‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 81 sur 113 · Coin des insurgés ( e« S · texte numérisé non relu

Coin des insurgés ( e« S

César, en retraçant la puissance des druides, garde un*silence complet sur la participation qu'ils avaient prise dans les agitations nationales de son temps. Il avait trop de bon sens pour guerroyer avec eux. £n les méconnaissant , U paralysait plus efficacement l'action de cet ennemi formidable que s'il se fût armée de la parole menaçante ou de l'épée exterminatrice. Autant flrespectaitla loi nationale, autant il montrait de déférence aux droits des druides. Sans les distinguer des autres indigènes, il faisait jouer par leur organe , la justice divine dans son intérêt, et les suffrages pour avoir des magistrats dociles à sa volonté. Quand ils portèrent Convictolitan au vergobret , il ne les contraria point. Il voyait qu'ils étaient moteurs de l'ébranlement aussi bien que les patriotes , mais il feignit de fermer les yeux sur leurs machinations ; il n'ouvrit point la bouche , pas même pour proférer des plaintes : il ne combattait que les aventuriers , que les perturbateurs et la populace , que des hommes perdus et sans fortune : c'est ainsi qu'il appelle les patriotes désintéres» ses , qu'il ne pouvait corrompre ni séduire par l'appas des honneurs et des richesses. Par sa politique , il renforçait la couleur civique du soulèvement, auquel les druides participaient plutôt comme citoyens que comme prêtres. Aussi le monnayage, animé par tant de perturbations précédentes , actif durant la guerre , ne revenait plus au symbolisme druidique , suranné et usé. Son coin reprenant quelques manières du type national , ou en en créant quelques nouvelles, se conformait à l'émotion générale, et se montrait purement politique.

Par la force des événements , les Arvernes se trouvaient à la tète de la Gaule. Leur coin n'était pas encore epipreint de la servitude romaine ; ayant admis la race des chevaux ratatinés, il observait son ancienne simplicité et son ancien mutisme.

Leurs chefs partageant le monnayage, inscrivaient quelquefois leur nom. f^crctiisfétoria;^ chef suprême, frappant ses espèces en or , [plaça son nom en caractère latin , déjà depuis cinquante ans, employé mainte fois par la monnaie arveme (pi. VIII , S9). Un autre chef arverne ^erjostHawn, inscrivant aussi son nom AERGA sur l'argent et le bronze , fit représenter le cheval prêt à

. d48 TYPE GAULOIS.

marcher, une jambe de devant levée, et coiffa la tête monétaire de diadème (pi. VI, 47) (836).

Cette pose de cheval , jadis familière aux didraçhmes , reprise dans ce moment solennel , reparut sur le cuivre de Roveka , ou Rovessio des Yelaviens (pi. VI , 48 , 49) , sur quelques pièces en or belgique (pi. III, 89) ; et peut-être n'est-il que l'empreinte simultanée du moment.

Il faut absolument admettre que toutes lesespèces de cesannées mémorables, sont empreintes de réminiscences et manifestations conformes à la commotion de l'indépendance. L'insurrection des Éduens , avait des conséquences très-importantes pour la cause nationale: leur exemple encouragea les plus timides , le reste des peuples de leur ancienne ligue ; les puissants BellovaLs déclarèrent la guerre (887). Biais avec cette nouvelle extension du soulèvement, revivaient les anciennes prétentions, et les Éduens converUs, demandaient avec anxiété, le commandement suprême. Voyant les Arvernes peu disposés à le céder , ils firent appel à la décision de l'assemblée générale de la Gaule , qui se réunit sur leur territoire, à Bibracté. Aucune des cités n'y manqua , à l'exception des Trevères retenus par l'invasion des Germains, des Lingons et des Rémois, amis déterminésdes Romains. Les suffrages de l'assemblée se déclarèrent en faveur des Arvernes et le commandant en chef, Vercîngétorix , fut confirmé. Les Éduens cédèrent, mais ils furent très-affligés ; Eporédorîx et Virdumar ne se soumirent qu'avec répugnance à l'autorité du généralissisme (838).

