‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 8 sur 113 · Monnaie d^argent à Massalia · texte numérisé non relu

Monnaie d^argent à Massalia

Massalia , comme ville grecque , comme cité commerçante, devait avoir son argent. Peut-être que les colons apportèrent le nombreux numéraire de leur mère-patrie : mais il ne pouvait leur suffire pour longtemps ; peut-être, malgré les difficultés et rinterruption des conmiunications que la politique de Karthage ne cessait d'opérer, les espèces grecques, et particulièrement de

(S) Ariitot. de Masial. polit, ap. Aihen. XIII, 5, et op. Harpocrat. voce M«^7«a;« ; Trog. Porop. ap. Just. XLUI, 3. — L'histoire de Nannus et dea chefa phocéens est diversement racontée par le plus ancien Aristotelas , et récrivain postérieur Trog Pompée de Textraction gauloise. La fille de Nannos est nommé PeUa ou Cfypiis, Les chefs phocéens portent les noms de Proiiij et Euxenos; ou ProtU ^ eiSimos; or, Simos est Enxenos. Selon Aristotdes, Petta choisit pour époux Euxenos, reçut le nom ^^ArutoxèM, et devient mère du second chef Protis ; selon Trog, Gyptis prit pour époux Protis, compagnon de Simos-Euxenos. Les Massai ieus , considérés comme desceodonts de Protis, furent appelés Proiiades.

(9) l'Tog» ap. Justin. XL1II, 4.

(10) Trog. ap. Just. XVllI, 2-, Herod. T, 166, Thueyd. I, 13} Diod Sic. V, 13, 15.

(n) Trog. ap. Just.XLlII,5;Strab.IV,p. 179(271).

Sicile, avaient leur cours à Hassalia : mais leur circulation ne prit aucune prépondérance sur la propre monnaie des Massaliens. Séparés par leur position du centre de leur race, ils se séparèrent bientôt avec leur système monétaire (la).

Leur argent, car jamais ils ne fabriquaient de monnaie en or, et ce n'est que plus tard qu'ils eurent celle de bronze, leur argent , dis-je , ne suivit que momentanément le type de la villemère de Phocée, en plaçant au revers un griffon sur leurs petites oboles (pi. YII, âS). Bientôt ni le type de sa génératrice Phocée, ni celui de la ville-soeur Yélia, ni la grandeur variée des espèces grecques ne réglèrent plus leur monnayage. La grandeur de leur argent est réduit dès Forigine à l'obole (pi. III, 1 ,2 ; YII, 21-S7), sur laquelle on essaya d'abord quelque diversité dans le coin, outre la tète du griffon, de tètes humaines, du veau marin. L'empreinte de la partie antérieure du lion , marquait les revers du creux carré qui signalait aussi la plus ancienne monnaie (pi. YII, 21-24), dont Hassalia se servait peut-être déjà dans le premier siècle de son existence. Lorsqu'on abandonna le creux , alors le crabe ne se combinait que rarement avec la tête sur les oboles (pi. YII, 25), ordinairement c'était la tète imberbe et la roue qui marquaient ces oboles massalîens (pi. m, 1,2; YII, 26, 27). Enfin la roue ou la croix encerclée devint le type exclusif de la petite monnaie en argent qui pesait jusqu'à 15 grains.

Ce n'est que plus tard que les Hassaliens commencent à faire de la monnaie plus grande , trois à cinq fois plus pesante et pour laquelle ils prirent le type du lion (pi. III, 8, 4, 5). Personne ne contestera rancienneté plus reculée de la roue écartelée. L'empreinte au lion porte toujours le nom du peuple MAZXA/MAXSAAIHTXÎN. L'empreinte de la roue, offre grand nombre de pièces muettes, n'ayant aucune lettre, celles qui ont été inscrites , n'offrent que un M, ou MA. (pi. III, 1 , 2, YII, 26). Il n'y a pas de doute que cette empreinte est plus ancienne que celle du lion ; cependant elle est aussi simultanée avec l'autre et devait durer jusqu'à ce que le cuivre fût introduit pour la petite monnaie , et remplaçât l'obole. Aussi a-t-on des oboles à la roue avec quelques inscriptions plus abondantes en lettres , et

