‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 64 sur 113 · Légendes étrusques, itatiques · texte numérisé non relu

Légendes étrusques, itatiques

Nous interrompons un instant l'analyse de l'épigraphique latine , et avant d'y revenir , nous allons nous entretenir sur un caractère spécial de la monnaie gauloise , sans y rien condore* On remarque sur certaines pièces gauloises , des caractères incompréhensibles qu'on qualifie , sans bien réfléchir , et sans les étudier , de lettres phoeniciennes (64a).

Je n'ai eu qu'un seul exemple de cette espèce d'écriture (pi. IX, 1, S). L'attitude des lettres inclinées vers la gauche, lui donne une physionomie étrusque. Effectivement, à l'aide de l'alphabet étrusque ou ombrique , on lit très-clairement degaudie adroite IFItA4 Ifitas, Ivitas^ Jfitaï, Ifitus. Toutes ces lettres répondent exactement à l'étrusque-ombrien ; même la finale est conforme à l't final de l'étrusque-ombrien. Le mode d'écrire de gauche à droite, était aussi en usage chez les Étrusques, dans les derniers temps. La pièce est en argent du système denarial du poids de 42 ou 48 grains, le cheval qu'on voit dans le coin, est delà race kavaro-voconce qui figure sur la monnaie, volke, kavare etvoconte, fabriquée du temps de l'occupation de la Narbonnaise par les Romains , et rien ne s'oppose à admettre que l'écriture étrusque était en usage à cette époque , au midi de la Gaule , et à faire présumer , qu'elle l'était antérieurement. Bans une variante du même coin , le cheval est mieux formé et l'inscription offre ¥h im Ftias, le poids est aussi de 42 grains (pi. IX, S). L'un de ces trois exemplaires provient de Nimes. Ces monnaies sont donc du midi de la Celtique.

On trouve une écriture analogue sur les monnaies en argent, ayant d'un côté une tête laurée, de l'autre un buste de cheval, retirées en grande quantité de marais du pays des Kavares (pi. YII , 8) (643). Ces monnaies sont antérieures à la monnaie

(64a) t^HH{^ I Conbroute, 569. On a des caractères inconnus, illisibles , Conbr.i 264, 538, M ionn., 94 ; mais on a aussi des caractères imaginairei i créés par Tétudedes investigateurs. Liénard dans Conbr., 409 c, 539, 593.

(643) Voyes-à^ce sujet Particle de M. Dureau de la Malle, dans la revue numismatique, t. lY, p. 321, qui reconnaît dans récriture le caractère grec,

ÉPIGRAPHIQUE. d7K

romanisée^ car les marais où on les a trouvées ne fournissent aucune pièce romaine, ce qui pourrait les approchera des temps postérieurs. Il semble qu'elles sont de ces trésors que les Gaulois, à Fépoque antéromaine , avaient coutume d'immerger comme hommage rendu à leur divinité. L'analogie du caractère avec celui de notre pièce d'Ifitus, ou Ftias, consiste dans l'inclination des lettres , et la conformité de F^ ; mais l'inclination est contraire vers la droite. La direction de l'écriture de gauche à droite , et la confopnité de deux lettres , sont insuffisantes pour constater l'identité du caractère. On peut aussi victorieusement contester la nature étrusque de ce caractère, à cause qu'on y voit la lettre o, conformément à la prononciation des noms inscrits, cette lettre manque à l'alphabet étrusque , et elle n'a pas été ajoutée à l'alphabet par les Ombriens mêmes , quoique leur prononciation le demandât absolument. Cependant ce caractère n'est pas le latin introduit par les Romains, car il a K\ ; il n'est pas le grec en usage au midi de la Gaule , car il a F\ ?S ; il est distinct dans sa construction, offre quelque chose d'italique, qu'on ne peut nier. En effet, il est le plus ressemblant aux alphabets dorique et ancien latin , dont l'existence vague est établie par des recherches et des combinaisons paléographiques. Avec ce caractère on peut remonter à une haute antiquité, et descendre à des temps assez récents.