Cette décision unanime ne les empêcha point de faire des démonstrations de leur souveraineté abrogée. Litavicus forgeant la monnaie en son nom, souleva dans son coin l'étendard éduen du sanglier (pi. VII , 7). Des partisans des Éduens suivirent

(836) Argent au même coin. Haverc., ad Oros., p. 403.

(83^) Bellovaci defectione Aeduornm cognita... aperte bellum parare caeperunt. Cœsar, VII, 59.

(838) Petunt à Vercingetorige Aedui , ad seveniat rationesque belli ge> rendi communicet. Re impetrata , conteadun t ut ipsis imperii trantdatur , et re in controTcrûam deducta iotius Galliae concilium Bibracté indicitnr. Eodem conveniunt undique fréquentes. Multitudinis suffragiis , res permittitur, ad unum omnes Vercingetorigem probant imperatorem. . . Magno dolore Aeduifenint , se dejecto principatu, quaeruntur fortunœ commutationem.... Inviti summsB spei adolescentes Eporedorix et Viridomarus , Vercingetorigi parent. Cœsar, VU, 63.

cet exemple. Le beig Dubnorex., durnae, se fit représenter comme fantassin avec l'enseigne du sanglier; il le fit d'une manière assez variée ; il ôta le casque à la romaine et décora sa tète de roseaux (pi. IV, 4, 5 ; VI, 19) (889). Un Fipotalo prît aussi cet enseigne comme fantassin (pi. VI, 20).

Des enseignes nationaux , brillèrent simultanément sur l'argent et le bronze. Un epilloSj un dynaste en cavalier porte-enseigne terrassant l'ennemi renversé, imitait l'ancien type du génie couché sous le coursier (pi. VII, 2). Les circonstances changent souvent l'interprétation des choses , et l'emblème du triomphe de l'année nouvelle , se changeait en emblème du triomphe sur ^'ennemi. L'atrebat (7om, se qualifiant de guerrier, garman, figure aussi comme cavalier porte-enseigne (pi. III, 50) (840); et sur son or, il aima à changer le titre royal de rex, qu'il prenait naguère en titre national d'épt7fti9(pi.VIII, 8) (841). Quelques pièces inscrites à'epUli (pi. VI, 80) sont peut-être aussi de ce temps.

Je ne cite que quelques exemples de la monnaie du moment^ qui me sont connus en nature ou en dessin. C'est une bdle tâche qui peut être poussée bien loin, que de déterminer l'époque du coin éminemment caractéristique , qui ne peut être attribué convenablement , qu'à ce seul instant de guerre, quand le monnayage était sous la direction des autorités militaires^ dirigé par les chefe de l'armée nationale.

140. Vercingétorix succombe, sort de ses partisans (en 52, 51).

A Bibracté on avait décrété les moyens pour continuer la guerre, et Vercingétorix, exécutant son plan , organisa une triple irruption dans laNarbonnaise, et lui-même poursuivit César. L'irruption dans le pays des Helves eut un certain succès. Le che^ G. Valérius Donotaurus périt, et les Helves furent battus (84a). César pressé de toutes parts, effrayé par cette diversion, se dis-

(839) Conbrouse, 456, a, 6, e, f.

(840) Comparez Mionnet, 22,31 ; Goubr., 425. Haverc, ad Oros., p. 403. — Ces pièces (de notre planche 111,50,) offrent tantôt GERMA, tantôt CARMA. Au moment de IWrer cette feuille à Fimpression M. Gentil Deschamp de Lille, me présente de sa collection une pièce identique, qui n'offre très-clairement que CAM, au lieu de gorm,

(840 Taylor Combe, Il \ Conbr., 425; A kerm., journal numism., numéra de juillet 1837 ; de la Saussaye , revue num., t. 11, p. 470. (84a) Cœsar, ¥11,64,65.

posait à la fuile. Yemogétorix jugea le moment propice d*arréter sa retraite etd*achever le tnomphe. L'eqgagem^nt se changea en une afiaire bien grave : la cavalerie gauloise avancée ne sut point maintenir le terrain, et l'infanterie se troubla et s'enfuit en désordre. Les Gaulois, après cette journée funeste, n'emportèrent que répée de César , qu'on lui arracha quand il se trouvait enveloppé (84^)- César obtint tous les avant«^es possibles. Il prit un nombre considérable de prisonniers , parmi lesquels il y avait plusieurs éduens , le vieux Eporédorix {^44) -> le commandant de l'infanterie CaravUl , et le commandant de la cavalerie Cot, frère de l'ancien vergobret Yaleliae.