(i3) De Lagoy, description de quelques médailles inédiles de Massilta , de Glanum, 4 tom. de 40 pp. avec 2 pi. 1834.

quelques oboles, par exception extraordinaire , à Vempreinte du lion : ces oboles sont postérieures aux autres. Si Ton doit admettre l'existence de la grosse monnaie au lion, avant la décadence des villes de la grande Grèce, avant qu'elles subirent le joug romain, on Taura du temps de Pytheas (vers 340 ) et peut-être même du temps de l'alliance des Massaliens avec Rome (en 888). Les oboles à la roue , étant plus anciennes, devaient donc précéder an moins une ou deux générations. Bien que Massalia est spécialement renommée par son coin à la roue, cependant ce type se montre en même temps quelquefois à Syracuse , à Tarente, et plus tard à Athènes ; il est un signe de bronze pesant d'Italie ; parfois sur uncia, sextans , quadrans, trions et semis. Quant à larouemonétaire des Gaulois ou des Keltes, nous la discuterons plus tard, au moment où nous la trouverons introduite dans leur

coin.

14* Invasion de Bellovèse.

Malgré la longue existence de la cité civilisée de Massalia , et le développement prospère de ses établissements et de ses possessions sur les rivages de la Keltique méridionale , les Keltes restaient sauvages relativement aux peuples qui courbaient plus facilement leurs mœurs sous l'influence des Grecs, et l'ascendant des Massaliens rencontrait des obstacles à pénétrer dans l'intérieur du continent. Cependant les Keltes sont connus par les écrivains grecs depuis la fondation de Massalia (i3) ; ces écrivains savaient qu'ils habitaient depuis longtemps entre les Pyrénées et les Alpes, ne pensant guère à traverser ces montagnes (i 4); quoique leurs populations fussent très-remuantes et mobiles, et quittassent les habitations et les terres qu'elles labouraient sans difficulté , surtout lorsqu'un élan extraordinaire les y disposait. Elles commerçaient avec les Etrusques au delà des Alpes , et certains passages par ces montagnes , étaient praticables. Un jour ayant goûté du vin et des figues qu'un Helvétien , ffélicoUf charpentier , en retournant du pèlerinage de sa profession, apportait de l'Italie centrale (i5) , et charmés de la beauté des plaines étrusques, elles conçurent le projet de s'en

(i3) Uecatëe de Milet ap. Steph. Byz. ~ Herodot. Il, 33, IV, 49; Pkto de leg^r. I, p. 637 ; Scylacis peripi.

KfAÎtf i»r Xd»7oi«fir ;^porer ir«XvK Plut, ill Camillo 15.

(l5) PliD. \\\y i.

