‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 90 sur 113 · Irruptions de César · texte numérisé non relu

Irruptions de César

Telles étaient les relations des insulaires avecles Gaulois, quand Jules César éprouvant leur effet, entreprit en 55 , d'arrêter ces hostilités par des expéditions aventureuses. Dans ce but , il voulut avoir des renseignements sur le pays et ses habitants. Peutêtre que les Éduens , et les Rémois voisins de Suessions , n'ignoraient pas ce qui se passait en Bretagne , mais César apprit que presque tout y était inconnu à tous les Gaulois, que parmi eux il ne se trouvait personne assez téméraire pour oser aborder File, qu'il n'y avait que des marchands qui fréquentaient les côtes, sans qu*ils sussent quel était son état intérieur. Il appela les marchands de toute part, il les questionna, et aucan ne put lui dire quelles étaient les nations qui y habitaient, ni quelles institutions elles avaient, ni leur manière de guerroyer, pas même, quel était le port le plus commode pour une grande flotte (931 ). Le fidèle Comîus , aussi familier chez les Bretons , n'était pas à

(9116) Âpud Suessiones esse regem, nostra etiam metnorîa, Divitiacura, tum etiam Britanniae imperium obtinuerit. Cœsar, II, 4.

(927) Cajusque (Gomii) auctoritas in iis (Britaonicis) regionibas , magni habebatnr. Cassar, IV, 21.

(938) Qui (Bellovaconim) principes în Britanniam profugisse. Caesar, II, 14.

(929) AuxiUa ex Britannia parcessunt. Cœsar, 111,9.

(980) Omnibus fere gallicis bellis, hostibus nosiris inde (e Britannia) subministrata auxilia intelligebat. César, IV, 20.

(931) Omnia fere Gallis erant ignota ; neque enim temere prœter mercatores illo aditquisquam; neque ipsis quidquam, praeteroram maritimam notum est. Itaque evocatis ad se undique mercatoribus , neque quanta Cfset insu-

même de lui donner les lumières ; il n'y eut que César luimême, qui sut disperser cette ignorance stupide et polfroane ; lui-même, il découvrit, aussi bien aux R<miains qu'aux Gatdois, quelle était cette lie, dont le nom JEormait une énigme inexplicable depuis trois siècles; il fit connaître sa grandeur, son état, sa population, ses richesses et ses ressources. H envoya d'abord Volumnius Quadratus, avec une galère, explorer la cête, mais cet expédient fut sans succès , parce que Voluouiius craignait d'en toucher les bords (gSa).

Cependant les Bretons aj^renant le {urojet de César par les confidences des marchands, loi expédièrent leurs ambassadeurs pour rechercher ses amitiés, et César, afin de préparer les insulaires à sa visite, envoya le fidèle Comius atrebat dont la haute autorité chez les insulaires lui était connue (g^S), et qui n'avait pas peur de s'engager dans l'intérieur de l'Ile. Com, à peine descendu à terre,se vit saisi par les insulaires et cfaaigéde chaînes.

La descente de César et de ses légions délivra d'abord le prisonnier , repoussa les attaques des indigènes ^ se retira brusquement de la position dangereuse (934).

La Bretagne délivrée de cette première irruption , se vit décfai^ rée par des dissensions intestines. CasriveUaunus , roi des cantons méridionaux, jura la perte de Imanumtius, roi des Trinobantes, qui régnait au nord de Tamésis. Imanuentius pârit ra effet, et son fils, Mandubratim^ craignant le même sort, s'enfuit et passant la mer , se mit sous la protection de César ( gSS ). Une nouvelle

lae magnitudo, neque quae, aut quantae nationes incolerent , neque (fuem usumbelli haberent, aut qnibus institutis uterentur; neque qui essent admajorum natium multitudinem idonet portug, experire poterat. Cassar, IV, 20.

(932) CflBsar, 1V,21.

(933) Intérim , consilio ejua cognito, et per mercatores perlato ad firitanno8| a compluribus ejus insulae civitatibus ad eum legati yeniunt... cum bis una Commium... cujus, et Tirtuteni,et contilium probabat, et quem siln&delem arbitrabatar, cujusque auctoritas in ils regionibua magni babebatur, miltit. Cœsar, IV, 21.

