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Introduction du système denarial

Nous avons fait observer qu*avant Tinyasion romaine , le volume de la monnaie gauloise commença à diminuer , et son poids fléchit conformément à toutes les monnaies de l'univers. Il serait probable qu'une mesure générale , d'accord avec tous les peuples de la Gaule , fut prise , et régla cette affaire impor^ tante : mais l'état peu compacte de la Celtique , laisse quelques doutes sous ce rapport , et plusieurs monuments monétaires s'y opposent. Cependant l'inégalité du pied ne pouvait se prolonger sans fin. La baisse acceptée par plusieurs peuples, devait décider consécutivement tous les autres à les suivre, surtout quand cette baisse se conforma à la monnaie romaine , qui prenait chaque jour plus d'empire.

Le v^gobret de Lixovio , Cisiambos Cattos , nous avertit qne la réduction conforme à la monnaie romaine , avait lieu de son temps, chez les Lixovlens. Malheureusement il nous tient en sus^ pens par cet avertissement sur le cuivre, qui ne peut servir d'aur cune mesure pour débrouiller la confusion, qui régnait de l'embour churede la Garumna jusqu'aux sources de l'Arar. Le poids et le volume de son semis, ne nous donnent aucun renseignement dans la foule de ces espèces, ils nous engagent seulement à rechercher la permutation de l'argent du temps de Cisiamb.

Pour profiter de ces renseignements que nous doftne Cisiamb, il faut connaître Tépoque et le lieu de la magistrature: car il y avait deux lixovio dans l'ancienne Gaule : le pays des Lexoviens (Lizieux) et le bourg Luxovium (Luxeuil), sur le territoire séquanais (663). Nous voulons exposer des argum^its pour Tune et l'autre localité.

L'orthographe de Lixovio , se rapproche plus des Lexoviens ou Uxoviens , qde de Luxovium (664). Leur pays fui entouré dé plusieurs peuples , easseè; il est probable que Cisiamb se qnalifîe de Cattos, à cause qu'il tirait son origine d'un de ces peuples. Le titre que le fabricateur de la monnaie Cisiamb prît sur sa monnaie , doit être un titré d'une haute autorité ; la dignité de vergobret chez les Éduens était une magistrature suiNréme, or , Cisiamb était vergobret dans un état plutôt que dans unbowrg : vergobret du peuple Lexoviens. Enfin, une pièce de sa monaine a été retrouvée près de Butte des Capucins , à côté de Blois ; une antre, dans la commune de Gouy, près Pont de Larche, et on ne connaît aucune trouvaille proche de Luxeuil. Ces arguments rattachent Cisiamb au pa]^s des Lexoviens, sans déterminer l'époque de sa magistrature.

£n admettant qu'il était vergobret chez les Séquanais, il faut convenir qu'il n'a pu exercer cette haute magistrature, pendant le long règne de Catamantaled et de Casticus. Il ne pouvait pas étrevergobret en même temps, Cisiamb était donc postérieur, et conune son semis le prouve, son administration ne s'étendait pas sur tous les Séquanais, mais sur la partie septentrionale où Lu* xoviumétait situé. La division de l'état séquanais y est manifeste, elle arriva , comme nous l'avons remarqué , k la suite de la polique de Jules César , qui amortissant les prétentions des Séquanais à jouer un rôle important, laissa aux peuples à opter ratre la clientèle des Éduens ou des Rémois. Dans cette désolante perplexité, les Séquanais se partagèrent entre la supr^natie imposée des deux peuples. Une partie se soundt aux Éduens, et sa monnaie, comme nous l'avons remarqué, prit dans son coin le sanglier éduen , et fut qualifiée dans son épigraphique de monnaie séquanaise ; et ceux de l'autre partie , qui , à cause d'une

(663) M. de Saulcy (revue numism., t. Il, p. 12) , atiribue Cisiamb aux Lexoviens.

(664) Lcxovii, Cœsar, lîî, 9, 1 1, 17, V, 75 ; An^ifim, A«f oiio«,Strabo,IV. p. 189; Ai^ô/Siu, Ptolein., geogr., H, 8.

inimitié invétérée , ne pouvaient en aucune manière adhérer aux Éduens , se jetèrent sous la clientèle des Rémois ( 665 ). Ils avaient nécessairement leur magistrat spécial , indépendant de Tautorité de leurs frères qui suivaient l'étendard des Éduens, Lixovio était leur capitale , Gisiamb remplissait là , vers 57 , les fonctions de magistrat et frappant le semis , il décora son empreinte de l'aigle romain , dont on voit la même pose chez les Catalauniens, et il y introduisit le coin cruciforme.

C'est donc l'époque de la grande permutation dans le monnayage gaulois. D'antres monuments viennent coniirmer ce témoignage, et attestent que le changement du pied de la monnaie , commençant chez les Séquanais au moment de l'invasion de Jules César ou peu avant , s'effectua dans la Gaule , pendant sa durée. La monnasede l'helvétlen Orgétorix, Orcitirix, del'an 60, est réduite au denier, demi-denier romain (666). Il faut donc en conclure que la réduction était déjà consommée ; Orgétorix, ne pouvant suivre que l'exemple de ses plus proches voisins , avec lesquels

(665) SequBui prindpatum dimiserant. In eorum locum Rémi successerani : ii , qui propter veteres inimicilias nullo modo cum Aeduis conjugi poterant, se Remis in clientelam dicabant. Cœsar, VI, 12.

(665) Le poids de Orcitirix-coios, donné par €opbr., est de 36 grains ; oelui d« Orcitirix-atpili dans Taylor-Combe, «st inférieur, de 27 1/3, ço qui ferait 34, 4 iprains. La liste ci*jointe de la monnaie blanche épigraphique dont on connaît le poids, mettra sous les yeux sa gradation qui, en général, répond à la marche chronologique.

