rapport du cheval et de la tête , admirablement analogue au coin des grands médaillons concaves , que nous avons qualifiés de carnutois , et que nous avons donnés comme clef du symbolisme monétaire. Le buste de Senodon est viril. Le collier ne porte aucun préjudice à son sexe , on le voit de la même façon sur le buste postérieur de Pixtil ( pi. VII , 68 ) ; or , le collier décorait le cou masculin ; il entourait la gorge de têtes diadémées au front , et plusieurs autres apparentées à celle-ci (pi. IV, 8;V, 17 ; VU, 44, etc.). La fabrique des pièces en question, montre un artiste capable, qui refoulé dans des contours obligés , savait les coordonner et les rendre comi)réhensibles. Aussi il n'a laissé aucun doute sur le sexe dans la formation de la poitrine qui est virile.
On remarque dans la coiffure de la tète de Senodon et de Galedu, une longue tresse pendante (pi. III, 51; VII, 11); elle se change dans le coin de Galedu, moins conforme aux contours antiques, en deux longues bandes de diadème perlé (pi. IV , 51 ) ; et elle nous mène par des sentiers obscurs vers les Ardennes. £n traversant le pays des Rémois vers les frontières des Trevères, on rencontre une quantité considérable d'une petite monnaie blanche muette, grossièrement fabriquée sur laquelle le quadrupèdecheval, esta peine à reconnaître (pi. 1, 6, 13). Les unes ont une tète en-essée, qui se retrouve sur du cuivre dont le quadrupède est aussi cheval (pi. III, 18) (633); les autres ont un mannequin, un druide de senodon, difforme, assis, décoré d'une longue tresse (pi. 1, 18). Certes, c'est une monnaie locale , et l'on ne contestera point aux Rémois et aux Trevères, l'appropriation qu'ils s'en sont faite , puisqu'elle se trouve dans leurs pays.
Sur le même sol et spécialement sur celui des Trevères dans l'étendue des Ardennes opaques , on exhume en abondance le petit bronze inscrit ARDA. Il offre avec cette épigraphique , une empreinte variée , dont une offre un coursier apparenté à la race armorikaine ou belge , et son chef est orné de deux bandes ou tresses qui descendent du sommet de la tète (pi. IX, 81-84 ) (634).
n semblerait dans toutes ces monnaies dont nous faisons l'enumération que cette tresse ou bandeau, est un habillement national, particulier à la localité.
(633) La revue numismatique a tort de l'appeler cerf.
(634) Gonbr., 359, 363.
Nous avons reniarqué en son lieu, qu'en Asie, chez les Gallo- Grecs une vénération singulière pour la déesse Artemis ou Diane, s'était établie de bonne heure dans certaines familles gauloises, qui remplissaient la fonction de la prêtrise. Artemis était par excellence, adorée à Massilia,d'où son culte pouvait pénétrer dans les Gaules. La monnaie gauloise , copiant une foule d'objets hétérogènes, réunit dans son coin assez anciennement avec la téted'ApoUon, le cerf d' Artemis (pi. V, 5) , elle contredisait même les tètes de la déesse (pi. II, 13, etc.). Grand nombre de pièces en bronze, frappées ou coulées, qui sont déterrées dans l'espace des anciennes ramifications des sombres Ardennes, sont empreintes de la tète, quoique monstrueusement défigurées, mais conservant les contours de l'imitation de la tète de Biane^Artemis, déesse de la chasse présidant nuit et jour à la course de la lune. Le bronze bigate des Rémois dans les derniers moments de l'existence de la monnaie gauloise, et celui d'OssuticosRatnmacos, semblent représenter la course de cette déesse (pi. IV, 90 ; VI, 84) (636).