César poursuivit les Gaulois à son tour et les investît dans le pays des Mandubiens, sous les murs d'Alesia , ou ils s'étaient arrêtés au nombre de 80000 piétons et 10000 cavsdiers, Vercingétorix assiégé, essaya de rompre les légions des assiégeemts. Sa cavalerie lui manqua encore et sa. position devenant i chaque moment plus critique, il fit partir <tos émissaires demandant une levée g^érale,

Sur-le-cbamPf l'assemblée nationale se réunit, et, pour éviter la confusion des masses , décréta des contingents que chaque peuple sans exception envoya, et unearmée de âSO,000 honmies se raj^rocha bi^alM sous la conduite de l'atrebat Conif des éduens Firàumar et Eporédorix , et de l'arverne Ferga^tiUaunj parent de Yercingétorix. Malgré toute la diligence qu'on mit à réunir cette force , trente jours s'étaient écoulés et â tout moment les assiégés pouvaient se trouver aux abois. On délibéra. L'arverne Critognat proposa de se nourrir de diair humaine plutôt que de céder; il tourna l'attention de ses compagnons d'armes , sur leurs confrères de la province narbonnaise : car le même sort les attendait eux-mêmes s'ils fléchissaient (845) : fl fit frémir le conseil , et on arrêta la mesure extrême de faire sor-

(S43) C'est prolMiblement dans cette journée , que le crt ke kos ! Kaisar , a sauvé César. L'épée arrachée à César , fut déposée dans un temple chex les Arvernes. César ayant pacifié la Gaule , et visitant ce sanctuaire reconnut son épée, et se mit a rire. Gomme ses officiers voulaient Penlever : « laissesla, leur dit-il, elle est sacrée. « Plut, in Cœs., p. 720.

(844) ^^ même qui commandait , vingt ans auparavant, dans les guerres des Ëduens contre les Séquanais.

(845) Respicite finitimam Galliapi, quae in provinciam redaota, jure et legibus commutatis , securibus subjecta, perpétua premitur serTitute. Cttsar, vu, 77.

tir les habitants d*Alesîa , pour évacuer les bouches inutiles. Ils sortirent et la porte de leur vflle natale leur fut fermée à jamais; César les repoussait à coups de traits, ne voulant pas les recevoir, pas même comme esclaves : en peu de jours ils périrent tons. Enfin, rarmée nationale commença à presser les lignes de César. Fergasittaun entreprit de les rompre sur un point moins ferme. Yercingétorix, de son côté, fit une sortie. La destinée fatale rendit inutiles tout leur courage , toute leur bravoure , tous leurs efforts. Fergasillaun fut fait prisonnier , Seduk^ chef des Lemo-^ riks, périt ; une terreur panique dispersa Farmée de l'extérieur et celle d'AIesia se trouva affamée.

Quand les députés partirent pour traiter avec César de la reddition,/Vctn^ëfono:, prévenant le sort qui l'attendait, monta son cheval, et traversant au galop les deux camps, tourna la tribune déjà dressée dans le camp ennemi , et sautant de son cheval , jeta aux pieds du proconsul, son épée, son javelot et son casque, sans proférer un mot. Tout le monde fut ému à la vue d'un homme qui avait inspiré à la fois tant de terreur et d'estime. César seul , froid et cruel , sortant de sa première surprise ou plutôt de sa frayeur, éclata en invectives et donna ordre de le garroter. Il n'y eut que vingt mille Arvernes et Éduens d'épargnés , le reste fut réduit en esclavage. Yercingétorix envoyé à Rome , attendit dans un cachot infect, pendant six ans , le jour du triomphe du vainqueur qui élevait terminer les souffrances des patriotes gaulois par la hache du bourreau (846).

