Changement dans le poids de l'or
Dans la précédente discussion j'essayai d'établir l'époque de la dindnution de l'argent gaulois qui tient au système romain ; je n'entrepris nullement de fixer ni le pied ni le poids des drachmes et des didrachmes antérieures à cette époque, parce que je ne me trouvais pas assez soutenu par l'abondance nécessaire des
(668) Déjà en 12-% sous tes murs de Massalia, fut établie la colonie d'Aqnaa Sexttœ, Narbo fut convertie en colonie en 1 18 ; Tolosa fut spoliée de son numéraire en 106 ; Neniausus, Avenio, Cabellio obtinrent consécutiycment les honneurs coloniaux.
monuments, et des données relatives au poids. Aussi je ne m'efforcerai point de déterminer la proportion du poids de l*or plus ancien , mais je vais remarquer la diminution du velame et du poids qu^il a subi vers la fin de la troisième période, antérieurement à la diminution de l'argent, ou simultanément.
Quoique les Gaulois imitèrent les statères maoédoiiiens , les pièces gauloises en or ne sont pas au juste du poids des statères. Le statère macédonien pèse environ 176 grains, et son qoartSS. L*or gaulois au type ancien, monte quelquefois à 157, 151, 147, mais ordinairement il est de 144 grains , et descend à 120. On a des pièces doubles de â4â grains. On a des deniers pesant entre 73 et 60 grains ; et des quarts pesant entre M et 36 (669).
Cette inconstance du poids fait présumer une baisse qui descendait dans son temps à lâ5 et 120 grains. Les ptècesdeSo. lima, pesant 126, celle de Pauloib Solima, la moitié, 68, et eelle de Yercingétorix, le double 242, prouvent le mieux cette busse des statères gaulois.
Mais ces pièces de Solima et de Yercingétorix (l'an tfSjne sont que des pièces transitoires à un autre système, à un autre poids qui va s'établir, ou plutôt elles sont les dernières reprodactieus de la baisse de l'ancien système, à l'époque où il s'en était d^ établi un nouveau qui détemitiia le poids des grandes pièces à lis ou 110 grains; des moyennes à 72 ou 68 , et des petites à S6, de sorte que la subdivision des grandes pièces, n'était plus d'un demi et d'un quart, mais des deux tiers et d'un tiei^.
Du poids de 11 3 sont les grandes pièces de Boduognat (l'an 6), de Cattivolk (vers l'an ô7), de Gom (vers 52) ; presque toutesles pièces au cheval symbolique belg , empreintes de la ronddle enfourchue , de la tète de Mercure ; de l'androcépbale au coUier (pi. II, 82; m, 89 ; IV, 12, 15, 22 ; VI, 5; VIIT, 8, 17, 18).
Les pièces moyennes de Pauloib Solîma, et muettes à l'oiseau à la pose latérale, pèsent entre 72 et 68 (pi. Vil, 8i; VU, 57) (670].
Enfin, les petites de Gom (vers 55) , et celles de la meilleure fabrique à l'androcéphale au collier ou analogues, les pièces au
(669) Les tètes k la coiffure bouffie (beUovakes, voyei notre pi. Vin,3^ > pesant 149 et 153 , ont des quarts pesant 36, ou mieux 36,666 grains (Rn* diog, 20, 21). — Les Androcéphales en or, exhumés en Angleierre, pèsent entre 150 et 130 grains (Ruding,2'>-30, 33, 34), et leur quart 33 ou 40 (raini Rud., 31,32).
(6;o) Conbrouse, 26.
cheval conduit dont le revers est parsemé de pals (pi. II, 25, 26, 27;in, 18,21,26,27,28, 42; VII,9;IX, 85) ; pèsent 86 grains. Ce sont les exemples de trois sortes de pièces, valant un entier, les deux tiers, et un tiers, produit de répo<iue de l'invasion romaine et de quelques années antérieures. Il y a des exemples d'un quart réduit à 26 grains (VIII, 29).
Ce système (belg) se communiqua à la monnaie bretonne, où Ton a des pièces à 110, 108 grains (YIII, 87, 88, 48, 50, 51) ; à 86 (VIII, 86) ; à 25 (VIII, 89) ; il se perpétua en Gaule, même après la cessation de la monnaie nationale , et dirigea le compte nominal du peuple pendant plusieurs siècles, et comme les anciennes pièces en or ne discontinuèrent pas , plusieurs siècles encore, à circuler conjointement avec les espèces romaines , ce compte se trouvait continuellement animé par une réalité.
En effet, le poète Ausone, bordegalien, qui vivait (vers 879) , quatre cents ans après la cessation de la monnaie gauloise , donne un témoignage à mes assertions. Il a vu , il a compté des pièces gauloises en or, qui circulaient dans ce temps , il les appelle royales, philippes, dariques, geryones, biges , et signale les subdivisions de deux tiers et d'un tiers (671). Au moyen de nos observations, nous pouvons donner l'explication de son témoignage et de ses passages si intéressants pour la numismatique gauloise (672).