Gomme le caractère de la monnaie en question est spécial , de même le coin entier se distingue du type gaulois. La seule tète laurée ou d'Apollon , est très-semblable à quelques autres monnaies, particulièrement à celle qui offre au revers un cerf (pi . V, 5). Le coin , dans sa composition entière , imite directement le coin de l'argent latin quand il inscrivait Roma (pi. XI, 4, 5). Le coin est le même, il n'y a que la fabrique grossière qui distingue cette monnaie gauloise , le caractère et l'inscription qui n'offrent aucune localité , mais les noms de chefs. Les médaillons en argent des Latins , pouvaient exister déjà à l'époque de l'introduction de la monnaie blanche à Rome (vers 270); leurs imitations dans la Gaule, antérieures à la domination romaine (à Tan 120), pou-

el fait remonter ces monnaies a une époque excessivement ancienne. — La découverte importante de ces espèces a été faite par M. Bilioti, en desséchant un marais dans sa terre de Beauregard, près de Jonquières, à peu près à une égale distance d'Orange et deSorgues (antiquités deVaucluse, i^^ partie, pat M. de Fortia d'Urban, p. 285, 287 ).

vaienl donc avoir pris naissance siainUanémentaYec la monnaie des Tectosags, et même avoir précédé son apparition ; au moins elles pouvaient avmr ea lieu antérieurement à Tinfluence da type asiatique , et à la formation de l'épigraphique grecque , entre les Pyrénées et les Alpes, si d'autres motifs ne s'opposaient d'ailleurs à une si haute ancienneté.

Les inscriptions de la monnaie en question , diffèrent encore sous d'autres rapports de Tépigraphique grecque. Gelle-d hii inscrire les noms collectifs des peuples qui habitaient la ville oa l'État, et pour la plupart, ces noms y sont marqués par quelques initiales, tandis que les inscriptions de la monnaie analysée offrent les noms des personnes, insérés en entier, en tontes lettres, ce qui ferait croire que cette monnaie est plutôt postérieure que plus and^ne. iSle est d'une localité où les noms décou-^ verts par la trouvaille, se succèdent sur le même coin : Kmos , Fihs, Ififkav€9i on l/Ukovesi ou Idihovesi, Ces noms ont la ter minaison grecque ou gauloise ; abondent en î et /*, comme le nom grec AUfitus, ne manquent pas cependant de oonsonnaDee avec certaines appellations gauloises : Kesios rappelle Keso-rix^ un des diefs des Gimbres; Ifilkovesi, lelikovesi , se rapproebent d'£lkesovix carnute, de Sigovesi, et de l'appellation d'un peuple obscur, Ëlikoki...., habitant au midi des Albioeci (644)*

Toutes ces considérations ne nous conduisent qu'à cette oon-» clusion : que des archaïsmes peuvent illusionner les scrutateurs ; que dans la monnaie gauloise , à part sa marche générale, peuvent se présenter des spécialités locales tout à fait isolément; des caractères inusités ailleurs, surtout des caractères italiques; des coins détachés de toute conneiiion avec le type général. Ces cas d'exç^tion résultent ou de rapports mom^itanés et accidentels de quelque localité avec l'extérieur de la Gdltique , ob de l'émigration de quelques peuplades étrai^ères qui dier'chaient un refuge dans la Gaule, les guerres d'extermination de la Péninsule italique, ayant dà occasionner de fréquentes émi^ grations.

(644) Ptolem, géogr., II, 10. La ville des Elikokes, portait le nom d'AIbangusie, aujourd'hui Aulps. On a voulu la confondre avec le» Helvii et Albt de Pline. Voyez Ottel^ thet. géofjpr. j Hard. ad Pltn. XIV, 4 ; Ollar., gëogr., 1. 1, p. 186, Vales., nolit., p. 145; Lancelot, mém. de Vac, t. VII, p. 235; d'Ânville, not, p. 44. Ukert, géogr., der Griech. u. Rôm., t. ïî. partiel, p. 440, 441.

Page 1