On trouve dans les limites des Ardennes, des ins<»iptions la* pidaires de t^nps postérieurs , qui invoquent la déesse Bîane (636). Dans le nombre on en connaît une qui fut érigée par le fils de Quintus, Quintus Caesius Glaudius Atilianus , prêtre de Diafka-jirdumna, en 8â de l'ère chrétienne , cent ans après la cessation de la monnaie gauloise (687). Or , à cette époque , Diane était une divinité topique dans le pays des Ardennes. Deux générations plus tard , Marcus Quartinius, fils de Marc , citoyen sabin rémois , construisit au delà du Rhin , en Germanie , un monument en llionneur de cinq divinités : j^rAnn/na, Gamul , Jovis, Mercure et Hercule (683). On peut en conclure qu'à cette époque 1^ Rémois avaient de la vénération pour la divinité to-
(635) J*ai trouvé dans le Tolume d^études de M. Gonbioive, U figure «gra*die de cette pièce rémoise ; elle remplit le coin sur ce point , qui éUit fruste dans toutes les pièces que j'avais i ma disposition.
(636) Deae Dianae, Bertholet, hist. de Lux., 1. 1, p. 430; Heylen,p. 477.
(637) D- M. Q. CAESIVS. Q. F. CLAVD. ATILIANVS. SACERDOS OEANAE. ARDVINNAE. Grnter, p. 40. — Le nom d^Atilianus est anslogue i Ateula.
(638) ARDOINNE. CAMVLO. lOVI. IfERCVRIO. HERCVLI , aiHi««sus de cinq figures debout. Monument trouvé à Reintelen sur Weiel en Westphalie. Gruter, p. 40.
ÉPIGKAPHIQUE. 27S
pique des Ardennes, que les. cantons bolseux des Ardâmes invoquaient Diane comme divinité de prédilection , à laquelle on donne répitbëte j^rdumna, Ardoïnna, Ârdmna. L'époque où cette qualification fut inventée, n'est pas déterminée, mais il est évident que la monnaie inscrite Arda, n'a rien qui puisse se relater à la Diane. La tête avec ses tresses y est masculine , et même eUe est remplacée sur certaines pièces de cette famille, par une tète barbue (pi. VI, 81) , et l'inscription ARDA ne signale aucune divinité topique , mais bien le nom du pays dans lequel la monnaie fat febriquée, le pays des Ardennes.
Un semblable cas se manifeste dans la monnaie inscrite MAGVS (pi. VIlï, 11). Elle a dans son coin tout ce qu'il faut pour prouver qu'elle est gauloise, qu'elle appartient à l'époque romaine , qu'elle a pu être fabriquée dans un pays aquatique ; mais rien qui puisse faire présumer le culte postérieurement introduit d'Hercule , qui devint topique par l'épithète de Magusin. Quelques inscriptions lapidaires , dont l'époque est indéterminée , mais qui sont postérieures à la monnaie , trouvées dans le bas pays duKbin, courant vers la mer (639), et la monnaie de Postumitts , fabriquées trois siècles plus tard exclusivement en Gaule (640) , font croire que cette épithète prit son origine en Gaule, et que sa localité se trouve dans le pays des Bataves. L'inscription Magus de la pièce gauloise confirme cette présomption et se rejette sur Mahusenham du moyen âge , situé près de Duerstede (64t). En même temps elle nous assure qu'elle ne signale aucune divinité topique, mais le nom d'une localité, et que la monnaie gauloise fit inscrire quelquefois des localités obscures qui ne furent pas mentionnées par les géographes anciens.
Enfin, toutes ces considérations touchant le sexe de la tété du chef monétaire, et relativement à Magus, Arda, Senodon, Sollma, Gambotre, démontrent qull y a peu d'espérance de retrouver nominativement sur la monnaie gauloise , des divinités topiques de la Gaule indépendante ; que même, à Tépoque romaine, cette monnaie est encore privée de cette mythologie ; que, par l'exem-
(639) Keysler, p. 200 ; Muratori, pi. LXIV.
(640) Dans la foule d'Hercules que la monnaie de Posiume mentionne, on Voit : Herculi inyicto, immortalt, pacifero, comiti, romano , libyco , thracio, cretensi, erymautino, nemeo, deusoniensi, magusano.
(64 1) Muiàwinkel. Voyez revue numism. , t. Y, p. 16.
pie d'Ares ségusien, elle atteste les premiers commencements de l'introduction da culte étranger, et de cette multitude de déités qui peuplaient les Gaules dans les temps postérieurs.