emparer; saisissant donc un léger prétexte pour attaquer les Étrusques au moment qu*ils s*y attendaient le moins, elles fondirent sur eux. Elles prirent (en i96) les armes , emmenèrent leurs familles et passèrent les Alpes pour conquérir ce pays délicieux (16). Quelques historiens assurent que c'était un lucomon de rÉtrurie , Aruns , qui apporta le premier le vin d'Italie aux Gaulois. Aruns ne pouvant trouver justice contre son pupille qui lui débaucha sa femme , alla chez les Gaulois les engager à l'invasion , se mettant lui-même à leur tète (17). Cependant les traditions nationales relatent autrement l'origine de l'irruptioD. Ce fut le vieux Ambigat^ roi des bitueigs qui conduisit les populations trop nombreuses des Keltes, etles fit partir sous la conduite de ses neveux , Stgovèse et BeHovèse^ fils de sa soeur. Ce dernier a eu en partage Tltalie et les possessions étrusques des deux côtés de Padus. Il conduisit des essaims de Biturigs, d'Arvemes, de Senons , d'Ëduens, d'Ambarres, de Gamutes , d'Aulerks, les Insubres les suivirent. Cette première descente eut un immense succès, car elle déposséda les Étrusques d'une partie très-consi<dérable de la haute Italie. Elle fut suivie par d'autres qui se succédèrent quelques années et tourmentèrent la péninsule italique pendant un demi-siècle. Bientôt après- cette première invasion, par le même chemin, une troupe de Cénomanicns, qn' Elitovius commandait , pénétra plus avant. Ils furent suivis par les Salluviens , les Boïens et les Lingons , qui passèrent le fleuve Padus , et, occupant le pays méridional, atteignirent les Umbriens. Les derniers furent les Senons , qui, séparément , vinrent prendre possession des parties les plus avancées du pays des Umbriens (18). (?etle invasion des Keltes, et leurs excursions réitérées dans toute la péninsule italique la ravagea. Ceux qui se sont établis des deux côtés de Padus, occupèrent et bâtirent des villes et recevant de nouveaux renforts de leur mère-patrie , trouvèrent leurs nouvelles possessions trop étroites. Les Senons,

(16) L'époque de cette invasion est déterminée par Diodore de Sicile XIV, 113. Je laisse de côté les conjectures ingénieuses de la colonie celtique des Ombres (foyes Thisi. des Gaulois d'Amédée Thierry), comme trop éloignées de la monnaie gauloise et étrangère à son coin.

(17) Plutar. in Camille.

(18) Ephor. ap. Strab. VIT, p. 293; Polyb. II; Trog. ap. Justin. XX, 5, XXIV, 4 ; Strabo V ; Livius V, 34, 3.^; Plin. III, 17, 19; Plut, in Camille 15; Piod. Sicul. XIV, 113.

PREMIÈRE PÉRIODE, AGE D'OR. âl

assis sur leurs confins , pénétrant sous la conduite de Brennus dans l'Étrurie méridionale , assiégèrent ( en 888 ) Clusium , saccag^ent (en 887) Rome , et ne se retirèrent qu*après avoir pris une forte rançon , emportant un immense butin (19). L'Italie, à cette époque, fut le théâtre de l'ébranlement de peuples. La race sabelle, sous le nom de Samnites , de Lucaniens, de Brutiens , descendait de son intérieur, vers le midi de la péninsule. Les Keltes qui s'établirent dans la haute Italie, poursuivant leurs incursions , tombaient même sur de nouvelles possessions des Sabelles. Pendant une semblable excursion (vers 880), Dionyse l'ancien, tyran de S3nracuse, conclut avec eux un traité (ao). Us apparurent plus tard (en 861 ) en Apulie (ai); quelques années après (en 8ô7 et 8IS8), quand ils allaient piller la Campagne^ traversant Tiburet le Latium, ils jetèrent l'épouvante dans Rome(!ia). Bientôt, en retournant de leur expédition ( en 855 ), ils eurent un combat avec les Romains près de Preneste (23) ; quelques avantages remportés sur eux furent couronnés d'un succès plus éclatant (en 846, 847) , quand ils revenaient des autres excursions par le Latium , où les Romains conduits par Popilius et par L. FuriusGamillus remportèrent les premières victoires et triomphèrent de ces peuples. Les vaincus allèrent en Apulie pour y retrouver le butin qu'ils avaient perdu dans leur échec, et Rome conclut avec eux une trêve (24)* Ainsi la péninsule italique fut l'objet des conquêtes et des pillages des Keltes , au moins pendant 50 ans (845-395).

15. Les Keltes, appelles Galli, Galati $ division ethnique de la Celtique.

Ces invasions et ces courses des Keltes, établirent leur renommée : et les écrîvans tant contemporains que postérieurs , s'en

(19) Aristot. ap. Plut, in CamiIlo22; Heraclides Pontic. ibid.; Liv. V, 40; Diod. Sic. XIV, 114, 115, 116.