(934) Cœsar, IV, 29-33 ; Dio Cas»., XXXIX, 50-54; Oroi., VI, 9; Sueton., I, 25. — Territa quaefitis ostendit ierga Britanaia. LucaQ., II, 572.

(935) Intérim Trinobantes prope firmissima eorum regionum ctvttas , ex qua Mandubratius adolescens Cœsaris fidem secutus , ad eum in continentem Galliam venerat, cujus pater Imanuentius in ea civitate regnum obtinnerat , interfectusque erat a Cassivellauno, ipae fuga mortem vitaverat , legatos «^ Cœsarem mittunt (Cassar, V, 20). — Interea Trinobantum firmiasima oiviUi cum Androgorio duce, Cœsari se dedidit (Oros., VI, 9). — Peut-être qu'An-

expédition est donc préparée en 54. La résistance de CassiTellami , avec grand nombre de peuples aliiés , ne pouvait suffire. Les Trisdtonles forent les preittîers qui traitèrent avec les Romains, et qui acceptèrent pour leur roi le protégé Mandubrat. Plusieurs autres peuples , Cenimagnes , Segontiaks , Ancalites , Bibroks, Casses, envoyèrent aussi des députés et se soumirent(936). Dans cette perplexité , Gassivellaunus , appela les Cantiens, qui accoururent , conduits par leurs quatre chefs : Cingétorix , Carvilitis, Taximagulus et Segoncix, Ils éprouvèrent bientôt un échec et un des chefs , Lugotorix , tomba dans les mains du vainqueur (937). Gassivellaun , n'espérant plus de détruire Tennemi , chercha Tintervention de Fatrebat Gom , qui lui procura la paix à condition de payer le tribut , et de ne point inquiéter par des hostilités, Mandubrat et les Trinobantes. La Bretagne fut donc pacifiée et César fit sa retraite sur le continent (938).

On disait à Rome que cette lie était tout à fait sans or et sans aident ; qu'il n'y avait pas le moindre scrupule en argent, aucun butin à emporter (quoique Cassivellaun se fût obligé de payer un tribut) ; qu'il n'y existait que des esclaves (939). Aussi César se vanta d'avoir pris grande quantité de captifs (940) , et l'on ajoutait assez plaisamment, qu'il y était allé pour ramasser les perles de ses propres mains , dont il envoya à Rome , une masse énorme (94^)* Cependant César a vu le contraire ; il a vu qu'il ne manquait pas de numéraire aux Bretons , que l'or , le cuivre et le fer y circulaient comme monnaie, et il leur imposa un tri* but (94^)* Bientôt les Romains apprirent que la Bretagne possé-

drogoriui est une interprétation grecque db nom de èfan-du-brat. *Ar^p*. yfyf. Tir Telox, agilw. Les traditions bretomies l'appellent Afhtwy. (93Q CflBsar, V, 21.

(937) CaasiTellaunus ad Cantium , quibus regionibus quatuor reges prœerant, Cingétorix, Carvilius, Taximagulus, Segonax^ nuocios mittit, atque bis imperat, uti, castra navalia adoriantur. li cum castra venissent nostri eruptione fkcta , multis interfectis , capto etiam nobili duce Lugotorige (Ri^^c lifiyti, dans la traduction grecque), Gaesar. V, 22.

(938) Caisar, V, 22, 23 ; Dio Cass., XL, 1-3 ; Gros., VI, 9.

(939) In Briiannîa nibil esse audio , neque auri , neque argenti (Cicero , epist. adiamil. VII, 7) ; illud jam cognitum est, neque argenti scrupulum esse ullum in illa insula, neque ullam spem praedae, nisi ex mancipiis. (Cicero, ad Altic, IV. 15.)

(940) Captiyornm magnum numerum babebat. Cœsar, V, 23.

(941) Sueton., I, 47

(942) Cœsar,V, 12,23.

dait ses propres mines produisant l'or et l'argnit (943). La quantité du numéraire circulant en Bretagne , ne se présentait peut-être pas assez imposante pour stimuler l'ayarice romaine. Aa reste , on sait très-bien , que les écrivains les plus renommés de l'antiquité , n'étaient pas libres de reproche , d'exagération , de méprise , d'inconséquence, et de contradiction.

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