Pestruction des druides (en
Le génie des conquêtes abandonna Rome avec la chute de la république. Les empereurs se rendant arbitres de l'empire, suivirent la politique d'Auguste qui n'admit que des guerres d'urgence et de défense ; c'est pour raffermir les frontières, repousser Fagression, assurer la sécurité qu'on essaya d'étendre certaines limites, et de faire quelques nouvelles acquisitions. La conquête de la Bretagne était de ce nombre.
Nous avons déjà exposé comm^it le druidisme et la nationalité gauloise qui résidait dans ses mystères , étaient la cause essentielle de ce que Rome opulente: envia les pauvres eabanes des Bretons. Le druidisme retiré dans les îles, ne cessait d'éveiller les espérances du peuple asservi , agitant l'esprit gaulois , fermentant sa turbulence. Gêné dans son rite par les ordonnances d^Auguste, il se cachait avec ses pratiques , il éludait de toutes les manières possibles les règlements impériaux. Bien que chaque jour énervât ses efforts , il inquiétait cependant et fâchait la politique de l'empire.
Claude (en 4â) allant visiter la Bretagne , entreprît d'abolir d'un coup de main rexistence des druides et de leur doctrine. n leur interdit l'exercice de la médecine et les augures, mettant à exécution ses dispositions d'une manière sévère et cruelle. On applaudit à Rome , que ces monstres souillés du sang humain allaient disparaître à jamais (g83).
Mais dans la Gaule et dans la Bretagne ^ la persécution et la violence , ne réussirent pas de suite. Un chevalier romain , de Forigine voconce , conformément aux ordonnances d'Auguste ,
signe des eolonies civites , colonorum togatoruin ; les militaires ayant pour signe un étendard , on aigle. — Condituri cÎTitates taurum in dextra , vaC' cam intrinsecus jungebant cincti ritu Gabino, id est togae parte caput velati, parte succincti, tenebant stivam incurTam, ut glebae omnes intrinsecus caderent. Et ita auloo ducto , ioca muronim desiguabant, aratrum suspeiidenLes circa Ioca portarum. (Servius j Plut, in Romulo.) — Maintes fois on voit sur les monnaies renseigne militaire dans la main du colon labourant , en signe que la colonie est en même temps togâta et militaris. Le bronze de Camalodunum n^a paa d'enseigne , mais son colon labourant dit que cette colonie des vétérans était à la fois militaris et togata.
(983) Druidarum religionem apud Galles, dirae immanitatis....penitu8abolevit (Suet., Y, 25). Xiberit Gaesaris principatus sustulit druidas et boc genus Tatum medicorumque.... Nec salis aesUmari potest quantum Romanis debea* tur qui suatulere monstra io quibos hominem occidere religiosisairaum crat (Plin., XXX, 4). Gompressae... druidarum farooMe superstitiones (Aurel.Vioft. Cœt. 4.)
ne pouvant suivre le culte druidique, subit une peine capitale, parce qn*on découvrit sur lui le talisman druidique appelé œuf de serpent (984).
Pour effectuer la destruction de ces monstres sanguinaires, le sang coulait ; les druides comptaient des martyrs de lear foi ; grand nombre se sauvaient en Bretagne, où la contagion civilisatrice affaiblissait leur dernier terrain. Ceux qui restaient en Gaule, pouvaient porter le nom de druides, mais en se conformant au culte romain. Belen avait ses druides , mais son culte était celui d'Apollon. Sous Tenveloppe de renégats, pouvaient se, receler des augures ocultes et des drnidesses présageantes , et des tentations de faire revivre la doctrine nationale dans des circonstances propices ; il ne leur manquait pas d'occasions dans la marche des siècles, d'inspirer de quelques réminiscences le peuple émeute, de mettre en pratique leurs cérémonies sauvages, de consoler les populations par des présages, de faire briller parfois leur sagesse (985}.
Ceux des druides plus rigides qui, dans des moments de persécution, se réfugiaient en Bretagne, y trouvaient des fidèles , allaient se retrancher dans Tile de Mena, réceptacle des transfuges orthodoxes, des doctrines incorruptibles , des pratiques les plus sauvages. Homme et femme y levaient des cris fanatiques , vomissant des haines implacables.Plus la cause druidique était délabrée et perdue, plus ils se ressentaient de leur faiblesse; d'autant plus ils observaient scrupuleusement leur discipline, d'autant plus ils portaient leurs pratiques superstitieuses à l'excès. La flamme dévorait les victimes humaines, le couteau égorgeait les prisonniers romains, le sang humain ruisselait chaque jour sur des autels , et l'on cherchait des réponses divines dans les dernières palpitations des victimes immolées (986).
Leur exemple envenimait l'exaspération des Bretons contre
(984) Habentem id (ovuiii angutneum) in lite in sinu equitam romanam e Vocontiis, a divo Claudio principe, interemptum non ob aliud sciani. Plin. XXIX, 3.
(985) Fataii nunc (en 71) igné signnm coelestis irae datnm et postetsionem rerum humananim transalpinis gentibus portendi , superstitione Tina druidae canebant (Taciti hist. IV, 54 ; Joseph, de belle jud. prol. ) ~ Aret$ druiê antista (inscriptio Mettensis ; Grnt., p. 62, n« 19). — Dniidesses présageant (Lampridii Âlexand. 60; Voptsci Aurel. 44; Numeriam, 15). Druides de fielen et professeur (Auson., profess. 4).