(20) Sed Dionysium gerentem bellum , legati Gallorum qui an(e roenses Romam incenderunt, societatem, amicitiumque petentes adeunt. Grafa legatio Dionysio fuit. Ita pacta societate et auxiliis Gallorum auctus , bellum restaurat. Trog. ap. Just. XX, 5.

(21) Liv. VU, 1.

(22) Liv. VII, 10, 11 ; Polyb. II, p. 106; Aul. Gelî. IX , 3; Polyaen. 8trat. Vni , 7, 2.

(23) Liv. Vlll, 12-15, Polyb. II, p. 107.

(a4) Liv. VII, 24-26, Polyb. II, p. 107, Aul. Gell. IV, U j Frontin. stratagem. II, 6.

n TYPE GAULOIS.

occupent beaucoup (a5). C'est à cette époque , que les Romains les appelèrent galles, et les Grecs, calâtes FaXaTOi (26). Peutêtre c'était une simple modification de prononciation du nom de Celtes, Keltes. On savait toujours que ces Galli, Galates, étaient des Celtes , habitant le centre de la Gaule , entre les Aquitains et les Belgs ; que ces Galli , Galati , étaient de véritables Celtes , et les Aquitains et les Belgs n'en étaieut guère (27) : aussi , je ne saurai distinguer dans la Gaule, la race celtique de la gauloise : elle est identique. Comme l'appellation des Celtes , à cause de l'ignorance primitive, avait quelque chose de vague, depuis l'acceptation des noms de Galli et Galati , le mot Celtes , Keltes, chez les écrivains plus érudits que versés dans la connaissance des peuples , devient parfois le jouet de leurs hypothèses.

Je pense que la protestation de considérer les Celtes et les Gaulois identiques , depuis les Alpes jusqu'à TOuessant, est nécessaire de ma part. Mais en même temps , je dois déclarer que, suivant les diversités monétaires qui se présentent à mes investigations , j'adhère à l'opinion d'Amédée Thierry , qui distingue dans la Celtique les Kymrs et Gais (a8). Encore , à l'époque du sac de Rome , les populations de la Celtique n'étaient pas définitivement établies pour la monnaie qui nous occupe : mais bientôt , avec l'invasion des Yolgs ou Yolks , que nous ferons remarquer , elles sont fixées décidément pour plusieurs siècles.

Les Aquitaines renfermés entre les Pyrénées et la.Garumna ,

(a5) Eudox, ap. Apollon., hist. com. ; Ephor. ap. Strab. f, p. 33,34, VIT, p. 293 ; Arigiot. ethic. Nîcom. III, 7 ; Timaeus , ap. Diod. Sic. XVII ,113; Gallimach. hymn. in Delplu, y. 171.

(96) Pausanias X, 12, 15, dit positivement que du temps d^Alexandre, le nom des Galates était nouveau aux Grecs, que cVst depuis ce temps, que les Grecs ont donné ce nom aux Keltes , et les Keltes eux-mêmes s^appelèrent Galates.

(27) Cœsar. b. gall. I, l ; Strab. IV; Timagenes ap. Am. Marcell. XV, 9; Âppian. b. illyr. p. 1194 ; Pausan. Attica 3.

(q8) Histoire des Gaulois, par Amédée Thierry, Paris 1828, trois volumes, ouvrage que je me suis heureusement procuré avant de terminer mon opuscule. Cet ouvrage se place sur la première ligne de tout ce qui a été écrit à ce sujet. Abstraction faite de quelques hypothèses, Texactitude et Tensemble de tous les faits historiques lui font un mérite inappréciable ; la justesse des vues, les rapprochements saisis et combinés avec adresse, jetent le sentiment et la clarté à sa narration , qui , bien qu'elle émane d'un organe étranger à Tesprit gaulois , manifeste que ce ne sont pas les Romains qui parlent.