Teiradrachmes de 339 grains.

Volcœ. . . .

Nonnos. . . . 321 à

Rovica. . .

....iollios. . . . 324 —

Transition au denier.

Bussu. . . .

Orcitirix, helvctc.

Biatec. . . .

Adietuan sotiate.

J)idrachtne8 de 169, 8

Comios atrebate .

Atlacin. . . .132 —

Ambiorix éburon.

Suissa. . . . 189 —

Litavicos éduen.

Cocestius. . .

Rica

Adnasates. . . 134 •—

Cam (ulum).

Demi-drachmes de A2, 45

Cambotre. . .

Massalia. . . 49 —

Turoca virodum.

Neionnon et Hniskip.

Dontius durnac .

Rhodanousia. 36 —

Z>imar»W, demi de 36, 4

Alabroahios. 43 —

Auscro durnac .

IGtas, Ftias . . 42 —

Dubno durnac

Avenio. . .

Sequanos(au sangl.) 35 —

Namasat.

Solima. . .

il entrait en relations et dont U devait traverser le territoire. Les témoignages ( de Gisiamb ) et d'Ordtirix , coïncident et coor courent à déterminer le changement chez les Séquanais sans aucune réplique ; aussi la monnaie séquanaise de Tannée 57 et suivantes, au coin du sanglier, suit le poids denarial.

Ce changement n'a pas eu lieu ailleurs. Les monnaies d*Adiétuanus sotiate (avant 56), de Comius atrebate ( entre 57 et 52), d'Ambiorix éburon (entre 55 et 5S), de Litavicus éduen (ra 52), bien qu'elles montrent une certaine baisse de demi-drachme, ne sont pas en accord avec le denier. Jules Durât pictavien ( vers 50), mit la sienne à ce pied.

Or , la réduction et le changement de drachme en denier, célébrée par le vergobret Gislambos Gattos , commença chez les Séquanais, à la veille de l'invasion de Jules Gé^ar, et s'accomplit dans les années de cette invasion.

De la réduction opérée consécutivement sur différents points, devait naitre une confusion déplorable dans le pays ; aussi les spéculateurs romains exploitaient avidement la malheoreose Geltique.Les changeurs romains établissaient partout leurs tentes, évaluaient la monnaie, déterminaient sa réduction et décidaient les puissants et les peuples à se conformer au denier romain (667) .

A l'époque où cette opération s'accomplissait dans le monnayage de la Geltique encore indépendante , il est impossible

Yiipotalo. . . 27—37 Konos .... 35

Q. Doci ianton. 34 -^ 37 Tosirix (Julius) . 33

Koletedu et Kal. 28 — 37 Abiot .... 33

Irneriz. ... 37 Julius Durât, pictaV. 33

Caledu.Senodon. 31— 36 Diaoulos ... 27—33

Ateula Ylatos .30—36 Eduis .... 29

Segusia. . . . 30—36 Epat. et Eces . 24

UdecoiD andecav. 25 — 36 Callerez ... 23

Epad .... 34 — 36 Ercom .... 22

ArÎTot, fanton .30—36 PixUI .... 44 Carmanos (Comios). 36

M. de Lagoy (revue nuin. , t. IV, p. 403) observe que les pièces gauloises les mieux conserrées qu^il possède, pèsent 40 grains ; celte remarque peutie rapporter aux pièces de la Narbonnai8e,et à celles du centre, antérieures à Tin- Tasion de Jules César. Le denier romain est de 3,857 grammes , sa moitié oo le quinaire de 1,929 grammes qui équivalent à 36,4 grains.

(667} Nemo Gallorum sine cive romano quidquam negotii gerit : niunus in Gallia nuUus, sine civium romanorum tabulis commovetur. Cicero, pro Fonteio, I.

que le pied drachmal ait été encore autorisé dans la Gaule narbonnaise subjuguée par le conquérant inexorable pour toutes les nationalités, exploitateur, oppresseur, qui établissait des colonies avec une monnaie romaine, amortissant les espèces nationales (668). Cependant nous voyons que tout l'argent de la Narbonnaise, inscrit en latin , est plus fort que le denier , qu'il suit encore le système drachmal affaibli. Or , en général , il est plus ancien, et il y en a peu qui prolongent leur existence jusqu'à Vépoque de la soumission du reste de la Celtique. En considérant son poids un peu varié , on pourrait admettre que l'argent des Yolks traîna son existence au delà des autres, aussi bien que Targent inscrit Ninno , si effectivement il appartient à la Narl>onnaise. L'argent autonome dans la Narbonnaise , cédait sa place au cuivre colonial, au denier consulaire.

£n même temps, dans la Celtique ultérieure , le monnayage prenait une position différente. Le poids de l'argent des chefs qui figuraient du temps de l'invasion , excède le poids de toute la masse de l'argent inscrit. Or, tout cet argent, étant plus léger , plus adapté au poids de demi-denier , doit être renvoyé dans les années postérieures , lorsque le système deoarial fut définitivement établi. S'il se trouve quelques pièces en argent plus pesantes que celle d'Adiétuanus, elle peut prétendre à être plus ancienne que l'invasion. Mais nulle règle sans exception. Pixtil avec la sienne, prétend à une haute antiquité , il la place à la hauteur d'Adiétuanus , cependant il est impossible de lui accorder cet honneur de l'ancienneté. Pixtil fabriquant grande quantité de cuivre à différents coins , voulut se distinguer par quelques pièces en argent et en or , quand ces métaux fuyaient la Gaule. Sa vaniteuse ostentation ne doit pas éblouir.

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