La guerre cependant n'était pas finie. Les Éduens et les Arvernes, acceptèrent les conditions et se soumirent, le reste de la Gaule resta sous les armes. On se préparait ; des partisans s'organisaient : Sums éduen chez les Trevères , uémbiorix dans les cantons limitrophes, Drappes senonais, parcouraient toute la Gaule. Dans une assemblée de députés et de patriotes , le plan fut arrêté, et l'hiver fut destiné aux préparatifs. Trois points furent choisis pour les opérations de la guerre ; chez les Bellovaks, commandaient Corrée leur chef etl'atrebat Com; chez les Andes Dumnac leur chef et Gutniat chef des Carnutes ; chez les Cadurks Lucterc était chargé de la direction ; en même temps les Trevères devaient faire une diversion.

(846) CaBsar,VlI, 60-89; Vcll. Pafterc, II, 47; Plut, in Cœs. ; Polyaeni, itratag., VIU,23, Il ; DioCass., XL, 39-4t ; Tiot,, III, 10.

Z6i TYPE GAULOIS.

César diservanl les préparatifs et voulant lesarréler, au mois de janvier dans Tannée 51, tomba à Fimproviste sur les troupes des fiiturigs, et y porta la dévastation. La population chercha un refuge dans des cantons limitrophes. Ensuite il s*adoucit et sa démence, non-seulement permit à la population bituiiguienne de rentrer dans ses foyers dévastés , mais pardonna aux peuples qui avaient prêté asyle aux fugitifs , imposant pour condition une gratification, pour son armée, de cent vingt sesterces par soldat, et de deux mille par centurion.

Les Bellovaks furent les premiers qui levèrent l'étendard conformément au plan. Les coalisés joignirent leurs forces sous le chef Corrée. César marcha contre lui, conduisant la cavalerie rémoise, commandée par un des magistrats, Fertisk, dont Vàge avancé, lui permettait à peine de monter à cheval : mais celui-ci ne voulut pas s'absenter et périt , ambitionnant de combattre ses compatriotes. Corrée réussit d'abord à déjouer les manœuvres de César , mais bientôt dans un engagement sérieux il périt et le découragement saisit les Gaulois. Corn , qui amena cinq cents Germains, dès qu'il entendit la proposition d'envoyer des députés dans le camp romain , partit avec les Germains et s'enfonça dans des forêts.

En attendant, sur un autre point, le chef pictave />uraf, jetant le masque de traître, s'empara de la ville Lemonum pour paralyser le soulèvement. Dumnac secondé par Drapes^ s'empressa de l'assiéger. Surpris par les troupes romaines que les espions appelèrent, ils y furent battus complètement. Dumnac se sauva dans les forêts de l'Armorik, et Drapes, ralliant cinq mille hommes, rejoignit Luctère qui armait les Cadurks. Quelques légions s'étant rapprochées , ils approvisionnèrent Uxellodunum en y fixant le point de leurs opérations.

César, après avoir pacifié les Bellovaks et les Belgs, partit aussi vers ce point. Traversant le pays des Carnutes, il ordonna que Guiruat lui fût livré. Ce chef setait retiré sur ses terres au fond d'une forêt; on alla l'y chercher^ on se saisit de lui et on l'amena dans le camp romain. Pour assouvir sa vengeance. César se fit demander par les légions, le supplice de Gutruat , et il le fit battre de' veines jusqu'à l'inanition ; après quoi la hache sépara la tête du corps.

Uxellodunum ne put tenir longtemps. Drapes tomba au pouvoir des Romains, et se laissa mourir de faim dans sa prison.

QUATRIÈME PÉRIODE , AGE DE FER. 8ë8

Luctëre fugitif , tomba entre les mains à'Epamact, arverne , qui l'envoya chargé de fer au proconsul. Beaucoup de captifs eurent le bras coupé et furent ensuite mis en liberté, pour épouvanter les indigènes dans toute la Gaule. En même temps les partisans dans la Belguique furent détruits. L'éduen Sur fut fait prisonnier. Ne pouvant se saisir d'^tnbtortx, le glaive romain sévit contre les habitants paisibles de sa patrie, pour le faire détester. On dressa de nouveaux guets-apens contre Corn , on fit une chasse contre lui dans les forêts de Morinie. Enfin, il proposa sa soumission à condition de ne pas se trouver foce à face avec un Romain , ce qui fut accepté. Il entra donc dans sa retraite, dans ses terres , et la Gaule fut pacifiée (847).

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