PREMIÈRE PÉRIODE, AGE DOR. iâ

ne soolèvent aucune incertitude. Ils sont d'une autre souche et composent un système plus ou moins isolé. Mais le reste de la Celtique , au fond , offre plusieurs portions distinctes , sous Tidentité réelle de la souche : car les Belgs , bien que considéi'és par les écrivains, comme différents des autres Gaulois , n'étaient pas trop dissemblables. La même souche occupait toute la Celtique , entre le Rhin , les Alpes , la Garumna et l'Océan.

Les Celtes Gaulois habitaient entre les Alpes et le Rhodan : cependant dans cette partie , se présente un mélange de peuples hétérogènes. On y voyait , en outre, et des colons grecs, et les peuplades ligures d'une autre souche. A cette partie se rattache le système des Volks , embrassant les colonies grecques établies à l'ouest du Rhodan, et tout le pays jusqu'aux Cévennes et aux Pyrénées. Or, la partie méridionale, entre les Alpes, les Cévennes et les Pyrénées, présente une masse de diversités des habitants (19) et une portion séparée et très-distincte pour la monnaie , comme nous le verrons à chaque moment.

Reste la Celtique , au delà de Garumna et des Cévennes, Celtique centrale et septentrionale, où les anciens, et spécialement Jules-César avec Strabon , distinguent les Gaulois et les Belgs , ces derniers , établis 'au nord , dans un coin boîseux , humide et enfermé par les débouchés du Rhin. Ces écrivains ne caractérisent plus d'autres diversités ethniques , qui pouvaient y exister. Peut-être qu'elles échappèrent i Jules-César préoccupé des factions politiques, et Strabon ne les a pas trouvées dans aucun auteur. Cependant ces deux écrivains, sans le savoir , en ont notifié une spécialité ethnique , que les Gaulois eux-mêmes distinguaient entre eux : c'est la confédération des peuples maritimes, qui agit séparément ; et formant un système à part, devient importante pour les investigations monétaires. Elle s'étendait depuis l'embouchure de Lîger, Jusqu'aux confins des Belgs. Jules- César l'appelle 'par le nom propre que les Gaulois eux-mêmes lui donnaient, Armorik, ar près, muir, moir, mor, mer. Maritime (3o).

(29) '£7fpoc^rfis /Ah iiVi. Strabo II, p. 137.

(30) Universis cintaiibu», quao oceanum attingunt, qunque eorum cornue-

tudine Armoricœ adpellaniur, quae sunt in nuoMro : Cariosolites, Rhedonea,

Ambibari, Caletea, Osiamii , Lemovices, Veueti, UoeUi ( Cœsar VII , 75).

C stères ci vitales positœ in ultimia GallisB finibus, oceano conjuncin , que

AriDoricas adpeUantur (C«bs. VII [, 31). Comme habitant les côtes de t'Océan,

sont encore nommés : SesuTÎi, Aulerci, Eburotices (Cœs. II, 34); Namnetes,

Ambiliati, Morînî, Diablintes, Menapii, Lexovii (Cœs. Ill^ 17, 29).

Strabon nomme ces peuples en grec parokeanitùt , et les confond avec les Be]gs(3i).

La qualification de rArmorik se perpétua chez les écrivains postérieurs et servit toujours à distinguer ethniquement ses habitants des autres Gaulois, s*a$sociant mainte fois avec la Belguique , aussi différente de la Gaule (Sa). Jules-César lui-même, compte au nombre des peuples de la confédération armorike , plusieurs peuples belgs (55) , ainsi qu'il assimile les Belgs aux Armorikains, et sous certains égards il faut considérer les Belgs comme les Armorikains , et l'Armorik divisée en Belguique et rArmorik de Touest ou proprement dite. Gomme les frontières des Belgs sont déterminées , de même quand on voit positivement exclus de FArmorik les Santons et les Pictaves (34) , on a de ce côté les frontières de TArmorik tracées. On sait que les Armorikains de la péninsule, s'appelaient Kymrs, or, il faudrait conclure que les Belgs de ces temps reculés , furent aussi Kymrs , et que le centre de la Gaule était habité par des Gais ou Gaels (35). Je ne veux pas entrer dans des explications prolongées à cet égard : il me suffit de séparer FArmorik entière du centre de la Gaule, et d'établir une parenté entre FArmorik de Fouest et les Belgs. Le type monétaire le demande et le confirme. Nous aurons plus