Qu'on ne s'imagine pas qu' Ausone y parle de véritables statères macédoniens, en qualilSant les pièces d'or de philippes. Lui même il dissipe cette supposition quand il leur donne l'épithète de dariques. La poésie de cette époque , dans ses extravagances, exhumait toutes sortes d'archaïsmes, remplissait son langage d'anachronismes ; elle menait aux combats contre les armées impériales, des peuples tirés des volumes d'Hérodote, de logographes, delà mythologie grecque, et faisait courir en Gaule les dariques et les géryons avec les espèces impériales. Ces dariques n'étaient, selon le poëte lui-même, que des philippes ; et ces philippes, ces biges, ces royales, n'étaient point, ce
(671) Voyez, revue numisni., t. IV, p. 3-5. (673) Bis septem rutiloi regale numisma pfailippos.
Ergo aut pitedlctoi jam nniic resciibe darios. (A.ason, ep .V*)
...inierceptot regale nomitma pKilippos , Accipe, lot numéro, cpiot duo geryones ,
Quot terni biges: demptoque triente camoenie. (Anton. adUrsul, ep. XVIII).
que ces épithëtes le disaient, mais des pièces gauloises , indigènes, locales, différentes des pièces romaines ; ces philippes n'étaient point des statéres, mais de petites pièces , dont Tancienneté ne diminuait point la valeur , dont six équivalaient à deux géryons, inconnues à tous les philippes de Macédoine , inconnues à toute la monnaie grecque.
Le poète Ausone, en sa qualité de questeur, était chargé de distribuer les largesses impériales. Sans vouloir plaisanter sur les étrennes que Tempereur Valentinîen (864-d7S ) , destina au grammairien Ursule de Trêves, ilénumèrô et Spécifie le présent impérial en invitant son ami à l'accepter.
Ce cadeau consistait en monnaie royalè-philippe, dont le nombre est celui des Muses, réduit d'un tiers ; ce nombre de six pièces est égal à trois biges , ou à deux géryons.
En même temps qu'Ausone évaluait la valeur de la faveur impériale, d'une manière aussi érudlte, Thistorien Ammien Marcellin , en retouchant les souvenirs de Fancienne Gaule, rappelait la glorieuse expédition d'Hercule, contre Taurisk et Géryon (693). 11 n'y a pas de doute , que le peuple racontait ces aventures en célébrant la gloire des travaux d'Hercule ségusien, deusonien, magusan, saxan, illustré par de nombreuses inscriptions, et surtout depuis un siècle, par la monnaie de Tempereur Postume.
Le vulgaire pouvait donc , comme le poëte , appeler quelque vieille monnaie du nom de Géryon ; elle était plus forte selon le poëte , que les philippes - royales. C'était l'or belg pesant 110 grains. Les deux pièces de cette monnaie équivalaient aux étrennes impériales de 220 grains. Elles n'offraient point d'image de Géryon , mais quelque chose de monstrueux qui correspondait au Géryon , dans l'imagination du poëte et du vulgaire.
Aussi dans les biges , il ne faut pas chercher de char à deux chevaux , mai^ quelque chose de relatif: le poëte n^aurait pas donné à la monnaie le nom de bige , si elle avait eu réellement cette empreinte. Les biges, au nombre de trois, pèsent 220 grains, chacune de 72 grains (en tout 216). Elles étaient appelées biges, parce que la tradition conservait le souvenir que la monnaie en or, était originairement empreinte de biges , et que les pièces au poids de 72 grains , composaient la moitié de ces antiques
(673) Am.Marccll.,XV,9.
ÉPIGÈAPHIQUE. 291
biges. Mais dans le calcul des temps postérieurs , elles ne formaient plus la moitié d'un total , mais le tiers d'un géryon.
Enfin , à des pièces , dont six composaient les étrennes impériales (36 grains x 6 = 216), le poëte a réservé les qualifications génériques de philippes , de royales , de dariques, qui pouvaient s'adapter à chaque pièce d*or de quelque valeur que ce soit, qui ne serait ni romaine, ni impériale. Ces qualifications répondaient le mieux à ces petites espèces en or , à l'empreinte d'un cheval couduit (pi. II, 25, 26, 27; III, 18, 21, 26, 27, 28, 42; IX, «8), rappelant mieux l'origine de la monnaie , que l'empreinte des géryons ou de prétendus biges.
Je vois que les expressions poétiques d'Ausone, se rapportent aux derniers temps du monnayage gaulois ; n'iAdiquent point les statéres philippes réels, qui feraient monter la lai^esse impériale à la valeur de 1056 grains d'or , mais réduisent ces étrennes au chiffre plus modique de 116 grains des pièces gauloises encore courantes parmi les indigènes ; et ces pièces sont pour la plupart du dernier monnayage gaulois.