(986) Mona, receptaculum perfugaruni (Taciti annal. XIV, 29). — Britannia hodieque eam (magiam druidarum) attonite célébrât (Plin. XXX, 4). — Cmore captiYo adolere aras, et hominumfibris consulere deos (Taciti annal. XIV, 30).
les Romains , qui , dans leur province même , poussaient les indigènes au désespoir , par des extorsions ineffables , et les forfaits les plus révoltants. Prasutag , roi opulent des Icènes , séduit par les menées romaines , institua l'empereur Néron son héritier, conjointement avec ses deux filles , espérant par ce moyen , rassasier l'avarice romaine et sauver sa famille et son pays. Mais cet expédient ne fît que livrer tout aux insatiables centurions. Son pays et sa résidence furent saccagés, sa femme, la reine Bmidicéa (987), battue des verges, ses filles violées, les chefs des Icènes dépouillés de leurs biens, les parents même du feu roi , portés sur la liste des esclaves (988).
Suetonius PauUinus, lieutenant de Néron dans la province , entreprit dans ces entrefaites, de prévenir et d'atterrerle soulèvement en détruisant le dernier asyle des druides. Il traversa rapidement les cantons des montagnards et parut à Fimproviste sur la plage , en face de Hona , préparant son passage . par la mer. Avant qu'il put l'effectuer, un étrange spectacle frappa et terrifia ses soldats. Le rivage de l'ile, bordé par l'armée bretonne , présentait une forêt d'armes. Çà et là couraient des troupes de femmes échevelées en appareil funèbre portant des torches enflammées, tout autour des druides immobiles, les bras levés au ciel , vociférant d'horribles imprécations. Les soldats romains , sortis de leur première surprise , rompirent les rangs bretons, et passèrent au fil de l'épée et livrèrent aux flammes tout ce qui tomba entre leurs mains; guerriers, femmes, druides, prêtresses. La hache du vainqueur abattit de vieilles forêts, la pioche déchira la terre pour le fondement d'une forteresse (989) , et les soldats étaient occupés à sa construction, lorsqu'un soulèvement terrible rappela Sueton et son armée victorieuse.
Les indigènes profitant de son absence , fondirent d'abord sur la colonie des vétérans, la réduisirent en cendre; ensuite battirent la légion de Petilius Cerealis, et , maîtres de la province , s'emparèrent de Londinum, de Verlamium et d'autres villes qui leur offraient un riche butin , et ne voulant point de prîsonniers,'ils égorgeaient, pendaient, brûlaient tout ce qui n'était pas de leur parti. Suéton, par des marches hardies, était rentré sur le territoire de la province et rencontra les indigènes triomphants ,
(987) Boudtcea, Boadicea, Boadîcca, Bonduica. — - Buddig signifie en celtique, victoire.
(988) Taclti annal. XIV, 31.
(989) Taciti annal. XIV, 30.
aiguillonnés par la présence de la reine Boudkéa et de ses deui filles outragées. Une défaite décisive détruisit bientôt les efforts des insurgés. Bùudkéa désespérée, s'empoisonna (990).
Les guerres et les soulèvements ultérieurs, n'ont jamais atteint à la hauteur de celle-ci , et n'ont jamais ofiCert tant de diances de succès aux Bretons. La iHrovince romaine s'étendit avec le temps dans toutes les directions et se couvrit de retranchements (991) : mais en grandissant elle ne rencontra plus aucune monnaie barbare , ne se vit plus inquiétée par le génie druidique. Aucun monument monétaire, aucun monument druidique ne se présente activement i cette époque en Bretagne.
La monnaie expira dans son temps , comme elle avait fini son existence antérieurement en Gaule , elle était remplacée par la romaine, certainement elle ne reparut pas au dehors, mais son type aboli, féconda à différentes époques par des réminiscraces incompréhensibles, la monnaie moderne de la Bretagne (de l'Angleterre) et de la Gaule (de la France).
Le druidisme , qui donna la première direction au type gaulois, qu'est-il devenu? les druides qui échappèrent au glaive romain , avec leur orthodoxie opiniâtre, que sont-ils devenus ? se sont-ils retirés plus au nord dans des frimas de sauvages inaccessibles ? ont-ils propagé les doctrines chez eux avec succès? il est difficile d'y répondre et ceci sort du cadre de mon opuscule. Il est certain qu'en Brets^e et en Gaule, le druidisme fut enfin dé* truit, amorti et extirpé, mais ses superstitions, ses pratiques, enracinées dans les mœurs et habitudes du peu|de, contribuèrent puissamment à la réminiscence du type gaulois (993).
D'autres investigateurs iront éclaircir les rapports du type avec l&s mœurs; pour moi, fatigué de ma tâche achevée, abreuvé de peines depuis dix-huit mois , arrivé â la fin de mon opuscule, je m'écrierai avec un de ces écrivains qualifiés d/e tardions îngeniipar l'antiquité classique.
Ipte ego haec scripsi et spolia celfica dicavî.
(990) Taciti annal. XIV, 32-37 ; Agricola, 5, t5, 16.
(991) Taciti Agricola 16, et seqn.
(99») Voyea IVticle qui suit.
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REAPPARITIONS DU TYPE GAULOIS