(3l) Ta ytxet BfXyir t^ln i^m Tap«9-tavi7ftr. Strtbo IV, p. 194.

(3a) Armorie» gentis , dit AUius Paiera, carm. X de prof. Burdigal. 24 ; Rutil. Numat. itin. lib. 213; Auson , epiat. IX, 35, 36; Sidon. ÂpoUio. carm. VIT, 369, 545 , ô A'p/4epix«? Zwaç de Zosim VI, 5 , est certainement , tractus Belgicœ et Armoricae de Eotrope IX, 21.

(33) Voyes rénumëration dans la note précédente n» 30 : Morini, Menapii, habitant les côtes de TOcéan ; Arobibari, ou Ambiliati, appelés Ambivariti par Orose VI, 8, qui répète le passage de Jules-César, sont les Ambiant , comme on iroit par les variantes de quelques manuscrits de Jules-César : bien qu^on tfouTe dans Jules-César même, IV, 9, les AmbÎTarriti, Ambibariti, Ambîmariti, 'Af(f iiS<tp«7«f r, selon les variantes, sur la Meuse, aux environs de Namur , dans la Belguique même ; ou plus au nord , sur les confins des Tongres , comme Schayes le pense.

(34) Auson., epist. IX, 35, 36.

(35) Voyea Tintroduction de Tbistoire des Gaulois , d*Amédée Tbierry. Je sais que je ne me trouve pas tout à fait d'accord avec ce qu'il dît dans son histoire. Si je me trompe , je pense que le savant auteur me fera grâce , et voudra bien Tattribuer à quelques motifs particuliers qu'il m'était difficile d'eiposer , ou à Timpossibilité de retoucher Touvrage déj& achevé et sous presse.

d'une fois Foccasion de distinguer Fesprit parokéanit du nord de FArmorik entière, du reste de la Gaule; cette différence s^imprime singulièrement dans le coin de la monnaie.

16. Premières relations monétaires avec Fltalie , sans effet pour le

monnayage.

Les courses des Gaulois dans la péninsule italique, n'avaient plus pour but la colonisation, mais le butin. Gomme les Gaulois de la Celtique , ceux de la haute Italie étaient toujours remuants, et leurs populations se montrèrent assez longtemps trèsmobiles, mais aucune ne pensa , ni à la colonisation , ni à des conquêtes. La Celtique du centre, après avoir vomi une masse de colonies , souffrit nécessairement de la diminution de sa population ; les colonies italiques avaient besoin d'un certain temps pour l'augmenter. Or, elles ne cherchaient que du butin ^ leurs ' expéditions se contentaient du pillage. L'histoire de la monnaie en fait cas, car, par ces expéditions , non-seulement le déplacement du numéraire avait la suite, mais aussi le coin de différentes espèces pouvait s'en ressentir , comme nous le ferons remarquer. Conformément à leur instabilité, ces Gaulois réduisaient leurs richesses à des objets transportables , ils n'aimaient que les troupeaux et l'or (56) ; le butin qu'ils emportaient consistait donc, pour la plus grande partie, en métaux précieux et en numéraire.

Mais les espèces italiques , étrusques , romaines , de cette époque , certainement n'étaient point l'objet du butin ; le conte de la balance de Brennus , serait absurde s'il n'était pas dit expressément qu'il s'agissait du poids de For (S^), s'il faisait allusion à ce poids grave d'airain , à ces ases, ces semisses globuleux, qui circulaient en abondance dans tout le centre de Fltalie , chez les Latins , chez les Étrusques , chez les Sabelles, qui étaient absolument intransportables pour les Gaulois (58). Ces espèces entraient certainement , dans les possessions des

(36) ^Trctt^^iiy* fjttf fxad''7ef f r •d-p</A/u<t7a x«< XP"^*»?'^^ /*^"* la-vla. XAïk'lxç TftftvUtVus pa^/co; Svra.<TJ^ai ie»fla.x^ içi^ia-yùr xetîfAt^iolàvoty xttiaiitç av/éÀp -rpo-

atfivui. Polyb. II, p. 106.

(37) Mille pondo auri. Liv. V, 48; Polyb. II ; confer. Veget. II, 18.

(38) Voyez les figures de ces espèces pesantes sur lesquelles nous reviendrons plus d*une fois ; dans Montfaucun , antiquités expliquées, et dans Touyrage tout récemment publié par Girolamo Apolluni et Pîetro Tessieri : aes grave del museo kircheriano, Roma 1839.

Gaulois [en Italie par leur circulation ordinaire, dans le petit commerce et dans des relations particulières : mais les richesses qu'ils accumulèrent bientôt, consistaient en métaux précieux. Les monnaies d'or et d'argent de la grande Grèce , de Sicile ; le bige de Syracuse, le cavalier des tyrans ; le sanglier de Populonîa, quand il y apparut ; le lion de Yélia étant transportables et de leur goût, devaient se trouver dans leurs trésors, si non pour servir dans la circulation , au moins pour servir d'ornement et d'ostentation.

Ils avaient certainement des relations avec leur mère-patrie, mais elles étaient sans doute rares , et ils ne lâchaient point en sa faveur ce qu'ils accumulaient pour eux-mêmes. Quand une fois (en 299) une irruption des Transalpins entra dans leurs possessions , ils cherchèrent à détourner leurs frères, en leur donnant une part en or des richesses qu'ils avaient accumulées (59), et ils les conduisirent dans le pays qui pouvait leur fournir de l'or et des troupeaux. Les Étrusques menacés de cet orage, et ayant déjà affaire avec les Romains , proposent aux Gaulois l'enrôlement, moyennant une solde qui est stipulée et livrée d^avance en numéraire. S'étant emparés de cet argent, les Gaulois déclarent qu'ils le considèrent comme le prix du butin, que si les Étrusques demandent leur service, ils doivent leur assigner des terres ; ne pouvant les obtenir , ils repassèrent les Alpes et rentrèrent dans la Celtique avec une immense quantité de numéraire (4o). Ce numéraire, s'il était en as grave, n'était certainement qu'auxiliaire , au poids de l'or , qui pouvait seul satisfaire les Gaulois ; sans leur donner l'idée de la fabrication de leur propre monnaie , sans servir de modèle à son coin, à sa forme. £n effet, la monnaie d'or et d'argent de Populonia, peutêtre n'existait-t-elle pas encore et n'entra point dans la masse du numéraire emporté. Au reste, il est certain que les Gaulois n'ont jamais eu de monnaie fabriquée à l'instar de l'as pesant. Même on ne connaît point de monnaie de la nouvelle Gaule entre les Alpes et les Apennins. L'as grave des Étrusques ne pouvait pas être pris pour modèle , par un peuple, qui connaissait mieux le prix de l'or et de l'argent. Les possessions grecques où

irf^i^i/jLttit li» «Tu'j^ofiar. Polyb. II, p. 107.

(4o) Itadiniissi Galli pecuiiiaiii ingcntcm siDeiaboreacpericulopartamreluleruiit. LÎY. X, 10.

les espèces de ces métaux étaient abondantes se trouvaient dans des cantons éloignés, n'étaient que visitées par les Gaulois, aucune intimité avec eUes ne s*était établie, aucune relation , aucune circonstance favorable n'engagea les Gaulois au monnayage analogue à celui de la grande Grèce.

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